mardi 28 avril 2015

Les mots sont des fenêtres - Marshall Rosenberg (1934-2015)

Editions La Découverte - 1999
Notre langage usuel favorise les jugements, y compris « positifs », étiquettes ou critiques. Il nous conduit souvent à rendre l’autre, ou l’extérieur, responsable de notre mécontentement ou de notre insatisfaction, et à dissimuler ce qui nous habite pour nous préserver. Ainsi s'enclenchent la confusion, l'incompréhension, et la violence.

La CNV - ou Communication Non Violente - mise au point par Marshall B. Rosenberg, psychologue clinicien collaborateur de Carl Rogers, propose une autre forme de langage. Il s’agit d’apprendre à reconnaître ce qui se passe réellement en nous et aussi en les autres, afin de revenir à ce lieu de paix intérieure où nous avons l’élan authentique de prendre en considération les besoins fondamentaux de chacun. 

Exprimée en observations des faits, ressentis, besoins, et demandes concrètes, la CNV aide à clarifier ce que nous vivons, nous voulons, et nous disons. Elle induit, entre autres, davantage de conscience, d’appréciation de ce qui est, de confiance, de coopération, de co-création, le dépassement des conflits dans le respect et la reconnaissance de chacun, pour agir en interdépendance avec les autres.

En fait la Communication Non Violente est bien plus qu’un processus ou un langage, c’est un art de vivre avec soi-même et avec les autres, en portant notre attention là où nous avons le plus de chances de trouver ce qui nous fait du bien.

Trois objectifs

1. Comprendre ce qui déclenche la violence dans mes comportements, mes paroles ou mes réponses.

-le langage qui juge : il correspond à de la domination et induit de la soumission ou de la révolte.
-l’attribution à l’autre de la cause du conflit (implique l’incapacité de reconnaître sa propre vulnérabilité et celle de l’autre).

Cela se traduit : soit par la culpabilisation de l’autre, ce qui induit sa résistance (cela consiste à lui attribuer la responsabilité de mes sentiments, ce qui est un leurre), soit une contre−attaque de l’autre donc un conflit, soit encore un soumission momentanée ou durable, mais l’autre nourrira de la rancoeur, de la mauvaise estime de soi et de la mauvaise volonté. En fait, l'analyse des torts de l’autre reflète l’expression de mes sentiments et mes besoins non satisfaits.

2. Trouver les mots et attitudes qui ouvrent afin d’agir là où je peux le faire.

- il s’agit d’écouter l’autre pour connaître sa perception, ses sentiments, ses besoins et ses souhaits.
- lui témoigner mon respect, mon empathie, puis me faire entendre: exprimer mes sentiments, mes besoins et mes demandes.

3. Développer l’expression de ce qui m’anime.

-identifier mes perceptions, émotions, désirs, donc approfondir ma connaissance de moi−même et de ma manière d’entretenir des relations.
- ce qui peut me permettre de ne plus agir en esclave ou en simple exécutant, de me sentir responsable de moi−même et distinct de l’autre.
- l’autre n’est pas là pour me rendre heureux − ni moi pour faire son bonheur.

Plutôt que de se centrer sur les torts de l’autre et sur ce que je pense de lui, ce qui n’apporte qu’un soulagement momentané mais aboutit à une impasse.

Entraves à la communication

- Les jugements et les comparaisons (c’est une forme de jugement aussi).
- Le refus d’assumer la responsabilité de nos pensées, nos sentiments et nos actes. En attribuant leur cause à: des impulsions incontrôlables ("c’est plus fort que moi").
− des forces impersonnelles et vagues − notre état de santé ou notre vécu antérieur, les actes d’autrui, une obligation édictée par une autorité (danger de la docilité), la pression sociale, une politique institutionnelle ( des règlements, des lois), une fonction attribuée à une position, un rôle, ou un sexe.
- Les exigences, les reproches et les menaces imposées à l’autre.
-La non écoute de soi-même. Si on écoute ses sentiments et ses besoins: on ne peut être ni esclave, ni
exécutant.

Démarche en 4 étapes par rapport à soi-même ou à l’autre

1. Observer sans juger

Enoncer les faits qui nous touchent, que nous n’apprécions pas sans juger, ni interpréter le comportement de l’autre, ni lui prêter des intentions en les replaçant dans un contexte précis, donc sans généraliser. Ne pas prendre mes suppositions pour une certitude.

2. Identifier et exprimer nos sentiments

Développer l’écoute, l’identification et l’expression de mes sentiments. On a souvent un langage pauvre pour définir nos sentiments − alors qu’on a un langage plus riche pour qualifier l’autre. Nous avons tendance à davantage nous centrer sur autrui: sur ce qu’il pense que je devrais dire ou faire − plutôt que d’être en contact avec nous-mêmes et ce que nous ressentons et ce dont nous avons besoin.

3. Prendre la responsabilité de nos sentiments

Les actes de l’autre sont un facteur déclenchant, mais pas une cause de nos sentiments car nos sentiments proviennent de la façon dont nous choisissons de recevoir les actes et les paroles de l’autre et de nos attentes particulières à ce moment-là. Les jugements que je porte sur autrui sont des expressions détournées de mes propres besoins inassouvis.

Il faut donc:

- Accepter la responsabilité de nos sentiments liés aux actes de l’autre en les reliant à nos propres besoins, désirs, attentes, valeurs ou pensées non satisfaits."je me sens ... (seul, blessé ... ) parce que j’aimerais ... (que tu restes ce soir, tu écoutes ce que je te dis ... )". Plus je parviens à associer mes sentiments à mes besoins mieux l’autre pourra y répondre avec empathie, car je ne me centrerai pas sur les "torts" de l’autre.

- Accorder de la valeur à mes propres besoins. Ce qui peut me faciliter de les exprimer clairement et peut aider l’autre à les reconnaître.

- Sortir de l’esclavage affectif:

- idée que je suis responsable des sentiments de l’autre et qu’aimer implique de renoncer à mes besoins, donc peur de déplaire, et grands efforts de faire plaisir. L’autre est ressenti comme un poids, j’étouffe, je vais accuser l’autre d’être dépendant, exigeant et je risque de distendre ou de rompre la relation.

- phase "exécrable". Colère, car refus d’endosser la responsabilité des sentiments de l’autre. Nos sentiments nous inspirent de la crainte et de la culpabilité et nous les exprimons sur un mode qui est vécu par l’autre comme péremptoire.

- libération affective. J’expose clairement ce que je veux, tout en montrant que je tiens aussi à ce que les besoins de l’autre soient satisfaits. Je peux réagir aux besoins de l’autre uniquement avec bienveillance, jamais par crainte, culpabilité ou honte. J’assume la totale responsabilité de mes actes, de mes intentions et de mes sentiments, mais pas celle des sentiments des autres.

4. Demander ce qui contribuerait à mon bien-être.

Demander des actes concrets et positif susceptibles de combler mes besoins. Des actes précis plutôt qu’une attitude vague car cela masque souvent un jeu oppressif (attente qu’il approuve tout ce que je fais) ou une attente paradoxale ("sois responsable et obéis-moi ... "). Des actes concrets: afin qu’ils puissent être entrepris par l’autre. Dire ce que je souhaite plutôt que ce que je ne veux pas qu’il fasse, sinon, j’induis la résistance de l’autre.

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