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jeudi 13 avril 2023

Pierre Soulages (1919 - 2022)

L'art de la lumière dans l'obscurité

L’œuvre au noir 1959

Pierre Soulages,  peintre français né à Rodez en 1919, mort en 2022 est souvent surnommé le "maître du noir". Son œuvre artistique unique est centrée sur l'exploration de la couleur noire et de la lumière dans l'art contemporain, et son concept innovant d'"Outre Noir" a marqué l'histoire de la peinture.

Pierre Soulages a commencé à peindre dès son plus jeune âge, mais c'est dans les années 1940 qu'il a commencé à développer son style distinctif axé sur la couleur noire. Il s'est rapidement éloigné de la peinture figurative pour embrasser l'abstraction, explorant les limites de la couleur noire dans son travail. Pour lui, le noir n'était pas seulement l'absence de couleur, mais une couleur à part entière qui pouvait être utilisée pour exprimer la lumière et la profondeur.

L'une des œuvres les plus emblématiques de Soulages est sa série d'œuvres intitulée "Outre Noir". L'Outre Noir est une technique picturale unique créée par Soulages dans les années 1970, dans laquelle il applique des couches épaisses de peinture noire sur la toile, qu'il gratte et sculpte ensuite pour créer des effets de lumière et de texture. C'est un procédé complexe qui nécessite une maîtrise technique et une compréhension profonde des propriétés de la couleur noire.

L'Outre Noir de Soulages est bien plus qu'une simple utilisation de la couleur. C'est une exploration de la lumière dans l'obscurité, une réflexion sur la manière dont la couleur noire peut être utilisée pour capturer et exprimer la lumière d'une manière inattendue. Les couches de peinture noire superposées créent des contrastes, des reflets et des jeux de lumière qui varient en fonction de l'angle de vue et de l'éclairage, conférant à ses œuvres une profondeur et une présence uniques.

Une autre caractéristique distinctive du travail de Soulages est sa gestuelle puissante et expressive. Ses coups de pinceau larges et énergiques sont une partie intégrante de son processus artistique, ajoutant une dimension dynamique et mouvementée à ses œuvres abstraites. La combinaison de la gestuelle et de la couleur noire crée des compositions audacieuses et captivantes qui invitent le spectateur à explorer les textures, les formes et les jeux de lumière de chaque toile.

L'œuvre de Soulages a été reconnue à l'échelle internationale et il a reçu de nombreux prix et distinctions pour sa contribution à l'art contemporain. En 2014, le musée Soulages a été inauguré à Rodez, sa ville natale, pour célébrer son travail et présenter une vaste collection de ses œuvres, y compris ses célèbres Outre Noir. Le musée, conçu par l'architecte Rafael Moneo, offre aux visiteurs une expérience immersive de l'œuvre de Soulages, mettant en valeur sa créativité, sa technique et son exploration de la couleur noire.

L'impact de Pierre Soulages sur le monde de l'art ne se limite pas seulement à son usage novateur de la couleur noire et à sa création de l'Outre Noir. Son travail a également inspiré de nombreux artistes contemporains et a ouvert de nouvelles perspectives sur la manière dont la couleur noire peut être utilisée dans l'art. Sa philosophie artistique repose sur l'idée que l'obscurité n'est pas une absence de lumière, mais plutôt une source potentielle de lumière et de création artistique. Ses œuvres sont une exploration poétique de la relation entre la lumière et l'obscurité, de la profondeur et de la texture, et de la gestuelle et de l'expression.

En plus de son travail pictural, Soulages a également expérimenté d'autres médiums artistiques, tels que la gravure, la sculpture et l'architecture. Son approche multidisciplinaire de l'art lui a permis de repousser les limites de sa créativité et de continuer à innover tout au long de sa carrière, faisant de lui l'un des artistes les plus influents et prolifiques de son temps. 

"J’aime l’autorité du noir. C’est une couleur qui ne transige pas. Une couleur violente mais qui incite pourtant à l’intériorisation. À la fois couleur et non-couleur. Quand la lumière s’y reflète, il la transforme, la transmute. Il ouvre un champ mental qui lui est propre."

                                                                                                                           Pierre Soulages

Outrenoir 1979

dimanche 14 février 2021

Maïmouna Guerresi (1951- )

Humanité et Nature sont interconnectées.

Yay Fall 2019 Au-delà de la frontière

Maïmouna Guerresi est née à Vicence (Italie) en 1951. Elle vit et travaille actuellement entre l'Italie et le Sénégal. Elle a de nombreuses participations à son actif, tant dans des musées internationaux, l'Institut culturel de l'Islam  à Paris, le musée national de Sharjah et le musée national de Bamako; ainsi que dans des festivals et biennales, comme la Biennale de Venise, Les Rencontres de Bamako, la Biennale Dak'Art. Ses œuvres font partie des collections publiques, telles que le Smithsonian African Art Museum de Washington, le LACMA Museum de Los Angeles et le MIA Minneapolis Institute of Art.

Dans ses œuvres de format impressionnant (plus de 3m. de haut parfois), la photographe donne à ses personnages une monumentalité presque éthérée, suspendue entre réalité et transcendance. Il y a de fréquentes références à la croyance soufie, une pratique musulmane spécifique au caractère mystique et ascétique qui place l'homme au centre de l'univers, en relation directe avec le divin.

Les femmes du travail de la photographe italo-sénégalaise Maïmouna Guerresi se conforment rarement aux règles ou aux normes de notre monde. Beaucoup d'entre elles sont des géantes, dominant même les arbres les plus hauts, tandis que d'autres flottent au-dessus du sol. Certaines ont des racines qui poussent de leur tête ou de leurs pieds au fur et à mesure qu'elles fusionnent et ne font plus qu'un avec la nature qui les entoure. Chaque personnage donne l'impression d'une conscience accrue ou d'une convergence avec son environnement, et ainsi chaque image dégage un sentiment de spiritualité.

La spiritualité est au cœur de tous les aspects de la vie de Maïmouna. «À ce moment-là de ma vie, mon esprit était prêt à entreprendre un voyage vers de nouvelles formes de connaissance», dit-elle . «De nouvelles pratiques, réflexions, recherches et curiosité m'ont amené à en apprendre davantage sur l'islam.» A travers la Shahadah, la déclaration de foi musulmane et l'un des cinq piliers de l'islam, elle prend le nom de Maïmouna, et commence à s'intégrer dans la communauté de la ville sainte sénégalaise de Touba.

Le soufisme est une forme mystique de l'islam, et il met l'accent sur l'utilisation de l'introspection pour trouver Dieu, en évitant le matérialisme. Il n'est lié à aucun élément de la religion et encourage tous les croyants à rechercher une paix intérieure puissante. Pour Maïmouna, la conversion au soufisme a tout changé, et elle a vite hâte d'exprimer sa paix retrouvée à travers son art.

Série The Giants 2007-2009
La spiritualité est souvent vue comme une connexion à quelque chose de plus grand que nous-mêmes, et l'objectif photographique de Maïmouna est de capturer cette sensation. Bien qu'elle soit elle-même souvent concentrée sur sa relation spirituelle avec Dieu, elle essaie de trouver des moyens de visualiser la spiritualité de manière à ce que tout le monde puisse s'identifier. Ce n'est pas facile, car les concepts abstraits, en particulier ceux qui sont si personnels et subjectifs, sont difficiles à représenter visuellement, mais Maïmouna a passé des années à chercher différentes façons de se représenter.

Au fil du temps, elle a découvert que la meilleure façon de le faire est de communiquer des sentiments tels que la paix et l'harmonie en montrant aux gens un lien profond avec la nature ou en allant littéralement au-delà de leur corps physique vers quelque chose de plus.

Dans sa série Beyond the Border , les femmes ont des branches et des graines qui poussent de leur corps, et l'une se tient au sommet d'une énorme racine tentaculaire, comme si elle-même était l'arbre dans lequel ces racines ont grandi. Leurs esprits semblent quitter leur corps et s'entremêler avec tout ce qui les entoure. Les yeux légèrement fermés des personnages, leurs costumes sereins et le fond peint en vert ou en bleu créent immédiatement un univers onirique, et Maïmouna crée tous ses décors à la main. "Il est essentiel que le résultat ne ressemble pas à une personne en costume, mais à un personnage mystique et transcendantal", dit-elle. "Les objets symboliques, les costumes de théâtre et les poses légèrement emphatiques contribuent à cette métamorphose: du quotidien au sacré."

La nature est l'un des thèmes clés sur lesquels Maïmouna revient dans chaque série. «L'humanité et la nature sont intimement liées. Chaque individu est connecté à tout ce qui existe sur terre, et il s'ensuit que le sort de notre planète est influencé par nos propres actions individuelles », dit-elle. Maïmouna est profondément inspirée par l'histoire de l'arbre Tuba, un arbre sacré mentionné dans certaines écritures islamiques, qui a le pouvoir de guérir tout ce qui l'entoure. "Pour moi, les arbres représentent un pont métaphysique entre le ciel et la terre ", dit-elle.

Maïmouna a poursuivi la sculpture pendant un certain temps, et la compréhension de la physicalité et de la forme qu'elle lui a donné est maintenant visible dans son travail de photographie. Sa série Aisha in Wonderland montre le monde spirituel intérieur d'une femme au cours de son voyage à travers la vie. Sur toutes les photos, elle porte des robes longues et fluides et des foulards qui changent complètement sa silhouette, et ses vêtements sont ornés des mêmes motifs que le paysage derrière elle. Le visage d'Aisha est visible sur chaque photo, montrant qu'elle est une personne vivante, mais ces changements subtils que Maïmouna apporte à son environnement la font parfois apparaître comme une sculpture, un objet inanimé qui flotte à travers chaque scène, ce qui ajoute au sens qu'elle a trouvé. paix avec le monde.

Ailleurs dans la série, Maïmouna trouve d'autres moyens de montrer Aisha quittant et transcendant son corps physique immédiat. Dans une image, la scène est divisée en segments, le corps d'Aisha étant coincé dans l'un d'entre eux. Elle tend la main, franchit la frontière, comme si elle atteignait un autre royaume d'existence. Sur une autre photo, elle a été montrée immobile dans une robe rouge, et des fils rouges sont expulsés de sa silhouette, zigzaguant le long des murs, comme si une partie de son être se répandait dans l'espace.

2019 Au delà de la frontière

Plutôt que d'être le protagoniste de la série, Aisha est un moyen par lequel le spectateur peut explorer à quoi ressemble un monde spirituel. "À travers son regard, nous pouvons accéder à l'univers caché qui s'ouvre à une personne lorsqu'elle se lance dans une évolution physique et spirituelle", explique Maïmouna. Comme Aisha, Maïmouna traverse également une telle évolution, et à travers tous ses projets de photographie, nous voyons le monde dans lequel elle vit alors qu'elle se dirige vers l'illumination spirituelle, et qu'elle explore les moyens de nous traduire cette expérience visuellement.

"Mon souhait est de conduire le spectateur dans un univers intérieur, qui dépasse l'image elle-même", dit-elle. "Souvent, dans mes photographies, les personnages montrent des facultés surnaturelles. Ils flottent dans les airs, se fondent dans la nature, communiquent par télépathie. Tout cela est possible grâce à cette dimension extraordinaire dans laquelle ils se retrouvent dans leur recherche de spiritualité. Un espace cosmique, intemporel et anhistorique. "

https://www.maimounaguerresi.com/

lundi 28 mars 2016

Riches et pauvres

samedi 2 août 2014

Wojtek Siudmak (1942-)

Wojciech Kazimierz (Wojtek) Siudmak, né le 10 octobre 1942 à Wieluń est un peintre d'origine polonaise, installé en France. Il étudie au Collège d'Arts Plastiques de Varsovie de 1956 à 1961 et aux Beaux-Arts de Varsovie de 1961 à 1966. En 1966, il vient étudier à l'École nationale supérieure des beaux-arts à Paris et s'établit définitivement en France. Il vit actuellement en région parisienne.

Il qualifie son œuvre de "fantastique hyper-réaliste". Elle dépeint des univers fantasy, science-fiction, sur toile à la peinture à l'huile. Son œuvre a quelques points commun avec M.C. Escher, Max Klinger, Léonor Fini mais aussi Dali, Magritte et Paul Delvaux. Siudmak voisine avec Dali par sa virtuosité à rendre l'illusion tridimentionnelle de l'espace, par son sens des ombres et des lumières, les perspectives linéaires et aériennes. 

Siudmak ajoute à ces moyens d'expression artistique traditionnels des moyens purement hyper réalistes et très personnels, où la recherche de la perfection technique est mise au service d'une imagination débordante et originale.





jeudi 1 mai 2014

Isaac Cordal (1974-)

L’artiste Isaac Cordal (né en 1974 en Espagne) place des petits personnages miniatures dans des endroits étranges,souvent angoissants pour attirer notre attention sur la nature et et notre empreinte dessus.
Il loge ses petites créatures de béton dans les interstices des villes : la fissure d’un mur, la faille d’un trottoir, une flaque d’eau. Cordal invente une scénographie du minuscule, poétique et parfois inquiétante. Car ses personnages en costume, qui brandissent attaché-case et téléphones portables, semblent courir tout droit à des catastrophes (noyades, disparitions en tout genre) qui sont autant de symptômes d’une époque en crise. 






Interview de l'artiste (Source: Artistik rezo.com)

- Vous êtes passé par les Beaux Arts ?
- J’ai étudié la sculpture dans plusieurs écoles. C’est presque par accident que j’ai commencé à faire du street art, parce que camoufler mes sculptures dans le paysage urbain m’intéressait. Et puisque mes sculptures sont en ciment, qui est l’empreinte de l’homme contre la nature, la ville est leur habitat naturel.

- Pourquoi jouer sur les échelles ?
- Utiliser une très petite échelle, c’était faire de la ville un immense prétexte à scénario, un décor. J’avais aussi besoin de créer quelque chose de petit, que je pouvais facilement transporter dans un sac à dos et qui me permette de me déplacer. Mes sculptures sont devenues de plus en plus petites, j’imagine donc que la prochaine étape, c’est leur disparition...

- Vous aimez mettre en scène les catastrophes… Pourquoi ?
- Mais je réfléchis à ce qui nous entoure, et hélas, beaucoup des choses qui surviennent ne sont pas très agréables ! C’est une réflexion sur le progrès et ses effets secondaires dans notre société.
Le progrès a été globalisé au bénéfice de quelques-uns, le temps s’est accéléré, comme si la diversité des cultures devait s’effondrer au même rythme que les marchés financiers… J’espère qu’un changement va subvenir, et humblement, à travers mon travail, c’est ce que je demande.

- Vous avez le sentiment de commenter l’époque – la crise, par exemple ?
- L’art devrait être le miroir de la société. Le grand problème, c’est que c’est un miroir sur lequel peu de gens sont prêts à réfléchir. Mon travail se veut une réflexion sur notre modèle de vie. Cela m’intéresse de travailler sur différents problèmes liés aux valeurs actuelles, et à la façon dont les plus défavorisés sont frappés brutalement par la crise. Nous vivons une époque de crise, ce qui arrive quand l’ancien régime ne veut pas mourir mais que le nouveau n’est pas capable de s’imposer.

- Vous avez aussi investi des espaces naturels, comme la plage, dans le projet « Waiting for the Climate Change »… Cela modifie votre approche des lieux ?
- J’aime les deux types d’espace, urbain et naturel, pour moi ce qui change, ce sont moins les moyens que j’emploie que le sens du projet. Celui dont vous parlez avait été créé pour « Beaufort04 », un évènement sur la cote belge. J’avais fait une série de sculptures érigées sur des poteaux face à la mer. Cette installation représentait des personnages au bord d’un désastre possible mais complètement absorbés par leurs Smartphones. Il s’agissait de mettre en scène à la fois les paranoïas et les peurs alimentées par les médias et notre manque de conscience des problèmes environnementaux planétaires.

- Le street art, c’est un activisme ?
- Pour beaucoup, ce n’est pas le cas. Mais moi, oui, j’aime considérer le street art comme une forme de combat. Cela me plait d’y voir un dialogue entre un lieu et ses habitants, entre la société et ses leaders…

- Au-delà de cette dimension politique, vos personnages sont une façon d’explorer la condition humaine ?
- Ils sont aussi petits que l’univers lui-même. Avant, nous bâtissions d’immenses monuments pour nous mesurer aux dieux. Mais avec toutes ces statues équestres qui habitent les parcs il faut bien réduire l’échelle!

- Il y a une forme d’humour mélancolique dans votre travail…
- J’essaye d’utiliser l’ironie, mais il ne s’agit jamais d’une plaisanterie. L’humour est une façon d’habiller le drame. Je pense que nous avons besoin chaque jour d’une overdose d’humour pour survivre.

- Vous avez aussi sculpté des ombres, en photographiant celles que projetaient des passoires dont vous aviez fait des visages…
- C’est un vieux projet qui remonte à 2001, lors de ma première exposition solo. J’étais fasciné par ces ombres qu’on peut créer avec un simple objet en métal. Je voulais imiter les images en 3D des ordinateurs mais de la façon la plus simple possible, sans technologie.

- Les photographies sont une trace, ou bien une œuvre en elles-mêmes ?
- Au début, ce n’était pour moi qu’une façon de documenter mon travail. Mais petit à petit, c’est devenu un aboutissement en soi.

- Qui admirez-vous ?
- Dans les rues, j’aime ce que font Blu, Escif, Liqen, Brad Downey, entre autres. En dehors du street art, je n’ai pas d’artiste favori mais j’admire Maurizio Cattelan, Anthony Gormley, Ron Mueck, Medardo Rosso, les frères Chapman…

-Que représentent les galeries, pour vous ?
- Je m’efforce d’y montrer le travail que je fais dehors, sans pour autant transformer la galerie en simulacre de la rue. C’est aussi l’occasion de montrer d’autres types de travaux, que je ne pourrais pas mettre en œuvre dans la rue faute de temps ou de moyens.

- Et vos prochains projets ?
- J’ai des expositions et des voyages en prévision. J’espère que nous verrons tous le printemps une fois encore….

Propos recueillis par Sophie Pujas pour le site Artistik rezo.com





Le site de l'artiste :  www.isaac.alg-a.org

mardi 4 février 2014

Tim Noble (1966-) et Sue Webster (1967-)

Partenaires dans la vie comme dans leur art, Tim Noble et Sue Webster font partie des artistes britanniques les plus connus et les plus admirés de leur génération. Inclassable, le couple s'est  rencontré en 1986 alors qu'il étudiait les beaux-arts à l'Université de Nottingham Trent. Ils réalisent notamment des "sculptures-ombres" dans lesquelles ils utilisent des objets mis au rebut, des déchets qui sont ensuite éclairés afin de créer des portraits d'eux-mêmes mais aussi des sculptures de néons très pop art. Les jeux d'ombre et de lumière créés élevant la matière première utilisée au rang d'objet d'art !

Changements d'humeur brutaux , 2009-2010, escabeaux en bois, bois mis au rebut, projecteur de lumière

Wasted Youth, 2000 Trash, replica food, McDonalds packaging, wood, light projector

Sue Webster et Tim Noble ont trouvé le meilleur moyen de recycler nos déchets : en faire des oeuvres d’art sans que personne ne s’aperçoive de quoi que ce soit.  Ils sont partis d’une idée toute simple : utiliser des déchets produits par l’homme pour bâtir des sculptures à messages. Mais, comme pour les images au fond des verres à Sakés japonais qui n’apparaissent que lorsque l’on verse l’alcool dedans, les oeuvres des deux artistes ne se dévoilent pas au premier coup d’oeil. Ce n’est que leur ombre, projetée sur un mur blanc et selon un certain angle, qui révèle tout.

The Spikey Thing, 2005 Welded scrap metal, light projector

Dès lors apparaissent des scènes de la vie quotidienne, des hommes et des femmes, des tableaux drôles ou cinglants. Les merveilles des travaux de Sue Webster et Tim Noble se révèlent des choses dégoûtantes qui les composent. Leurs installations entraînent le spectateur dans un monde d’illusions et suscitent la surprise et l'émerveillement. Le beau naît du laid, ou le contraire. Leurs oeuvres passent du mignon au drôle, et de l’étonnant à l’insupportable. Preuve que leur art, comme notre pollution, est là pour durer.

Kiss Of Death 2003, 34 animaux empaillés, os d'animaux, projecteur de lumière
Youngman, 2012, wooden stepladder, discarded wood, light projector

vendredi 3 janvier 2014

Nils Udo (1937-)

Nils Udo est un artiste plasticien né à Lauf, en Bavière (Allemagne), en 1937. 

En 1955, il entreprend des études d'arts graphiques à Nuremberg (1959-1960), puis devient peintre. C'est par la peinture que Nils Udo entrera dans la nature. Au début des années 1960, il quitte la Bavière pour Paris afin de se perfectionner. La nature et sa souveraineté domine l'artiste depuis son enfance. Des feuilles ramassées dans le jardin de Versailles serviront de nuancier à son travail de peintre. En 1972, il abandonne pourtant la peinture, estimant qu'elle traite de la nature de façon artificielle et commence à travailler, selon ses mots, à la source même. Il s'initie à la sylviculture dans une petite plantation de Bavière et apprend la photographie.

C'est à la nature qu'il emprunte son matériau de base pour l'arranger de manière totalement inédite : un nid fait de troncs de bouleaux, de terre et de pierres ; une maison d'eau monumentale en mer du Nord, construite avec des troncs d'épicéa des brindilles de bouleaux… Mêlant sculpture éphémère, installation précaire et grand format photographique, les œuvres de Nils Udo sont produites dans et avec la nature. Les intempéries, la dégradation naturelle font partie intégrante de son processus créatif. La photographie joue un rôle de conservation du souvenir et de transmission de l'œuvre au public. Elle cadre et achève la composition jusqu'à la rendre abstraite. L'intention première de Nils Udo est de révéler la poésie de la nature et sa dimension divine.



Depuis 1972 il se consacre exclusivement à la nature et à la création de site en utilisant uniquement des matériaux naturels. Son objectif est de réaliser ce qui est possible dans la nature mais qui n’a jamais littéralement existé, une œuvre utopique, magnifique et lyrique.

Mêlant sculpture éphémère, installation précaire et grand format photographique, les œuvres de Nils Udo sont produites dans et avec la nature. Les intempéries, la dégradation naturelle font partie intégrante de son processus créatif. La photographie joue un rôle de conservation du souvenir et de transmission de l’œuvre au public. Elle cadre et achève la composition jusqu’à la rendre abstraite.

L’intention première de Nils Udo est de révéler la poésie de la nature et sa dimension divine. Le monde séduisant de Nils-Udo se compose de monticules, des nids géants colorés et de jours de rêve en forêt. La nature est la source et l’inspiration. Ses œuvres ont fait leur apparition en Europe ainsi qu’au Japon, Israël, l’Inde et le Mexique.








samedi 12 octobre 2013

Georges Rousse (1947-)

Georges Rousse, photographe plasticien, est né en 1947 à Paris où il vit et travaille.

Habiter le monde avec son appareil photographique

Depuis le Noël de ses 9 ans où il reçut en cadeau le mythique Brownie Flash de Kodak, l'appareil photo n'a plus quitté Georges Rousse. Alors qu'il est étudiant en médecine à Nice, il décide d'apprendre chez un professionnel les techniques de prise de vue et de tirage puis de créer son propre studio de photographie d'architecture. Mais bientôt sa passion le pousse à se consacrer entièrement à une pratique artistique de ce médium sur la trace des grands maîtres américains, Steichen, Stieglitz ou Ansel Adams. 

C'est avec la découverte du Land Art et du Carré noir sur fond blanc de Malevitch que Georges Rousse choisit d'intervenir dans le champ photographique établissant une relation inédite de la peinture à l'Espace. Il investit alors des lieux abandonnés qu'il affectionne depuis toujours pour les transformer en espace pictural et y construire une œuvre éphémère, unique, que seule la photographie restitue. 


Pour permettre aux spectateurs de partager son expérience de l'Espace il présente, dès le début des années 80, ses images en tirages de grand format. Cette œuvre forte et singulière qui déplace les frontières entre les médias traditionnels s'est immédiatement imposée dans le paysage de l'art contemporain. Depuis sa première exposition à Paris, à la galerie de France en 1981, Georges Rousse n'a cessé d'exposer et d'intervenir dans le monde entier, en Europe, en Asie (Japon, Corée, Chine, Népal.), aux Etats-Unis, au Québec, en Amérique latine..., poursuivant son chemin artistique au-delà des modes.

Il a participé à de nombreuses biennales - Biennale de Paris, Biennale de Venise, Biennale de Sidney. - et reçu des prix prestigieux :

1983 : Villa Médicis "hors les murs" à New York
1985 -1987 : Villa Médicis, Rome
1988 : Prix ICP (International Center of Photography), New York
1989 : Prix de Dessin du Salon de Montrouge
1992 : Bourse Romain Rolland à Calcutta
1993 : Grand Prix National de la Photographie
2008 : Georges Rousse succède à Sol Lewitt comme Membre associé de l'Académie Royale de Belgique

Il est représenté par plusieurs galeries européennes et ses œuvres font partie de collections majeures. 


Une brève présentation du travail de Georges Rousse

Georges Rousse est un photographe plasticien. Ses images viennent clore un processus qui relève à la fois de la peinture, de l'architecture et du graphisme. Il joue sur la différence entre le fond, essentiellement le lieu où il s'est installé, et l'image, flottant à la surface du lieu de l'installation. Son travail invite à méditer sur la réalité et l'illusion.

Le travail s'effectue en deux temps.

1er temps : montage d'une forme simple

Les lieux privilégiés des interventions de Georges Rousse sont les bâtiments désaffectés. Il visite d'abord le bâtiment, prend des notes, qui peuvent donner lieu à un montage préparatoire, éventuellement au moyen de l'ordinateur.
Une fois le projet fixé, la réalisation du volume est accomplie avec le concours d'assistants, souvent recrutés pour l'occasion. 
La réalisation proprement dite commence par une mise au noir du lieu. Toutes les entrées de lumière sont obturées et une projection diapositive est faite : elle permet l'inscription de la forme plate dans l'espace qu'elle doit envahir. Dans l'exemple illustré ci-dessous le cercle plat se projette sur les sols, les murs et plafond. Les assistants armés de crayons ou de craie prennent les repères des bords de forme.
Après repérage, tous les éléments pris à l'intérieur des repères seront peints en vert.
D'autres éléments découpés (comme ces croissants de bois, ou comme cette cloison qui suit le bord droit du cercle) peuvent être ajoutés avant ou après la projection de sorte de venir compliquer un peu plus l'illusion visée. 


La réalisation de l'illusion est un gros travail, qui peut intégrer un aspect très décoratif, comme on le voit sur la façon de peindre le mur de droit à l'avant-plan de l'image. Georges Rousse est passé par la Villa Medicis et le goût italien ne lui est pas étranger !

2ème temps : reproduction photographique

Lorsque la préparation de l'installation est achevée, une chambre photographique vient remplacer, exactement au même endroit, le projecteur de diapositive. L'illusion sera ainsi parfaite, et la qualité de la photographie, destinée à des agrandissements importants, sera optimale.

Interrogé sur sa façon de procéder Georges Rousse souligne l'importance du moment de la prise de vue :
"En règle générale, je m'applique seulement à trouver la meilleure relation entre toutes les données contextuelles, la singularité du site, le budget, le temps, les moyens techniques, etc. Mon unique projet est de transformer le lieu, de tout mettre en œuvre pour cet instant de la prise de vue qui est un moment extrême dans la relation intime de l'espace à la peinture, à la photographie et à moi-même." Lorsque la photographie est faite, enfin, le décor qui a servi à sa fabrication peut être détruit.



Intérêt du travail

Georges Rousse témoigne du même goût pour l'espace dont témoignait les artistes de La Renaissance. La soif de l'espace, qui est soif de connaissance, aime son contraire, le doute fondamental de l'illusion.

Si Georges Rousse est à la fois concepteur, installateur, peintre et à ce titre plasticien, il n'en demeure pas moins que l'essentiel de son travail joue sur le point de vue et le passage de la réalité en trois dimensions à l'illusion en deux dimensions. En mettant le relief au service du monde plat, il inverse la relation de sujétion entre la photographie et le monde (ce n'est pas la photographie qui représente le monde, c'est le monde qui concourt à la photographie), introduisant au-delà de la simple illusion d'optique une tricherie vertigineuse dont l'analyse fait le bonheur du regard qui interroge la représentation proposée.

"N'est-ce pas le projet de l'artiste que de montrer le réel de façon imprévue ?" interroge Georges Rousse. Il a probablement raison même si, dans son cas, on est déjà beaucoup plus loin. Quel est donc ce réel, enrôlé dans un mécanisme de trahison de la perception, qui nous convie à douter de nos sens ?


Source: Henri Peyre sur le site : http://www.galerie-photo.com
Site internet de Georges Rousse: http://www.georgesrousse.com/

mercredi 29 mai 2013

Erik Johanssson (1985-)

Erik Johansson est un Suédois qui excelle dans la photo-manipulation. Originales, rafraîchissantes, ses retouches allient réel et imaginaire, et sont parfois teintées de gaming-culture.

Il crée des photos réalistes de scènes impossibles, en capturant l'idée, pas le moment. Dans cette présentation pleine d'esprit, le magicien de Photoshop décrit les principes qu'il utilise pour donner vie à ces fantastiques scénarios, tout en les gardant visuellement plausibles.

Lien vers le site de l’artiste : http://erikjohanssonphoto.com/

Go your own road

Stryktalig

Roadworkers coffebreak


Kaffeslump

Vertical Turn

Erik Johansson

Né en 1985 et ayant grandi dans une ferme située à Götene (Suède) auprès de ses parents et deux jeunes sœurs, Erik commence d’abord par exprimer ses idées à travers un papier-crayon. Ensuite, à l’âge de 15 ans, il reçoit son premier appareil photo qui lui fait rapidement  découvrir les joies de la photographie mais qui au même passage,  habitué au pouvoir d’établir les règles avec le dessin, développe en lui un certain sentiment de frustration vis-à-vis des restrictions imposées par la photographie classique. C’est à ce moment-là qu’Erik se met à s’intéresser à la photo-manipulation et s’amuse à modifier ses propres photos sur son ordinateur.

Quelques années plus tard en 2005, Erik s’installe à Gothenburg pour poursuivre un master en informatique pour ensuite enchaîner  sur un master en design numérique à l’université Chalmers de technologie. C’est pendant cette période-là alors qu’il publie pour la première fois quelques-unes de ces photos dans le web, résultat : Le succès est immédiat, des agences de publicité s’empressent les jours qui suivent à le contacter pour des collaborations futures.

Aujourd’hui, Erik a décidé de se consacrer à plein temps à sa passion en devenant photographe freelance basé à Berlin. Selon lui afin de constituer une image, aller d’une dizaine de calques jusqu’à 1000 importe très peu. Dans son cas à lui, figer des instants uniques de la vie ne l’intéresse pas, il se sert plutôt de son outil de travail pour assembler séparément un nombre d’éléments qui l’aideront à concrétiser avec une idée, tout cela bien sûr avec un résultat réaliste au possible. Désormais, pour Erik, la prochaine étape serait de s’attaquer à l’animation ou réalisation de courts métrages.


Mind your step - Juin 2011 Place Sergel, Stockholm


Erik Johansson - Impossible photography, Video on TED.com

mercredi 8 mai 2013

Felice Varini (1952-)

Felice Varini, né en 1952 à Locarno en Suisse et résidant désormais à Paris, est loin d’être un artiste comme les autres. En effet, ces oeuvres ne peuvent ni être admirées au musée ni accrochées sur un mur car elles font littéralement partie de l’environnement où elles se trouvent. Issue d’une réelle créativité artistique, chacune des oeuvres de Varini ne peut laisser le spectateur indifférent. 

Il travaille sur l'espace, l'architecture et la vision. Son travail prend des formes spectaculaires. Ses supports sont généralement des lieux anciens à l'architecture affirmée. Ce sont généralement des espaces extérieurs sur lesquels il fait apparaître des anamorphoses qui se recomposent à un point de vue préétabli. L’ampleur de celles-ci, fougueusement déployées dans l’environnement, ne peut qu’émerveiller sans avertissement, prendre par surprise et ouvrir à la créativité.




L'ordre émerge du chaos... 




Artiste de la perspective, du point de vue, Felice écrit ceci de sa démarche :

"L’espace architectural, et tout ce qui le constitue, est mon terrain d’action. Ces espaces sont et demeurent les supports premiers de ma peinture. J’interviens in situ dans un lieu chaque fois différent et mon travail évolue en relation aux espaces que je suis amené à rencontrer.
En général je parcours le lieu en relevant son architecture, ses matériaux, son histoire et sa fonction. A partir de ses différentes données spatiales je défini un point de vue autour duquel mon intervention prend forme.

J’appelle point de vue un point de l’espace que je choisis avec précision : il est généralement situé à hauteur de mes yeux et localisé de préférence sur un passage obligé, par exemple une ouverture entre une pièce et une autre, un palier… Je n’en fais cependant pas une règle car tous les espaces n’ont pas systématiquement un parcours évident. Le choix est souvent arbitraire.
Le point de vue va fonctionner comme un point de lecture, c’est à dire comme un point de départ possible à l’approche de la peinture et de l’espace. La forme peinte est cohérente quand le spectateur se trouve au point de vue. Lorsque celui-ci sort du point de vue, le travail rencontre l’espace qui engendre une infinité de points de vue sur la forme. Ce n’est donc pas à travers ce point de vue premier que je vois le travail effectué ; celui-ci se tient dans l’ensemble des points de vues que le spectateur peut avoir sur lui.

Si j’établis un rapport particulier avec des caractéristiques architecturales qui influent sur la forme de l’installation mon travail garde toutefois son indépendance quelles que soient les architectures que je rencontre.

Je pars d’une situation réelle pour construire ma peinture. Cette réalité n’est jamais altérée, effacée ou modifiée, elle m’intéresse et elle m’attire dans toute sa complexité. Ma pratique est de travailler « ici et maintenant »".



Toutes ses oeuvres sont disponibles sur son site Web à l’adresse suivante : http://www.varini.org/ .Elles sont d’ailleurs un excellent rappel que « tout est en fonction du point de vue de l’observateur »


"Up-down" Yvonne Senouf / Projects New-York, USA, 1997


"Trois triangles bleus" Osaka Art Kaleidoscope Osaka, Japon, 2007