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samedi 22 juin 2024

Combien y a-t-il eu d'humains depuis que la Terre existe ?

Depuis l'apparition de notre espèce il y a environ 200 000 ans, combien d'humains ont foulé le sol de notre planète ? Il est difficile à répondre avec précision a cette question fascinante, mais les scientifiques ont utilisé des estimations démographiques et archéologiques pour arriver à une estimation approximative.

Le "Population Reference Bureau" (PRB), un centre de recherche basé à Washington, fournit une estimation du nombre d'hommes et de femmes qui auraient vécu sur Terre : 108 milliards d'humains ont vécu sur la Terre. Mais ce nombre, dernièrement mis à jour en 2011, reste très approximatif, comme on peut facilement l'imaginer. "L'on ne dispose d’absolument aucune donnée démographique pour 99% de l'existence de l'humanité sur la Terre", précise le PRB. Alors comment les démographes ont-ils procédé ? Ils ont appliqué, selon leurs propres termes, une méthode "semi-scientifique", dans la mesure où il ont dû établir des suppositions sur les populations nées avant notre ère. Ils ont raisonné par "grandes périodes", en se basant sur les estimations officielles des taux de natalité (fournies par les Nations Unies, des études, etc.) et des hypothèses là où les données manquent, c'est-à-dire dans la plupart des cas.


Leur première estimation de la population remonte à 8 000 ans avant Jésus-Christ. "À l'aube de l'agriculture, la population du monde se situe alors aux alentours de 5 millions", expliquent-ils. Au cours de ces huit millénaires avant Jésus-Christ, le taux de croissance est très faible - de seulement 0,0512% par an - pour arriver à environ 300 millions en l'an 1 de notre ère. "Selon toute vraisemblance, les populations humaines des différentes régions ont augmenté ou diminué suite aux famines, aux aléas des troupeaux d'animaux, aux hostilités et aux changements de conditions atmosphériques et climatiques", avancent les chercheurs. Et à l'époque, la vie est de très courte durée : par exemple, en France, durant l'Âge de Fer (de 1.100 à 700 avant JC), l'espérance de vie à la naissance est en moyenne de... 10 à 12 ans ! La mortalité infantile est très élevée, "peut-être de 500 décès de nourrissons pour 1.000 naissances, voire davantage", estiment les démographes. Vers l'an 1 de l'ère chrétienne, le nombre total d'êtres humains vivant sur la planète est évalué à 300 millions. Vers 1650, la population mondiale augmente probablement jusqu’à 500 millions environ, ce qui ne représente pas une forte hausse depuis plus de 1.000 ans, entre autres parce qu'en Asie occidentale puis en Europe, la peste noire sévit. Enfin, vers 1800, la population mondiale dépasse le cap du milliard de personnes et continue de s'accroître depuis, atteignant un peu près de 7,5 milliards en 2017.

Selon le PRB toujours, la population actuelle représente donc 6,5% de toute celle née dans l’histoire de l’humanité. Ce qui "démonte une bonne fois pour toutes un mythe persistant depuis les années 1970, à savoir que 75 % de toutes les personnes nées sur la Terre depuis l'histoire de l'humanité étaient en vie à ce moment-là", ajoutent les démographes.

Cependant, il est important de noter que cette estimation est basée sur des hypothèses et des données incomplètes, et doit donc être prise avec précaution.

La grande majorité de ces humains ont vécu au cours des derniers millénaires, car la population humaine a connu une croissance exponentielle au cours des derniers siècles. En effet, il a fallu des milliers d'années pour que la population humaine atteigne un milliard d'individus, ce qui s'est produit au début du XIXe siècle. Depuis lors, la population a augmenté rapidement, atteignant deux milliards en 1927, trois milliards en 1960, quatre milliards en 1974, cinq milliards en 1987 et six milliards en 1999. Aujourd'hui, la population mondiale est estimée à environ 7,9 milliards d'individus.

Il est intéressant de noter que la croissance démographique n'a pas été uniforme dans le monde. Certaines régions, comme l'Europe et l'Amérique du Nord, ont connu une croissance démographique plus lente ces dernières décennies, tandis que d'autres régions, comme l'Afrique subsaharienne, continuent de connaître une croissance rapide.

La croissance démographique rapide a également des conséquences importantes sur l'environnement et les ressources naturelles de la planète. Les scientifiques estiment que la population mondiale pourrait atteindre 9,7 milliards d'ici 2050, ce qui exercera une pression encore plus grande sur les écosystèmes et les ressources naturelles de la Terre.

samedi 18 mai 2024

Le dialogue Mélien

Une exploration de la loi du plus fort dans les relations internationales

Le Dialogue Mélien est un texte ancien tiré de l'œuvre "La Guerre du Péloponnèse" de l'historien grec Thucydide. Ce dialogue met en scène une confrontation verbale entre les représentants d'Athènes et ceux de l'île de Mélos, qui cherchent à préserver leur neutralité pendant la guerre opposant Athènes à Sparte et ses alliés. Le Dialogue Mélien est devenu un texte fondamental dans l'étude des relations internationales, car il expose les enjeux du pouvoir et de la morale dans les interactions entre États. Les thèmes clés du dialogue Mélien on des implications pour notre compréhension des relations internationales.

Le Dialogue Mélien illustre le principe de la loi du plus fort, également connu sous le nom de "realpolitik". Les Athéniens affirment que leur puissance leur confère le droit de dominer les plus faibles et que les Méliens devraient se soumettre à leur autorité pour éviter d'être détruits. Les Athéniens soutiennent que les considérations morales n'ont pas leur place dans les relations entre États et que seuls les intérêts et le pouvoir comptent.

Idéalisme contre Réalisme

Face à la position réaliste des Athéniens, les Méliens défendent un idéalisme fondé sur la justice et la morale. Ils soutiennent que les dieux et les hommes puniront Athènes pour son injustice et que leur cause est juste, ce qui leur donnera la force de résister. Les Méliens croient en la possibilité d'une coopération entre États basée sur des principes moraux et refusent de se soumettre à la domination athénienne.

Les Méliens espèrent que Sparte et ses alliés viendront à leur secours, mais les Athéniens soutiennent que les alliances ne sont pas fiables et que les intérêts des puissances régionales prévaudront sur les considérations morales. Le dialogue Mélien souligne l'importance de l'autosuffisance et de la prudence dans les relations internationales, car les alliances peuvent être fragiles et les promesses d'aide, incertaines.

Les Conséquences du dialogue Mélien

Le Dialogue Mélien se termine tragiquement, avec la décision des Méliens de ne pas se soumettre à Athènes. En conséquence, les Athéniens assiègent et détruisent Mélos, tuant tous les hommes et réduisant les femmes et les enfants en esclavage. Cet événement illustre les conséquences désastreuses de la loi du plus fort et soulève des questions sur la moralité des actions entreprises par les États dans leurs relations internationales.

Le Dialogue Mélien est un texte fondamental pour comprendre les enjeux du pouvoir et de la morale dans les relations internationales. Il met en lumière la tension entre l'idéalisme et le réalisme, ainsi que les limites des alliances et de la coopération entre États. Bien que le Dialogue Mélien ait été écrit il y a plus de deux mille ans, ses thèmes et ses leçons restent pertinents pour notre compréhension des relations internationales contemporaines. Le texte nous invite à réfléchir sur les conséquences de la loi du plus fort et à rechercher des moyens de promouvoir la justice et la coopération dans un monde dominé par les intérêts et le pouvoir.

dimanche 31 mars 2024

La calculette de la mort

La "calculette de la mort" est un algorithme développé par des chercheurs de l'Université de Copenhague au Danemark (DTU) dans le but d'améliorer la compréhension des tendances démographiques et des facteurs de risque de santé qui influencent la durée de vie.
 
En Décembre 2023, un groupe de chercheurs danois et américains a publié un texte dans la revue Nature Computational Science intitulé “Using sequences of life events to predict human lives”, pour décrire ses travaux. Ce modèle, appelé “Life2vec”, a “analysé des données – âge, santé, éducation, emploi, revenus et autres événements de la vie – de plus de 6 millions de personnes originaires du Danemark.
 
L'algorithme utilise ces données pour prédire les étapes clés de la vie d'une personne, telles que l'âge auquel elle se mariera, aura des enfants, prendra sa retraite ou décédera. Il prend en compte des facteurs tels que le sexe, l'âge, le niveau d'éducation, le statut socio-économique, le tabagisme, la consommation d'alcool, l'indice de masse corporelle et les antécédents familiaux de maladies chroniques. « Avec une très jeune cohorte de personnes âgées entre 35 et 65 ans, on essaie de prédire, en se fondant sur une période de huit ans (2008 à 2016), si la personne va mourir dans les quatre ans à venir, jusqu’en 2020. Le modèle fait ça très bien, mieux que n’importe quel autre algorithme », détaille Sune Lehmann, professeur et co-auteur de l’étude.

Cette tranche d’âge, où les décès sont habituellement peu nombreux, permet, selon les chercheurs, de vérifier la fiabilité du programme. Mais l’outil n’est pas à prêt à être utilisé par le grand public, car il comporte encore des biais. « Pour le moment, c’est un projet de recherche qui explore le champ des possibles […], on ne sait pas s’il traite tout le monde de manière égale ». Reste aussi à découvrir le rôle du temps long, des connexions sociales et de leur impact sur la prédictibilité des vies. 

  
 
Un système à la ChatGPT
 
Pour élaborer Life2vec, les scientifiques ont utilisé un modèle opératoire similaire à celui de ChatGPT. Mais au lieu de traîter des données textuelles, l’algorithme analyse les étapes de la vie telles que la naissance, les études, les prestations sociales ou encore les horaires de travail. « D’un certain point de vue, la vie n’est qu’une suite d’événements : les gens naissent, vont chez le pédiatre, vont à l’école, déménagent, se marient, etc., explique l’étude. Nous exploitons ici cette similitude pour adapter les innovations du traitement automatique du langage naturel à l’examen de l’évolution et la prévisibilité des vies humaines sur la base de séquences d’événements détaillées. »
 
« C’est un cadre très général permettant de faire des prédictions sur la vie humaine. Il peut prédire n’importe quoi à condition de disposer de données d’entraînement », explique ainsi Sune Lehmann. Selon lui, les possibilités sont infinies. L’algorithme « pourrait prédire les résultats en matière de santé. Il pourrait donc prédire la fertilité ou l’obésité, ou peut-être qui va avoir un cancer ou pas. Mais il pourrait aussi prédire si vous allez gagner beaucoup d’argent », ajoute-t-il.
 
En utilisant ces données, l'algorithme peut prédire les étapes clés de la vie d'une personne avec une précision à 78%. Les chercheurs ont souligné que l'outil n'est pas destiné à prédire la date exacte de la mort d'une personne, mais plutôt à fournir des informations sur les tendances démographiques et les facteurs de risque de santé qui peuvent influencer la durée de vie. 
 
Bien que certains aient exprimé des préoccupations éthiques quant à l'utilisation de cet outil, les chercheurs ont déclaré qu'il pourrait être utile pour aider les individus à prendre des décisions éclairées sur leur santé et leur style de vie, ainsi que pour aider les décideurs politiques à planifier les besoins futurs en matière de santé et de services sociaux. 
 
Des contrepoids aux Gafam

Pour l’universitaire, le projet présente un contrepoids scientifique aux algorithmes développés par les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) en secret. Des algorithmes de ce type sont déjà certainement utilisés dans le domaine de l’assurance, avance l’experte en éthique des données Pernille Tranberg. Avec le développement de l’intelligence artificielle, « tout s’accélère ». Le projet « montre simplement que nous avons beaucoup de données au Danemark et qu’on peut les utiliser, car nous les humains allons tous dans la même direction », ajoute la spécialiste. Et certains développeurs ont décidé d’exploiter l’idée à des fins commerciales. « Sur le Web, on voit déjà des horloges de prédiction, qui montrent l’âge qu’on va atteindre et certaines ne sont pas du tout fiables », prévient-elle.
 
Préoccupations éthiques
 
L'utilisation de la "calculette de la mort" soulève des préoccupations éthiques importantes, notamment en ce qui concerne la confidentialité, la discrimination et le déterminisme.

Tout d'abord, la collecte et l'utilisation de données personnelles sensibles telles que les antécédents médicaux et le mode de vie peuvent soulever des préoccupations en matière de confidentialité. Les individus peuvent être réticents à partager des informations personnelles en raison de préoccupations quant à la façon dont ces informations seront utilisées et protégées.

Ensuite, il y a un risque que les prédictions de l'algorithme soient utilisées pour discriminer les individus en fonction de leur espérance de vie prévue. Par exemple, les employeurs pourraient être moins enclins à embaucher des personnes dont l'algorithme prédit qu'elles auront une espérance de vie plus courte, ou les compagnies d'assurance pourraient facturer des primes plus élevées aux personnes considérées comme ayant un risque plus élevé de décès prématuré.

Enfin, il y a un risque que les prédictions de l'algorithme soient perçues comme déterministes, ce qui pourrait décourager les individus de prendre des mesures pour améliorer leur santé et leur bien-être. Les gens peuvent se sentir découragés ou résignés à leur sort prédit, plutôt que de prendre des mesures pour améliorer leur santé et leur mode de vie.

En réponse à ces préoccupations, les chercheurs ont souligné que l'outil est conçu pour fournir des informations générales sur les tendances démographiques et les facteurs de risque de santé, plutôt que des prédictions individuelles précises. Ils ont également souligné l'importance de protéger la confidentialité des données personnelles et de s'assurer que l'outil est utilisé de manière éthique et responsable.

En fin de compte, l'utilisation de la "calculette de la mort" soulève des questions importantes sur l'équilibre entre la collecte et l'utilisation de données personnelles pour améliorer la santé publique et les préoccupations éthiques liées à la confidentialité, la discrimination et le déterminisme. Il est important de poursuivre le débat sur ces questions et de s'assurer que l'utilisation de tels outils est guidée par des principes éthiques solides.

lundi 15 mai 2023

Les Incasables - Rachid Zerrouki (1992- )

Professeur des écoles, Rachid Zerrouki livre un témoignage poignant sur son expérience de professeur des écoles dans une Section d’Enseignement Général et Professionnel Adapté d’un collège marseillais. Les SEGPA sont les classes à effectif réduit dans lesquelles se retrouvent toutes sortes de profils d’enfants en grande difficulté scolaire, avec des troubles du comportement et des problèmes familiaux…  Tout ce petit monde doit vivre ensemble, progresser sous l’œil bienveillant du professeur. Comment leur faire comprendre qu’ils ne seront pas vétérinaires, astronautes ou Prix Nobel ? Comment leur faire comprendre qu’ils peuvent être de belles personnes capables de relever des défis de taille ? A travers une pièce de théâtre, des projets généreux élaborés par tout le groupe, Rachid Zerrouki nous montre qu’une classe est comme un orchestre qu’il faut guider dans l’harmonie pas à pas quotidiennement.

Enseigner à des enfants si particuliers qui n’entrent pas ou peu dans les codes et les apprentissages de l’école n’est pas simple mais donne tellement de sens au métier qu’il en est difficile de s’en extraire selon Rachid Zerrouki.

Extrait : A moi l’école a tout donné mais qu’en est-il des autres, ceux qui se présentent à elle sans héritage culturel ni prédisposition à apprendre ? Que leur propose-t-elle si ce n’est d’ajouter au poids de l’échec celui de la culpabilité ? L’ancienne société de classes accordait au moins à ceux qui étaient en bas de l’échelle la liberté d’être et de se sentir victimes d’une injustice, mais aujourd’hui la promesse républicaine d’égalité et de méritocratie portée par l’Ecole leur fait comprendre qu’ils sont les seuls responsables de leur situation. C’est un mensonge. Parmi les multitudes de chiffres qui le démontrent  on peut citer ceux-ci : 79% des enfants de cadres ou de professions intellectuelles supérieures sont diplômés du supérieur, contre 29% des enfants d’ouvriers. Partant de ce constat, certains défendent l’idée selon laquelle l’Ecole est inégalitaire par essence et non par erreur, mais la volonté d’une institution est aussi déterminée par celle des individus qui la composent, et j’ai rencontré trop d’altruisme et d’abnégation en salle des professeurs pour adhérer à un tel degré de cynisme. »

samedi 13 mars 2021

La lettre que votre adolescent ne peut pas vous écrire

« Cher parent,

Voici la lettre que je voudrais pouvoir t’écrire.

Ce conflit dans lequel nous sommes maintenant, j’en ai besoin. J’ai besoin de ce combat. Je ne peux pas l’expliquer parce que je n’ai pas le vocabulaire pour le faire et parce que, de toute façon, ce que je dirais n’aurait pas de sens. Mais j’ai besoin de ce combat. Désespérément.

J’ai besoin de te détester pour le moment, et j’ai besoin que tu y survives. J’ai besoin que tu survives au fait que je te haïsse et que tu me haïsses.

J’ai besoin de ce conflit, même si je le hais. Peu importe ce sur quoi nous sommes en conflit : heure du coucher, les devoirs, le linge sale, ma chambre en désordre, sortir, rester à la maison, partir de la maison, ne pas partir, la vie de famille, petit(e) ami(e), pas d’amis, mauvaises fréquentations. Peu importe. J’ai besoin de me battre avec toi au sujet de ces choses et j’ai besoin que tu t’opposes à moi en retour.

J’ai désespérément besoin que tu tiennes l’autre extrémité de la corde. Que tu t’y accroches fermement pendant que je tire de mon côté, que je tente de trouver des appuis dans ce nouveau monde auquel je sens que j’appartiens.

Avant, je savais qui j’étais, qui tu étais, qui nous étions. Mais maintenant, je ne sais plus.
En ce moment, je cherche mes limites et, parfois je ne peux les trouver qu’en te poussant à bout. Repousser les limites me permet de les découvrir. Alors je me sens exister, et pendant une minute je peux respirer.

Je sais que tu te rappelles l’enfant doux que j’étais. Je le sais, parce que cet enfant me manque aussi et, parfois, cette nostalgie est ce qu’il y a de plus pénible pour moi.
J’ai besoin de ce combat et de constater que, peu importe combien terribles ou exagérés sont mes sentiments, ils ne nous détruiront ni toi ,ni moi. Je veux que tu m’aimes même quand je donne le pire de moi-même, même quand il semble que je ne t’aime pas. J’ai besoin maintenant que tu t’aimes toi et que tu m’aimes moi, pour nous deux.

Je sais que ça craint de ne pas être aimé et d’être étiqueté comme étant le méchant. Je ressens la même chose à l’intérieur mais j’ai besoin que tu le tolères et que tu obtiennes de l’aide d’autres adultes. Parce que, moi, je ne peux pas t’aider pour le moment. Si tu veux te réunir avec tes amis adultes et former un « groupe de soutien pour survivre à la fureur de votre adolescent », c’est ok pour moi. Ou parler de moi derrière mon dos, je m’en fiche. Seulement ne m’abandonne pas. N’abandonne pas ce combat. J’en ai besoin.

C’est ce conflit qui va m’apprendre que mon ombre n’est pas plus grande que ma lumière. C’est ce conflit qui va m’apprendre que des sentiments négatifs ne signifient pas la fin d’une relation. C’est ce conflit qui va m’apprendre à m’écouter moi-même, quand bien même cela pourrait décevoir les autres.
Et ce conflit particulier prendra fin. Comme tout orage, il se calmera. Et je vais l’oublier, et tu l’oublieras. Et puis il reviendra. Et j’aurai besoin que tu t’accroches de nouveau à la corde. J’en aurai besoin encore et encore, pendant des années.

Je sais qu’il n’y a rien de satisfaisant pour toi dans ce rôle. Je sais que je ne te remercierai jamais probablement pour ça, ou même que je ne reconnaîtrai jamais le rôle que tu as tenu. En fait, pour tout cela, je vais probablement te critiquer. Il semblera que rien de ce que tu ne fais ne soit jamais assez. Et pourtant, je m’appuie entièrement sur ta capacité à rester dans ce conflit. Peu importe à quel point je m’oppose, peu importe combien je boude. Peu importe à quel point je m’enferme dans le silence.
S’il te plaît, accroche-toi à l’autre extrémité de la corde. Et sache que tu fais le travail le plus important que quelqu’un puisse faire pour moi en ce moment.

Avec amour, ton adolescent. »


Gretchen Schmelzer est une psychologue américaine. Afin d’expliquer aux parents ce que leurs enfants ressentent, elle a imaginé une lettre : « La lettre que votre adolescent ne peut pas vous écrire. »

Cette lettre, beaucoup de parents aimeraient la recevoir. Mais cela n’arrivera probablement jamais. Telles sont les terribles règles du jeu de l’adolescence. Mais c’est précisément ce qui rend ce courrier imaginaire aussi utile, et percutant…

samedi 13 février 2021

Les Trois Portes de la Sagesse

Un Roi avait pour fils unique un jeune Prince courageux, habile et intelligent. Pour parfaire son apprentissage de la Vie, il l’envoya auprès d’un Vieux Sage.

– Éclaire-moi sur le Chemin de la Vie, demanda le Prince.

– Mes paroles s’évanouiront comme les traces de tes pas dans le sable, répondit le Sage. Cependant je veux bien te donner quelques indications. Sur ta route, tu trouveras trois portes. Lis les préceptes inscrits sur chacune d’elles. Un besoin irrésistible te poussera à les suivre. Ne cherche pas à t’en détourner, car tu serais condamné à revivre sans cesse ce que tu aurais fui. Je ne puis t’en dire plus. Tu dois éprouver tout cela dans ton coeur et dans ta chair. Va, maintenant. Suis cette route, droit devant toi.

Le Vieux Sage disparut et le Prince s’engagea sur le Chemin de la Vie. Il se trouva bientôt face à une grande porte sur laquelle on pouvait lire:

                                                 “Change le Monde.”

C’était bien là mon intention, pensa le Prince, car si certaines choses me plaisent dans ce monde, d’autres ne me conviennent pas.

Et il entama son premier combat. Son idéal, sa fougue et sa vigueur le poussèrent à se confronter au monde, à entreprendre, à conquérir, à modeler la réalité selon son désir. Il y trouva le plaisir et l’ivresse du conquérant, mais pas l’apaisement du coeur. Il réussit à changer certaines choses, mais beaucoup d’autres lui résistèrent.

Bien des années passèrent. Un jour, il rencontra le Vieux Sage qui lui demanda:

– Qu’as-tu appris sur le chemin ?

– J’ai appris, répondit le Prince, à discerner ce qui est en mon pouvoir et ce qui m’échappe, ce qui dépend de moi et ce qui n’en dépend pas.

– C’est bien, dit le Vieil Homme. Utilise tes forces pour agir sur ce qui est en ton pouvoir. Oublie ce qui échappe à ton emprise. Et il disparut.

Peu après, le Prince se trouva face à une seconde porte. On pouvait y lire:

                                                 “Change les Autres.”

C’était bien là mon intention, pensa-t-il . Les autres sont source de plaisir, de joie et de satisfaction mais aussi de douleur, d’amertume et de frustration.

Et il s’insurgea contre tout ce qui pouvait le déranger ou lui déplaire chez ses semblables. Il chercha à infléchir leur caractère et à extirper leurs défauts. Ce fut là son deuxième combat. Bien des années passèrent.

Un jour, alors qu’il méditait sur l’inutilité de ses tentatives de vouloir changer les autres, il croisa le Vieux Sage qui lui demanda:

– Qu’as-tu appris sur le chemin ?

– J’ai appris, répondit le Prince, que les autres ne sont pas la cause ou la source de mes joies et de mes peines, de mes satisfactions et de mes déboires. Ils n’en sont que le révélateur ou l’occasion. C’est en moi que prennent racine toutes ces choses.

– Tu as raison, dit le Sage. Par ce qu’ils réveillent en toi, les autres te révèlent à toi-même. Sois reconnaissant envers ceux qui font vibrer en toi joie et plaisir. Mais sois-le aussi envers ceux qui font naître en toi souffrance ou frustration, car à travers eux la Vie t’enseigne ce qui te reste à apprendre et le chemin que tu dois encore parcourir.

Et le Vieil Homme disparut. Peu après, le Prince arriva devant une porte où figuraient ces mots

                                                    ”Change-toi toi-même.”

Si je suis moi-même la cause de mes problèmes, c’est bien ce qui me reste à faire, se dit-il. Et il entama son troisième combat. Il chercha à infléchir son caractère, à combattre ses imperfections, à supprimer ses défauts, à changer tout ce qui ne lui plaisait pas en lui, tout ce qui ne correspondait pas à son idéal.

Après bien des années de ce combat où il connut quelque succès mais aussi des échecs et des résistances, le Prince rencontra le Sage qui lui demanda:

– Qu’as-tu appris sur le chemin ?

– J’ai appris, répondit le Prince, qu’il y a en nous des choses qu’on peut améliorer, d’autres qui nous résistent et qu’on n’arrive pas à briser.

– C’est bien, dit le Sage.

– Oui, poursuivit le Prince, mais je commence à être las de me battre contre tout, contre tous, contre moi-même. Cela ne finira-t-il jamais ? Quand trouverai-je le repos ? J’ai envie de cesser le combat, de renoncer, de tout abandonner, de lâcher prise.

– C’est justement ton prochain apprentissage, dit le Vieux Sage. Mais avant d’aller plus loin, retourne-toi et contemple le chemin parcouru. Et il disparut.

Regardant en arrière, le Prince vit dans le lointain la troisième porte et s’aperçut qu’elle portait sur sa face arrière une inscription qui disait:

                                                  “Accepte-toi toi-même.”

Le Prince s’étonna de ne point avoir vu cette inscription lorsqu’il avait franchi la porte la première fois, dans l’autre sens.
– Quand on combat, on devient aveugle se dit-il.

Il vit aussi, gisant sur le sol, éparpillé autour de lui, tout ce qu’il avait rejeté et combattu en lui: ses défauts, ses ombres, ses peurs, ses limites, tous ses vieux démons. Il apprit alors à les reconnaître, à les accepter, à les aimer. Il apprit à s’aimer lui-même sans plus se comparer, se juger, se blâmer.

Il rencontra le Vieux Sage qui lui demanda:

– Qu’as-tu appris sur le chemin ?

– J’ai appris, répondit le Prince, que détester ou refuser une partie de moi, c’est me condamner à ne jamais être en accord avec moi-même. J’ai appris à m’accepter moi-même, totalement, inconditionnellement.

– C’est bien, dit le Vieil Homme, c’est la première Sagesse. Maintenant tu peux repasser la troisième porte.

À peine arrivé de l’autre côté, le Prince aperçut au loin la face arrière de la seconde porte et y lut:

                                                   “Accepte les Autres.”

Tout autour de lui il reconnut les personnes qu’il avait côtoyées dans sa vie. Celles qu’il avait aimées et celles qu’il avait détestées. Celles qu’il avait soutenues et celles qu’il avait combattues. Mais à sa grande surprise, il était maintenant incapable de voir leurs imperfections, leurs défauts, ce qui autrefois l’avait tellement gêné et contre quoi il s’était battu.

Il rencontra à nouveau le Vieux Sage.

– Qu’as-tu appris sur le chemin ? demanda ce dernier.

– J’ai appris, répondit le Prince, qu’en étant en accord avec moi-même, je n’avais plus rien à reprocher aux autres, plus rien à craindre d’eux. J’ai appris à accepter et à aimer les autres totalement, inconditionnellement.

– C’est bien, dit le Vieux Sage. C’est la seconde Sagesse. Tu peux franchir à nouveau la deuxième porte. Arrivé de l’autre côté, le Prince aperçut la face arrière de la première porte et y lut:

                                                    “Accepte le Monde.“

Curieux, se dit-il, que je n’aie pas vu cette inscription la première fois.

Il regarda autour de lui et reconnut ce monde qu’il avait cherché à conquérir, à transformer, à changer. Il fut frappé par l’éclat et la beauté de toute chose. Par leur Perfection. C’était pourtant le même monde qu’autrefois. Était-ce le monde qui avait changé ou son regard ?

Il croisa le Vieux Sage qui lui demanda:

– Qu’as-tu appris sur le chemin ?

– J’ai appris, dit le Prince, que le monde est le miroir de mon âme. Que mon âme ne voit pas le monde, elle se voit dans le monde. Quand elle est enjouée, le monde lui semble gai. Quand elle est accablée, le monde lui semble triste. Le monde, lui, n’est ni triste ni gai. Il est là, il existe, c’est tout. Ce n’était pas le monde qui me troublait, mais l’idée que je m’en faisais. J’ai appris à l’accepter sans le juger, totalement, inconditionnellement.

– C’est la troisième Sagesse, dit le Vieil Homme. Te voilà à présent en accord avec toi-même, avec les autres et avec le Monde.

Un profond sentiment de Paix, de Sérénité, de Plénitude envahit le Prince. Le Silence l’habita.

– Tu es prêt, maintenant, à franchir le Dernier Seuil, dit le Vieux Sage, celui du passage du Silence de la Plénitude à la Plénitude du Silence.

Et le Vieil Homme disparut.


Charles Brulhart   /  Décembre 1995  Metafora.ch

samedi 2 mars 2019

Qu'est ce que l'Humain ? 2-4

Une longue tradition philosophique construit le concept d’humanité en opposition à celui d’animalité. Seule créature à posséder la raison et le langage, il est également le seul à pouvoir se représenter sa propre fin, ce qui confère à l’Homme une dignité particulière.

Toutefois, par sa capacité d’être libre, l’Homme reste difficile à cerner. Trouver une définition impliquerait de pouvoir effectuer une synthèse par laquelle on caractériserait ce qui, en l’être humain, resterait toujours identique à lui-même. Chaque tentative de définition de l’Homme charrie son lot de croyances morales et d’idéologies politiques, d’autant plus puissantes qu’elles semblent soutenues par les certitudes scientifiques de leur époque.

Les représentations artistiques de l’homme au fil de l’histoire

Les premières représentations d’Hommes datent de la préhistoire. Se pensant lui-même comme un être ayant des besoins primaires (se nourrir, se reproduire), l’Homme a très vite conscience de l’inéluctabilité de sa propre mort. 

L’Antiquité voit apparaitre des représentations plus étoffées : Alors qu’en Egypte l’homme est représenté comme un être social, avec une religion, des croyances, des mythes et des superstitions, la Grèce s’attache à représenter l’Homme suivant des canons esthétiques qui définissent les proportions idéales du corps.

La Renaissance marque l’émancipation des pouvoirs de l’Eglise en vigueur au Moyen-âge. Léonard de Vinci avec l’Homme de Vitruve, place de façon symbolique et universelle l’Homme au centre du cosmos, microcosme au cœur du macrocosme.

A l’occasion des progrès scientifiques réalisés au XXème siècle, l’homme est  amené à ajuster la représentation qu’il se fait de lui-même. Les sondes Pioneer sont porteuses d’un message de paix rédigé à l’intention d’intelligences extra-terrestres. Il est édifiant de noter que ce message formulant une représentation de l’Homme s’appui sur des données anthropologiques et biochimiques. De même, le message des Sondes Voyager ou celui émis par le radiotélescope d’Arecibo reprennent ces données anthropologiques en y incluant des données génétiques et culturelles.

Il existe une étonnante similitude de démarche, entre cet Homme de Vitruve et les messages des programmes spatiaux : tous cherchent à définir l’Humain, et la place qu’il occupe dans l’Univers. Il est intéressant de constater que L’Homme est finalement le seul être vivant qui s’essaye au périlleux exercice de se définir lui-même…

L’Humain, animal rationnel ou animal spirituel ?

D’après Aristote, l’homme est un animal qui par nature doit exercer au mieux son intellect et sa raison. C'est par la conscience du juste et de l'injuste que l'homme de distingue des animaux sociaux. Toutefois le philosophe est conscient des limites cognitives de la raison humaine, ainsi que de la force des passions.

Blaise Pascal ne croit pas que la raison puisse gouverner efficacement les passions. Il discerne plutôt entre les deux ennemies une lutte sans merci et sans trêve. L’Homme est un animal toujours divisé et contraire à lui-même. Le philosophe émet l’hypothèse que l’Humain a perdu sa nature originelle, pour en avoir une pareille à celle des animaux. C’est par la spiritualité qui cherche à retrouver sa condition perdue.
 
L’Humain, un être porteur de dignité


Si l’Homme n’est pas en adéquation avec sa nature, c’est peut-être simplement parce qu’il est libre. C’est par ses seuls choix qu’il souscrit aux exigences de la morale, ou s’y soustrait. C’est cette capacité de s’élever par liberté au dessus de ses penchants animaux qui donne à l’Homme sa dignité.
L’homme apparait comme un être perfectible. Il a la nécessité et la responsabilité de s’accomplir, de se réaliser. Au "Connais-toi toi-même" de Socrate, répond le "Deviens qui tu es" de Nietzsche…

Conclusion

C’est toujours au nom de ce qu’est l’Homme ou de ce qu’il doit être que l’on prescrit ce qu’il faut faire et ne pas faire. L’idée d’humanité est donc le lieu de toutes les confusions et l’enjeu de toutes les querelles de légitimité.

samedi 23 février 2019

Qu’est ce que l’Humain ? 1-4


                               

Qu’est ce que l’Humain ?
Livre de Jean-Didier Vincent, Pascal Picq, 
et Michel Serres
 
Editions Le Pommier
 
Ce livre reprend les propos des trois discours prononcés le 15 septembre 2002 lors du banquet d’ouverture du collège de la Cité des sciences et de l’industrie. 
 
Deux savants assez philosophes, Jean-Didier Vincent et Pascal Picq, et un philosophe assez savant, Michel Serres se sont exprimés pour répondre à une même question : Qu’est ce que l’Humain.



L’homme, interprète passionné du monde
Jean-Didier Vincent, neurobiologiste, professeur à la faculté de médecine de Paris-Sud et directeur de l’institut de neurobiologie Alfred-Fessard du CNRS.


L’homme est un animal qui se prend pour un homme. L’homme se nourrit de l’homme. Il ne peut être homme que parce qu’il y a l’autre, les autres hommes, voire l’autre de l’autre, le grand Autre, c'est-à-dire Dieu. C’est la grande différence entre l’homme et l’animal.

La reconnaissance entre les hommes se fait principalement dans le « partage » émotionnel et cognitif. Rousseau parle de pénétration réciproque. Chez les primates, la taille des groupes est liée à leurs capacités d’échanges affectifs. Alors que chez les singes, ces échanges affectifs s’appellent le grooming (épouillage, léchage, etc.), l’homme quand a lui utilise le langage.

Grâce au langage, outil hyper perfectionné pour manipuler les autres, avec du symbolique, l’Homme se socialise. Chez les humains, le chef est d’abord celui qui parle. L’homme parle pour convaincre les autres. La société humaine est fondée essentiellement sur des liens entretenus par le langage.

On a souvent dit que la culture est le propre de l’homme, mais la transmission sociale existe aussi chez les singes. Simplement chez l’homme le phénomène est extraordinairement amplifié.

L’homme est le plus individualiste de tous les animaux. Un individu social extrême. Il est le produit de sa propre histoire, c’est un individu singulier qui vit avec les autres.

L’homme est un autre pour soi. Il a la possibilité de vivre l’acte de l’autre. Il partage des représentations et met en commun avec les autres hommes des émotions fondamentales comme le désir, le plaisir, la souffrance.

L’homme se construit sur l’affect, le partage et échange avec l’affect de l’autre, suivant le principe d’une mise en réseau. Il constitue et appartient à une société basée sur l’affect.


L’homme c’est l’altérité. La première altérité, c’est le face à face homme-femme. Le corps de la femme est devenu (mais cela remonte à la préhistoire) un pur objet érotique. Dans le couple humain, il y en a donc un qui s’offre en permanence au désir de l’autre. Vivre en société implique obligatoirement d’introduire un ordre, sans lequel tout le monde forniquerait avec tout le monde.

L’une des origines du développement de la culture, dont l’outil principal est le langage, est le sexe. L’homme et la femme doivent tempérer leurs désirs, d’où les tabous de l’inceste, d’où les interdictions sociales qui sont essentiellement d’ordre sexuel, et le pouvoir exorbitant, monstrueux, de l’homme, le guerrier qui fait saigner les autres, alors que la femme saigne. C’est de l’ordre du sexuel.

Qu’est ce que l’homme ? Un sexe avec un gros cerveau !

A delà de cette caricature, le cerveau de l’être humain pèse 1,5 kg et joue un rôle prépondérant. Il faut à peu près 16 ans pour que le cerveau se construise, période pendant laquelle il fabrique massivement des neurones et des synapses. Toutefois, le cerveau continue à fabriquer des neurones jusqu’à 70 à 80 ans. Ainsi l’homme construit son monde, mais aussi celui des autres et se dote de représentations.

L’évolution de la taille de notre cerveau est probablement un « miracle » de la sélection génétique qui a fait qu’à un moment de l’évolution, quelques gènes se sont exprimés la où ils ne devaient pas l’être. Les aires associatives du cerveau se sont hypertrophiées, et sont devenu fonctionnelles.

Toutefois, en contrepoids de ce qui vient d’être dit, le poids du cerveau est loin de tout expliquer. Un homme aphasique, totalement paralysé, qui a perdu plus d’un quart de son cerveau n’en demeure pas moins un homme…

Il y a donc, dans ce qui caractérise l’homme,  un produit de l’évolution de ses gènes, mais il y a aussi autre chose qui est de l’ordre du mystère, qui se passe au niveau de la psyché, de l’âme.

L’âme, est l’organe le plus résistant de l’animal humain, résistant à l’excès de haine, ou a l’excès d’amour.

dimanche 1 mai 2016

Donner

"Il est plus doux de donner que de recevoir."
Epicure

"Si tu ne donnes plus, tu n'as rien donné."
Antoine de Saint-Exupery

"Et si l’on peut te prendre ce que tu possèdes, qui peut te prendre ce que tu donnes ? "
Antoine de Saint-Exupery

"Quand tu donnes tu perçois plus que tu ne donnes, car tu n'étais rien et tu deviens. "
Antoine de Saint-Exupery 

"Il faut exiger de chacun ce que chacun peut donner. "
Antoine de Saint-Exupery  


samedi 10 octobre 2015

L'image de l'Homme

mercredi 15 juillet 2015

Les avantages du désencombrement matériel

« Lorsque nous ne pouvons plus choisir, nous encombrons »
Dominique Loreau (1)

Pourquoi accumulons-nous ?

Un constat s'impose ; nous possédons trop. Mais qu'est-ce qui nous pousse à consommer ainsi? D'après le sociologue Gilles Lipovetsky2,  « nous achetons pour compenser les incertitudes de l'avenir», Nos actes de consommation seraient donc régis par des peurs, comme celles de connaître le chômage ou la précarité par exemple, Observons notre logement: sommes-nous rassurés sur notre futur en vivant au milieu de tous nos biens ? Non ! Il est donc peut-être temps de prendre conscience que nos achats ne rassurent que les industriels et les distributeurs… 

Prendre conscience du superflu

Regardons les objets qui nous entourent. Lesquels avons-nous acquis de façon consciente ? Lesquels aimons-nous vraiment ? En nous questionnant ainsi sur chacune de nos possessions, nous pouvons mettre en lumière nos comportements et nos motivations. Nous pouvons, par exemple avoir cédé à des achats quasi compulsifs, pour nous faire plaisir à un moment donné. Ces petites babioles qui traînent sur nos étagères ne nous rappellent-elles pas un passage à vide, où, pour compenser un manque, nous avons cédé à toute une série d'achats inutiles ? Outre l'acte d'achat, nous devons nous interroger sur la conservation des objets.
Pourquoi les gardons-nous ? Nous rassurent-ils ? En nous questionnant, nous prenons conscience des objets superflus. Nous apprenons, dans le même temps, à mieux nous connaître, en définissant ce qui est important et ce qui est accessoire.


S'organiser et faire des choix

Comme le souligne Dominique Loreau « la véritable cause du désordre est l’excès de possessions ». En désencombrant notre habitation, nous avons plus de facilité à trouver les objets. Nous voulons déboucher une bouteille de vin ? Pas de problème. Le tire-bouchon a sa place, dans le deuxième tiroir de la cuisine, dans un compartiment spécifique. Et, lorsque nous ouvrons le tiroir, il est visible immédiatement. Aucun autre objet ne vient encombrer cet espace. Cet exemple se décline avec tout ce que nous possédons, parce que nous avons, au préalable, défini nos besoins véritables. Et nos gestes sont plus précis car ils ne sont plus gênés par le fouillis. 

Nous pouvons ainsi modifier nos habitudes. Rangeons au fur et à mesure, sans empiler les choses. Cet ordre permanent procure calme et détente. De la même façon, faisons des choix. Définissons ce qu’il nous faut, en fonction de nos besoins : si nous voulons laver le carrelage, nous ne devons pas avoir à choisir entre cinq produits ! Un seul doit être destiné à cette fonction. Il n’est pas nécessaire non plus d’accumuler des tas d’échantillons puisque ils finissent, de toute façon, à la poubelle ! 

Davantage de propreté

Le fait de posséder moins permet de mieux entretenir, puisque les objets sont désormais accessibles. C’est un avantage précieux, car vivre dans un endroit propre et net clarifie les idées. Notre mental est comme dépoussiéré et aéré. L’effet est très bénéfique.
Le ménage perd ses allures de corvée. Il s’effectue aisément et rapidement puisque tout est à notre portée. Nous pouvons même en ressentir de la satisfaction et de la fierté. N’est-il pas agréable de vivre dans un lieu toujours propre ? Ne ressentons-nous pas un réel bien-être ? Nos espaces ne sont-ils pas plus jolis, plus lumineux ?

Davantage d’énergie

Le désencombrement permet également aux énergies de circuler. Cette considération est propre au Feng Shui, dont nous reparlerons un peu plus loin. Éliminer tout ce qui est superflu permet de purifier l’espace. Il est facile de constater la manière dont nos possessions peuvent nuire à notre psychisme. La matière aspire l’énergie. Trop d’objets, trop de meubles, cela engendre de la fatigue. Nous « déprimons » et sommes souvent incapables d’envisager l’avenir. Nous n’arrivons plus à avancer. En nous séparant de nos possessions superflues, nous permettons à l’énergie de circuler à nouveau et de retrouver de bonnes vibrations. Du coup, nous regagnons en vitalité.

Davantage de belles choses

En nous désencombrant de l’inutile, nos espaces respirent. La clarté règne et nous pouvons, de ce fait, mettre les objets que nous aimons en valeur. Une étagère presque nue fait ressortir un bel objet que nous aimons particulièrement. Lorsqu’il est isolé, il est comme exposé et mis en avant. L’œil est immédiatement attiré par sa présence. Nous pouvons de cette façon avoir un intérieur beaucoup plus esthétique. Il ne s’agit pas de vivre pauvrement, mais, au contraire, de savoir nous entourer de choses qui nous plaisent.

Davantage de bien-être

En nous débarrassant du superflu, nous ne subissons plus notre environnement et nous pouvons ressentir un réel bien-être. Nous habitons dans un lieu qui nous plaît et où nous nous sentons en harmonie. Nous l’avons respecté, de même que nous avons prêté attention à notre nature. Il est aménagé selon notre personnalité et il nous ressemble.

(1) Dominique Loreau, L’Art de l’essentiel. Ed. J’ai Lu, 2009. 
(2) Gilles Lipovetsky, Le Bonheur paradoxal. Essai sur la société d’hyperconsommation. Ed. Gallimard, 2006.


Synthèse

Un ordre retrouvé
En désencombrant nos intérieurs, nous prenons plaisir à vivre dans un endroit ordonné et rangé. L’ordre procure bien-être et calme. Il apaise. Un intérieur clair et ordonné agit de la même façon sur notre psychisme.

La circulation des énergies
Lorsque nous vivons dans un lieu avec peu de meubles et d’objets, les énergies circulent librement. Nous sommes de bonne humeur et allons de l’avant. En revanche, un lieu encombré est pesant. Il nous démoralise et nous nous y sentons fatigués.

Une vie plus facile
Lorsque nous choisissons de désencombrer notre habitation, nos gestes quotidiens sont facilités. Nous retrouvons tous les objets en un clin d’œil. En allégeant nos logements, nous simplifions notre vie. Tout est plus simple et nous faisons des choix plus rapidement.

Un gain de propreté
Vivre dans un lieu plus allégé permet de le nettoyer en profondeur. Quand nos étagères courbaient sous le poids des livres, il était difficile de faire la poussière correctement. Aujourd’hui, parce que nous avons éliminé les trois quarts de nos lectures, nous pouvons même passer un coup de chiffon régulièrement.

Extrait de "Simplifier sa vie"  - Les dossiers de psycho n°3 - Décembre 2010 

jeudi 2 juillet 2015

Parlez nous du don - Khalil Gibran (1883-1931)

 
Alors un homme riche dit, parlez-nous du don.
Et il répondit:

Vous ne donnez que peu lorsque vous donnez de vos biens.
C’est lorsque vous donnez de vous-même que vous donnez réellement.
Car que sont vos biens sinon des choses que vous conservez par crainte d’en avoir besoin demain?
Et demain, qu’apportera demain au chien trop prudent cachant des os dans le sable mouvant alors qu’il suit les pèlerins vers la ville sainte?
Et qu’est la peur de la misère, sinon la misère elle même?
Et la crainte de la soif devant votre puits plein, n’est elle pas déjà la soif inextinguible?
Il en est qui donnent peu de l’abondance qu’ils ont – et ils donnent pour susciter la reconnaissance, et leur désir secret corrompt leur don.
Il en est qui ont peu et qui le donnent entièrement.
Ceux-ci croient en la vie et dans la bonté de la vie, et leur coffre n’est jamais vide.
Il en est qui donnent avec joie, et cette joie est leur récompense.
Il en est qui donnent avec douleur, et cette douleur est leur baptême.
Il en est qui donnent et ne ressentent ni joie ni douleur et ne sont pas conscient de leur vertu ;
Ils donnent comme dans la vallée là-bas le myrte exhale son parfum dans l’espace.
Par les mains de tels êtres, Dieu parle, et à travers leur regard Il sourit à la terre.
Il est bien de donner lorsqu’on est sollicité, mais il est mieux de donner sans être sollicité, par compréhension ;
Et pour les généreux, rechercher ceux qui recevront est une joie plus grande que le don.
Et est il une chose que vous voudriez refuser?
Tout ce que vous avez sera donné un jour ;
Donnez donc maintenant afin que la saison de donner soit vôtre et non celle de vos héritiers.
Vous dites souvent : « je donnerai mais seulement à ceux qui le méritent. »
Les arbres de vos vergers ne parlent pas ainsi, ni les troupeaux dans vos pâturages.
Ils donnent afin de vivre, car retenir c’est périr.
Sûrement celui qui est digne de recevoir ses jours et ses nuits, est digne de tout recevoir de vous.
Et celui qui est digne de boire à l’océan de la vie mérite de remplir sa coupe à votre ruisselet.
Et y a t-il mérite plus grand que celui qui réside dans le courage et la confiance, oui, dans la charité de recevoir?
Et qui êtes vous pour que les hommes se déchirent la poitrine et se dépouillent de leur fierté, de sorte que vous puissiez voir leur dignité mise à nu et leur fierté exposée?
Voyez d’abord à mériter vous-même d’être donneur et instrument du don.
Car en vérité, c’est la vie qui donne à la vie – alors que vous, qui vous imaginez être donneurs, n’êtes en réalité que témoins.
Et vous qui recevez, et vous recevez tous, n’assumez aucune charge de gratitude, de crainte d’imposer un joug à vous-même et à celui qui donne.
Élevez-vous plutôt avec celui qui donne, prenant ses dons comme si c’étaient des ailes ;
Car être trop soucieux de votre dette, c’est douter de sa générosité qui a la terre magnanime pour mère et Dieu pour père.

Khalil Gibran, Le Prophète (1923)

Écrit en anglais, le Prophète est une œuvre poétique faite d’aphorismes et de paraboles, livrés par un prophète en exil sur le point de partir. Aux grandes questions de la vie, celui-ci livre au peuple qui l’a accueilli pendant douze ans des réponses simples et pénétrantes. Des thèmes universels sont abordés, mais le fil conducteur reste l’amour.

Le Prophète est parfois lu à l’occasion de mariages, essentiellement aux États-Unis. À côté des grandes questions de la vie pratique, comme le mariage ou les enfants, le lecteur découvre la connaissance de soi et la religion, conçue ici comme universelle. Ainsi, ce qui fait le succès du Prophète est son universalisme, apte à en faire le livre de chevet de tout un chacun, emportant l’adhésion par de grandes valeurs comme la liberté, l’amour, le respect de l’autre. En cela, le Prophète est un écrit totalement humaniste.



Khalil Gibran (1883-1931)
Gibran Khalil Gibran figure en bonne place parmi les poètes et peintres issus du Moyen-Orient, grâce notamment à son recueil: Le Prophète. Né au Liban (1883 à Bcharré - 1931 à New York), il a ensuite séjourné en Europe et surtout aux États-Unis où il a passé la majeure partie de sa vie. Chrétien catholique de rite maronite, son Église jugera hérétique son troisième livre, Esprits rebelles (l’appel du prophète), qui sera brûlé en place publique par le pouvoir ottoman en 1908. On l'a souvent comparé à William Blake, et il est appelé par l’écrivain Alexandre Najjar le "Victor Hugo libanais".

1883: Naissance du poète et peintre libanais à Bcharré, village situé dans la "Vallée Sainte" avoisinant les forêts de grands cèdres. Il est baptisé dans la religion chrétienne maronite dont était issue sa mère. Il reçoit son enseignement primaire en arabe et en syriaque.
       
1895: Il émigre aux États-Unis en compagnie de sa mère, son frère et de ses deux sœurs pour s'établir à Boston et ouvrir une épicerie
   
1897: De retour au Liban, il s'installe à Beyrouth pour suivre les cours de la fameuse école de la Sagesse al-Hikmat où l'histoire des religions et le droit international lui sont enseignés.
   
1901: Une série de voyages en Grèce, en Italie et en Espagne le conduisent à Paris où pendant deux années il étudie la peinture et achève son livre Les Esprits Rebelles: cette œuvre protestataire, mal reçue par les autorités turques, est brûlée publiquement.
       
1903: Gibran est rappelé à Boston où décèdent sa mère, son frère et une de ses sœurs de la tuberculose. C'est dans un état de détresse et de détachement qu'il entame une version anglaise du Prophète, œuvre dont il avait déjà esquissé les grandes lignes en arabe dès l'âge de quinze ans et qu'il travaillera jusqu'en 1923.
   
1904: Le quotidien new-yorkais Al-Muhajir, publié en langue arabe, diffuse ses poèmes, récits et essais; ils seront par la suite rassemblés dans le recueil Larmes et Sourires (1914).

1908: Un séjour de deux ans à Paris lui permet d'étudier à l'Académie des beaux arts et de rencontrer de nombreux artistes : Rodin, Debussy, Maeterlinck, Rostand
       
1910: Gibran se fixe définitivement à New York : sa renommée mondiale ne cessera de croître.
   
1916: "Mon peuple est mort", cette citation résume son engagement pour son pays natal qu'il soutient dans sa lutte contre le joug ottoman et la famine.

1920: Gibran est à la tête de "Al-rabiat al-qalamiyyat", cercle littéraire réunissant l'élite du monde arabe émigré aux États-Unis.
       
1923: Publication et succès immédiat de son œuvre longuement mûrie et remaniée : Le Prophète. A son grand regret, sa santé détériorée ne lui permet pas un retour en orient.

1928: Suite à des problèmes de santé, il cherche refuge dans l’alcool, ce qui aggrave son état peu à peu.

1931: Mort le 10 avril dans un hôpital de New York, d’un cancer du foie. Son corps est rapatrié, comme il l’avait demandé, dans le monastère Mar Sarkis, non loin de Bcharré.

lundi 16 février 2015

La possibilité d'être humain (documentaire) - Pablo Girault, Thierry Kruger

La possibilité d'être humain (2013) -  P. Girault, T. Kruger
Après Sous les pavés, la Terre, Thierry Kruger et Pablo Girault, partent à la rencontre de militants, activistes, sociologues, philosophes, artistes, d'hommes qui témoignent, dans leurs environnements, de leurs conceptions de la société postmoderne. Des témoignages pour la recherche d'un nouvel ordre mondial, enfin à la hauteur des valeurs d'égalité et de fraternité prônées par notre société.On ne peut combattre la crise qui ronge notre économie avec les mêmes idées qui l'ont nourrie. Et si la décroissance était la réponse au retour à une vie prospère ? La Possibilité d'être humain propose une alternative à la société consumériste, le règne de l'argent et l'exploitation des travailleurs. Un film engagé, qui redonne foi en l'humanité.

A travers l’art et les outils primitifs, nous découvrons les prémices de l’humanité. Puis le film, à l’instar de notre société moderne, opère un basculement : l’agriculture et son évolution, la révolution industrielle et la nouvelle ère techno-scientiste. Derrière la technique et les machines nous entrevoyons le travail, notamment le salariat intimement lié à la (sur)consommation.

Quelle est la place du travail ? L’argent est-il encore un moyen ? Le consumérisme est-il indissociable de notre monde ? L’écologie sincère peut-elle faire le poids face au greenwashing?

Un « docutopique » sur la société postmoderne par les auteurs de Sous les pavés, la terre !

« Lorsque l’Homme se résigne à ne plus être à la mesure de son monde, il se dépossède de toute mesure. » Jacques Ellul

 "La Décroissance c'est le vital pour tous, saupoudrée de superflu nécessaire"

"Je pourrais vous démontrer que "croissance" ça n'a rien à voir avec "emploi" si on ne se pose pas la question : qu’est-ce que l’on fait croître ? Les écoles, les maternités, les hôpitaux, les bibliothèques, les objets solides et qui durent, les maisons pas chères et qui produisent leur propre énergie, la nourriture sans pesticides ni antibiotiques ? Ou est-ce que l'on veut vraiment plus de prisons, d'armes, d'argent pour les gens déjà riches, de pollution, de déchets, de cancers, augmenter le coût de la vie avec les carburants ou les modes de productions de l'électricité... "Thierry Kruger 

Avec la participation de :

Raoul Vaneigem, écrivain, philosophe, révolutionnaire
Paul Ariès, politologue, écrivain, intellectuel de référence du courant de la Décroissance et de l’écologie politique
Hélios Azoulay, compositeur
Peter Moore, activiste québécois
Peter Owen Jones, pasteur anglican et producteur
Alain Deneault, docteur en Philosophie
Marc Luyckx Ghisi, prospectiviste, conseiller européen,
Éric Pétetin, dit L’Indien, activiste français
Naïm Bornaz, rappeur décroissant
Enric Duran, dit Le Robin des banques, activiste espagnol
François Jarrige, chercheur en Histoire contemporaine
Noël Godin, dit L’Entarteur, activiste belge
Emir Kusturica, cinéaste, acteur et musicien
Béta Simon, chanteur de reggae ivoirien
Marc Dufumier, ingénieur agronome
Jean-Didier Vincent, neuropsychiatre et neurobiologiste

samedi 5 juillet 2014

De la nécessité du changement...intérieur

Si tu veux rétablir l’ordre dans le monde, tu dois d’abord rétablir l’ordre dans ton pays. 
Si tu veux rétablir l’ordre dans ton pays, tu dois d’abord rétablir l’ordre dans les provinces. 
Si tu veux rétablir l’ordre dans les provinces, tu dois d’abord rétablir l’ordre dans les villes. 
Si tu veux rétablir l’ordre dans les villes, tu dois d’abord rétablir l’ordre dans les familles. 
Si tu veux rétablir l’ordre dans les familles, tu dois d’abord rétablir l’ordre dans ta famille. 
Si tu veux rétablir l’ordre dans ta famille, tu dois d’abord rétablir l’ordre en toi-même. 

Moralité : tout changement doit commencer par soi-même.



Lorsque nous regardons, le plus objectivement possible, la situation actuelle de l’humanité sur la planète Terre, le constat auquel nous arrivons n’est pas des plus jolis et notre première réaction est habituellement de vouloir « changer le monde » : créer des pétitions, écrire aux ministres, organiser des manifestations, sensibiliser, etc.

Très rarement pensons-nous à regarder dans le miroir pour comprendre pourquoi la situation globale est ainsi. Nous investirons sans problème temps et argent à tenter de corriger certaines « injustices » ou certaines lacunes du système actuel, mais il nous vient rarement à l’idée d’investir autant d’énergie à s’observer soi-même et à corriger ce qui ne va pas en nous.

Pourtant, la société n’est-elle pas la somme synergique de ces composants ? Et ces composants ne sont-ils pas chacun des individus, chacun de nous ?


N’essayez pas de changer le monde, commencez par vous-même. Beaucoup trop de gens essaient de changer les gens qui sont dans leur entourage. Il s’agit en fait d’une tâche impossible.

Si seulement ces personnes essayaient de se transformer elles-mêmes, elles comprendraient à quel point cette transformation est difficile.

Le premier changement doit toujours venir de soi, et à notre exemple, les autres changeront également.

En effet, vouloir changer les autres sans être préalablement passé soi-même par un changement intérieur pose une problématique de premier ordre : comment serait-ce possible de changer les autres, ou le monde, si nous n’avons pas l’expérience personnelle et intime de ce qu’est un changement intérieur? La réponse est fort simple : nous ne le pouvons pas.

Il est donc primordial de commencer par le commencement, pour ainsi dire, et de se regarder longuement dans le miroir. Oser se départir des chères illusions que nous entretenons sur nous-mêmes est un premier pas – le seul valable – vers un changement de plus grande envergure.

Jiddu Krishnamurti le résume ainsi : "La crise n’est pas dans le monde extérieur, elle est dans notre conscience elle-même. Tant que nous n’aurons pas compris cette crise profondément et non selon les idées de quelques philosophes, mais jusqu’au moment où véritablement nous comprendrons par nous-mêmes en regardant en nous-mêmes, en nous examinant nous-mêmes, nous serons incapables de provoquer un tel changement."

Regarder en nous-mêmes n’est pas chose aisée. Le premier obstacle que nous y rencontrons est celui de notre personnalité, c’est-à-dire de l’ensemble des fausses croyances que nous entretenons sur nous-mêmes. Et cet obstacle est de taille car il demande de redéfinir en profondeur notre notion du « je ». Il nous faut réaliser que ce « je » n’est qu’une accumulation mensongère de qualificatifs factices. 

Essayez un moment d’accepter l’idée que vous n’êtes pas ce que vous croyez être, que vous vous surestimez – en fait, que vous vous mentez à vous-mêmes. Que vous vous mentez à vous-mêmes à chaque instant, toute la journée, toute votre vie. Que ce mensonge vous domine au point que vous ne pouvez plus le contrôler. Vous êtes la proie du mensonge.

Le mensonge à soi-même est probablement la partie la plus importante à comprendre dans le processus de connaissance de soi. Pris à l’inverse, sémantiquement, nous souffrons cruellement d’un manque d’honnêteté. Lorsque nous n’apprécions pas quelque chose en nous, nous le justifions à la volée d’une façon qui apaise rapidement la tension intérieure créée. Et cette justification opportuniste, baume rapide à notre état intérieur déplaisant, n’a qu’un nom : mensonge. Partant de ce constat, toutes nos sincères tentatives d’être francs et honnêtes avec notre entourage sont irrémédiablement vouées à l’échec. Un mensonge n’est pas une construction qui diminue d’ampleur avec le temps, bien au contraire, il s’étend plutôt, incontrôlablement, de l’intérieur vers l’extérieur.

mardi 4 mars 2014

Le soin de l'autre - Marie de Hennezel (1946-)

Marie de Hennezel
Marie de Hennezel, née le 5 août 1946 à Lyon, est une psychologue et psychothérapeute française.

Elle est titulaire d'un DESS de psychologie et d'un DEA de psychanalyse. Elle a travaillé pendant dix ans dans la première unité de soins palliatifs de France, créée en 1987 à l'Hôpital international de la Cité universitaire de Paris. Elle anime des conférences et des séminaires de formation à l'accompagnement de la fin de vie en France et à l'étranger.

En 1992, elle fonde avec Jean-Louis Terrangle l'Association Bernard Dunant - Sida et Ressourcement.

Elle est chargée de différentes missions d'études par les ministres de la santé Jean-François Mattéi et Xavier Bertrand.



La médecine est devenue inhumaine

Des malades négligés sur leur lit d’hôpital, humiliés, maltraités parfois. Inacceptable ! s’insurge Marie de Hennezel dans son nouveau livre “Le Souci de l’autre”. Si elle déplore le manque de personnel et de formation en psychologie, elle rappelle cette évidence : soigner passe aussi par de petites attentions, un geste, une parole, un sourire.

Psychologue clinicienne, Marie de Hennezel a participé en 1986 à la création de la toute première unité de soins palliatifs à Paris. C’est l’expérience acquise dans ce service qu’elle relate dans son premier livre – un best-seller – La Mort intime (Robert Laffont, 2001). Elle a fondé l’association Bernard Dutant Sida et ressourcement, dont l’objectif est d’accueillir ceux qui, condamnés par la médecine, sont en quête de sens.


"Le Souci de l’autre", est-ce un titre en forme de signal d’alarme ?

Marie de Hennezel: "Oui. J’entends partout des plaintes sur la déshumanisation de l’hôpital. J’ai été frappée, par exemple, par le témoignage de Jean de Kervasdoué, ancien directeur des hôpitaux qui, suite à un accident, passe par les urgences et se rend compte de l’indifférence à laquelle est confrontée une personne en état de vulnérabilité, comme nous le serons tous un jour ou l’autre. Les soignants eux-mêmes disent que leur travail a perdu sa dimension humaine".


En quoi la médecine aujourd’hui est-elle devenue inhumaine ?

Une médecine humaine est une médecine qui se préoccupe du malade avant de se préoccuper de la maladie. Or, aujourd’hui, on traite les patients davantage comme des symptômes que comme des personnes. Ils ne sont pas écoutés. Cela va jusqu’à de véritables maltraitances. Plus les personnes sont vulnérables, plus c’est fréquent, par exemple avec les personnes âgées ou gravement malades. Beaucoup de comportements envers les mères qui viennent d’accoucher manquent d’humanité.

Je donne dans mon livre celui de cette femme qui vient de mettre au monde une petite fille et se réveille le matin sans même l’avoir vue. Elle va à la nursery et s’entend dire sur un ton péremptoire par une puéricultrice: "On ne vous a pas demandé de venir, qu’est-ce que vous faites là ? " Et on lui enjoint de retourner dans sa chambre. Ça, c’est une forme de maltraitance.


Je cite Jean de Kervasdoué. La kinésithérapeute commence à s’occuper de lui, puis le plante là en disant: " Je reviens. " Et elle le laisse, pendant deux heures, nu sur son lit. Il y a aussi le témoignage d’Olivier, soigné pour une leucémie, qui n’arrivait pas à ce qu’un médecin prenne le temps de lui expliquer ce qu’il avait. On lui avait parlé de "lymphome", un terme technique qu’il ne comprenait pas. C’est une stagiaire qui lui a expliqué la gravité de sa maladie. Ce qui m’a frappée, c’est l’accumulation de ces histoires, banales et très répandues. Ce sont de petites humiliations qui, à la longue, lorsqu’une personne est vulnérable, l’affaiblissent.


Votre message, c’est "le malade est une personne" ?

Il est nécessaire de prendre en compte la vulnérabilité du malade, mais aussi sa capacité à faire face. C’est alors qu’il devient capable de mobiliser sa force intérieure. Entre médecin et malade, il s’agit d’une relation de réciprocité.


Pour quelles raisons l’hôpital s’est-il ainsi déshumanisé ?

A cause de la spécialisation. Chaque médecin s’occupe d’une maladie, sans se préoccuper de la personne dans son entier. Et il n’y a plus assez de soignants. A force de stress, ces derniers n’ont plus cette capacité d’écoute et d’attention nécessaire aux malades. De plus, les médecins « font » avec ce qu’ils ont appris. Leurs compétences sont techniques, scientifiques, mais ils n’ont pas été formés à la relation humaine et n’ont aucune notion de psychologie. Ce qui explique que, sur le plan humain, ils soient sur la défensive.

Modèle de formation de soin


Vous dites avoir rencontré beaucoup de soignants exceptionnels. Que font-ils de particulier ?

Ils font la même chose que les autres, mais différemment. Vous pouvez passer un gant de toilette sur un visage comme vous le feriez sur un évier. Ou le faire avec douceur et délicatesse, en regardant la personne, en lui souriant. Peu peut faire beaucoup.


Quel est l’exemple d’humanité qui vous a le plus frappée ?

L’humanité s’exprime toujours par de petites choses, comme du tact ou de l’attention. Ce n’est pas spectaculaire. Cela peut passer par un simple regard. Je me souviens d’un malade atteint de sclérose latérale amyotrophique, donc incapable de parler. Lorsque le médecin réanimateur lui a dit au revoir, j’ai saisi leur échange de regards, et dans le sien le médecin donnait beaucoup. Je me suis dit que cet homme complètement paralysé recevait là un geste qui l’humanisait entièrement.


Pourquoi certains restent malgré tout très humains ?

Ce sont des médecins qui, pour la plupart, ont été eux-mêmes malades. Leur propre expérience de la vulnérabilité les a menés vers une relation plus humaine. 


Que peut faire le malade dans cet univers déshumanisé ?

Il doit oser demander. Interpeller sans agressivité : "J’ai besoin que vous preniez cinq minutes pour m’expliquer." Cela agacera sûrement certains soignants, mais la plupart reconnaîtront que cela les a eux-mêmes aidés. C’est comme un appel à l’humanité de l’autre.


Que proposez-vous ?

D’abord, il y a urgence à refondre la formation des médecins, en y ajoutant des cours de psychologie et d’éthique. Par ailleurs, tout le monde doit prendre conscience des vulnérabilités des soignants. Et il faut leur permettre de pouvoir les exprimer, dans des groupes de parole ou des stages de formation à la relation, au contact. Il n’y a pas de parole de l’affectif autorisée en France. Dans un colloque, un représentant du ministère de la Santé a dit aux cadres soignants: "Faites le deuil de votre sentimentalisme !"

Ce sont les règles du jeu qui doivent changer. Les pouvoirs publics doivent décréter officiellement que la relation humaine fait partie du soin. Nous sommes tous responsables. C’est le sens de mon livre. Chacun peut essayer de faire quelque chose à son niveau pour aider l’autre à être humain.

Marie de Hennezel se fait la porte-parole des personnes en état de grande vulnérabilité que sont les patients des hôpitaux. Son nouvel ouvrage multiplie les exemples d’hommes et de femmes au bord de la maltraitance. L’humain, dénonce-t-elle, est de plus en plus sacrifié sur l’autel du progrès technique et de la logique comptable. Quand on lui parle "contrainte économique", elle répond que l’argent n’est pas nécessaire pour se montrer simplement humain.

Marie de Hennezel parle en connaissance de cause. Elle a travaillé dix ans dans un service de soins palliatifs et témoigne qu’il est possible d’être confronté à des situations difficiles en gardant son humanité. Elle évoque tous les soignants qui, comme elle, "font de la résistance" et se retrouvent souvent isolés. Un livre beau et courageux, à contre-courant d’un monde qui se veut technique, efficace et "sans états d’âme".

Le Souci de l’autre de Marie de Hennezel (Robert Laffont, 2004).
Source: Valérie Colin Simard




Si l'on s'intéresse à la signification du mot "soin", on trouve "se soucier de...", "s'intéresser à...".
Ces mots mettent en jeu toute notre humanité, le corps et l'esprit qui font un tout. Dans cette relation duale entre le soignant et son malade, une relation d'égalité doit s'installer. On ne peut oublier que ce sont deux humains qui se font face et construisent ensemble un chemin dans le soin vers une amélioration ou la guérison.

jeudi 30 janvier 2014

Le jour où je me suis aimé pour de vrai - Kim Mcmillen

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai compris qu’en toutes circonstances,
j’étais à la bonne place, au bon moment.
Et alors, j’ai pu me relaxer.
Aujourd’hui je sais que cela s’appelle… l’Estime de soi.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai pu percevoir que mon anxiété et ma souffrance émotionnelle
n’étaient rien d’autre qu’un signal
lorsque je vais à l’encontre de mes convictions.
Aujourd’hui je sais que cela s’appelle… l’Authenticité.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
J’ai cessé de vouloir une vie différente
et j’ai commencé à voir que tout ce qui m’arrive
contribue à ma croissance personnelle.
Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle… la Maturité.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai commencé à percevoir l’abus
dans le fait de forcer une situation ou une personne,
dans le seul but d’obtenir ce que je veux,
sachant très bien que ni la personne ni moi-même
ne sommes prêts et que ce n’est pas le moment…
Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle… le Respect.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai commencé à me libérer de tout ce qui n’était pas salutaire,
personnes, situations, tout ce qui baissait mon énergie.
Au début, ma raison appelait cela de l’égoïsme.
Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle… l’Amour propre.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai cessé d’avoir peur du temps libre
et j’ai arrêté de faire de grands plans,
j’ai abandonné les méga-projets du futur.
Aujourd’hui, je fais ce qui est correct, ce que j’aime
quand cela me plait et à mon rythme.
Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle… la Simplicité.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai cessé de chercher à avoir toujours raison,
et je me suis rendu compte de toutes les fois où je me suis trompé.
Aujourd’hui, j’ai découvert … l’Humilité.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai cessé de revivre le passé et de me préoccuper de l’avenir.
Aujourd’hui, je vis au présent, là où toute la vie se passe.
Aujourd’hui, je vis une seule journée à la fois.
Et cela s’appelle… la Plénitude.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai compris que ma tête pouvait me tromper et me décevoir.
Mais si je la mets au service de mon cœur,
elle devient une alliée très précieuse !
Tout ceci, c’est… le Savoir vivre.

Kim Mcmillen – Le jour où je me suis aimé pour de vrai (2001)



Kim Mc Millen, femme écrivain du Colorado, engagé dans un chemin de développement personnel, a réalisé avant sa mort – à cinquante quatre ans !- un livre, cousu main pour ses amis, rassemblant, sous une forme simple et limpide, quelques paroles à écouter résonner en soi. 

Des paroles mesurées, ajustées, pour dire qu’une autre façon de vivre est possible ! Qu’il importe de s’aimer en vérité. 

Sa fille, Alison, souhaitant faire connaitre largement ce témoignage a publié en 2001 "When I loved myself enough".