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samedi 12 juin 2021

Un discours brillant sur le bonheur - Pedro Correa


C’était le 28 novembre 2019 à l’UCLouvain en Belgique. Pour cette cérémonie, l’université avait invité Pedro Correa, docteur en sciences appliquées et photographe, à dire quelques mots aux jeunes diplômés. Résultat ? Un très grand discours qui s’adresse à tous. En voici le texte :

 « Bonsoir et félicitations aux ingénieurs fraichement diplômés, Je voulais aussi féliciter l’AILouvain, d’avoir fait preuve de courage, non seulement en m’invitant dans ce panel (ce qui est déjà assez courageux) mais surtout en mettant au centre de ces interventions et de leur programme de conférences des termes comme « le sens », « le bonheur » « et la joie au travail », au-delà de ceux sur lesquels on insistait uniquement lors des discours que j’avais à votre âge en ingénieur, et qui étaient plutôt à l’époque « le sacrifice », « le sérieux », « la compétitivité » ou « l’excellence ». 

 Merci donc vraiment à l’UCL pour cet élan de vent frais. Je suis d’autant plus ravis d’être ici que je parle au même endroit que l’une de mes idoles du moment (certains ont des idoles qui remplissent des stades, moi c’est un ingénieur français) : il s’appelle Philippe Bihouix et lors de la conférence qu’il a donné ici il y a quelques mois il vous invitait déjà à mettre à profit tout votre savoir-faire non pas dans les High-Techs, mais plutôt dans les Low-Techs: ces technologies qui remplacent ce qui se fait aujourd’hui, mais avec des techniques plus simples et plus sobres. Si ce que vous recherchez c’est du sens et de mettre à profit vos études d’ingénieur pour diminuer notre empreinte écologique à tous, je vous invite vraiment à lire son livre: l’Age des Low-Tech. 

 Tout d’abord je vous rassure: je ne suis pas venu vous donner de conseils, et encore moins de leçons. Faire un Doctorat en Sciences Appliquées pour finir artiste photographe, je pense que cela doit figurer dans le top 3 des cauchemars des parents ici présents… Mais si je ne vais pas vous donner de conseils, c’est surtout parce que je me rends compte que nous, les plus vieux, n’avons rien à vous apprendre, et que bien au contraire, nous ferions mieux de plus vous écouter. 

Quand je vois les valeurs de consommation, d’égocentrisme, de compétition et de croissance continue, sur lesquelles les deux générations précédentes ont bâti le système dans lequel on surnage pour l’instant, et quand je vois les élans de solidarité, d’empathie, de collaboration, et de quête de sens qui brillent au fond des yeux des jeunes aujourd’hui… je me dis que vous êtes celles et ceux qui peuvent inverser la tendance vers une société plus heureuse et plus juste… et que vous avez déjà tout en vous. 

Je vais par contre commencer par une statistique que je vais poser là, exprès pour vous faire un peu peur. C’est une donnée que l’on entend très rarement, et qui représente à mes yeux le canari dans la mine qui devrait nous alerter que quelque chose va mal : depuis 5 ans, la Belgique dépense plus de budget national en malades de longue durée (essentiellement des dépressions et des burn-outs), qu’en charges liées au chômage. Cela veut donc dire que contrairement à ce que l’on nous martèle chaque jour à propos du chômage, en sortant d’ici, vous avez plus de risque de tomber malade ou de devenir dépressifs à cause de votre emploi, que de ne pas en trouver. 

 Passionné de développement personnel, je me suis penché sur les causes de cette donnée, et ce résultat n’est finalement pas si étonnant. Toutes les études scientifiques en neurosciences et en psychologie du bonheur sont unanimes : placer des termes anxiogènes comme le « sérieux », l' »excellence », la « compétitivité » ou le « sacrifice » au centre de notre vie, sans en placer d’autres, essentiels, comme « la joie », « le sens » ou « la collaboration », c’est prouvé, cela ne peut que mener à la tristesse, à la fatigue, et au final, à la maladie… au burn-out. 

Certains vous feront miroiter des contrats avec d’énormes voitures à la clé, et ils vous assureront que c’est la preuve ultime de la réussite. De mon côté, je ne peux que vous parler avec le gage de mon propre bonheur lorsque je me lève chaque matin pour faire mon travail, que je reste absorbé pendant des heures sans voir le temps passer à capturer des instants de beauté éphémère, et le bonheur de mes enfants avec qui je passe de longues après-midis. Je ne peux donc que vous partager mon expérience, qui a tout d’abord été de me rendre compte que le bonheur, ça se travaille. Le bonheur ne nous tombe pas du ciel en regardant notre vie s’écouler sur des rails construits par d’autres, des rails qui vont on-ne-sait-où, plutôt que de mettre en pratique nos propres envies. (…) La mauvaise nouvelle, c’est que trouver son bonheur ça prend toute une vie. La bonne nouvelle, c’est que lorsque l’on sait que ça prend toute une vie, on peut se donner le temps. 

Mon chemin a commencé par cette condition, indispensable je pense, d’écouter mes propres envies, d’écouter ma voix intérieure. Cette voix intérieure n’a rien de mystique, c’est juste la propre voix de chacun, cette voix authentique qui n’a de compte à rendre à personne, celle qui vous prend aux tripes. Elle est très difficile à entendre parce que depuis tout jeunes, nous avons entassé d’autres voix par-dessus : la voix des parents, des professeurs, des pubs… Lorsque vous regardez des enfants, vous vous rendez compte qu’ils n’ont encore que cette voix-là, leur juste voix, et c’est justement pour ça qu’ils savent exactement ce qui les rend heureux à chaque instant. Nous avons tous en nous la voix qui sait ce qui est mieux pour nous. Il faut juste du travail sur soi pour l’entendre et la reconnaitre. 

 Pour moi, cela a été plus rapide: j’ai pris un raccourci et j’ai pu éviter des années d’écoute attentive pour arriver à l’entendre. C’est un raccourci, certes, mais que je ne souhaite à personne: c’était de voir mourir mon père, soudainement. Il avait 56 ans, j’en avais 29. Il était fort comme un roc un jour, et parti le lendemain. Nous savons tous que nous sommes mortels, mais la nuance est énorme entre savoir que nous sommes mortels et savoir que nous allons mourir, et que ça peut arriver du jour au lendemain. A ce moment-là, ma voix intérieure a pris un mégaphone et a percé toutes les autres voix, pour me demander chaque jour très clairement : « maintenant que tu sais que tu pourrais mourir demain, aurais-tu changé quelque chose à cette dernière journée que tu viens de passer ? » Et c’est impossible de vivre comme avant lorsque l’on se pose cette question à la fin de chaque journée. 

Cette prise de conscience a été douloureuse au début. De là sont nés d’abord de petits changements, des compromis, puis des plus grands, et puis petit à petit, cette voix est devenue un guide sur le chemin vers le bonheur. Pour être heureux, il m’a fallu aussi trouver du sens. Je pense qu’il faut que notre vie à tous (et donc notre métier, où nous passons 8h par jour) ait du sens à nos yeux. Car notre voix intérieure sait que nous sommes tous sur le même bateau, et le bonheur ne pourra donc être atteint que si nos actions ont un impact réel sur ce bateau. 

Et pour finir, il nous faut aussi du courage, parce qu’en plus d’entendre et de reconnaître votre voix, il faudra aussi avoir le courage de l’écouter, car elle ne va pas toujours dire des choses évidentes à mettre en place, ni des choses qui vont plaire à votre entourage. On m’a souvent dit : « Mais quel courage ! Ça ne doit pas être facile de vivre en tant qu’artiste ! ». Ce à quoi je répondais : « Parce que vous croyez que c’est facile, pour un artiste, de vivre en tant que banquier? ». 

Je vais terminer. Et vous l’avez compris, j’ai menti, je vous ai quand-même donné un conseil tout au long de ce discours : celui de ne pas m’écouter. Vous êtes des adultes, vous avez votre diplôme, la vie est à vous. Alors n’écoutez plus ceux issus de ce monde périmé, de ce constat d’échec que nous vivons. Ne m’écoutez plus moi, n’écoutez plus les parents, n’écoutez plus les professeurs, n’écoutez plus les pubs ni les médias, et écoutez-vous, écoutez-vous en tout premier. 

Le monde n’a plus besoin de battants, de gens qui réussissent, il a besoin de rêveurs, de personnes capables de reconstruire et de prendre soin… et surtout, surtout, on a tous besoin aujourd’hui, plus que jamais, de gens heureux. 

Merci. »

jeudi 4 mars 2021

Freakonomics - Steven D. Levitt (1967- ) & Stephen J. Dubner (1963- )

Le choix d'un prénom forge-t-il un destin ? 

Edition Folio actuel 2005
Les lutteurs de sumo, réputés pour être l'incarnation de l'honnêteté, sont-ils véritablement au-dessus de tous soupçons ? La légalisation de l'avortement a-t-elle fait baisser le taux de criminalité dans les années 1990 aux Etats-Unis ? Est-ce que donner de l'argent aux élèves qui ont de bonnes notes encourage ceux qui en ont de mauvaises à en avoir de meilleures ? Toutes ces questions, incongrues en économie, reçoivent des réponses surprenantes, le livre mettant au jour des liens de cause à effet inattendus.

Mêlant culture populaire et théories sérieuses, bizarreries sociologiques et vérités statistiques, Freakonomics transforme l'économie en divertissement accessible.

En analysant des données liées à des événements qui sont apparemment les plus anodins de la vie quotidienne - du prénom d'un enfant à la vente d'un bien immobilier -, les auteurs donnent un éclairage drôle et déroutant sur l'éducation, le crime ou la corruption. Avec 5 millions d'exemplaires vendus dans le monde, le livre est devenu un best-seller. La "freakonomy", qu'on pourrait traduire par "économie saugrenue" est née.

L'économétrie n’intéresse pas Stephen D. Levitt. La Bourse est un milieu qui lui est hermétique… Lui, ce qui le passionne ce sont les petits faits de tous les jours. C'est  étudier notre société avec la loupe de l'économiste afin de mieux comprendre les interactions entre agents et les possibilités de chacun. Mais pas pour en faire des théories, non, pour justement prendre du recul sur les préjugés et les relations de causalité souvent mis en valeur. L'économie est alors vue sous un nouvel angle.

Ce livre peut s'apparenter à de la maïeutique. Il ne propose pas une méthodologie propre. Il nous guide, par les questionnements des auteurs, et remet en question nos idées reçues. Au fil de notre lecture, on va donc passer du lien entre la législation de l'avortement et la baisse de la criminalité aux États-Unis, à l'étude de la motivation des agents immobiliers dans une vente, en passant par le lien entre réussite personnelle et prénom, ou encore répondre à la simple question : pourquoi les revendeurs de drogue vivent-ils plus longtemps chez leur mère. 

L’économie saugrenue  aiguise sans doute notre esprit critique et remet en cause certaines vérités que l'on pensait irréfutables.

jeudi 1 octobre 2020

Simplicité volontaire et décroissance

La base de ces mouvements de société est l’opinion que le monde actuel, structuré à grande échelle par le capitalisme, engendre certaines crises majeures dans la société en général, et chez l’individu en particulier. La croissance des inégalités sociales, l’insatisfaction concernant le travail salarié, l’invasion de la publicité et d’une mentalité de consommation, ou encore la crise environnementale en sont des exemples majeurs.

En particulier, le travail salarié, parce qu’il sert la rentabilité de l’entreprise, accentue le stress chez le travailleur et réduit ainsi sa qualité de vie psychologique. De plus, les producteurs, parce qu’ils recherchent le profit économique, encouragent la prolifération de la publicité et la vision du citoyen comme “consommateur”. Une conséquence de cette situation, selon nous, est la réduction des autres dimensions de la vie humaine, telles que la dimension intellectuelle (savoir, philosophie, spiritualité…), les dimensions artisanale et sportive, mais aussi la participation significative du citoyen à la vie politique de sa région.

Parce que le capitalisme repose sur la croissance économique, et que celle-ci encourage la consommation de biens matériels chez l’individu, deux réactions sont possibles :

- A l’échelle de l’individu, il s’agit de rechercher un mode de vie qui rejette la mentalité de consommation et qui, de façon imagée, sache prendre son temps plutôt que de lui courir après. Ceci est le fondement de la simplicité volontaire.
- A l’échelle de la société, il s’agit de rechercher un modèle politique et économique plausible non-basé sur la consommation et la rentabilité à tout prix. Ceci est l’objet de la décroissance.



La simplicité volontaire ou sobriété heureuse est un mode de vie consistant à réduire volontairement sa consommation par la maîtrise de ses besoins. On parle aussi parfois de frugalité. L'objectif est de mener une vie davantage centrée sur des valeurs "essentielles". Dans notre société de consommation, nous consacrons une grande partie de notre temps à gagner toujours plus d'argent pour satisfaire des besoins matériels.

Le principe de la simplicité volontaire est de moins consommer, donc d'avoir moins besoin d'argent et moins besoin de travailler. En vivant en accord avec nos vrais besoins nous gagnons alors du temps pour ce qui est important pour soi.

La simplicité volontaire n'incite ni à la pauvreté ni au sacrifice, elle prône l'auto-limitation des besoins et des consommations en choisissant volontairement la frugalité et en développant l'autosuffisance. Ses valeurs sont une recherche:

- d'équité entre les hommes
- la recherche du bonheur
- le retour à la terre comme mode de subsistance
- l'agro écologie ...

La simplicité volontaire peut contribuer à ralentir la destruction des ressources naturelles, par un  refus conscient du gaspillage  la sobriété volontaire peut permettre d'économiser l'eau, l'électricité et toutes les formes d'énergie. 

La simplicité volontaire ou sobriété heureuse est un engagement personnel et/ou associatif qui découle de multiples motivations qui vont habituellement accorder la priorité aux valeurs familiales, communautaires et/ou écologiques.

On peut trouver la trace de son origine en Europe dans les écrits de Léon Tolstoï et de John Ruskin (Unto This Last), et en Amérique du Nord dans les écrits de Henry David Thoreau (Walden).

Il est représenté, par exemple, par le mouvement des Compagnons de Saint François ou encore les Communautés de l'Arche de Lanza del Vasto, inspiré par Gandhi, lui-même inspiré par Thoreau et Ruskin. On le retrouve aussi au Québec, province du Canada, sous l'influence de penseurs comme Serge Mongeau et des éditions Écosociété.





Pierre Rabhi - Vers la sobriété heureuse, Acte Sud.
"J’avais alors vingt ans, et la modernité m’est apparue comme une immense imposture."   Pierre Rabhi

Pierre Rabhi a en effet vingt ans à la fin des années cinquante, lorsqu’il décide de se soustraire, par un retour à la terre, à la civilisation hors sol qu’ont largement commencé à dessiner sous ses yeux ce que l’on nommera plus tard les Trente Glorieuses. Après avoir dans son enfance assisté en accéléré, dans le Sud algérien, au vertigineux basculement d’une pauvreté séculaire, mais laissant sa part à la vie, à une misère désespérante, il voit en France, aux champs comme à l’usine, l’homme s’aliéner au travail, à l’argent, invité à accepter une forme d’anéantissement personnel à seule fin que tourne la machine économique, point de dogme intangible. L’économie ? Ce n’est plus depuis longtemps qu’une pseudoéconomie qui, au lieu de gérer et répartir les ressources communes à l’humanité en déployant une vision à long terme, s’est contentée, dans sa recherche de croissance illimitée, d’élever la prédation au rang de science. Le lien filial et viscéral avec la nature est rompu ; elle n’est plus qu’un gisement de ressour ces à exploiter – et à épuiser. Au fil des expériences de vie qui émaillent ce récit s’est imposée à Pierre Rabhi une évidence : seul le choix de la modération de nos besoins et désirs, le choix d’une sobriété libératrice et volontairement consentie, permettra de rompre avec cet ordre anthropophage appelé “mondialisation”. Ainsi pourronsnous remettre l’humain et la nature au coeur de nos préoccupations, et redonner, enfin, au monde légèreté et saveur.



Agriculteur, écrivain et penseur français d'origine algérienne, Pierre Rabhi est un des pionniers de l'agriculture biologique. Il défend un mode de société plus respectueux des hommes et de la terre et soutient le développement de pratiques agricoles accessibles à tous et notamment aux plus démunis, tout en préservant les patrimoines nourriciers. 

Depuis 1981, il transmet son savoir-faire dans les pays arides d'Afrique, en France et en Europe, cherchant à redonner leur autonomie alimentaire aux populations. Il est aujourd'hui reconnu expert international pour la sécurité alimentaire et a participé à l'élaboration de la Convention des Nations Unies pour la lutte contre la désertification. Il est l'initiateur du Mouvement pour la Terre et l'Humanisme

jeudi 14 juin 2018

La monnaie

La monnaie est l'instrument de paiement en vigueur en un lieu et à une époque donnée. Elle est censée remplir trois fonctions principales :

-Intermédiaire dans les échanges : la capacité d’éteindre les dettes et les obligations, notamment fiscales, constitue le « pouvoir libératoire » de la monnaie.

-Réserve de valeur;

-Unité de compte pour le calcul économique ou la comptabilité;

Une monnaie se caractérise par la confiance qu’ont ses utilisateurs dans la persistance de sa valeur et de sa capacité à servir de moyen d'échange. Elle a donc des dimensions sociales, politiques, psychologiques, juridiques et économiques. En période de troubles, de perte de confiance, une monnaie de nécessité peut apparaître.

La monnaie a pris au cours de l'histoire les formes les plus diverses : bœuf, sel, nacre, ambre, métal, papier, etc. Après une très longue période où l'or et l'argent (et divers métaux) en ont été les supports privilégiés, la monnaie est aujourd'hui presque entièrement dématérialisée et circule majoritairement sous des formes scripturales, notamment sur support électronique.

Chaque monnaie est définie, sous le nom de devise, pour une zone monétaire donnée (le plus souvent un État). Elle y prend la forme de dépôts, de billets de banque et de pièces de monnaie, dites aussi monnaie divisionnaire. Les devises s'échangent entre elles dans le cadre du système monétaire international. De facto depuis 1973 où les parités des principales monnaies mondiales cessent d'être défendues, les devises ne sont plus étalonnées directement ou indirectement par un poids de métal précieux. Leurs valeurs relatives fluctuent sur un marché international des devises dans le cadre d'un système de changes dits flottants ou flexibles.




Les aspects psychologiques de la monnaie

La monnaie est normalement le compagnon de tous les jours du citoyen. La confiance qu'il a en sa monnaie a des influences extrêmement importantes sur l'activité économique. Une action psychologique visant à rassurer la population a été pratiquée en tous temps. La monnaie stimule la mythification de certains personnages.

Tous les grands plans lancés actuellement pour faire face à la crise monétaire, bancaire, boursière et économique en cours ont une forte dimension d'action psychologique. L'affichage de plans de sauvetage gigantesques et de plans de relance colossaux est aussi largement d'essence psychologique.

S'ils n'ont pas permis de supprimer le pessimisme ambiant ni d'altérer le cours de la récession, ils ont tout de même réussi à conjurer une panique bancaire et une ruée désastreuse sur les dépôts. La psychologie du consommateur et de l'épargnant qui le pousse soit à l'euphorie soit à une rétraction très forte est une force économique de première importance. Mais il est très difficile de l'influencer.

L'or, valeur psychologique s'il en est, est un bon indice de la confiance. Bien que démonétisé, il est le refuge en cas de peur sur la monnaie. Actuellement, le dollar a perdu environ 95 % de sa valeur en or, traduisant l'effet de l'inflation rampante depuis 1971 et celui d'une certaine fuite devant cette monnaie. Cette dévaluation est d'autant plus remarquable que la production d'or est au plus haut. Alors qu'il n'avait été extrait que 45 360 tonnes de l'origine des temps à 1956, 102 700 tonnes ont été extraites après 1956. Les monnaies ne se sont pas dévaluées par rapport à un métal plus rare mais beaucoup plus abondant…


L'argent dette - par l'artiste et vidéographe Paul Grignon

dimanche 26 juin 2016

Monopoly

"Ma grand-mère était une personne merveilleuse, elle m'a appris à jouer au Monopoly. Elle a compris que le but du jeu, c'est d'acquérir, qu'en accumulant tout ce qu'elle pourrait, elle deviendrait "la maîtresse du jeu". Puis elle me répétait toujours la même chose. Elle me regardait et disait : "Un jour, tu apprendras à jouer". Un été, j'ai joué au Monopoly presque chaque jour, toute la journée, et cet été-là, j'ai appris à jouer le jeu. J'en suis venu à comprendre que la seule manière de gagner est de se dévouer totalement à l'acquisition. J'en suis venu à comprendre que l'argent et la possession sont les moyens de marquer des points. Et à la fin de cet été, j'étais plus impitoyable que ma grand-mère. J'étais prêt à contourner les règles s'il le fallait, pour gagner la partie.
L'automne venu, nous avons joué de nouveau. Je lui ai pris tout ce qu'elle avait. Je l'ai regardée donner son dernier dollar et abandonner le jeu, complètement battue. Puis, elle m'a appris une chose de plus. Ainsi, elle m'a dit : "Maintenant, tout retourne dans la boîte. Toutes ces maisons et ces hôtels. Tous les chemins de fer et entreprises de services publics...Tous ces biens et tout cet argent merveilleux...Maintenant, tout retourne dans la boîte. Rien de tout cela ne t'appartenait. Tu étais excité par tout cela pendant un moment. Mais c'était là avant que tu prennes place à cette table "et ce sera là après ton départ : les joueurs viennent, les joueurs partent. Maisons et voitures...Titres et vêtements...Même ton corps.
"

Zeitgeist : Moving Forward de Peter Joseph - 26 Janvier 2011



Le Mouvement Zeitgeist est une organisation internationale qui plaide pour la construction d'un monde durable et préconise une transition mondiale vers un nouveau modèle économique appelé un « Modèle Économique Basé sur les Ressources ».

http://www.mouvement-zeitgeist.fr/

lundi 28 mars 2016

Riches et pauvres

dimanche 5 juillet 2015

L'Indice de développement humain (IDH)

L'IDH a été créé pour souligner que les personnes et leurs capacités devraient constituer le critère ultime pour évaluer le développement d'un pays, pas seulement la croissance économique. L'IDH peut également être utilisé pour remettre en question des choix politiques nationaux, en se demandant comment deux pays ayant les mêmes niveaux de RNB par habitant peuvent obtenir des résultats différents en termes de développement humain. Ces contrastes peuvent susciter le débat sur les priorités politiques des gouvernements.


L'indice de développement humain (IDH) est une mesure de synthèse du niveau moyen atteint dans les dimensions clés du développement humain : une vie longue et saine, l'acquisition de connaissances et un niveau de vie décent. L'IDH est la moyenne géométrique des indices normalisés pour chacune des trois dimensions.

La dimension de la santé, évaluée selon l'espérance de vie à la naissance (une composante de l'IDH) est calculée à l'aide d'une valeur minimale de 20 ans et d'une valeur maximale de 85 ans. La composante éducation de l'IDH est mesurée au moyen du nombre d'années de scolarisation pour les adultes âgés de 25 ans et de la durée attendue de scolarisation pour les enfants en âge d'entrer à l'école. La durée moyenne de scolarisation est estimée par l'Institut de statistique de l'UNESCO en fonction des données relatives au niveau d'éducation provenant de recensements et de sondages disponibles dans sa base de données. Les estimations relatives à la durée attendue de scolarisation se basent sur l'inscription par âge à tous les niveaux d'éducation. Cet indicateur est produit par l'Institut de statistique de l'UNESCO. La durée attendue de scolarisation est plafonnée à 18 ans. Les indicateurs sont normalisés à l'aide d'une valeur minimale de zéro et de valeurs cibles maximales de 15 et 18 ans respectivement. Les deux indices sont combinés dans un indice d'éducation à l'aide d'une moyenne arithmétique.

La dimension du niveau de vie est mesurée par le revenu national brut par habitant. La fourchette de variation pour le revenu minimal est de 100 $(PPA) et pour le revenu maximal de 75 000 $(PPA). La valeur minimale du RNB par habitant, fixée à 100 $, est justifiée par la quantité considérable de productions de subsistance et non marchandes non mesurée dans des économies proches de la valeur minimale qui n'apparaît pas dans les données officielles. L'IDH utilise le logarithme du revenu pour refléter l'importance décroissante du revenu avec le RNB croissant. Les résultats pour les trois indices de dimension de l'IDH sont ensuite ajoutés à un indice composite à l'aide de la moyenne géométrique. 

L'IDH ne reflète pas les inégalités, la pauvreté, la sécurité humaine, l'autonomisation, etc. Il existe d'autres indices composites pour une vision élargie de certains des enjeux clés du développement humain, des inégalités, de la disparité entre les sexes et de la pauvreté humaine.

En savoir plus ici

samedi 28 février 2015

L'économie des manuels scolaires...

L'activité économique a pour objectif de satisfaire les besoins des individus en produisant des biens et des services. Le problème économique se pose en ces termes : d'une part, les besoins sont illimités, d'autre part les biens et services sont limités, d'où la nécessité d'effectuer des choix.




Les besoins

Un besoin est un sentiment de privation, de manque que l'individu cherche à faire disparaître par la consommation d'un bien.

Un besoin a plusieurs caractéristiques :

- Il est lié à l'utilité que l'on a du bien. Plus un bien est utile, plus le besoin est élevé. (Ex.:  A l'approche des examens, les fiches de révision d'un candidat (fiches de révision = bien) sont ressenties comme étant de plus en plus utiles, voire indispensables. Certains sont mêmes prêts à payer le prix fort pour les obtenir. Après l'épreuve, le besoin devient nul).
- Il est lié à chaque individu. Pour un fumeur, le besoin d'avoir toujours des cigarettes à portée de main (cigarette = bien) est très important. Pour un non-fumeur, ce besoin n'existe pas. Le besoin varie donc d'un individu à l'autre, d'une catégorie sociale à l'autre.
- Il évolue aussi avec le temps, les ressources financières, la publicité, le niveau de développement économique.
Au fur et à mesure que l'économie se développe, apparaissent sans cesse de nouveaux besoins créés par l'homme. De sorte que l'on peut dire que les besoins sont illimités.

Les besoins peuvent être classés en différentes catégories :

- Les besoins primaires, les besoins secondaires et les besoins tertiaires selon l'intensité du besoin, l'utilité du bien destiné à le satisfaire et le niveau de développement du pays.
Les besoins sont dits primaires car ils sont indispensables à la vie de l'individu ; c'est pourquoi on les appelle aussi besoins vitaux : boire, manger, se loger, se vêtir, se soigner. Leur non satisfaction ou mauvaise satisfaction peut mettre la santé de l'individu en danger.

- Les besoins secondaires et tertiaires ne sont pas indispensables à la vie de l'homme ou à sa survie, mais leurs satisfactions améliorent son confort et sa condition de vie ; on les appelle besoins de civilisation car ils sont liés à la civilisation et au développement d'un pays : se déplacer, s'instruire, se distraire, voyager ...

- Les besoins individuels que l'individu consommateur peut satisfaire lui-même compte tenu de ses ressources en achetant les biens et services qui lui conviennent, et les besoins collectifs, exprimés par une ensemble d'individus, pour la satisfaction desquels la collectivité (l'État, les organismes sociaux) a prévu de mettre gratuitement à leur disposition des services collectifs (éducation, police, transport en commun).



Les biens et les services

Un bien est une chose matérielle, fruit d'un travail humain, qui permet de satisfaire un besoin. Un service est une prestation fournie en vue de satisfaire un besoin individuel ou collectif.

Les biens peuvent être classés en différentes catégories :

- Les biens de consommation finale : destinés à l'usage des consommateurs (les ménages) qui en tirent une satisfaction plus ou moins immédiate. La terminaison "finale" indique que les consommateurs sont les derniers utilisateurs du bien fabriqué à leur intention (machine à laver, automobile, pain, etc.). Selon la durée d'utilisation, on peut encore distinguer les biens durables (meubles, automobile), les biens semi-durables (cartable, cahier, vêtement) et les biens non durables (alimentation).

- Les biens de production : biens durables (machines, bâtiments, équipements) nécessaires à fabriquer d'autres biens . Les biens de production achetés par les entreprises, constituent un investissement.

- Les biens de consommation intermédiaires : biens utilisés par l'entreprise et qui disparaissent au cours d'un processus de fabrication (matières premières).

Les services peuvent être classés de différentes manières :

- les services entrant dans la consommation finale (location d'un logement, repas pris dans un restaurant, utilisation d'un moyen de transport collectif, prix d'entrée au cinéma).
- les services entrant dans la consommation intermédiaire (assurance des locaux professionnels, réparation et entretien du réseau informatique, intérêt pour le prêt consenti pour l'achat d'une machine).

Autres classifications : services individuels et services collectifs.




Le problème économique

Le problème économique est de savoir comment les hommes vont s'organiser pour satisfaire au mieux leurs besoins sachant que d'une part, les biens et services sont limités (ils ne peuvent les acquérir tous et en quantité illimitée), d'autre part les besoins sont illimités (l'homme, grâce au développement économique, voit son niveau de vie augmenter, et cherche à satisfaire de nouveaux besoins que la société a créé pour améliorer son confort et son bien être).

L'objet de la science économique est d'étudier autour des trois fonctions économiques principales que sont la production, la consommation et les échanges, comment les hommes vont s'organiser, effectuer des choix, prendre des décisions pour aller dans le sens du progrès économique et social.


Quelques brèves définitions de l'Économie
L'économie est la science qui étudie comment l'homme lutte contre la rareté des biens pour satisfaire ses besoins.

L'économie consiste à observer et à résoudre les contradictions entre les ressources et les besoins des individus.

L'économie cherche à fournir aux individus des solutions qui leur permettront d'obtenir le maximum de satisfaction à partir des ressources rares dont ils disposent.

L'économie, c'est la vie des hommes au travail afin de produire des biens et des services nécessaires à la satisfaction de leurs besoins.

jeudi 29 janvier 2015

Notre civilisation est celle du feu

Notre civilisation est basée sur le feu. L’utilisation du feu est le propre de l'homme. Sa domestication, il y a 400 000 ans, a conduit à la création de la société humaine qui s'organisa autour du foyer. Le feu a déclenché le lent perfectionnement des outils et des techniques qui a permis l’émergence des premiers matériaux comme les terres cuites, les métaux, les hauts-fourneaux, la chimie, la machine à vapeur, le moteur à explosion, la production d'électricité, le moteur à réaction. Depuis les époques les plus reculées, le feu est le grand moteur de la civilisation. 

Pourquoi ?  Parce qu’avec le feu, nous produisons notre énergie…. Et l’énergie entre directement en lien dans les différents fonctionnements socio-politique et socio-économique des hommes. Il existe des rapports directs entre les formes d'énergie, les types d'urbanisation, les modes de production, les rapports sociaux et les rapports entre l'humanité et la nature. La géopolitique de l'énergie, celle du pétrole et du nucléaire explique bien des conflits et bien des guerres….

Si le pétrole en tant qu'énergie est devenu indispensable dans les transports de toutes sortes, l'électricité (qu'elle soit d'origine hydraulique, thermique ou nucléaire qui est aussi thermique d'ailleurs) est devenue indispensable à la vie de tous les jours...


Nos productions d’énergie viennent du feu

Qu’est ce que l’énergie ? Une source d'énergie est un phénomène physique ou chimique dont il est possible d'exploiter l'énergie à des fins biophysiques  ou industrielles. Une source d'énergie est dite « primaire » si elle est issue d'un phénomène naturel et n'a pas été transformée ; elle est dite « secondaire » si elle est le résultat d'une transformation volontaire. 

Les combustibles fossiles, charbon, pétrole, gaz naturel, sont utilisés pour produire de la chaleur, de l'électricité ou pour alimenter des moteurs thermiques. Ces combustibles sont issus de la décomposition de matières organiques, donc de la biomasse, c'est-à-dire de l’action du soleil. Leur stock est donné une fois pour toute pour notre planète.

L’énergie de la biomasse (bois, biocarburants, etc),  est majoritairement récupérée par combustion. L'énergie solaire est transformée par l'homme en énergie thermique. Il en est de même pour l’énergie magnétique, qui produit un courant électrique.

Les énergies hydrauliques et éoliennes, à la base mécaniques, sont exploitées par l’homme via des turbines. Elles font à nouveau appel aux technologies des moteurs. L'énergie géothermique, extraite du sol à l'aide d'une pompe à chaleur pour produire de l'électricité ou de la chaleur n’échappe pas à cette règle.  L’énergie nucléaire, enfin, provient de la fission nucléaire, elle aussi issue d’une transformation thermique…

Tout notre système énergétique repose sur le feu… Et nous sommes en train de nous apercevoir que le défi environnemental qui attend notre espèce dans les décennies à venir consiste à changer ce modèle énergétique, parce que lorsque nous jouons avec le feu, nous jouons avec le climat. La tâche est loin d’être facile à entreprendre…

Pourquoi ? Parce que nous avons besoin d’énergie. Elle permet la croissance, elle permet de changer et de transformer le monde qui nous entoure. 

L’énergie nous permet de transformer le monde qui nous entoure

Réfléchissons-y : A quoi sert une machine ? Qu’il s’agisse d’une pompe, d’un refrigérateur, d’un ordinateur ou d’une fraiseuse ? A transformer le monde. Un frigo transforme de l’air ambiant en air froid ; un téléphone transforme une voix en signal électrique ; une fraiseuse transforme un morceau de métal en pièce usinée, après avoir transformé du courant en mouvement; une pompe transforme de l’eau ici en eau là…

Il existe une unité de compte pour la transformation du monde : c’est l’énergie. Avant d’être des kilowattheures sur une facture, l’énergie est en effet, par définition en physique, la marque du changement d’état d’un système, et donc de la transformation de l’environnement. Tout changement de température, de vitesse, de forme, de composition chimique, de masse, de composition atomique, de position dans l’espace… demande ou fournit de l’énergie. De ce fait, transformer le monde qui nous entoure ou utiliser de l’énergie, c’est très exactement la même chose. Sans énergie, tout cela est impossible.

Le principe énoncé par Lavoisier sur la conservation de la matière s'applique en fait plus justement à l'énergie : « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Ainsi toute « production » d'énergie est en fait une récupération par transformation de formes d'énergie dont l'origine est celle de l'univers.

Or l’énergie mise à la disposition de chaque Terrien a radicalement changé d’échelle en l’espace de quelques générations. En deux siècles, la population a été multipliée par dix, et la consommation d’énergie par personne par plus de dix. La pression sur les ressources de toute nature a donc augmenté d’un facteur cent en seulement deux cent ans, et cela commence à avoir des conséquences…

L’energie permet la croissance

La production d’énergie et la croissance sont intimement liées. Notre civilisation a connu des bons technologiques à chaque nouvelle énergie trouvée.

Bien qu’il y ait une légère perte à chaque conversion (ce que l’on appelle le rendement), nous transformons des énergies vers d’autres énergies afin de pouvoir les utiliser dans nos activités humaines de façon plus pratique.

Bien que le discours médiatique ambiant puisse laisser penser le contraire, nous vivons avec une énergie abondante et pas chère…

Cette énergie à profusion, est la véritable cause de la hausse de notre pouvoir d’achat. En tout bien tout honneur, elle a procuré à chaque Occidental la puissance mécanique d’une armée d’esclaves (plusieurs centaines à plusieurs milliers), qui exploitent désormais les ressources de la planète à un prix ridicule. Pour s’en convaincre, il suffit de comparer l’énergie de nos pauvres muscles avec ce que les moteurs nous fournissent quotidiennement sans jamais ronchonner ni se mettre en grève.

En effet, quelle énergie un humain est-il capable de fournir avec son corps en une journée ? Une paire de jambes en plein effort peut fournir au maximum 0,3 à 0,4 kWh par jour, soit l’énergie nécessaire pour utiliser pendant 3 à 4 heures une ampoule de 100 watts. Une paire de bras utilisée au mieux restituera en une journée une énergie mécanique d’environ… 0,02 kWh,  tout juste de quoi fournir de quoi faire briller une ampoule de 20 watts pendant une heure !

Les mauvaises langues insinueront que si l’arrêt de l’esclavage a plus ou moins coïncidé avec l’avènement des machines et l’Ere Industrielle, cela n’est pas tout à fait un hasard…

Quoi qu’il en soit, si nous devions payer (même au SMIC) le travail mécanique humain sur une base de 8 heures par jour, alors le kilowattheure mécanique coûterait environ 200 à 300 euros… Charges salariales comprises… 

En comparaison, un moteur fournissant la même énergie pour la journée, utilisant de l’essence à 1 euro le litre, ne coûtera que quelques dizaines de centimes d’euros. L’utilisation d’électricité (qui dans le monde est produite aux deux tiers avec du gaz et du charbon) nous amène approximativement à la même valeur…

La conclusion, c’est que, pour tout travail mécanique, cela coûte mille à dix mille fois moins cher – et parfois même cent mille fois moins cher – d’utiliser un moteur que de recourir à du travail humain payé avec des salaires occidentaux. Même avec les « salaires de misère » octroyés dans les pays émergents, la machine reste considérablement plus compétitive que l’homme. 

Soit dit en passant, la mondialisation devient une conséquence attendue dans ce contexte. Avec un facteur 100 à 10 000 entre le coût du travail humain et celui de l’énergie fossile, aller chercher du travail moins cher de l’autre côté de la Terre est quasiment toujours une affaire rentable, quelle que soit la quantité d’énergie nécessaire pour transporter ensuite les marchandises.

La voici donc, la vraie raison du confort matériel dont nous bénéficions tous, tous les jours : les « esclaves énergétiques » ! S’il fallait fournir avec du travail humain les 60 000 kWh qu’un Français utilise directement ou indirectement chaque année pour tous ses usages (chauffage, transport et fabrication de tout ce qu’il consomme), chacun d’entre nous se retrouverait à la tête d’une armée de plusieurs centaines voire de plusieurs milliers d’« esclaves ». Même dans les pays dits « émergents », chaque citoyen a déjà à sa disposition l’équivalent de plusieurs dizaines à plusieurs centaines d’esclaves, ce qui le met très au-dessus de n’importe quel paysan européen d’il y a deux siècles…

N’en doutons plus : l’énergie permet le pouvoir d’achat et contribue à l’élévation du niveau de vie d’une société…

En résumé

Notre monde grâce au soleil, à l’écosystème planétaire, et à sa manne d’énergie fossile, vit dans une abondance énergétique. Nous utilisons le feu pour libérer cette énergie, et faisant cela, nous avons connu, depuis deux siècles, une croissance démographique, économique et financière sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Grâce à l’énergie nous changeons le monde, en bien, pour l’élévation de notre confort matériel et technologique, mais aussi en mal, avec les crises écologiques qui s’annoncent.

Pour conserver nos acquis, il nous faut sortir du schéma des énergies fossiles qui présentent un stock donné une fois pour toute pour notre planète. Même en revenant à une sobriété énergétique (ce qui paraît impossible), le futur de l’humanité s’annonce crucial du point de vue de l’énergie.

Article inspiré par le livre de Jean-Marc Jancovici "Changer le monde - Tout un programme !", Calmann-Lévy, mai 2011.

mardi 6 janvier 2015

L'indice de développement humain (IDH)

L'indice de développement humain (IDH) est un indice statistique composite, développé en 1990 par l'économiste indien Amartya Sen et l'économiste pakistanais Mahbub ul Haq pour le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).


Indicateur de développement humain. L’IDH essaie de mesurer le développement plus que la croissance économique en intégrant des indicateurs qualitatifs. Le calcul de l’I.D.H. permet l’établissement d’un classement annuel des pays. Il est toujours publié avec un certain retard, car calculé à partir de chiffres généralement collectés deux ans plus tôt.

L'IDH se fonde sur trois critères majeurs : l'espérance de vie à la naissance, le niveau d'éducation, et le niveau de vie.

IDH en 2004 - source PNUD

Le concept du développement humain est plus large que ce qu'en décrit l'IDH qui n'en est qu'un indicateur, créé par le PNUD pour évaluer ce qui n'était mesuré auparavant qu'avec imprécision. L'indicateur précédent utilisé, le PIB par habitant, ne donne pas d'information sur le bien-être individuel ou collectif, mais n'évalue que la production économique. Il présente des écarts qui peuvent être très importants avec l'IDH.

L'IDH est un indice composite, sans dimension, compris entre 0 (exécrable) et 1 (excellent). Il est calculé par la moyenne de trois indices quantifiant respectivement :

- La santé / longévité (mesurées par l'espérance de vie à la naissance), qui permet de mesurer indirectement la satisfaction des besoins matériels essentiels tels que l'accès à une alimentation saine, à l'eau potable, à un logement décent, à une bonne hygiène et aux soins médicaux. En 2002, la Division de la population des Nations Unies a pris en compte dans son estimation les impacts démographiques de l'épidémie du sida pour 53 pays, contre 45 en 2000.

- Le savoir ou niveau d'éducation. Il est mesuré par la durée moyenne de scolarisation pour les adultes de plus de 25 ans et la durée attendue de scolarisation pour les enfants d'âge scolaire. Il traduit la satisfaction des besoins immatériels tels que la capacité à participer aux prises de décision sur le lieu de travail ou dans la société.

- Le niveau de vie (logarithme du revenu brut par habitant en parité de pouvoir d'achat), afin d'englober les éléments de la qualité de vie qui ne sont pas décrits par les deux premiers indices tels que la mobilité ou l'accès à la culture.

Classement IDH 2011 - Les 10 premiers pays - La France - Les dix derniers pays


Ce qui compte le plus dans l’IDH, ce n’est pas le niveau absolu (le nombre lui-même) mais le rang du pays dans le classement mondial. On retrouve évidemment en tête du classement la plupart des grands pays développés. Si l’on veut étudier l’évolution de la situation d’un pays sur le plan du développement, il faut retenir une étude sur le long terme : gagner une place en un an n’est pas très significatif ; en revanche, gagner régulièrement des places sur 20 ans, ou même sur 10 ans, l’est.

L'IDH a cependant le défaut de tous les agrégats: il suppose que ses composantes sont commensurables. C'est-à-dire que, par exemple, une augmentation de l'espérance de vie serait substituable à une augmentation de la production marchande. Plus fondamentalement, étant basées sur des moyennes nationales, ces mesures ignorent la corrélation significative entre les différents aspects de la qualité de vie parmi les gens, et ne disent rien sur la distribution des conditions individuelles dans chaque pays. En conséquence, l'indice combiné ne changerait pas si les performances moyennes dans chaque domaine restaient les mêmes alors que la corrélation des conditions individuelles entre domaines déclinait. Pour pallier ce problème, le PNUD a mis en place dès 2006 des séries permettant de différencier l'IDH au sein d'un pays par tranches de population : les premiers IDH désagrégés ont concerné 13 pays en voie de développement, aux côtés des États-Unis et de la Finlande.

Enfin, par rapport à la vision initiale de Amartya Sen, qui définit le développement comme processus d'expansion des libertés, l'absence de prise en compte des libertés publiques dans l'IDH est un défaut sérieux, d'autant que des indices de libertés publiques construits par des centres de recherche existent.
  

mercredi 3 décembre 2014

Restaurer la priorité au long terme

Le règne de l’urgence caractérise l’économie actuelle et domine la société dans son ensemble. Or, sans la prise en compte du long terme, la vie de nos contemporains deviendra un enfer. L’économie positive vise à réorienter le capitalisme vers la prise en compte des enjeux du long terme. L’altruisme envers les générations futures y est un moteur plus puissant que l’individualisme animant aujourd’hui l’économie de marché.

Beaucoup d’initiatives positives existent déjà, de l’entrepreneuriat social à l’investissement socialement responsable, en passant par la responsabilité sociale des entreprises ou encore le commerce équitable et l’action de l’essentiel des services publics. Elles demeurent toutefois encore trop anecdotiques : l’économie positive suppose, pour réussir, un changement d’échelle.

La crise actuelle s’explique justement très largement par le caractère non positif de l’économie de marché : la domination du court terme a envahi toutes ses sphères, et en premier lieu la finance. Alors qu’elle avait pourtant comme fonction d’origine de transformer le court terme (dépôts des épargnants) en long terme (investissements), sa mission initiale a été largement dévoyée dans de nombreux pays avec le mouvement de dérégulation, de désintermédiation et d’informatisation amorcé il y a une trentaine d’années. La finance est ainsi devenue un secteur à part entière, en partie déconnecté du reste de l’économie, et voulant trop souvent le dominer plutôt que le servir.

La dictature de l’urgence s’est ainsi répandue à toute l’économie : les entreprises sont devenues l’outil qui doit générer un rendement financier immédiat pour des actionnaires de plus en plus exigeants, de plus en plus volatils et éphémères, en occultant les autres parties prenantes de l’entreprise. Cette évolution a fait perdre aux dirigeants d’entreprise la marge de manœuvre nécessaire pour construire un projet sur le long terme.


Au-delà de l’aspect purement économique, la crise est devenue sociale et morale. Les inégalités engendrées par le système ont conduit une majorité d’individus, poussés par le système financier à vivre à crédit pour ne pas être exclus de la société de consommation ; et beaucoup d’entre eux, surendettés, se trouvent dans des situations dramatiques.

Si le système économique actuel n’est pas réorienté vers la prise en compte du long terme, il sera impossible de relever les défis, écologiques, technologiques, sociaux, politiques ou spirituels, qui attendent le monde d’ici 2030. Des phénomènes irréversibles auront été enclenchés, et le monde courra vers un désordre propice au dérèglement climatique, aux faillites d’États et au développement de l’économie illégale et criminelle.

Un passage à une économie plus positive pourra aider à résoudre la crise et à éviter ces désastres. L’un des prérequis est de bâtir un capitalisme patient, à travers une finance positive, qui retrouve son rôle de support de l’économie réelle. Plus généralement, l’économie positive créera de la croissance, des richesses et des emplois de haut niveau. De nombreuses études démontrent que les entreprises aujourd’hui positives ne sont pas moins efficaces et rentables que d’autres : au contraire, placer le long terme au cœur de leur stratégie assure leur pérennité. La transformation du système économique contemporain en une économie plus positive créerait une dynamique susceptible en particulier de sortir la France de la situation atone qui nourrit l’impression actuelle d’enlisement sans fin.

Pour accomplir ce changement de paradigme, l’une des conditions nécessaires est de pouvoir évaluer les progrès accomplis ainsi que ceux qu’il reste à faire. C’est pourquoi le présent rapport propose d’utiliser deux indicateurs nouveaux, créés pour l’occasion : l’indicateur de positivité de l’économie et le « Ease of Doing Positive Economy Index ». 

L’indice de positivité de l’économie d’un pays a été construit par ce groupe pour établir une photographie du degré actuel de positivité de l’économie d’un pays. L’actualisation annuelle de cet indicateur pourra permettre d’en suivre les progrès. La croissance du PIB fait partie des 29 indicateurs qui constituent cet indice. La France se classe aujourd’hui 19e parmi les 34 pays de l’OCDE : cinquième puissance économique mondiale, elle devrait au moins tenir ce même rang dans les classements relatifs à l’économie positive.

En outre, l’économie positive ne pourra véritablement advenir que si un pays adopte les réformes structurelles nécessaires pour créer un environnement (réglementaire, fiscal) plus favorable à son développement : cette volonté d’un pays d’aller vers une économie plus positive est mesurée par un deuxième indicateur, construit également spécifiquement à l’occasion du présent rapport, le « Ease of Doing Positive Economy Index ».

Ces deux instruments de mesure créés, il nous faut désormais agir. Vite. Fort. Le présent rapport met ainsi en avant 45 propositions destinées à faire advenir une économie plus positive. Elles sont de deux types : des recommandations axées spécifiquement sur l’économie et d’autres centrées sur la création d’une société positive. Les propositions visent à ne plus voir les objectifs sociaux et environnementaux comme des contraintes, mais comme des valeurs en soi. Elles sont adressées aux pouvoirs publics et aux organisations elles-mêmes. Nombre d’entre elles supposent des réformes du droit, qui seul peut restaurer le long terme. Il est par ailleurs préconisé d’agir à tous les niveaux : dans une économie mondialisée, on ne peut se contenter de mesures nationales. La France pourrait donc les porter devant le Conseil européen, le G8, le G20 ou encore l’ONU.


Ces propositions forment un tout. Elles amorcent une (r)évolution positive qu’il convient de démarrer le plus rapidement possible. Parmi ces 45 propositions, 10 sont des mesures piliers, c’est-à-dire qu’elles constituent les chantiers les plus importants, à mettre en oeuvre d’ici cinq ans pour poser le cadre de l’économie positive.

Certaines concernent directement l’entreprise. En premier lieu, il est impératif d’inscrire dans le droit la mission positive de l’entreprise en en modifiant la définition (proposition n° 1). Dans sa rédaction actuelle en droit français, l’article du Code civil qui définit le contrat de société fournit une vision très restreinte d’une entité qui serait seulement tournée vers l’intérêt de ses associés capitalistes. Le rapport propose une nouvelle formulation, prenant en compte la mission sociale, environnementale et économique de l’entreprise.

La définition d’indicateurs positifs extra-financiers (proposition n° 4) constituera une mesure unifiée, ou à tout le moins harmonisée, de l’impact positif des entités économiques s’imposant pour une plus grande transparence et une émulation collective. Le rapport préconise également une refonte des normes comptables (proposition n° 5), afin d’y intégrer la dimension de long terme qui leur fait aujourd’hui défaut, ne permettant pas de valoriser les comportements positifs des entreprises. Enfin, l’entreprise ne pourra devenir véritablement positive que si elle adopte des processus de décision et une gouvernance eux-mêmes positifs : l’influence sur la stratégie de l’entreprise de ses multiples parties prenantes devra donc être rééquilibrée en ce sens (proposition n° 17).

Parmi les autres propositions piliers, certaines ont trait au financement : la création d’un Fonds mondial d’économie positive pourrait être proposée par la France au G8 ou G20 (proposition n° 8). Cela suppose aussi de repenser l’architecture de notre fiscalité autour des externalités positives ou négatives, afin de valoriser ou de défavoriser certains comportements (proposition n° 24).

Des réformes institutionnelles s’imposent également : le long terme doit s’ancrer dans notre droit. Au niveau national, une instance dédiée à la prise en compte des intérêts des générations futures, qui pourrait s’appeler le Conseil du long terme, pourrait être créée en France à partir de l’actuel Conseil économique, social et environnemental (proposition n° 35). L’institutionnalisation du long terme doit également trouver une traduction internationale : il est proposé d’oeuvrer pour l’adoption d’un grand texte international sur les responsabilités universelles, définissant les devoirs des générations présentes à l’égard des générations futures (proposition n° 37), ainsi que pour la création d’un tribunal mondial de l’environnement (proposition n° 38).
Enfin, l’éducation est essentielle pour former des citoyens altruistes, écoresponsables, sensibles à la prise en compte de l’intérêt des générations futures (proposition n° 29). Dix autres propositions sont applicables rapidement, afin d’enclencher la dynamique de l’économie positive dans les douze prochains mois. Elles se répartissent en plusieurs catégories : celles qui concernent au premier chef les entreprises (intégrer l’innovation sociale dans le crédit impôt-recherche ; lancer un programme d’identification et de structuration de pôles territoriaux de coopération positive ; cartographier les politiques qui permettent une responsabilité élargie des producteurs) ; celles qui s’adressent aux consommateurs (rendre obligatoire l’affichage positif pour permettre un choix éclairé des consommateurs) ; celles qui donnent un rôle clé à jouer à l’État en tant que composante de la demande (agir par la commande publique ; mettre en place les contrats de performance environnementale et sociale en lieu et place des partenariats public-privé) ; celles relatives à la finance (renforcer les possibilités de financement participatif ; maîtriser le trading à haute fréquence) ; enfin, celles qui visent à parier sur les secteurs d’avenir (démarrer la transition énergétique ; s’engager dans le numérique).


samedi 4 octobre 2014

La crise planétaire - Extrait de la Voie - Edgar Morin (1921-)

La crise de l’unification


L’unification techno-économique du globe coïncide dès 1990 avec des dislocations d’empires et de nations : dislocation de l’Union soviétique, de la Yougoslavie, de la Tchécoslovaquie, pulsions multiples d’ethnies vers des micros nations, tout cela dans le déchaînement des identités nationales, ethniques, religieuses. D’où le développement d’un chaos en même temps que celui d’une interdépendance croissante. La coïncidence n’est pas fortuite, au contraire. Elle s’explique :

a) Par les résistances nationales, ethniques, culturelles à l’homogénéisation civilisationnelle et à l’occidentalisation. 

b) Par la perte du futur déterminée par l’effondrement d’un Progrès conçu comme Loi du devenir humain et l’accroissement des incertitudes et menaces du lendemain. Ainsi dans la perte du futur, la précarité et l’angoisse du présent, s’opèrent les reflux vers le passé c’est-à-dire les racines culturelles, ethniques, religieuses, nationales.

En même temps, et en dépit de l’hégémonie techno-économico-militaire des Etats-unis se développe un monde multipolaire dominé par de grands blocs aux intérêts à la fois coopératifs et conflictuels, où les crises multiples augmentent à la fois les nécessités de coopération et les risques de conflit. D’où le caractère à la fois Un et Pluriel de la globalisation. Ainsi la globalisation subit sa propre crise de globalité, qui à la fois unit et désunit, unifie et sépare.


Les poly-crises

La globalisation ne fait pas qu’entretenir sa propre crise. Son dynamisme provoque de multiples crises à l’échelle planétaire :

— crise de l’économie mondiale, dépourvue de véritables dispositifs de régulation.

— crise écologique, issue de la dégradation croissante de la biosphère, qui elle-même va susciter de nouvelles crises économiques sociales et politiques.

— crise des sociétés traditionnelles, désintégrées par les processus d’occidentalisation.

— crise de la civilisation occidentale, où les effets négatifs de l’individualisme et des compartimentations détruisent les anciennes solidarités, où un mal-être psychique et moral s’installe au sein du bien être matériel, où se développent les intoxications consuméristes des classes moyennes, où se dégrade la sous-consommation des classes démunies, où s’aggravent les inégalités.

— crises démographiques produites par les surpopulations des pays pauvres, les baisses de population des pays riches, le développement des flux migratoires de misère et leur blocage en Europe.

— crise des villes devenues mégapoles asphyxiées et asphyxiantes, polluées et polluantes, où les habitants sont soumis à d’innombrables stress, où d’énormes ghettos pauvres se développent et où s’enferment les ghettos riches.


— crise des campagnes devenant déserts de monocultures industrialisées, livrées aux pesticides, privés de vie animale, et camps de concentration pour l’élevage industrialisée producteurs de nourritures détériorées par hormones et antibiotiques.

— crise de la politique encore incapable d’affronter la nouveauté et l’ampleur des problèmes.

— crise des religions écartelées entre modernisme et intégrisme, incapables d’assumer leurs principes de fraternité universelle.

— crise des laïcités de plus en plus privées de sève et corrodées par les recrudescences religieuses.

— crise de l’humanisme universaliste qui, d’une part, se désintègre au profit des identités nationales-religieuses et, d’autre part, n’est pas encore devenu humanisme planétaire respectant le lien indissoluble entre l’unité et la diversité humaines.

La crise du développement

L’ensemble de ces multiples crises interdépendantes et interférentes est provoqué par le développement, qui est encore considéré comme la voie de salut pour l’humanité.

Le développement a, certes, suscité sur toute la planète des zones de prospérité selon le modèle occidental et il a déterminé la formation de classes moyennes accédant aux standards de vie de la civilisation occidentale. Il a, certes, permis des autonomies individuelles délivrées de l’autorité inconditionnelle de la famille, permettant les mariages choisis et non plus imposés, des libertés sexuelles, des loisirs nouveaux, la consommation de produits inconnus, la découverte d’un monde étranger magique, y compris sous l’aspect du Mc Donald et du Coca-Cola, et il a suscité de grandes aspirations démocratiques. Il a apporté aussi, au sein des nouvelles classes moyennes, les intoxications consuméristes propres aux classes moyennes occidentales ainsi que l’insatiabilité de besoins toujours nouveaux.
  

   
Mais le développement a aussi créé d’énormes zones de misère, ce dont témoignent les ceintures démesurées de bidonvilles qui auréolent les mégapoles d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine. Comme l’a dit Majid Rahnema, la misère y chasse la pauvreté des petits paysans ou artisans qui disposent d’une relative autonomie en disposant de leurs polycultures ou de leurs outils de travail. Le développement a détruit les antiques solidarités, produit de nouvelles corruptions partout où il s’est propagé.

Le moteur du développement est techno-économique. Il propulse la locomotive qui doit entraîner les wagons du bien-être, de l’harmonie sociale, de la démocratie. Il est compatible avec les pires dictatures pour qui le développement économique comporte l’esclavagisation des travailleurs et la répression policière.

La conception techno-économique du développement ne connaît que le calcul comme instrument de connaissance : calcul de croissance, calcul de PIB, calcul du revenu individuel. Il ignore non seulement les activités non monétarisées comme les productions de subsistance, les services mutuels, l’usage de biens communs, la part gratuite de l’existence, mais aussi et surtout ce qui ne peut être calculé la joie, l’amour, la souffrance, c’est-à-dire le tissu même de nos vies.

Le développement est une formule standard appliquée aux nations et cultures très diverses sans tenir compte de leur singularité, ni surtout des qualités en savoirs, savoir-faire, arts de vivre que comportent ces cultures. Il constitue un véritable ethnocide pour les petits peuples indigènes sans États.

Enfin, si l’on considère que le développement et la globalisation sont les moteurs l’un de l’autre, alors toutes les crises que nous avons énumérées peuvent être considérées comme des crises issues du développement, c’est-à-dire en fait les crises du développement lui-même.

La conscience de la crise du développement n’est arrivée que de façon partielle, insuffisante et limitée à la problématique écologique, ce qui a conduit à attendrir la notion de développement en lui accolant l’épithète « durable ». Mais l’os demeure.

La crise de l’humanité

La globalisation, l’occidentalisation, le développement sont les trois faces du même dynamisme qui produit une pluralité de crises interdépendantes et enchevêtrées, et qui elles-mêmes produisent la crise de la globalisation, celle de l’occidentalisation, celle du développement. L’ensemble de ces crises constitue une gigantesque crise planétaire. La gigantesque crise planétaire n’est autre que la crise de l’humanité qui n’arrive pas à accéder à l’humanité…

Edgar Morin - Emission "Ce soir ou jamais" de Frédéric Taddei 26/01/2011
    

mercredi 23 juillet 2014

Time out (film) - Andrew Niccol (1954-)

Time out (2011) - Andrew Niccol
Time Out, ou In Time au Québec, est un film de science-fiction dystopique américain écrit et réalisé par Andrew Niccol, sorti en 2011. Il décrit une société dans laquelle la monnaie fiduciaire a totalement disparu et a été remplacée par du "temps", une société dans laquelle l'humanité génétiquement modifiée, cesse de vieillir à vingt-cinq ans. A partir de cette 25ème année fatidique tous les citoyens doivent travailler pour obtenir du temps supplémentaire, sinon ils meurent. Le moyen de faire des échanges de temps se fait par le contact entre poignets, et "l’horloge" de la vie de chacun est indiquée sur le bras, à la vue de tous. Tout le monde sait le temps qu’il lui reste à vivre, et à moins de se couvrir le bras, les autres aussi...

Suivant l'application du proverbe bien connu: "le temps c'est de l'argent", l'horloge est le seul porte monnaie, il est aussi intiment mêlé à l’espérance de vie... Le "temps de vie" a remplacé l’argent, et tout s’achète en nombre de minutes ou d’heures, du temps que la plupart des gens vont gagner à l’usine. Esclaves d’un monde ou le facteur "temps" est devenu monnaie courante, les hommes luttent désormais pour gagner quelques minutes de plus. Alors que les riches, jeunes et beaux pour l’éternité, accumulent le temps par centaines d'années, les autres mendient, volent et empruntent les quelques heures qui leur permettront d'échapper à la mort. Parabole habile de nos sociétés déshumanisées, Time Out est porteur d’une dimension critique relativement bien affûtée. On y découvre une société où devenir adulte devient synonyme de grave responsabilités, ou l'expression "gagner sa vie" n'a jamais été aussi justifiée, une société obnubilée par l’apparence – la fameuse jeunesse éternelle – et parallèlement furieusement individualiste. Rien de bien éloigné de nos préoccupations actuelles.

Dans ce monde, les plus riches industriels de la planète dirigent le monde. L’humanisme est presque totalement inexistant et tout le monde cherche du temps pour survivre. Le monde est divisé en 2 catégories, les immortels et les pauvres. Les immortels pourraient être comparés à ceux qui vivent dans un âge d’or, une nouvelle Atlantide, ou tant que l'on met du temps dans son horloge biologique, on peut vivre éternellement. Il n’y a plus de maladies, plus de problèmes de nourriture, plus aucun problème, sauf peut être de mourir d'un bête accident.... 

Le temps se mêle étroitement à la vie et à l'argent. Avec cette situation en postulat, le réalisateur s'amuse à dérouler toutes les conséquences qui découlent de cette situation :

- Les pauvres courent, par manque de temps, et cela devient un marqueur social.

- La mode, en plus des classiques zones que la pudeur incite à cacher, propose désormais des caches bras, afin de dissimuler l'horloge biologique...   

- Vivre éternellement, sans prendre de risque, peut rendre la vie bien insipide et les immortels aspirent parfois à un retour à une vie moins aseptisée.

- Les décisions "monétaires" des riches hypothèquent directement la survie des plus défavorisés (ce qui en soit est un raccourci de notre réalité d'aujourd'hui). 

- Regrouper la santé, le travail et la sécurité sous la houlette d'un seul concept - le temps - entraîne une attrition de la démocratie. L'administration est devenue un grand consortium: police, armée, médecine et gouvernement à la fois, représenté par "les Gardiens du Temps".

Andrew Niccol tire à bout portant sur le pouvoir médiatique en place. Difficile de ne pas voir dans la bourgeoisie clinquante et tant convoitée – le quartier New Eden – de Time Out un portrait au vitriol de l’influence Hollywoodienne, monstre sectaire capable d’imposer une "norme" physique quasi-universelle. Le projet d’Andrew Niccol est un métrage d’anticipation parfaitement réaliste et inspiré, plus prompt à verser dans le constat social que dans les effusions pyrotechniques. Le concept social présenté par Time Out fait peur. Il est pourtant particulièrement actuel... 

Bande annonce du film "Time out" 2011