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lundi 25 septembre 2023

Se transformer soi-même pour changer le monde

La modernité occidentale a mis l’individu au centre et au-dessus de tout. Tandis que les sociétés traditionnelles insèrent les individus dans un moule de normes et de représentations collectives, nos sociétés modernes les en libèrent et sont entièrement axées sur la satisfaction des besoins et désirs des individus. Depuis la fin du XVIIIème siècle et jusqu’au milieu du XXème, le principal objectif a été d’offrir aux individus des droits fondamentaux pour leur permettre de vivre dans la dignité. 

Cela a été l’avènement de la démocratie et des droits de l’homme, la fin de l’esclavage et des ségrégations raciales, l’accès gratuit aux soins et à l’éducation, le droit du travail et le syndicalisme, l’émancipation progressive de la femme... De nombreux progrès sont encore à accomplir dans ces domaines et l’on déplore parfois de spectaculaires retours en arrière.

À cet objectif qualitatif, d’émancipation de l’individu et de progrès social, s’est articulé un second objectif, plus quantitatif : l’amélioration du confort matériel et l’accroissement de la richesse. Alors que l’amélioration des conditions de vie et ce qu’on pourrait appeler les « bases du confort moderne » (avoir un toit, une voiture, divers appareils ménagers) étaient atteints dès les années 1960 en Occident, l’idéologie consumériste s’est développée et l’on est entré dans l’ère du « toujours plus », bien décrit par François de Closets. 

L’individu occidental est devenu un perpétuel insatisfait qui aspire à gagner toujours plus d’argent, à posséder toujours davantage d’objets et à en changer sans cesse. La société de consommation est ainsi entièrement fondée sur cette idéologie pernicieuse qui fait croire aux individus que leur épanouissement passe exclusivement par l’« avoir ». Bien des maux actuels, dénoncés dans la première partie de cet ouvrage, sont issus de cette quête sans fin du profit, de la course à la possession. Tant que nous resterons dans cette logique du « toujours plus », et que cette logique continuera à se répandre à travers la planète, rien ne pourra changer, et notre monde poursuivra sa marche aveugle vers de multiples catastrophes absolument prévisibles.

Le changement dans le monde passera par l’adoption d’autres valeurs que celles du profit et de la réussite matérielle, et par le dépassement de la vision mécaniste qui prévaut encore dans les esprits. Mais ce sont précisément ces esprits qu’il convient de changer. Or, si des discussions interculturelles à divers niveaux (instances internationales, ONG, associations religieuses et philosophiques, etc.) sont incontestablement utiles et fécondes, c’est au bout du compte à chacun de nous d’opérer cette conversion spirituelle, doublée d’un changement de mode de vie. C’est précisément parce que la modernité a mis l’individu au centre du dispositif que le monde ne pourra changer que lorsque les individus eux-mêmes changeront.

Accepter la différence, c’est d’abord accepter qui nous sommes...

Dans un État démocratique, rare est le gouvernement qui osera prendre une mesure qui n’est pas souhaitée par la majorité des citoyens. Les hommes politiques ont les yeux rivés sur les enquêtes d’opinion. Nous touchons là aux limites du système démocratique, « le pire des systèmes de gouvernement à l’exception de tous les autres », disait Churchill ; à quoi d’aucuns ajoutent : « le moins propre à faire le bien des citoyens contre leur gré ». N’attendons donc pas des gouvernements qu’ils soient le fer de lance du changement ; ils peuvent jouer un rôle utile d’éducateurs, mais les vraies mesures ne seront prises que parce que les citoyens seront prêts à les adopter dans leur vie quotidienne et, par extension, à les voir mises en œuvre dans la sphère publique.

C’est quand la pensée, le cœur, les attitudes de la majorité auront changé que le monde changera. Ce constat va bien au-delà des réponses techniques, du savoir intellectuel ou scientifique qui peuvent ponctuellement résoudre l’un ou l’autre des problèmes que nous affrontons. La solution doit venir de chacun de nous, appelé à un travail sur soi, à une conversion du regard, à un changement de mode de vie. C’est la somme des nouvelles individualités qui créera une collectivité nouvelle. Il s’agit donc, pour chacun, d’examiner ce qui, en lui et dans sa vie, concourt aux dysfonctionnements et aux malheurs du monde.

On peut discerner en particulier trois maux qui ne sont pas nés de la modernité : ils ont toujours existé dans le cœur de l’homme, ont toujours été à l’origine des problèmes auxquels ont dû faire face les sociétés humaines. Cependant, le contexte de l’hyper-modernité et de la globalisation les rend encore plus virulents, plus destructeurs. Ces trois maux sont la convoitise, le découragement qui débouche sur l’indifférence passive, et la peur.

Extrait choisi de "La guérison du monde" (Essai, Fayard, 2012) par Frédéric Lenoir

samedi 11 juillet 2020

La tolérance point de vue de la philosophie indienne

Le monde vu comme une famille au sens large peut être dépeint comme un arbre aux nombreuses ramifications. Chaque nation - symbolisée par une branche - est un frère ou une sœur par alliance, ayant sa propre famille. Ces familles - représentées par des rameaux de l'arbre - sont les diverses régions composées de toutes les religions et de tous les groupes ethniques. Lorsqu'on regarde les racines de l'histoire en plaçant les membres de la famille humaine sur un tel arbre généalogique, cette perspective montre la complémentarité existant entre tous et tend à prouver qu'une vraie coexistence est possible. 

Tout l'arbre puise son soutien dans des racines communes, originelles, nées d'une seule graine, et l'arbre de la famille humaine ne peut être différent. La coexistence tire son origine de la graine même d'où a jailli la vie! 

Et la tolérance, qui se développe également à partir de cette graine unique, avec ses racines profondément ancrées dans le sol, s'exprime de diverses manières, notamment en enrichissant la terre et en répandant des ondées de bienveillance.



Coexistence


L'objectif de la tolérance est la coexistence pacifique. En acceptant l'individualité et la diversité, la tolérance ôte les masques qui divisent et dissipe les tensions créées par l'ignorance. Elle donne l'occasion d'éliminer les stéréotypes et les préjugés associés à ceux qui sont perçus comme différents du fait de leur nationalité, de leur religion ou de leur héritage culturel. 

De même qu'un jardinier reconnaît les qualités et les caractéristiques de toutes les variétés de graines et prépare le terrain en fonction de celles-ci, une personne tolérante prend en considération le caractère unique de chacun. Par son attitude compréhensive et son ouverture d'esprit, elle pourra côtoyer toutes sortes d'individus ; s'adapter aux autres et les accepter sincèrement dénoter une attitude profondément tolérante dans la vie quotidienne, et favoriser des relations sereines et épanouies.

L'amour, graine de la tolérance, doit être semée avec compassion et bienveillance. Plus on aime et plus on partage cet amour, plus grand est le pouvoir qu'il contient. Quand l'amour fait défaut, la tolérance fait elle aussi défaut.

Si un obstacle s'impose à son enfant, une mère est prête à faire face à tout et peut tout tolérer. A cet instant, au lieu de se soucier de son propre bien-être, celle-ci s'appuie sur l'amour pour affronter toutes les circonstances. L'amour rend tout plus facile à tolérer.

La famille est le premier noyau pour apprendre la tolérance, puisqu'il y a toujours des ajustements à faire pour vivre en harmonie avec les autres. 

L'école est le deuxième. Néanmoins, notre tolérance est mise à l'épreuve chaque jour de notre vie. Ceux qui réussissent le plus souvent cherchent à apprécier le bon côté des gens et des situations. Ceux qui ont plus de difficultés à tolérer entretiennent habituellement en eux-mêmes un certain niveau de désapprobation. 

Le principe est de savoir utiliser le pouvoir de la tolérance comme un bouclier de protection afin de préserver intacte sa sérénité intérieure.


Discernement dans la prise de décision

La tolérance est cette force qui permet à l'individu d'affronter et de transformer les incompréhensions et les difficultés. La méthode consiste tout d'abord à user de discernement dans la prise de décision. 

Puis, en cherchant profondément dans sa conscience, il s'agit de déterminer si une décision est correcte ou non; si elle peut être bénéfique ou non; et si elle permet des acquisitions à court ou à long terme. Il en résulte des décisions prises en pleine connaissance de cause. 

Ce pouvoir de décision atténue les bouleversements de l'esprit, notamment ceux qui surgissent de l'opposition entre les émotions et la raison. Il ne peut alors exister de conflit avec soi-même ou avec les autres, puisque la tolérance sait fort bien apaiser l'obstination et l'emportement des autres. Même insulté, celui qui incarne la tolérance n'est jamais découragé. 

Connaissance et compréhension profondes lèvent automatiquement le bouclier de la tolérance de sorte que l'individu reste comblé et contenté, sans jamais se sentir menacé par les autres ou par les circonstances. Une personne tolérante est semblable à un arbre couvert de fruits. Même sous les coups de bâton et les jets de pierres, l'arbre continue de donner ses fruits.

En milieu professionnel également, le fruit des intentions et des actions peut être menacé si la tolérance n'intervient à aucun moment dans les relations avec les autres. Ceux qui ont le pouvoir de tolérer ne laissent pas les vibrations extérieures obscurcir leur esprit et créer le doute et l'insatisfaction. Ils sont contentés intérieurement et à même de voir les choses telles qu'elles sont, plutôt que telles qu'elles apparaissent, et d'agir en conséquence.



Aptitude à harmoniser

Certaines circonstances exigent de la tolérance. Des variations atmosphériques importantes ou la douleur physique en sont des exemples marquants. L'innovation technologique a permis aux êtres humains de s'adapter à la chaleur et au froid extrêmes; et la recherche médicale a accompli des merveilles pour réduire la douleur du patient. Pourtant, de tels progrès ne signifient pas que les effets indésirables soient complètement éliminés. A partir d'un certain niveau, et pour certains individus plus que pour d'autres, la tolérance devient le pouvoir indispensable pour faire face.

La tolérance permet de développer l'aptitude à s'adapter aux problèmes de la vie quotidienne. La capacité d'adaptation de tous ceux qui se précipitent à la gare le soir après une dure journée de travail, fatigués et pressés, est sérieusement mise à l'épreuve quand retentit l'annonce: "Tous les trains ont été annulés en raison de problèmes techniques sur les lignes. Les voyageurs sont priés d'emprunter des itinéraires de remplacement". 

Pour tolérer les inconvénients de la vie, il faut parfois savoir lâcher prise, être léger, rendre les autres légers et continuer à avancer. Les montagnes se transforment en vallons, et les vallons en minuscules mottes de terre !




"Qu'est-ce que la Tolérance ? La Tolérance n'est ni concession ni indifférence. La Tolérance, c'est la connaissance de l'autre. C'est le respect mutuel né d’une compréhension réciproque. Laissons-là les vieux mythes et souscrivons aux résultats des recherches actuelles: l'homme n'est pas violent par nature. L'intolérance n'est pas inscrite dans nos gènes. La peur et l'ignorance sont les racines de l'intolérance, et ses mécanismes peuvent s'inscrire dans le psychisme humain dès le plus jeune âge."
Federico Mayor Zaragoza (1934-), Directeur général de l'UNESCO, 1995, L'année pour la Tolérance

Federico Mayor Zaragoza (né le 27 janvier 1934 à Barcelone) est un homme politique espagnol et un haut-fonctionnaire international. Il fut directeur de l'UNESCO de 1987 à 1999. Sous son mandat à la direction de l'UNESCO, il développa le programme Culture de paix et obtint que l'Assemblée générale des Nations unies déclare l'an 2000 "Année internationale pour la Culture de paix". Il soutint l'initiative qui aboutit, le 10 novembre 1998, à la proclamation par l'Assemblée générale des Nations unies des années 2001-2010 Décennie internationale pour la promotion d'une culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde. Il est membre du comité de parrainage de la Coordination. internationale pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence.

Source: Extrait de "Un guide pratique", une Publication Raja Yoga - Brahma Kumaris en l'honneur du cinquantième anniversaire des Nations Unies.

mercredi 10 juin 2020

Fable de l'homme invisible - Jacqueline Held (1936-)



C'était un homme... un homme...
Peu contrariant, aimable
Et surtout
Infiniment adaptable.
Prêt à tout
Pour n'avoir pas d'ennuis.
Un caméléon fait homme,
En somme.
Verts sur l'herbe et bleu sur le ciel,
Chanter lui était habituel...
Une pancarte sur son chemin:

AVIS A TOUS LES HUMAINS:
"Interdit aux hommes de toutes les couleurs
Même blancs."

Il poussa, força, se ratatina
S'efforçant tant
Qu'il devint transparent...
S'évapora tout simplement
Et disparut dans le néant.

Moralité: Sois ce que tu es, graine d'ombre ou poisson de l'aube, Sois ce que tu es.



Jacqueline Held (1936-)
Jacqueline Held, née en 1936 à Poitiers est une poète et conteuse française.
Oprheline de père, Jacqueline Held vit en Limousin son enfance. Très tôt elle écrit des contes et des poèmes. Son premier roman, Le chat de Simulonbula reçoit le grand prix de littérature de jeunesse. Suit une importante production récompensée par diverses distinctions. Elle écrit également des recueils de poèmes pour adultes, parfois en collaboration de son mari, Claude Held. Jacqueline et Claude vivent dans l'Orléanais.

Seuls ou ensemble, ils ont écrit des livres qui s'adressent tout autant à l'adulte qu'à l'enfant. Ils ont exploré, en littérature de jeunesse, des domaines aussi variés que la poésie, le théâtre, le roman, le conte et l'album. Lors de nombreuses rencontres à l'école, en bibliothèque, ils font partager à leurs lecteurs le plaisir de découvrir, et de redécouvrir sa propre langue.

samedi 20 octobre 2018

Eloge de la différence - Albert Jacquard (1925-2013)

Les éditions du Seuil – Points Sciences
Résumé de lecture

Un objectif ancien : améliorer l’espèce
 
L’humanité n’est pas seulement responsable de sa transformation morale ou spirituelle, de son cheminement vers une civilisation meilleure, elle l’est aussi de son devenir biologique. Ce livre veut faire le point, provisoire bien sur, sur cette science nouvelle qu’est la génétique. Il cherche à se débarrasser d’idées reçues, c’est un premier pas vers la connaissance.

Chapitre premier, le processus élémentaire : faire un enfant

Le point de départ de toute réflexion sur la génétique est l’évidence d’une certaine ressemblance entre les enfants et les parents. La transmission de la vie s’accompagne de la transmission de certains caractères. Il n’y a pas reproduction. Un être sexué ne peut se reproduire. L’enfant de deux personnes est une création unique définitivement.

Le réel est unique, mais les possibles sont infiniment nombreux. Selon les lois de Mendel, chaque gène paternel ou maternel à la même probabilité (50%) d’être choisi. A l’état de nos connaissances, nous appelons cette probabilité le hasard.

Il faut distinguer le génotype et le phénotype.
 
Le phénotype correspond à l’apparence de l’individu, ou l’ensemble des caractéristiques que l’on peut mesurer ou qualifier chez lui. Le génotype correspond à la collection de gènes dont a été doté l’individu lors de sa conception. L’étude de la transmission des caractères consiste à préciser l’interaction entre génotype et phénotype en tenant compte du rôle du milieu. Lorsqu’il s’agit d’un humain, il est difficile de réduire l’être réalisé aux règles qui gouvernaient son développement. Les multiples événements qui ont réalisé sont phénotype font autant partie de son essence que les gènes initiateurs. Le génotype, c’est la partition, le phénotype c’est la symphonie que nous écoutons, marquée par la personnalité du chef d’orchestre selon les exécutants.


Chapitre deux, le processus collectif : structure et succession des générations

De nombreuses études ont permis de dresser des cartes du monde où les lignes qui habituellement joignent les points de même altitude (lignes de niveau) de même pluviométrie, joignent les points où on a trouvé les mêmes fréquences pour tel ou tel gène. Nous ne pouvons observer que des phénotypes, alors que la réalité profonde dont dépendent les générations futures, concernent les génotypes. Le langage mathématique permet de dégager une réalité que l’observation seule ne dévoile pas.

Progressivement la composition d’un groupe génétique se transforme au hasard, la population évolue, mais ce processus est d’une extrême lenteur. Dans un groupe de 100 personnes, il faudrait quelques millénaires pour réaliser un changement important. Les migrations représentent un élément essentiel des transformations des populations. Il est très peu probable qu’une population humaine reste isolée pendant plusieurs millénaires. Chaque immigrant arrivant dans une population "isolée" apporte des "gènes frais" qui se répandent dans le groupe et remplacent ceux que la dérive avait éliminés.

On a vu que les générations des enfants à partir de la génération des parents peuvent êtres vues comme une série de loteries. Chaque enfant, pour chaque caractère, reçoit deux gènes tirés au hasard. Mais ce tirage ne donne pas des chances égales à tous les gènes parentaux. Si un gène entraîne une diminution de la fertilité, ou une moindre résistance aux maladies, l’individu qui le porte sera moins représenté dans la génération suivante. C’est la sélection naturelle. Le patrimoine génétique collectif constitue la richesse biologique d’un groupe, son bien essentiel et véritablement durable. Pouvons-nous espérer le transformer volontairement ? 

S’opposent alors l’eugénisme et la génétique des populations.


Chapitre trois, l’avenir de notre patrimoine génétique : les dangers et les craintes

Une crainte vaine : l’effet dysgénique de la médecine

En soignant un enfant porteur de tares génétiques, en lui permettant de procréer, des gènes défavorables vont être transmis au lieu d’être éliminés. On appelle cela l’effet dysgénique du progrès médical. Cependant l’unité de temps ici est marquée par la procréation, c’est une génération. Nous sommes responsables du destin à long terme de notre espèce. Depuis que, devenu Homo sapiens, nous avons réagit contre les agressions extérieures en inventant des comportements adapté comme l’invention du feu ou l’emploie de peaux de bêtes, nous avons certainement empêché l’élimination d’enfants que leur dotation génétique rendait moins capables de lutter contre le froid.

Il est dans la nature même de notre espèce de vivre artificiellement. Nous n’avons jamais acceptés de subir passivement la sélection imposée par le milieu. La notion de bien ou de mal correspond à un manichéisme beaucoup trop simpliste face à la complexité du vivant. Certaines associations génétiques responsables du diabète sont "mauvaises" pour un individu trop bien nourrit, elles sont peut être "bonnes" pour le même individu qui doit supporter une famine. Comment, dans ces conditions, prétendre que l’action médicale conduit à une dégénérescence ? Cette crainte d’un effet dysgénique de la médecine est l’aspect négatif de l’espoir en l’eugénisme.

Un danger imprécis : la consanguinité
 
L’apparentement des conjoints implique chez les enfants l’accroissement de la proportion des caractères homozygotes. Certaines maladies sont dues à des gènes récessifs, ne manifestant leur effet néfaste qu’à l’état homozygote. L’apparenté du couple procréateur entraîne ainsi un plus grand risque de mortalité périnatale ou fœtale, donc de stérilité du couple.

Une crainte : les mutagènes dans notre environnement
 
Il arrive parfois pendant la réalisation d’un gamète qu’une modification, ou erreur survienne. L’héritage génétique devient différent. Il est très difficile de préciser la fréquence des mutations pour l’espèce humaine, où toute expérience est pratiquement exclue, pour des raisons éthiques ou pratiques (liées en particulier à la durée des générations). Les mutations sur des gènes récessifs ne se manifestent pas dès leur première apparition. L’évaluation est plus précise lorsqu’il s’agit de gènes dominants. La probabilité d’une mutation atteint 6% sur les centaines de milliers ou les millions de gamète émis par un individu, un nombre très important est donc porteur de mutation. Elles se produisent spontanément, au hasard. Cependant, les radiations provoquent une augmentation de la fréquence des mutations. La dose naturelle de radiation a été doublée depuis le début du XXème siècle. 

Même si l’on admet que ce niveau est encore supportable, il est clair qu’un infléchissement sera nécessaire : sinon le triplement puis le quadruplement serait vite atteint.

Mutagénicité des produits chimiques

Certains produits chimiques avec lesquels nous sommes en contact pénètrent nos cellules et réagissent avec elles, modifiant la structure de nos chromosomes, introduisant donc des mutations. Comment savoir si un produit naturel ou artificiel a de tels pouvoirs ? 
Notre ignorance en ce domaine est presque totale. Cette incapacité à déceler un éventuel pouvoir mutagène des substances chimiques nouvelles que nous utilisons parfois à haute dose est particulièrement grave. Devant cette carence de notre information, la seule attitude raisonnable devrait être la prudence ; il ne semble pas que cette attitude soit celle de note société.


Chapitre quatre : un concept flou : les races humaines

Dés que l’on observe un ensemble aussi complexe que l’ensemble des hommes, on ressent la nécessité de réaliser des classifications, en regroupant les individus paraissant le plus semblables. Les premières tentatives de classifications ne pouvaient que concerner "l’univers des phénotypes". Ainsi, les taxonomistes ont définis plusieurs races.

La génétique a apporté de la précision à la problématique en donnant un contenu plus objectif au concept de race: un ensemble d’individu ayant en commun une part importante de leur patrimoine génétique. La classification concerne "l’univers des génotypes".

Race et racisme
 
Les recherches scientifiques tentent de mettre au point des méthodes de classement des individus, permettant éventuellement de définir des groupes, des races relativement homogènes. Le racisme est une attitude d’esprit nécessairement subjective qui compare les diverses races en attribuant une "valeur" à chacune en établissant une hiérarchie. Le racisme, c'est-à-dire le sentiment d’appartenir à un groupe humain disposant d’un patrimoine biologique meilleur, est un sentiment universellement partagé. Il faut se demander ce qu’apportent la science, et principalement la génétique, à ce concept de race.

Qu’est ce que classer ?
 
Définie des espèces, c’est opérer des regroupements au sein de l’ensemble des individus appartenant au monde vivant. La capacité à se féconder est le critère de l’appartenance à une même espèce. Mais aucun critère de cette sorte ne peut être précisé lorsqu’il s’agit de décider si deux individus humains appartiennent ou non à la même race.

Classer les individus en race est une activité en réalité très complexe dont le résultat dépend de choix fort arbitraires. Il ne s’agit pas de nier toute valeur au résultat d’un classement, il s’agit d’être conscient de sa relativité. Le caractère spontanément pris en considération pour définir les races est celui qui est le plus facilement repéré : la couleur de la peau.
 
C’est un caractère évidement héréditaire soumis à un déterminisme génétique assez rigoureux mais mal connu. La couleur de la peau provient de la mélanine, un pigment présent chez les blancs, les jaunes, les noirs, à des densités très variables. Les différences constatées sont quantitatives, non qualitatives. A l’intérieur d’un même groupe, l’écart entre deux individus d’une même population peut être beaucoup plus grand que celui constaté entre les moyennes de deux groupes appartenant à des "races" distinctes.

Dans une optique mendélienne, les Blancs possèdent 8 gènes b entrainant une couleur claire, les Noirs 8 gènes n entrainant une couleur foncée. Tous les intermédiaires sont possibles, selon la valeur du nombre x de gènes b et du nombre 8-x de gènes n. On se rend compte qu’aucun classement basé sur la seule couleur ne peut avoir de sens biologique. La couleur de la peau ne correspond qu’à une part infime de notre patrimoine génétique (8 ou 10 gènes sur quelques dizaines de milliers). Les progrès de la biochimie apportent des données qui caractérisent les systèmes sanguins. Ainsi, le passage du phénotype observé au génotype est beaucoup plus aisé.
 
En 1900, on découvrit l’existence de 4 groupes A, B, AB et O (O étant récessif devant A ou B). En 1940 on découvrit le système Rhésus. Depuis, on a abouti à la mise en évidence de 70 systèmes sanguins, et la liste s’allonge chaque année. Ces systèmes nous permettent une comparaison des populations indépendantes des effets du milieu sur chaque individu. Ce qui distingue deux populations n’est pas le fait qu’elles possèdent ou ne possèdent pas tel gène, mais le fait que les fréquences de ce gène sont différentes. Ce n’est pas un critère par "tout ou rien ", mais un critère par "plus ou moins". Les données disponibles pour les nombreuses populations et portant sur de multiples systèmes sanguins permettent ainsi de calculer un ensemble de distances et de dresser des cartes génétiques surprenantes car les distances génétiques différent complètement des distances géographiques.
 
Variété des individus, variété des populations
 
La science ne rend pas plus facile le classement des populations. Son rôle n’est pas de fournir infailliblement des réponses claires à toutes les interrogations. A certaines questions, il ne faut pas répondre. Donner une réponse, même partielle ou imprécise à une question absurde, c’est participer à une mystification, cautionner un abus de confiance. Le classement des hommes en groupes plus ou moins homogènes que l’on pourrait appeler "races" n’a aucun sens biologique réel. Les groupes humains actuels n’ont jamais été totalement séparés durant des périodes assez longues pour qu’une différenciation génétique significative ait pu se produire.


Chapitre cinq : Evolution et adaptation

Le "monde vivant" n’est pas un monde fondamentalement différent du monde inanimé. Il est fait de la même matière, soumis aux mêmes forces, aux mêmes contraintes. C’est la dynamique même de la matière inanimée qui a provoqué l’apparition, non pas brutale, non pas éclatante comme un miracle, mais progressive, laborieuse, hésitante, de ce que nous appelons "la vie". Le nombre d’espèces répertoriées sur notre planète est de l’ordre d’un million et demi. La diversité de leurs apparences et de leurs fonctions donne l’impression d’une hétérogénéité fondamentale. Quoi de commun entre une algue et une mouette ? Entre une méduse et moi, un homme ?

L’évidence d’une parenté est pourtant aveuglante, lorsque l’on quitte les apparences externes pour les structures profondes, tant sont semblables les processus par lesquels ces organismes assurent leurs développement et leur survie. Toutes leurs cellules réalisent des transferts d’énergie au moyen de mêmes composés chimiques. Il paraît hautement improbable que ces traits aient pu se retrouver dans tous les organismes vivants, si ceux-ci n’avaient une origine commune. Avec une certitude à peu prés absolue, nous pouvons affirmer l’unité du monde vivant.
 
L’évolution darwinienne
 
En 3 Milliards d’années, la capacité de différenciation manifestée par les êtres vivants, a conduit à une prolifération d’organismes dotés de pouvoirs multiples, tous merveilleux, certains inquiétants. Ainsi, chez l’Homme, le pouvoir de prendre conscience de ses propres dons, de les multiplier et de se donner a lui-même le pouvoir de détruire toute vie. L’apport de Darwin n’est nullement l’idée que les espèces se transforment et descendent les unes les autres. Son originalité était d’expliquer l’évolution par un mécanisme précis, "la sélection naturelle". Le Darwinisme ne doit pas être confondu avec le transformisme. Le Darwinisme est l’explication de la transformation des espèces par "la lutte pour la vie" qui élimine les moins aptes et conserve les "meilleurs".
Les éleveurs parviennent à modifier les espèces animales. Dans presque toutes les populations, ceux qui parviennent à l’âge procréateur ont été choisis par  "une sélection naturelle" qui a éliminé les plus faibles. Les caractères sont sélectionnés naturellement. Ils doivent donc se répandre progressivement dans la population. Celle-ci, de génération en génération se transforme, elle évolue.

Une synthèse convaincante : le néo-darwinisme
 
Finalement, "ce" qui évolue n’est ni l’individu, ni la collection d’individus qui constituent une population mais l’ensemble des gènes qu’ils portent. D’une génération à la suivante, cet ensemble se transforme sous l’influence de multiples événements. Les mutations (événements très rares) apportent des gènes nouveaux.  Une novation peut provenir de l’entrée dans le groupe d’un gène, jusque là inconnu apporté par un immigrant provenant d’une autre population de la même espèce.

L’influence de ces nouveaux gènes peut être bénéfique ou maléfique et dépend bien-sûr du "milieu". La limitation de l’effectif du groupe entraîne une variation aléatoire des fréquences des gènes, le hasard jouant dans ce cas un rôle important : la "dérive génétique".

La façon dont les couples procréateurs se constituent peut influencer le processus de transmission des gènes. L’objectif du "néo-darwinisme" est de passer en revue ces divers facteurs, de définir leur influence sur le destin d’un gène et de préciser le rythme de la transformation des structures génétiques. La sélection naturelle ne peut qu’améliorer la situation ; le bien général est d’autant mieux servi qu’on la laisse librement opérer.

Un prolongement abusif : le darwinisme social

L’extraordinaire retentissement des théories de Darwin ne tient certainement pas à la seule qualité de sa pensée scientifique. Une société ne fait un tel accueil à une théorie nouvelle que si cette théorie contribue, même sans l’avoir cherché, à résoudre certains de ses problèmes.
 
Au XIXème siècle, des fortunes s’édifient grâce aux ouvriers qui reçoivent des salaires leur permettant à peine de survivre. Des enfants travaillent dans les mines et ne sont remontés qu’une fois par semaine. Les nations européennes participent à l’aventure coloniale. Elles aboutissent à la mise en tutelle de peuples entiers, considérés comme inférieurs aux peuples de race blanche dont le succès apparaît définitif.

Pour une société imprégnée d’une religion qui prêche l’amour de son prochain, une attitude aussi dominatrice peut poser problème. Lorsqu’un scientifique affirme que le progrès du monde vivant est le résultat de la "lutte contre la vie", certes, cette affirmation est fondée sur l’observation des animaux et concerne uniquement les caractéristiques biologiques liées à la survie et la procréation, mais elle est comprise immédiatement comme la justification d’un comportement de compétition. Le développement d’un darwinisme social qui consisterait à éliminer "les êtres inférieurs" ne représente nullement, malgré le terme employé pour le désigner un prolongement des constatations faites par Darwin au sujet de l’évolution du monde vivant. Il s’agit d’une réflexion tout autre, tendue vers une attitude délibérée, volontariste de sélection artificielle.

Une remise en cause radicale : le non – darwinisme

Il s’agit de mettre l’accent sur le facteur évolutif introduit par la découverte de Mendel, le hasard et de limiter autant que possible le recours au concept darwinien imprécis de "valeur sélective". Notre vision du processus de l’évolution s’en trouve profondément modifiée : le rythme de celle-ci n’est plus dicté par l’intensité des pressions sélectives, mais par la fréquence des mutations. Le premier rôle n’est plus tenu par la nécessité, mais par le hasard. Que le hasard soit introduit comme facteur explicatif, ou qu’il résulte de la complexité des déterminismes, c’est à lui que finalement nous faisons appel pour décrire l’évolution.
Illusion d’un type : réalité d’une dispersion
 
Le monde vivant que nous observons n’est pas un accomplissement d’une série de déterminismes qui ne pouvaient que le conduire à l’état où nous le voyons, il n’était pas nécessaire. L’arbre des espèces n’était pas pré-dessiné lors des premiers balbutiements de la vie ; les branches nouvelles qu’il peut encore produire sont imprévisibles. 


Chapitre six : L’amélioration des espèces : quelle amélioration ?

Les succès de la sélection artificielle ne sont pas niables. Mais avant de nous interroger sur la transposition de cette réussite à notre propos, il faut préciser: ses objectifs et les techniques utilisées. Au XVIIIème siècle, une action systématique a été entreprise en vue d’améliorer certaines caractéristiques du bétail. Les réussites ont été nombreuses, mais on a constaté une plus grande fragilité des animaux. Les progrès du rendement des céréales après hybridation des espèces ont été spectaculaires. La sélection qu’elle soit artificielle ou naturelle porte nécessairement sur les individus, non sur les caractères. Les résultats obtenus s’accompagnent d’effets secondaires qui, à long terme, peuvent avoir beaucoup plus d’importance que les modifications volontairement réalisées. Les scientifiques disent eux-mêmes ne pas maîtriser tous les concepts utilisés.

L’héritabilité : concept central

Un caractère est "héritable" lorsqu’une certaine ressemblance est considérée entre les parents et les enfants, ou entre les individus ayant un lien parental étroit. Attention, le terme "génétique" est un mot éculé, épuisé d’avoir été prononcé par tant de bouches, écrits par tant de plumes, vidé de tous sens précis, par la diversité des concepts auxquels il a servi d’étiquette.

Les deux concepts "héritables" et "génétique" ne sont pas indépendants, mais la liaison entre eux n’est ni simple, ni claire. L’interrogation primordiale des scientifiques tient se demander quelle est la part du patrimoine génétique dans la manifestation d’un caractère. En toute rigueur, nous ne pouvons pas affirmer qu’un caractère est gouverné par 1, 2 ou n paires de gènes, mais seulement les variations de caractère.

Un caractère peut être soumis à de multiples déterminismes mettant en jeu de très nombreux gènes, mais ne présenter dans une population donnée que des variations dues à une seule paire de gènes. On se pose naturellement la question lorsque l’on étudie un caractère soumis, de toute évidence, à la fois de l’influence des patrimoines génétiques des individus et aux milieux dans lesquels ils vivent. Cette question est: quelles sont la part du génotype et la part du milieu dans les différences que nous constatons entre les individus ?

Dés qu’un phénomène est quantifié, il est toujours possible de faire subir aux mesures observées des traitements mathématiques complexes, aboutissant à l’estimation de divers paramètres. Cependant si ces paramètres n’ont pas de sens précis, les calculs qui permettent de les estimer constituent une activité rigoureusement inutile. Dans de nombreux cas, l’interaction entre le génotype et le milieu est telle que la caractéristique étudiée ne permet pas de classer les génotypes.

Un habillage mathématique ne peut donner de sens à une mesure inepte. Un généticien perturbé, un psychologue dément peuvent un jour inventer le paramètre X obtenu, pour chaque personne chargée de famille, en divisant sa taille par le tour de tête de son conjoint et en ajoutant la moyenne des QI de ses enfants. Ils peuvent donner à X un nom à consonance grecque, ou mieux, anglaise, calculer X dans de nombreuses familles, comparer les moyennes de X selon les groupes socioprofessionnels, les races ou les générations, déterminer l’héritabilité de X, etc. La débauche de calculs n’empêchera pas tous les résultats obtenus de n’avoir aucun intérêt, puisqu’ils concernent des chiffres qui ne mesurent rien.

Les interrogations et les doute
 
Le patrimoine génétique des variétés végétales que nous sélectionnons est-il meilleur que le patrimoine ancestral ? Lui est-il au contraire inférieur ? A cette question, aucune réponse ne peut être donnée. Les variétés cultivées actuellement sont si éloignées des caractéristiques exigées naturellement pour la reproduction qu’elles ne peuvent se perpétuer sans intervention humaine. Si un cataclysme biologique ou atomique détruisait l’Humanité, les maïs disparaîtraient simultanément.
Quant aux espèces animales, beaucoup sont arrivées à un stade de spécialisation qui met leur survie sous notre dépendance, incapables de résister seules aux moindres agressions du milieu. Pouvons-nous nous vanter d’avoir amélioré le maïs ou les chevaux alors que nous en avons fait des espèces incapables de survivre sans nous ?


Chapitre sept : Intelligence et patrimoine génétique

La plupart des sociétés craignent une décadence, voire une dégénérescence biologique. Beaucoup pense que pour le bien du groupe, il faut que les "meilleurs" participent plus que les autres à la transmission du patrimoine biologique. Il faut s’interroger sur la signification de cet eugénisme spontané. La première question est : que veut dire meilleur ? Implicitement ou non, tous les programmes d’amélioration de l’Homme visent à créer des êtres d’une intelligence supérieure. 

Qu’est-ce que l’intelligence ? Le mot intelligence répond à une multitude de concepts variés. Elle peut être un ensemble de capacités, un pouvoir, une forme d’énergie dont nous ne connaissons pas la nature, mais dont nous constatons certaines manifestations comme la capacité d’abstraction, ou la capacité à adapter son comportement. Ces capacités se retrouvent aussi chez les animaux. Le Qi est un paramètre arbitrairement choisi pour représenter un objet inaccessible.
 
Age mental et QI
 
Les psychologues ont inventé de nombreux tests. Mais comment en faire la synthèse ? On peut établir une échelle faisant correspondre à chaque test l’âge auquel il est normalement réussi. En fonction des résultats d’un enfant à un ensemble de tests, on pourra alors calculer son "âge mental ". Mais l’âge mental que notre esprit saisit aisément, est une donnée unique qui ne garde qu’une faible partie de  l’information. Le quotient de développement intellectuel prend en compte l’âge et le développement intellectuel. Il est égal à 100 x le quotient âge mental / âge réel.

L’instabilité et l'imprécision du QI

Le développement intellectuel est peu compatible avec l’hypothèse d’une progression continue dans le temps. Le QI est une mesure qui reflète une certaine phase du développement qui dépend pour une part très importante des événements qu’il a vécu. Toute observation perturbe, l’interaction entre l’observateur et l’observé est telle que le résultat est influencé par le comportement du psychologue, ce qu’il en attend. Les tests utilisés pour aboutir à une estimation du QI ont été étalonnés avec grand soin. Personne, cependant, ne se hasarderait à prétendre qu’ils aboutissent à une mesure exacte. Le QI est tout au moins en moyenne, un bon indicateur des chances de réussite ou des risques d’échec au cours de la scolarité.

QI et patrimoine génétique
 
C’est une analyse très complexe de déterminer la part du milieu et des gènes. Il faudrait étudier des "vrais jumeaux" élevés dans des milieux différents. Or ce cas est très rare. Ces études sont peu nombreuses et ne portent que sur des effectifs très faibles.
 
Une autre direction de recherche consiste dans l’observation des enfants adoptés, en comparant la corrélation entre les QI de ces enfants et ceux, d’une part des parents biologiques, d’autre part de leurs parents adoptifs. Ce sont des études difficiles à mener sur le terrain. Un professeur de sociologie, C. Jenks à Harvard a estimé que 45% de la variance constatée pouvait être attribuée aux effets du patrimoine génétique, 35% aux effets du milieu et 20% de l’interaction entre le génome et l’environnement.

L’inégalité des QI selon les races et les classes

Une recherche américaine prouve que les noirs ont en moyenne un QI inférieur de 15% à celui des blancs. Cet écart peut être entièrement expliqué par la différence d’environnement culturel entre les deux. Ce sont des raisonnements dépourvus de toute logique. Des remarques semblables peuvent être faites à propos des écarts constatés entre les classes sociales ou les professions. Combiné avec l’affirmation affichée comme un dogme, que le QI est déterminé pour 80% par le patrimoine génétique, on veut démontrer que les inégalités sociales sont la conséquence des inégalités génétiques contre lesquelles personne ne peut rien. Il ne s’agit que d’un nouvel avatar du déterminisme social. 

Il est ridicule de persuader les professeurs que leurs patrimoines génétiques sont plus favorables que ceux des avocats ou des chirurgiens. Mais il est criminel de persuader les jardiniers ou les tapissiers que leurs dotations génétiques les placent à la limite inférieure de l’échelle intellectuelle et que leurs enfants seront marqués dés la conception par cette infériorité.

Le referendum de la Genetics Society s’est mise d’accord sur ce texte en 1975: "Il n’existe aucune preuve convaincante permettant d’affirmer qu’il y a ou qu’il n’y a pas de différence génétique appréciable de l’intelligence entre les races. Les généticiens doivent s’exprimer en s’opposant au mauvais usage de la génétique en vue d’objectifs politiques."

Recherche de la vérité ou manipulation d’opinion
 
Les médias tendent à diviser les scientifiques en deux groupes: Les "héréditaristes" admettant que l’intelligence est déterminée avant tout par le patrimoine génétique et les "environnementalistes" (la plupart des généticiens) prétendant que le milieu joue le plus grand rôle. 

Pour conclure, on peut dire que l’activité intellectuelle nécessite un organe construit à partir d’une information génétique, et un apprentissage de cet organe au cours d’une certaine aventure humaine bien mal désignée par le mot « environnement ». Deux individus quelconques ont nécessairement des patrimoines génétiques différents (sauf les jumeaux homozygotes) et ont vécu des expériences différentes. Les outils intellectuels dont ils disposent sont différents ainsi que leur QI, mais nous n’avons aucun moyen d’attribuer cet écart à une cause ou à une autre. La science ne peut être neutre. Son objectif principal ne doit pas être de répondre aux questions, mais de préciser le sens de ces questions.


Chapitre huit : La tentation d’agir

L’explosion démographique

Agir sur notre effectif est urgent: n’est-il pas naturel de traiter simultanément le qualitatif et le quantitatif, de nous efforcer d’améliorer l’Homme ? La première révolution démographique est apportée par l’invention de l’agriculture (-5000 avJC). La seconde révolution est apportée par les progrès médicaux contre la maladie et la mort. Au rythme actuel, 3 ans suffisent pour ajouter à l’Humanité autant d’hommes qu’il en vivait au temps de JC. Ce développement exponentiel ne peut qu’aboutir à une catastrophe si une action collective ne se développe pas rapidement. La limite de l’espace 300 hab/km2 par nombre d’habitants sera atteinte en 2100, dans cinq générations. Voulue ou subie, la troisième révolution démographique (c'est-à-dire le passage à la stabilité) ne peut être évitée. La limitation des naissances aura des conséquences innombrables sur l’organisation sociale et les attitudes individuelles.

Les conséquences d’un nouveau régime démographique

Accepter la croissance zéro, c’est accepter une culture où le droit de procréer est soumis, soit à une réglementation extrêmement sévère, soit à une pression sociale très forte. Un décalage entre les dates auxquelles les diverses sociétés entament la troisième révolution démographique entraîne un clivage, des tensions, dont les conséquences sont difficilement prévisibles. Nous sommes devant un phénomène explosif, non autorégulé auquel nous ne sommes pas préparés. Le déluge d’hommes qui submergent notre Terre semble donner du poids aux discours de ceux qui préconisent une politique de sélection de qualité, telle l’élite des epsilons imaginés par Aldous Huxley.

Recours passés et allusions actuelles à l’eugénique

L’Allemagne nazie a été très loin dans l’eugénisme, en enlevant des petites filles polonaises correspondant à certains critères, élevées ensuite en Allemagne et fécondées par des SS. Au bout de trois naissances, elles étaient éliminées.
Aux Etats-Unis, des travaux de biologistes amenèrent des mesures concrètes: la stérilisation des individus porteurs de tares considérées comme transmissibles. Entre 1907 et 1949, 50.000 stérilisations ont été pratiquées dans 33 états dont près de la moitié sur des "faibles d’esprit".

L’Immigration Act de 1924 limite sévèrement l’immigration à partir du Sud et de l’Est de l’Europe, parce qu’on déclare que ces populations sont inférieures. On se doute bien que nous allons vers un droit à la reproduction limité, il est dés lors inéluctable d’aboutir au raisonnement du biologiste américain G. Bentley Glass: "Le droit qui doit devenir le droit suprême n’est plus celui de procréer, mais celui qu’a chaque enfant de naître avec une constitution physique et mentale saine, basée sur un génotype sain." C’est le dernier terme de la phrase qui pose problème, naître avec un génotype sain n’est pas aussi simple que B. Glass semble le supposer. Comment juger de la qualité  d’un génotype ?
 
La difficulté de juger
 
Nous savons que certaines associations géniques responsables du diabète sont sans doute favorables en période de famine. Comment porter un jugement sur ces génotypes qui se transmettent pendant des millénaires et seront alternativement maléfiques et bénéfiques. Le critère n’est plus l’avenir de tel gène, ou à court terme, l’avenir de tel individu, mais l’avenir d’un groupe humain dans son ensemble, sa capacité à se renouveler.

Un bon patrimoine génétique collectif doit être divers. Il ne faut pas "améliorer les individus " mais préserver la diversité. Il faut sauvegarder la richesse génétique que constitue la présence des gènes divers. Nous sommes loin de la position simpliste consistant à proposer diverses mesures (prohibition de certaines unions, stérilisations…).

L’eugénique est sans doute l’exemple extrême d’une utilisation perverse de la science. Les abus conduisent beaucoup de nos contemporains à s’interroger sur le bien fondé de l’effort scientifique. Ce qui semblait œuvre de libération est devenu suspect, tout cet effort risque de déboucher sur une prise de pouvoir par quelques uns et l’aliénation du plus grand nombre. Le progrès de la connaissance, longtemps synonyme de progrès de l’Humanité, ne va-t-il pas aboutir à l’anéantissement de notre espèce ? Cette angoisse explique le succès du Mouvement Universel de la Responsabilité Scientifique fondé par Robert Mallet.

La richesse d’un groupe est faite de "ses mutins et ses mutants" selon l’expression d’Edgar Morin (sociologue et philosophe français). Il s’agit de reconnaître que l’autre nous est précieux dans la mesure où il nous est dissemblable. C’est la leçon que nous donne la génétique. "Si je diffère de toi, loin de te léser, je t’augmente" St Exupéry.

L’amour des différences

Quel plus beau cadeau peut nous faire l’autre que de renforcer notre unicité, notre originalité, en étant différent de nous ? La leçon première de la génétique est que les individus, tous différents, ne peuvent être classés, évalués, ordonnés: la définition de "races" ne peut être qu’arbitraire et imprécise. Par chance, la nature dispose d’une merveilleuse robustesse face aux méfaits de l’Homme. 
Le flux génétique poursuit son œuvre de différenciation et de maintien de la diversité, presque insensible aux agissements humains. La révolte contre la trilogie métro-boulot-dodo, contre le carcan du confort douceâtre, l’affadissement du quotidien organise la mort insinuante des acceptations. Ce sont nos enfants qui nous l’enseignent. Sauront-ils bâtir un monde où l’Homme sera moins à la merci de l’Homme ?

dimanche 7 octobre 2018

L'atelier du menuisier

Un menuisier avait un bel atelier où il exerçait son métier avec amour. Un jour, en l’absence du patron, les ouvriers se réunirent en grand conseil. La séance fut longue et animée et parfois même véhémente. Il s’agissait d’exclure de l’honorable assemblée un certain nombre de membres.

L’un d’eux prit la parole: « Nous devons expulser notre sœur la scie, parce qu’elle déchiquette tout et fait grincer les dents. Elle a le caractère le plus mordant de toute la terre ! »

Un autre intervint: « Nous ne pouvons pas garder parmi nous notre frère le rabot. Il a un caractère coupant et tatillon au point d’éplucher tout ce qu’il touche. »

« Frère marteau, protesta un autre outil, a un sale caractère, lourdaud et violent. C’est un vrai cogneur. Sa façon de battre sans cesse, jusqu’à taper sur les nerfs de tout le monde, est plus que choquante. Chassons-le ! »

« Et les clous ? Peut-on vivre avec des gens piquants ? Qu’ils s’en aillent tous ! Sans parler de la lime et de la râpe. Leur compagnie est cause de continuelles frictions. Chassons aussi le papier de verre : il ne semble exister que pour égratigner son prochain ! »

Ainsi débattaient avec de plus en plus d’animosité les outils du menuisier. Ils parlaient tous en même temps. Le marteau voulait expulser la lime et le rabot qui, à leur tour, voulaient se débarrasser de clous et du marteau. Et ainsi de suite.

A la fin de la séance, tout le monde avait exclu tout le monde...



La réunion fut brusquement interrompue par l’arrivée du menuisier. Tous les outils se turent quand ils le virent s’approcher de son établi.

L’homme prit une planche et la scia avec la scie mordante. Il la rabota avec le rabot qui pèle tout ce qu’il touche. Sœur la hache, qui blesse cruellement, sœur la râpe à la langue rugueuse, frère papier de verre qui gratte et égratigne : tous entrèrent en action, l’un après l’autre, l’un avec l’autre.

Le menuisier prit ensuite les frères clous au caractère piquant ainsi que le marteau qui frappe et percute. Il se servit de tous ses outils avec leurs défauts, leur caractère insupportable et, grâce à eux tous, il fabriqua un berceau.

Un magnifique berceau pour accueillir un bébé qui allait naître.

Puis il attaqua son dernier projet : un bateau qui allait permettre de mener à bon port des gens éloignés les uns des autres par un océan de préjugés.

samedi 28 avril 2018

Les mots sont des fenêtres - Marshall Rosenberg (1934-2015)

Editions La Découverte - 1999
Notre langage usuel favorise les jugements, y compris « positifs », étiquettes ou critiques. Il nous conduit souvent à rendre l’autre, ou l’extérieur, responsable de notre mécontentement ou de notre insatisfaction, et à dissimuler ce qui nous habite pour nous préserver. Ainsi s'enclenchent la confusion, l'incompréhension, et la violence.

La CNV - ou Communication Non Violente - mise au point par Marshall B. Rosenberg, psychologue clinicien collaborateur de Carl Rogers, propose une autre forme de langage. Il s’agit d’apprendre à reconnaître ce qui se passe réellement en nous et aussi en les autres, afin de revenir à ce lieu de paix intérieure où nous avons l’élan authentique de prendre en considération les besoins fondamentaux de chacun. 

Exprimée en observations des faits, ressentis, besoins, et demandes concrètes, la CNV aide à clarifier ce que nous vivons, nous voulons, et nous disons. Elle induit, entre autres, davantage de conscience, d’appréciation de ce qui est, de confiance, de coopération, de co-création, le dépassement des conflits dans le respect et la reconnaissance de chacun, pour agir en interdépendance avec les autres.

En fait la Communication Non Violente est bien plus qu’un processus ou un langage, c’est un art de vivre avec soi-même et avec les autres, en portant notre attention là où nous avons le plus de chances de trouver ce qui nous fait du bien.

Trois objectifs

1. Comprendre ce qui déclenche la violence dans mes comportements, mes paroles ou mes réponses.

-le langage qui juge : il correspond à de la domination et induit de la soumission ou de la révolte.
-l’attribution à l’autre de la cause du conflit (implique l’incapacité de reconnaître sa propre vulnérabilité et celle de l’autre).

Cela se traduit : soit par la culpabilisation de l’autre, ce qui induit sa résistance (cela consiste à lui attribuer la responsabilité de mes sentiments, ce qui est un leurre), soit une contre−attaque de l’autre donc un conflit, soit encore un soumission momentanée ou durable, mais l’autre nourrira de la rancoeur, de la mauvaise estime de soi et de la mauvaise volonté. En fait, l'analyse des torts de l’autre reflète l’expression de mes sentiments et mes besoins non satisfaits.

2. Trouver les mots et attitudes qui ouvrent afin d’agir là où je peux le faire.

- il s’agit d’écouter l’autre pour connaître sa perception, ses sentiments, ses besoins et ses souhaits.
- lui témoigner mon respect, mon empathie, puis me faire entendre: exprimer mes sentiments, mes besoins et mes demandes.

3. Développer l’expression de ce qui m’anime.

-identifier mes perceptions, émotions, désirs, donc approfondir ma connaissance de moi−même et de ma manière d’entretenir des relations.
- ce qui peut me permettre de ne plus agir en esclave ou en simple exécutant, de me sentir responsable de moi−même et distinct de l’autre.
- l’autre n’est pas là pour me rendre heureux − ni moi pour faire son bonheur.

Plutôt que de se centrer sur les torts de l’autre et sur ce que je pense de lui, ce qui n’apporte qu’un soulagement momentané mais aboutit à une impasse.

Entraves à la communication

- Les jugements et les comparaisons (c’est une forme de jugement aussi).
- Le refus d’assumer la responsabilité de nos pensées, nos sentiments et nos actes. En attribuant leur cause à: des impulsions incontrôlables ("c’est plus fort que moi").
− des forces impersonnelles et vagues − notre état de santé ou notre vécu antérieur, les actes d’autrui, une obligation édictée par une autorité (danger de la docilité), la pression sociale, une politique institutionnelle ( des règlements, des lois), une fonction attribuée à une position, un rôle, ou un sexe.
- Les exigences, les reproches et les menaces imposées à l’autre.
-La non écoute de soi-même. Si on écoute ses sentiments et ses besoins: on ne peut être ni esclave, ni
exécutant.

Démarche en 4 étapes par rapport à soi-même ou à l’autre

1. Observer sans juger

Enoncer les faits qui nous touchent, que nous n’apprécions pas sans juger, ni interpréter le comportement de l’autre, ni lui prêter des intentions en les replaçant dans un contexte précis, donc sans généraliser. Ne pas prendre mes suppositions pour une certitude.

2. Identifier et exprimer nos sentiments

Développer l’écoute, l’identification et l’expression de mes sentiments. On a souvent un langage pauvre pour définir nos sentiments − alors qu’on a un langage plus riche pour qualifier l’autre. Nous avons tendance à davantage nous centrer sur autrui: sur ce qu’il pense que je devrais dire ou faire − plutôt que d’être en contact avec nous-mêmes et ce que nous ressentons et ce dont nous avons besoin.

3. Prendre la responsabilité de nos sentiments

Les actes de l’autre sont un facteur déclenchant, mais pas une cause de nos sentiments car nos sentiments proviennent de la façon dont nous choisissons de recevoir les actes et les paroles de l’autre et de nos attentes particulières à ce moment-là. Les jugements que je porte sur autrui sont des expressions détournées de mes propres besoins inassouvis.

Il faut donc:

- Accepter la responsabilité de nos sentiments liés aux actes de l’autre en les reliant à nos propres besoins, désirs, attentes, valeurs ou pensées non satisfaits."je me sens ... (seul, blessé ... ) parce que j’aimerais ... (que tu restes ce soir, tu écoutes ce que je te dis ... )". Plus je parviens à associer mes sentiments à mes besoins mieux l’autre pourra y répondre avec empathie, car je ne me centrerai pas sur les "torts" de l’autre.

- Accorder de la valeur à mes propres besoins. Ce qui peut me faciliter de les exprimer clairement et peut aider l’autre à les reconnaître.

- Sortir de l’esclavage affectif:

- idée que je suis responsable des sentiments de l’autre et qu’aimer implique de renoncer à mes besoins, donc peur de déplaire, et grands efforts de faire plaisir. L’autre est ressenti comme un poids, j’étouffe, je vais accuser l’autre d’être dépendant, exigeant et je risque de distendre ou de rompre la relation.

- phase "exécrable". Colère, car refus d’endosser la responsabilité des sentiments de l’autre. Nos sentiments nous inspirent de la crainte et de la culpabilité et nous les exprimons sur un mode qui est vécu par l’autre comme péremptoire.

- libération affective. J’expose clairement ce que je veux, tout en montrant que je tiens aussi à ce que les besoins de l’autre soient satisfaits. Je peux réagir aux besoins de l’autre uniquement avec bienveillance, jamais par crainte, culpabilité ou honte. J’assume la totale responsabilité de mes actes, de mes intentions et de mes sentiments, mais pas celle des sentiments des autres.

4. Demander ce qui contribuerait à mon bien-être.

Demander des actes concrets et positif susceptibles de combler mes besoins. Des actes précis plutôt qu’une attitude vague car cela masque souvent un jeu oppressif (attente qu’il approuve tout ce que je fais) ou une attente paradoxale ("sois responsable et obéis-moi ... "). Des actes concrets: afin qu’ils puissent être entrepris par l’autre. Dire ce que je souhaite plutôt que ce que je ne veux pas qu’il fasse, sinon, j’induis la résistance de l’autre.

samedi 5 mars 2016

Fraternité

"Celui qui cherche un frère sans défaut reste sans frère."
Djalâl-ud-Dîn Rûmî

Logo dessiné par Sa Sainteté le 17 ème Karmapa, Ogyen Trinley Dorje, chef religieux tibétain

Symbolisme du logo

- Les deux mains jointes représentent l'interdépendance, la coopération, l'unité, l'amitié, la fraternité,  l'harmonie et la paix entre les humains.
- Le vert représente la terre et le bleu symbolise le ciel. Par ces deux couleurs, la notion d'interdépendance, d'unité et d'harmonie s'étend à l'univers et à tous ceux qui le peuplent.

vendredi 13 juin 2014

Un homme de couleur

Cher frère blanc,
         
Quand je suis né, j'étais noir,
Quand j' ai grandi, j'étais noir,
Quand je vais au soleil, je suis noir,
Quand j' ai peur, je suis noir ...
Quand je suis malade, je suis noir...
et quand je mourrai, je serai noir...

Tandis que toi, homme blanc...
Quand tu es né, tu étais rose,
Quand tu as grandi, tu étais blanc,
Quand tu vas au soleil, tu es rouge,
Quand tu as froid, tu es bleu,
Quand tu as peur, tu es vert,
Quand tu es malade, tu es jaune,
et quand tu mourras, tu seras gris...

Après tout cela , tu as le toupet de m'appeler "HOMME DE COULEUR" ?

Campagne publicitaire "United colors of Benetton" Juillet 2000

mardi 27 mai 2014

Le plaisir et la sagesse de douter

Le doute maintient les sens et l'esprit toujours disposés à accueillir et concevoir la nouveauté. La certitude est une fermeture à l’évasion, un blocage de l’imagination. Il est parfois préférable de reculer devant l’affirmation. Car le doute implique-t-il nécessairement une résolution qui le dépasse ? Ce peut être un plaisir et une sagesse que de s’arrêter sur un doute. Dans la culture, toutes les disciplines s’interpénètrent. À l’égard du doute et même de l’erreur, des penseurs et non des moindres ont donné au doute une place centrale dans leurs spéculations, jusqu’à en faire, comme eux, une fin en soi.

Vers le VIe siècle avant notre ère est né au pied de l’Himâlaya un prince, Siddhârtha Gautama du clan des Shâkya, qui a renoncé à tous les privilèges royaux et a vécu une vie austère de religieux errant, pour se faire non pas philosophe, mais « médecin de la douleur des hommes ». Il est alors le Buddha « l’Éveillé ». À la manière d’un médecin il a reconnu la violence et tous les maux de la vie ordinaire comme symptômes extérieurs d’un mal plus profond qu’il définit comme un cycle incessant de phénomènes psychologiques s’enchaînant les uns aux autres, dont le premier moteur est le désir et qui détermine indéfiniment naissance et renaissance. Si c’est dans l’esprit des hommes que naît la douleur de l’expérience, le remède est la discipline de l’esprit. Dans le cycle des opérations psychologiques, on peut agir sur le désir, le contrôler en dépréciant les objets qui le suscitent. On peut aussi agir sur les opérations de la connaissance, assurer la perfection d’une connaissance en la mettant à sa place dans ses limites, en éludant les fausses certitudes.

Et dans son enseignement le Buddha a effectivement éludé l’affirmation comme la négation, s’est placé à l’écart des grandes controverses philosophiques, s’est tenu à égale distance des thèses opposées. Il a ainsi fondé une « voie du milieu », destinée à un immense développement tout au long de l’histoire. C’est ce qu’on appelle le Madhyamakashâstra « la science du milieu », une discipline à part entière. 

Le grand docteur bouddhiste, Nâgârjuna qui a vécu vers le IIIe siècle de notre ère dans le sud de l’Inde, a porté sur le plan métaphysique le doute sur les opinions divergentes et l’attitude de ne prendre parti pour aucune. Mais, si l’on reste au niveau du doute sans opter pour l’une ou l’autre de deux alternatives, quel est le moyen terme où s’engager ?  Pour Nâgârjuna le « milieu » est de proclamer l’inanité des deux alternatives. C’est la célèbre « vacuité d’être » propre du bouddhisme. 

On ne prendra pas cette démarche comme une méthode de recherche de la vérité. Elle ne mène pas, elle ne doit pas mener à une décision sur une vérité. Elle est une discipline pour se pénétrer de l’impermanence des choses, de l’infirmité du psychisme de l’homme à accéder à la vérité absolue. Le but final est de se dégager de l’attachement aux choses du monde en prenant conscience de leur absence de valeur absolue. Cela traduit l’idée d’une ignorance métaphysique, celle de la vacuité. Dans l’expérience pratique le connaissable accessible à l’homme peut être pris pour une réalité, mais cette réalité est une couverture d’une réalité ultime qui est la vacuité. Or c’est dans l’expérience de cette réalité empirique, seconde, dite « de recouvrement », que l’homme rencontre inévitablement la douleur. L’issue hors du mal de vivre est de mettre à leur place de vérité seconde les connaissances qui nous sont accessibles.

Vers la même époque que le Bouddha, dans la même plaine du Gange est né un autre prince, Vardhamâna Mahâvîra, qui de la même façon a renoncé aux privilèges de la noblesse et partant des mêmes principes a vécu une semblable règle de vie. On leur a donné à tous deux le titre de Jina « le Vainqueur », parce qu’ils avaient vaincu leurs passions. L’histoire a cependant fait diverger profondément les religions qu’ils ont fondées. Le bouddhisme a quitté son pays d’origine pour conquérir toute l’Asie orientale. 

Le jainisme est resté indien. Il concoit la destinée humaine comme affectée par un lien aux actes, servitude dont on se dégage par une connaissance transcendantale, apanage des âmes délivrées, telles que ceux qu’on appelle les Tîrthankara « Passeurs de gué », suprêmes guides vers la transcendance. À la connaissance parfaite s’oppose la connaissance empirique et il importe de prendre conscience du caractère relatif de cette dernière. A cette fin les logiciens jaina qui n’ont pas connu de limites à la subtilité, ont édifié une théorie du doute qu’ils ont appelée anekânta-vâda « doctrine des multiples points de vue ». Les choses ont une infinité de propriétés. L’être non-omniscient qu’est tout homme en ce monde ne peut en toute conscience faire d’affirmation absolue à partir d’un seul aspect des choses. 

Les logiciens jaina ont synthétisé la prise de conscience de la diversité des points de vue en lui donnant une forme verbale dans une série de sept formules. 

Ils l’appellent saptabhangî « les sept inflexions » de la connaissance, ou encore syâd-vâda « doctrine du peut-être ». Chaque formule comporte le mot sanscrit syât qui est le potentiel du verbe asti « être ». Il se traduit littéralement par « peut-être ». On pourrait traduire l’idée qu’il contient par « d’une certaine façon ». Il s’agit dans toute proposition affirmative ou négative de réserver la possibilité de tout autre point de vue, voire de déclarer son indétermination. Voici donc les sept inflexions jaina de la connaissance :

- syâd asty eva « peut-être existe-t-on », c’est-à-dire que l’on existe d’une certaine façon, par exemple en tant qu’homme, sur cette terre, en tel temps, mais pas autrement ;

- syân nâsty eva « peut-être n’existe-t-on pas », négation qui réserve la possibilité des points de vue précédents ;

- syâd asty eva syân nâsty eva « peut-être existe-t-on, peut-être n’existe-t-on pas », d’un certain point de vue, la durée de la vie humaine par exemple, existence et non-existence se succèdent ;

- syâd avaktavyam eva  « peut-être est-ce non-exprimable », d’un autre point de vue, on ne peut parler d’existence et inexistence simultanées ;

- syâd asty eva syâd avaktavyam eva « peut-être existe-t-on et peut-être est-ce non-exprimable » ;

- syân nâsty eva syâd avaktavyam eva « peut-être n’existe-t-on pas et peut-être est-ce non-exprimable» ;

- syâd asty eva syân nâsty eva syâd avaktavyam eva « peut-être existe-t-on, peut-être n’existe-t-on pas et peut-être est-ce non-exprimable ».


Tout ceci est un entrainement à considérer la multiplicité des vues possibles sur les choses, une invitation à s’arrêter sur la relativité des connaissances. On a parfois interprété la vacuité bouddhique comme un nihilisme, le doute jaina comme un scepticisme. Cette discipline de doute ne dissout pas, ni ne relativise pas la réalité empirique en tant que telle. Elle renseigne seulement sur la fragilité des certitudes, la vacuité des affrontements d’opinions, la vertu de la pratique des multiples points de vue et leur inspirent la tempérance des jugements et le respect de l’opinion d’autrui. La pratique du doute présente les vertus idéales à opposer aux tensions, aux heurts, à la violence. Le doute présente des vertus ancrées dans le respect d’autrui, la tolérance et la non-violence.

lundi 20 janvier 2014

Les droits de l’homme

On entend par droits de l’homme un ensemble de droits essentiels à notre existence comme êtres humains. Sans ces droits, nous ne pouvons pas cultiver ni exercer pleinement nos qualités humaines, notre intelligence, notre talent et notre spiritualité.

En adoptant la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1948, les Nations Unies ont fixé une norme commune pour tous les pays. Avec elle, les États se sont engagés à faire en sorte que tous les êtres humains, les riches comme les pauvres, les forts comme les faibles, les hommes comme les femmes, quelles que soient leur race et leur religion, soient traités sur un même pied d’égalité.

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Tout individu a droit à: la vie, la liberté et la sûreté de sa personne; la liberté d’expression; ne pas être tenu en esclavage; un procès équitable; l’égalité devant la loi; la liberté de circulation; une nationalité; se marier et fonder une famille; un travail; un salaire égal pour un travail égal.

Si la Déclaration ne fait pas partie du droit international dit "contraignant" (c’est-à-dire d’application obligatoire), elle a une autorité morale considérable en raison du nombre élevé de pays qui l’ont acceptée.

Les Nations Unies ont aussi adopté de nombreux traités internationaux relatifs aux droits de l’homme par lesquels les États s’obligent à garantir à leurs citoyens un certain nombre de droits sociaux, économiques et politiques. Les plus importants de ces traités sont les deux Pactes internationaux, dont le premier se rapporte aux droits économiques, sociaux et culturels et le second aux droits civils et politiques. La Déclaration, les deux Pactes et leurs Protocoles facultatifs respectifs forment ensemble ce qu’on appelle la Charte internationale des droits de l’homme.


Déclaration universelle des droits de l'homme (texte intégral)


Préambule


Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde.

Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l'homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l'humanité et que l'avènement d'un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l'homme.

Considérant qu'il est essentiel que les droits de l'homme soient protégés par un régime de droit pour que l'homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l'oppression.

Considérant qu'il est essentiel d'encourager le développement de relations amicales entre nations.

Considérant que dans la Charte les peuples des Nations Unies ont proclamé à nouveau leur foi dans les droits fondamentaux de l'homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l'égalité des droits des hommes et des femmes, et qu'ils se sont déclarés résolus à favoriser le progrès social et à instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande.

Considérant que les Etats Membres se sont engagés à assurer, en coopération avec l'Organisation des Nations Unies, le respect universel et effectif des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Considérant qu'une conception commune de ces droits et libertés est de la plus haute importance pour remplir pleinement cet engagement.

L'Assemblée Générale proclame la présente Déclaration universelle des droits de l'homme comme l'idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations afin que tous les individus et tous les organes de la société, ayant cette Déclaration constamment à l'esprit, s'efforcent, par l'enseignement et l'éducation, de développer le respect de ces droits et libertés et d'en assurer, par des mesures progressives d'ordre national et international, la reconnaissance et l'application universelles et effectives, tant parmi les populations des Etats Membres eux-mêmes que parmi celles des territoires placés sous leur juridiction.

Article premier

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Article 2

1.Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.
2.De plus, il ne sera fait aucune distinction fondée sur le statut politique, juridique ou international du pays ou du territoire dont une personne est ressortissante, que ce pays ou territoire soit indépendant, sous tutelle, non autonome ou soumis à une limitation quelconque de souveraineté.

Article 3

Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.

Article 4

Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude; l'esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes.

Article 5

Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

Article 6

Chacun a le droit à la reconnaissance en tous lieux de sa personnalité juridique.

Article 7

Tous sont égaux devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection de la loi. Tous ont droit à une protection égale contre toute discrimination qui violerait la présente Déclaration et contre toute provocation à une telle discrimination.

Article 8

Toute personne a droit à un recours effectif devant les juridictions nationales compétentes contre les actes violant les droits fondamentaux qui lui sont reconnus par la constitution ou par la loi.

Article 9

Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé.

Article 10

Toute personne a droit, en pleine égalité, à ce que sa cause soit entendue équitablement et publiquement par un tribunal indépendant et impartial, qui décidera, soit de ses droits et obligations, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle.

Article 11

1. Toute personne accusée d'un acte délictueux est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d'un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées.
2. Nul ne sera condamné pour des actions ou omissions qui, au moment où elles ont été commises, ne constituaient pas un acte délictueux d'après le droit national ou international. De même, il ne sera infligé aucune peine plus forte que celle qui était applicable au moment où l'acte délictueux a été commis.

Article 12

Nul ne sera l'objet d'immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes.

Article 13

1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un Etat.
2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.

Article 14

1. Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l'asile en d'autres pays.
2. Ce droit ne peut être invoqué dans le cas de poursuites réellement fondées sur un crime de droit commun ou sur des agissements contraires aux buts et aux principes des Nations Unies.

Article 15

1. Tout individu a droit à une nationalité.
2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer de nationalité.

Article 16

1. A partir de l'âge nubile, l'homme et la femme, sans aucune restriction quant à la race, la nationalité ou la religion, ont le droit de se marier et de fonder une famille. Ils ont des droits égaux au regard du mariage, durant le mariage et lors de sa dissolution.
2. Le mariage ne peut être conclu qu'avec le libre et plein consentement des futurs époux.
3. La famille est l'élément naturel et fondamental de la société et a droit à la protection de la société et de l'Etat.

Article 17

1. Toute personne, aussi bien seule qu'en collectivité, a droit à la propriété.
2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa propriété.

Article 18

Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites.

Article 19

Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.

Article 20

1. Toute personne a droit à la liberté de réunion et d'association pacifiques.
2. Nul ne peut être obligé de faire partie d'une association.

Article 21

1. Toute personne a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays, soit directement, soit par l'intermédiaire de représentants librement choisis.
2. Toute personne a droit à accéder, dans des conditions d'égalité, aux fonctions publiques de son pays.
3. La volonté du peuple est le fondement de l'autorité des pouvoirs publics ; cette volonté doit s'exprimer par des élections honnêtes qui doivent avoir lieu périodiquement, au suffrage universel égal et au vote secret ou suivant une procédure équivalente assurant la liberté du vote.

Article 22

Toute personne, en tant que membre de la société, a droit à la sécurité sociale ; elle est fondée à obtenir la satisfaction des droits économiques, sociaux et culturels indispensables à sa dignité et au libre développement de sa personnalité, grâce à l'effort national et à la coopération internationale, compte tenu de l'organisation et des ressources de chaque pays.

Article 23

1. Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage.
2. Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal.
3. Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu'à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s'il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale.
4. Toute personne a le droit de fonder avec d'autres des syndicats et de s'affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts.

Article 24

Toute personne a droit au repos et aux loisirs et notamment à une limitation raisonnable de la durée du travail et à des congés payés périodiques.

Article 25

1. Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l'alimentation, l'habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d'invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté.
2. La maternité et l'enfance ont droit à une aide et à une assistance spéciales. Tous les enfants, qu'ils soient nés dans le mariage ou hors mariage, jouissent de la même protection sociale.

Article 26

1. Toute personne a droit à l'éducation. L'éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l'enseignement élémentaire et fondamental. L'enseignement élémentaire est obligatoire. L'enseignement technique et professionnel doit être généralisé ; l'accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite.
2. L'éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l'amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux, ainsi que le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix.
3. Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d'éducation à donner à leurs enfants.

Article 27

1. Toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, de jouir des arts et de participer au progrès scientifique et aux bienfaits qui en résultent.
2. Chacun a droit à la protection des intérêts moraux et matériels découlant de toute production scientifique, littéraire ou artistique dont il est l'auteur.

Article 28

Toute personne a droit à ce que règne, sur le plan social et sur le plan international, un ordre tel que les droits et libertés énoncés dans la présente Déclaration puissent y trouver plein effet.

Article 29

1. L'individu a des devoirs envers la communauté dans laquelle seule le libre et plein développement de sa personnalité est possible.
2. Dans l'exercice de ses droits et dans la jouissance de ses libertés, chacun n'est soumis qu'aux limitations établies par la loi exclusivement en vue d'assurer la reconnaissance et le respect des droits et libertés d'autrui et afin de satisfaire aux justes exigences de la morale, de l'ordre public et du bien-être général dans une société démocratique.
3. Ces droits et libertés ne pourront, en aucun cas, s'exercer contrairement aux buts et aux principes des Nations Unies.

Article 30

Aucune disposition de la présente Déclaration ne peut être interprétée comme impliquant pour un Etat, un groupement ou un individu un droit quelconque de se livrer à une activité ou d'accomplir un acte visant à la destruction des droits et libertés qui y sont énoncés.

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Le 10 décembre 1948, les 58 États Membres qui constituaient alors l’Assemblée générale ont adopté la Déclaration universelle des droits de l’homme à Paris au Palais de Chaillot (résolution 217 A (III)). 

Pour commémorer son adoption, la Journée des droits de l'homme est célébrée chaque année le 10 décembre. 

Ce document fondateur et universel devrait être pour l'humanité toute entière une source d’inspiration.

Site internet de l'ONU: ici