samedi 22 mai 2021

William Butler Yeats (1865 – 1939)

 

Si je pouvais t’offrir le bleu secret du ciel,

Brodé de lumière d’or et de reflets d’argent,

Le mystérieux secret, le secret éternel,

De la vie et du jour, de la nuit et du temps,

Avec tout mon amour je le mettrais à tes pieds.

Mais moi qui suis pauvre et n’ai que mes rêves,

Sous tes pas je les ai déroulés.

Marche doucement car tu marches sur mes rêves.

 

William Butler Yeats, Lui qui aurait voulu pouvoir offrir le ciel, 1899



Photographie d'Alice Broughton 1903

William Butler Yeats naît à Dublin le 13 juin 1865. Fils du peintre John Butler Yeats, William évolue dans une famille où l’art a une grande importance. En 1867, la famille Yeats déménage, et quitte Dublin pour le comté de Sligo où Yeats passera une enfance douce et agréable. Il n’aura de cesse dans sa poésie de retranscrire l’amour et la nostalgie que lui évoque cette terre.

Quelques années plus tard, la famille Yeats est contrainte de déménager pour se rendre à Londres, afin de faciliter les perspectives de carrière du père de William. Ce déménagement est vécu comme un véritable déracinement pour William, qui préfère largement la campagne de Sligo aux rues londoniennes…

Yeats suit alors en 1877 des études à la Godolphin School, puis retourne en 1880 à Dublin. Il intègre alors la Erasmus Smith High School, et se découvre 2 passions : l’écriture, et la politique. Il s’entoure alors des écrivains et artistes les plus influents de Dublin, et épouse la cause nationaliste. Dès 1884, il suit des études artistiques à la Metropolitan School of Art de Dublin, et s’initie au théâtre.

Il crée alors avec d’autres écrivains, un nouveau cercle littéraire, connu sous le nom de « Irish Literary Revival » (ou Renouveau de la Littérature Irlandaise). Ce groupe ouvre le 27 décembre 1904, un théâtre à Dublin nommé « Theatre ». On y joue principalement les pièces de théâtre de Yeats, et de Lady Gregory. C’est à cette époque que Yeats rencontre Maud Gonne, une femme profondément engagée dans la cause nationaliste et aimant le théâtre.

Très vite, il tombe amoureux de cette femme, et emménage avec elle. Elle lui donne l’inspiration nécessaire pour ses poèmes, tandis qu’il lui fait découvrir l’occultisme, une science qui l’attire tout particulièrement. Tout deux donnent alors naissance à une petite fille nommée Iseut.

Mais Yeats est bien plus amoureux que Gonne et cette dernière rompt finalement avec lui pour épouser John McBride, un militaire de l’Irish Brigade, en 1903.

Yeats décide alors de poursuivre l’écriture, et de s’inspirer de la mythologie des héros irlandais en l’appliquant à la cause nationaliste. Il ne cesse d’emprunter des symboles issus de l’Histoire irlandaise, et de la religion pour illustrer ses propos. Son engouement pour la politique est d’ailleurs particulièrement fiévreux dans certains de ses poèmes. Mais l’écriture ne semble pas suffire à Yeats, qui décide de devenir sénateur au sein du Sénat de l’Etat Libre d’Irlande (de 1922 à 1928)… Ses participations sont hautement appréciées, et Yeats bénéficie d’une large popularité au sein du milieu politico-culturel irlandais. On lui décerne d’ailleurs en 1923 le Prix Nobel de la Littérature, et le poète est encensé par ses pairs. William Butler Yeats décide pourtant en 1930 de se retirer de la politique, et quitte Dublin pour le Sud de la France. Il y mène 9 années d’existence paisible, puis décède en 1939 à Roquebrune-Cap Martin. Sur sa demande, il fut enterré dans le comté de Sligo, au cimetière de l’église de Drumcliff.


samedi 15 mai 2021

Les Incasables de Rachid Zerrouki (1992- )

 


Professeur des écoles, Rachid Zerrouki livre un témoignage poignant sur son expérience de professeur des écoles dans une Section d’Enseignement Général et Professionnel Adapté d’un collège marseillais. Les SEGPA sont les classes à effectif réduit dans lesquelles se retrouvent toutes sortes de profils d’enfants en grande difficulté scolaire, avec des troubles du comportement et des problèmes familiaux…  Tout ce petit monde doit vivre ensemble, progresser sous l’œil bienveillant du professeur. Comment leur faire comprendre qu’ils ne seront pas vétérinaires, astronautes ou Prix Nobel ? Comment leur faire comprendre qu’ils peuvent être de belles personnes capables de relever des défis de taille ? A travers une pièce de théâtre, des projets généreux élaborés par tout le groupe, Rachid Zerrouki nous montre qu’une classe est comme un orchestre qu’il faut guider dans l’harmonie pas à pas quotidiennement.

Enseigner à des enfants si particuliers qui n’entrent pas ou peu dans les codes et les apprentissages de l’école n’est pas simple mais donne tellement de sens au métier qu’il en est difficile de s’en extraire selon Rachid Zerrouki.

Extrait : A moi l’école a tout donné mais qu’en est-il des autres, ceux qui se présentent à elle sans héritage culturel ni prédisposition à apprendre ? Que leur propose-t-elle si ce n’est d’ajouter au poids de l’échec celui de la culpabilité ? L’ancienne société de classes accordait au moins à ceux qui étaient en bas de l’échelle la liberté d’être et de se sentir victimes d’une injustice, mais aujourd’hui la promesse républicaine d’égalité et de méritocratie portée par l’Ecole leur fait comprendre qu’ils sont les seuls responsables de leur situation. C’est un mensonge. Parmi les multitudes de chiffres qui le démontrent  on peut citer ceux-ci : 79% des enfants de cadres ou de professions intellectuelles supérieures sont diplômés du supérieur, contre 29% des enfants d’ouvriers. Partant de ce constat, certains défendent l’idée selon laquelle l’Ecole est inégalitaire par essence et non par erreur, mais la volonté d’une institution est aussi déterminée par celle des individus qui la composent, et j’ai rencontré trop d’altruisme et d’abnégation en salle des professeurs pour adhérer à un tel degré de cynisme. »