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samedi 23 mars 2019

La fable du pêcheur et de l'homme d'affaire

Un investisseur américain se promène au bord de l'eau, dans un petit village côtier mexicain. Un bateau rentre au port, contenant plusieurs thons. L'américain complimente le pêcheur mexicain sur la qualité de ses poissons, et lui demande :

- Combien de temps ça a pris pour pêcher ces poissons ?
- Pas très longtemps, répond le mexicain.
- Mais pourquoi n'êtes-vous pas resté plus longtemps pour en capturer plus ?, demande l'homme d'affaire.
- Parce que ces quelques poissons suffiront à subvenir aux besoins de ma famille.
- Et vous faites quoi le reste du temps ?
- Je fais la grasse matinée, je pêche un peu, je joue avec mes enfants, je fais la sieste avec ma femme... Le soir, je vais au village, voir mes amis, boire du vin, jouer de la guitare... Une vie bien remplie, quoi !

Aquarelle par Sylvia (2009) - Internet

L'américain l’interrompt :
- J'ai un M.B.A. (master of business administration) de l'université Harvard, et je peux vous aider. Vous devriez commencer par pêcher plus longtemps, et avec les bénéfices dégagés, vous pourriez vous acheter un plus gros bateau. Avec l'argent que vous rapporterait ce bateau, vous pourriez en acheter un second, et ainsi de suite jusqu'à ce que vous possédiez une flotte de chalutier. Au lieu de vendre vos poissons à un intermédiaire, vous pourriez négocier directement avec l'usine, et même ouvrir votre propre usine. Vous pourriez alors quitter votre petit village pour Mexico City, Los Angeles, puis peut-être New York, d'où vous dirigeriez vos affaires...

Le Mexicain demande alors :
- Combien de temps ça prendra ?
- Quinze à vingt ans, répond l'homme d'affaire.
- Et après ?
- Après, c'est là que ça deviendrait intéressant, répond l'américain en souriant. Quand le moment sera venu, vous pourriez introduire votre société en bourse, et vous gagnerez des millions !
- Des millions ? Mais après ?
- Après, vous pourrez prendre votre retraite, habiter dans un petit village côtier, faire la grasse matinée, jouer avec vos enfants, pêcher un peu, faire la sieste avec votre femme et passer vos soirées à boire et à jouer de la guitare avec vos amis...

jeudi 29 janvier 2015

Notre civilisation est celle du feu

Notre civilisation est basée sur le feu. L’utilisation du feu est le propre de l'homme. Sa domestication, il y a 400 000 ans, a conduit à la création de la société humaine qui s'organisa autour du foyer. Le feu a déclenché le lent perfectionnement des outils et des techniques qui a permis l’émergence des premiers matériaux comme les terres cuites, les métaux, les hauts-fourneaux, la chimie, la machine à vapeur, le moteur à explosion, la production d'électricité, le moteur à réaction. Depuis les époques les plus reculées, le feu est le grand moteur de la civilisation. 

Pourquoi ?  Parce qu’avec le feu, nous produisons notre énergie…. Et l’énergie entre directement en lien dans les différents fonctionnements socio-politique et socio-économique des hommes. Il existe des rapports directs entre les formes d'énergie, les types d'urbanisation, les modes de production, les rapports sociaux et les rapports entre l'humanité et la nature. La géopolitique de l'énergie, celle du pétrole et du nucléaire explique bien des conflits et bien des guerres….

Si le pétrole en tant qu'énergie est devenu indispensable dans les transports de toutes sortes, l'électricité (qu'elle soit d'origine hydraulique, thermique ou nucléaire qui est aussi thermique d'ailleurs) est devenue indispensable à la vie de tous les jours...


Nos productions d’énergie viennent du feu

Qu’est ce que l’énergie ? Une source d'énergie est un phénomène physique ou chimique dont il est possible d'exploiter l'énergie à des fins biophysiques  ou industrielles. Une source d'énergie est dite « primaire » si elle est issue d'un phénomène naturel et n'a pas été transformée ; elle est dite « secondaire » si elle est le résultat d'une transformation volontaire. 

Les combustibles fossiles, charbon, pétrole, gaz naturel, sont utilisés pour produire de la chaleur, de l'électricité ou pour alimenter des moteurs thermiques. Ces combustibles sont issus de la décomposition de matières organiques, donc de la biomasse, c'est-à-dire de l’action du soleil. Leur stock est donné une fois pour toute pour notre planète.

L’énergie de la biomasse (bois, biocarburants, etc),  est majoritairement récupérée par combustion. L'énergie solaire est transformée par l'homme en énergie thermique. Il en est de même pour l’énergie magnétique, qui produit un courant électrique.

Les énergies hydrauliques et éoliennes, à la base mécaniques, sont exploitées par l’homme via des turbines. Elles font à nouveau appel aux technologies des moteurs. L'énergie géothermique, extraite du sol à l'aide d'une pompe à chaleur pour produire de l'électricité ou de la chaleur n’échappe pas à cette règle.  L’énergie nucléaire, enfin, provient de la fission nucléaire, elle aussi issue d’une transformation thermique…

Tout notre système énergétique repose sur le feu… Et nous sommes en train de nous apercevoir que le défi environnemental qui attend notre espèce dans les décennies à venir consiste à changer ce modèle énergétique, parce que lorsque nous jouons avec le feu, nous jouons avec le climat. La tâche est loin d’être facile à entreprendre…

Pourquoi ? Parce que nous avons besoin d’énergie. Elle permet la croissance, elle permet de changer et de transformer le monde qui nous entoure. 

L’énergie nous permet de transformer le monde qui nous entoure

Réfléchissons-y : A quoi sert une machine ? Qu’il s’agisse d’une pompe, d’un refrigérateur, d’un ordinateur ou d’une fraiseuse ? A transformer le monde. Un frigo transforme de l’air ambiant en air froid ; un téléphone transforme une voix en signal électrique ; une fraiseuse transforme un morceau de métal en pièce usinée, après avoir transformé du courant en mouvement; une pompe transforme de l’eau ici en eau là…

Il existe une unité de compte pour la transformation du monde : c’est l’énergie. Avant d’être des kilowattheures sur une facture, l’énergie est en effet, par définition en physique, la marque du changement d’état d’un système, et donc de la transformation de l’environnement. Tout changement de température, de vitesse, de forme, de composition chimique, de masse, de composition atomique, de position dans l’espace… demande ou fournit de l’énergie. De ce fait, transformer le monde qui nous entoure ou utiliser de l’énergie, c’est très exactement la même chose. Sans énergie, tout cela est impossible.

Le principe énoncé par Lavoisier sur la conservation de la matière s'applique en fait plus justement à l'énergie : « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Ainsi toute « production » d'énergie est en fait une récupération par transformation de formes d'énergie dont l'origine est celle de l'univers.

Or l’énergie mise à la disposition de chaque Terrien a radicalement changé d’échelle en l’espace de quelques générations. En deux siècles, la population a été multipliée par dix, et la consommation d’énergie par personne par plus de dix. La pression sur les ressources de toute nature a donc augmenté d’un facteur cent en seulement deux cent ans, et cela commence à avoir des conséquences…

L’energie permet la croissance

La production d’énergie et la croissance sont intimement liées. Notre civilisation a connu des bons technologiques à chaque nouvelle énergie trouvée.

Bien qu’il y ait une légère perte à chaque conversion (ce que l’on appelle le rendement), nous transformons des énergies vers d’autres énergies afin de pouvoir les utiliser dans nos activités humaines de façon plus pratique.

Bien que le discours médiatique ambiant puisse laisser penser le contraire, nous vivons avec une énergie abondante et pas chère…

Cette énergie à profusion, est la véritable cause de la hausse de notre pouvoir d’achat. En tout bien tout honneur, elle a procuré à chaque Occidental la puissance mécanique d’une armée d’esclaves (plusieurs centaines à plusieurs milliers), qui exploitent désormais les ressources de la planète à un prix ridicule. Pour s’en convaincre, il suffit de comparer l’énergie de nos pauvres muscles avec ce que les moteurs nous fournissent quotidiennement sans jamais ronchonner ni se mettre en grève.

En effet, quelle énergie un humain est-il capable de fournir avec son corps en une journée ? Une paire de jambes en plein effort peut fournir au maximum 0,3 à 0,4 kWh par jour, soit l’énergie nécessaire pour utiliser pendant 3 à 4 heures une ampoule de 100 watts. Une paire de bras utilisée au mieux restituera en une journée une énergie mécanique d’environ… 0,02 kWh,  tout juste de quoi fournir de quoi faire briller une ampoule de 20 watts pendant une heure !

Les mauvaises langues insinueront que si l’arrêt de l’esclavage a plus ou moins coïncidé avec l’avènement des machines et l’Ere Industrielle, cela n’est pas tout à fait un hasard…

Quoi qu’il en soit, si nous devions payer (même au SMIC) le travail mécanique humain sur une base de 8 heures par jour, alors le kilowattheure mécanique coûterait environ 200 à 300 euros… Charges salariales comprises… 

En comparaison, un moteur fournissant la même énergie pour la journée, utilisant de l’essence à 1 euro le litre, ne coûtera que quelques dizaines de centimes d’euros. L’utilisation d’électricité (qui dans le monde est produite aux deux tiers avec du gaz et du charbon) nous amène approximativement à la même valeur…

La conclusion, c’est que, pour tout travail mécanique, cela coûte mille à dix mille fois moins cher – et parfois même cent mille fois moins cher – d’utiliser un moteur que de recourir à du travail humain payé avec des salaires occidentaux. Même avec les « salaires de misère » octroyés dans les pays émergents, la machine reste considérablement plus compétitive que l’homme. 

Soit dit en passant, la mondialisation devient une conséquence attendue dans ce contexte. Avec un facteur 100 à 10 000 entre le coût du travail humain et celui de l’énergie fossile, aller chercher du travail moins cher de l’autre côté de la Terre est quasiment toujours une affaire rentable, quelle que soit la quantité d’énergie nécessaire pour transporter ensuite les marchandises.

La voici donc, la vraie raison du confort matériel dont nous bénéficions tous, tous les jours : les « esclaves énergétiques » ! S’il fallait fournir avec du travail humain les 60 000 kWh qu’un Français utilise directement ou indirectement chaque année pour tous ses usages (chauffage, transport et fabrication de tout ce qu’il consomme), chacun d’entre nous se retrouverait à la tête d’une armée de plusieurs centaines voire de plusieurs milliers d’« esclaves ». Même dans les pays dits « émergents », chaque citoyen a déjà à sa disposition l’équivalent de plusieurs dizaines à plusieurs centaines d’esclaves, ce qui le met très au-dessus de n’importe quel paysan européen d’il y a deux siècles…

N’en doutons plus : l’énergie permet le pouvoir d’achat et contribue à l’élévation du niveau de vie d’une société…

En résumé

Notre monde grâce au soleil, à l’écosystème planétaire, et à sa manne d’énergie fossile, vit dans une abondance énergétique. Nous utilisons le feu pour libérer cette énergie, et faisant cela, nous avons connu, depuis deux siècles, une croissance démographique, économique et financière sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Grâce à l’énergie nous changeons le monde, en bien, pour l’élévation de notre confort matériel et technologique, mais aussi en mal, avec les crises écologiques qui s’annoncent.

Pour conserver nos acquis, il nous faut sortir du schéma des énergies fossiles qui présentent un stock donné une fois pour toute pour notre planète. Même en revenant à une sobriété énergétique (ce qui paraît impossible), le futur de l’humanité s’annonce crucial du point de vue de l’énergie.

Article inspiré par le livre de Jean-Marc Jancovici "Changer le monde - Tout un programme !", Calmann-Lévy, mai 2011.

vendredi 15 août 2014

After the dark (film) - John Huddles (1964-)

After the dark (2014) - John Huddles
After the Dark (connu aussi sous le nom The Philosophers) est un film de science-fiction américain écrit et réalisé par John Huddles en 2014.

Qui doit-on choisir pour préserver l’humanité dans un bunker pendant la fin du monde ? C’est le dernier exercice de philo proposé par un prof assez spécial à ses étudiants de terminale dans un lycée international de Jakarta. Vingt étudiants se voient attribuer par tirage au sort des métiers spécifiques, les orientations sexuelles et pathologies éventuelles qui caractérisent leurs personnages. 

Un bunker est prêt pour les abriter pendant une année, mais il est conçu pour 10 personnes uniquement. Et là, le scénario peut commencer, comment choisir parmi ces vingt étudiants les dix qui permettront à l’espèce humaine de survivre ? 

Faut-il faire son choix selon les métiers, les caractéristiques génétiques ou d’autres paramètres plus subtils entrent-ils en compte ? Savoir reconstruire des bâtiments et des ponts semble sans doute très utile dans un monde apocalyptique, mais la poésie la fantaisie, la musique n’ont-elles pas leur place ? Ne sont-elles pas essentielles à notre survie ? 

A méditer…

Bande annonce du film "After the dark" 2014

lundi 25 avril 2011

L'éloge de la fatigue - Robert Lamoureux (1920-2011)

Vous me dites, Monsieur, que j'ai mauvaise mine,
Qu'avec cette vie que je mène, je me ruine,
Que l'on ne gagne rien à trop se prodiguer,
Vous me dites enfin que je suis fatigué.


Oui je suis fatigué, Monsieur, et je m'en flatte.
J'ai tout de fatigué, la voix, le coeur, la rate,
Je m'endors épuisé, je me réveille las,
Mais grâce à Dieu, Monsieur, je ne m'en soucie pas.
 

Ou quand je m'en soucie, je me ridiculise.
La fatigue souvent n'est qu'une vantardise.
On n'est jamais aussi fatigué qu'on le croit !
Et quand cela serait, n'en a-t-on pas le droit ?

Je ne vous parle pas des sombres lassitudes,
Qu'on a lorsque le corps harassé d'habitude,
N'a plus pour se mouvoir que de pâles raisons...
Lorsqu'on a fait de soi son unique horizon...
 

Lorsqu'on a rien à perdre, à vaincre, ou à défendre...
Cette fatigue-là est mauvaise à entendre ;
Elle fait le front lourd, l'oeil morne, le dos rond.
Et vous donne l'aspect d'un vivant moribond...

Mais se sentir plier sous le poids formidable
Des vies dont un beau jour on s'est fait responsable,
Savoir qu'on a des joies ou des pleurs dans ses mains,
Savoir qu'on est l'outil, qu'on est le lendemain,
 

Savoir qu'on est le chef, savoir qu'on est la source,
Aider une existence à continuer sa course,
Et pour cela se battre à s'en user le coeur...
Cette fatigue-là, Monsieur, c'est du bonheur.

Et sûr qu'à chaque pas, à chaque assaut qu'on livre,
On va aider un être à vivre ou à survivre ;
Et sûr qu'on est le port et la route et le quai,
Où prendrait-on le droit d'être trop fatigué ?
 

Ceux qui font de leur vie une belle aventure,
Marquant chaque victoire, en creux, sur la figure,
Et quand le malheur vient y mettre un creux de plus
Parmi tant d'autres creux il passe inaperçu.

La fatigue, Monsieur, c'est un prix toujours juste,
C'est le prix d'une journée d'efforts et de luttes.
C'est le prix d'un labour, d'un mur ou d'un exploit,
Non pas le prix qu'on paie, mais celui qu'on reçoit.

C'est le prix d'un travail, d'une journée remplie,
C'est la preuve, Monsieur, qu'on marche avec la vie.

Quand je rentre la nuit et que ma maison dort,
J'écoute mes sommeils, et là, je me sens fort ;
Je me sens tout gonflé de mon humble souffrance,
Et ma fatigue alors est une récompense.

Et vous me conseillez d'aller me reposer !
Mais si j'acceptais là, ce que vous me proposez,
Si j'abandonnais à votre douce intrigue...
Mais je mourrais, Monsieur, tristement... de fatigue.


Robert Lamoureux


L'éloge de la fatigue - Robert Lamoureux


Robert Lamoureux
Robert Lamoureux, né le 4 janvier 1920 à Saint-Mandé dans le département de la Seine, est un acteur, humoriste, auteur dramatique, réalisateur, parolier et scénariste français.

Robert Lamoureux commence sa carrière au cabaret, où il interprète ses propres chansons et récite des monologues cocasses. Il fut un des précurseurs de ce qu'on appelle aujourd'hui le stand-up bien avant les comiques actuels se vantant d'importer ce style scénique en France. En bon saltimbanque, Robert Lamoureux touchera par la suite à toutes les facettes du spectacle : music-hall, disque, radio, théâtre… Il est l'auteur de pièces de boulevard et a reçu un grand prix du disque avant que le cinéma s'intéresse à lui. Il connaît de gros succès dans les années 1950, avec des comédies dignes du théâtre de boulevard où il impose un personnage mince, séduisant et drôle.