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dimanche 26 novembre 2023

Pierre Rabhi (1938-2021)

Pierre Rabhi (1938-2021)
Agriculteur, écrivain et penseur français d'origine algérienne, Pierre Rabhi est un des pionniers de l'agriculture biologique et l’inventeur du concept "Oasis en tous lieux". Il défend un mode de société plus respectueux des hommes et de la terre et soutient le développement de pratiques agricoles accessibles à tous et notamment aux plus démunis, tout en préservant les patrimoines nourriciers. 

Depuis 1981, il transmet son savoir-faire dans les pays arides d'Afrique, en France et en Europe, cherchant à redonner leur autonomie alimentaire aux populations. Il est aujourd'hui reconnu expert international pour la sécurité alimentaire et a participé à l’élaboration de la Convention des Nations Unies pour la lutte contre la désertification. Il est l’initiateur du Mouvement pour la Terre et l’Humanisme. 


Auteur, philosophe et conférencier, il appelle à l'"insurrection des consciences" pour fédérer ce que l'humanité a de meilleur et cesser de faire de notre planète-paradis un enfer de souffrances et de destructions. Devant l'échec de la condition générale de l'humanité et les dommages considérables infligés à la Nature, il nous invite à sortir du mythe de la croissance indéfinie, à réaliser l'importance vitale de notre terre nourricière et à inaugurer une nouvelle éthique de vie vers une "sobriété heureuse".



Dates-clés

1938 : Fils d’un forgeron du sud algérien, Pierre est confié à l’âge de 5 ans, après le décès de sa mère, à un couple d’Européens. Il reçoit une éducation française tout en conservant l’héritage de sa culture d’origine.

1960 : La guerre d’Algérie accentue le clivage. Il est alors ouvrier dans une entreprise parisienne et met en cause les valeurs de compétition de la modernité. Avec sa femme Michèle, une parisienne, il quitte la capitale pour s’installer en Ardèche. Ouvrier agricole, il récuse déjà fortement la logique productiviste appliquée à l’agriculture dont les conséquences dévastatrices révèlent aujourd’hui leur ampleur.

1972 : Après avoir fait la découverte de l’agriculture biologique et écologique, il applique avec succès ces méthodes sur sa petite ferme, dans l’agriculture et l’élevage, sur cette terre aride et rocailleuse où grandiront leurs cinq enfants.

1978 : Pierre Rabhi est chargé de formation à l'agro-écologie par le CEFRA (Centre d'études et de formation rurales appliquées)

A partir de 1981 Pierre Rabhi commence à transmettre son expérience agroécologique et met au point divers programmes de formation en France, en Europe et en Afrique. Sur l’invitation du Burkina Faso, Pierre Rabhi organise le premier programme d’agroécologie qu’il propose comme alternative aux paysans confrontés au marasme écologique (sécheresses) et économique (cherté des engrais et pesticides). Il fonde en collaboration avec l’association du Point Mulhouse le premier Centre africain de Formation à l’Agroécologie.

1985 : Création du centre de formation à l'agro-écologie de Gorom Gorom, avec l'appui de l'association "Le Point-Mulhouse".

1988 : Pierre Rabhi est reconnu comme expert international pour la sécurité alimentaire et la lutte contre la désertification, comprise comme tout processus qui porte atteinte à l’intégrité et à la vitalité de la biosphère, et ses conséquences humaines. Il participe à des programmes d’échelle mondiale y compris sous l’égide des Nations-Unies.

1989 : Fondation du Carrefour International d’Echanges et de Pratiques Appliquées au Développement (CIEPAD) avec l'appui du Conseil général de l'Hérault : mise en place d'un " module optimisé d'installation agricole ", de programmes de sensibilisation et de formation, lancement de nombreuses actions de développement à l'étranger (Maroc, Palestine, Algérie, Tunisie, Sénégal, Togo, Bénin, Mauritanie, Pologne, Ukraine...)

1992 : Lancement du programme de réhabilitation de l'oasis de Chenini-Gabès en Tunisie.

1997-98 : Pierre intervient à la demande de l'ONU dans le cadre de l'élaboration de la Convention de lutte contre la désertification (CCD) et est appelé à formuler des propositions concrètes pour son application.

1999-2000 : Création de l'association Terre & Humanisme pour la transmission de l'éthique et de la pratique agroécologique. Installation au Mas de Beaulieu en Ardèche comme base logistique des activités et lieu de démonstration, d'expérimentation et de formation. Lancement de nouvelles actions de développement au Niger (région d'Agadez), au Mali (région de Gao) et au Maroc (Kermet BenSalem, Dar Bouaza, Taroudant).

2002 : Encouragé par de nombreux amis, Pierre se lance dans une campagne éléctorale "non conventionnelle" en proposant de replacer l'Homme et la Nature au cœur de la logique. Sa campagne a en très peu de temps suscité une mobilisation exceptionnelle, récolté la signature de nombreux élus et donné naissance à plus de 80 comités départementaux de soutien: les colibris.

2004: Naissance du projet de création d'un centre agroécologique à la Roche / Grâne dans la Drôme, lieu d'accueil, d'hébergement et de pédagogie voué à l'écologie et porteur des valeurs de Terre et Humanisme de sa conception à sa gestion.

2006: Lancement du Mouvement pour la Terre et l'Humanisme

Biodynamie et agroécologie

En désaccord avec l'enseignement classique de l'agriculture, qui promeut l'utilisation d'engrais et de pesticides chimiques, Pierre Rabhi découvre en 1963 la biodynamie. Les bases de cette démarche ont été posées par Rudolf Steiner – par ailleurs fondateur du mouvement anthroposophe – dont la doctrine est à l'origine des produits cosmétiques Weleda et de la pédagogie Waldorf-Steiner. La méthode biodynamique est proche de que l'on appelle aujourd'hui agriculture biologique. Elle associe l'usage de préparations exclusivement organiques (et non chimiques) et une attention portée aux rythmes de la nature. 

Pierre Rabhi a par la suite développé l'agroécologie, une approche globale ayant pour objet « la relation harmonieuse entre l'humain et la nature », qui concerne toutes les sphères de l'organisation sociale : de l'agriculture (avec une attention particulière pour le respect de la biodiversité, la fertilisation organique des sols, la lutte contre l'érosion et l'optimisation de l'usage de la ressource en eau) à l'éducation, en passant par la santé, l'économie, l'aménagement du territoire... L'agroécologie défend la place des paysans, le lien social, la salubrité alimentaire, la production et la consommation locales, en vue de rendre les populations autonomes sur leurs territoires.

Agro-écologie en Tunisie

A voir sur Internet

 

Créée en 1994 sous le nom des “Amis de Pierre Rabhi”, rebaptisée en 1999, l'association Terre et Humanisme œuvre pour la transmission de l'agroécologie.


 





Initié en juin 2006 par Pierre Rabhi pour impulser un mouvement international autour des valeurs et alternatives décrites dans la Charte pour la terre et l'humanisme : sortir du mythe de la croissance indéfinie, vivre dans la sobriété heureuse, replacer l'humain et la nature au cœur de nos préoccupations, mettre le féminin au cœur du changement, produire et consommer localement, etc.






« Le modèle actuel n'est pas rafistolable. Un changement de modèle repose sur des structures et du concret. Il y a des personnes qui agissent et incarnent. Pour d'autres, ces actions sont un ensemencement. C'est pour cela que nous parlons plutôt de prototype ». 

Prototype fondé sur le retour à la terre et la reconstitution du lien social. Maisons en terre et en bois, énergie solaire et éolienne, nourriture bio... tout ou presque est produit sur place. Prototypes qui se font de plus en plus nombreux. Le Hameau des buis, crée par l'une des deux filles, Sophie ; la ferme “les Amanins” ; le Mas de Beaulieu enfin, centre névralgique de l'association Terre et humanisme en Ardèche. « Ces lieux de démonstration sont destinés à prouver que c'est possible. » Ils sont rassemblés depuis 2006 au sein de l'association Colibris-Mouvement pour la Terre et l'humanisme. De nombreux projets à l'étranger profitent également de ce savoir-faire, pour la culture de terres arides (Burkina Faso, Tunisie, Niger...) et en Europe de l'Est, où Pierre Rabhi tient à soutenir les derniers petits producteurs d'Europe menacés par l'arrivée des vastes monocultures qui dominent déjà à l'Ouest.

Et enfin, il y a les conférences. Parler encore et encore d'agro écologie ne l'ennuie pas. «Le sujet est vaste, il y a beaucoup à dire.» Notamment que nous vivons aujourd'hui dans une surabondance malheureuse, fondée sur un système artificiel et fragile : la production locale est très affaiblie et nous dépendons de grandes entreprises dont les pratiques ont un coût écologique et humain. Dire aussi que consommer ne peut pas être un devoir civique. « On pousse tellement à consommer qu'il y a une obésité non seulement physique mais psychologique, de désirs toujours inassouvis. » Au fil des ans, son appel à vivre dans un état de « sobriété heureuse » touche de plus en plus de personnes. A tel point que sa pré-campagne présidentielle en 2002 remporte un succès inespéré. 

Pour « transmettre le message d'urgence écologique et humaine et être force de propositions d'alternatives pour l'avenir », il récolte en deux mois 184 signatures d'élus en faveur de sa candidature. Il en fallait 500. Se représenter ne l'a pas tenté. Pour lui, toute initiative de la société civile est politique. Et surtout, il se trouve impliqué auprès de gens qui ont faim. Transmettre un savoir-faire précieux, pour non seulement survivre, mais vivre dignement par soi-même, «c'est ça l'urgence».

vendredi 20 novembre 2020

Gandhi (1869-1948)

Mohandas Karamchand Gandhi naît le 2 octobre 1869 à Porbandar dans l'état du Gujarat, au nord-ouest de l'Empire britannique des Indes. Il est issu de la caste des Vayshia et sa famille (des commerçants), est relativement aisée. Enfant, sa mère lui inculque les valeurs hindouistes mais il apprend aussi à connaître les autres religions et la tolérance à leur égard. C'est sans doute pendant cette période que se forgent les convictions morales de Gandhi. Il est fasciné par le jaïnisme, cette religion prônant la non-violence.

Conformément aux coutumes de sa caste, sa famille le marie à 14 ans avec Kasturbai qui restera son épouse toute sa vie. En grandissant Gandhi devient convaincu qu'il ne sera quelqu'un qu'en rompant avec les coutumes de l'Inde et en copiant le style de vie des anglais. Il s'embarque donc pour l'Angleterre en 1888 en laissant femme et enfant pour y faire ses études de droit. C'est paradoxalement à Londres que Gandhi lit les principaux textes de l'hindouisme, notamment la Baghavad-Gita qui l'influencera profondément. Il découvre aussi la vie de Bouddha, Jésus, Mahomet et fait la connaissance des théosophes anglais. 

Après trois années en Angleterre et son diplôme d'avocat en poche, Gandhi rentre en Inde. Malheureusement sa vie professionnelle s'enlise et il reste tiraillé entre ses racines hindoues et son attirance pour la bourgeoisie occidentale.

L'Afrique du Sud

En 1893 une entreprise indienne lui propose de se rendre en Afrique du Sud pour y défendre ses intérêts lors d'un procès. Gandhi accepte. Il ne le sait pas encore, mais c'est le tournant de sa vie. Il va y passer quasiment vingt ans.

Dès son arrivée là-bas il est confronté à la discrimination raciale. Expulsé d'un train il s'aperçoit très vite que les britanniques et les Boers dominent sans partage les populations noires et immigrées (à cette époque 100 000 indiens vivent en Afrique du Sud). Il est choqué de voir que les sujets de l'empire britannique ne sont pas traités de la même manière suivant la couleur de leur peau. Affecté par des vexations racistes de la part des Blancs, comme de devoir descendre d'un compartiment de train de première classe, il s'érige en défenseur des immigrants indiens et forge une doctrine originale fondée sur la non-violence, la maîtrise de soi et le respect de la vérité (la "satyagraha"). Il préconise en vertu de cette doctrine la désobéissance passive et collective pour lutter contre les discriminations.

En 1894, à l'issue du procès, gagné, pour le lequel il était venu, Gandhi décide de lutter contre une loi visant à interdire aux Indiens le droit d'élire des représentants à l'assemblée de l'état du Natal. Il fait signer une pétition à 10 000 personnes et obtient le retrait du projet de loi. Gandhi avait surtout réussi à faire prendre conscience aux Indiens qu'il fallait s'unir. Devenu populaire, Gandhi décide de poursuivre le combat. En 1896, il va chercher sa femme et ses enfants en Inde et revient en Afrique du Sud. Il travaille comme avocat jusqu'en 1899.
Malgré son engagement, il se comporte loyalement à l'égard des Britanniques pendant leur guerre contre les Boers, en 1899-1901, et organise un service d'ambulances avec un personnel indien. Gandhi appelle ses compatriotes à soutenir les anglais.    

En 1906 une nouvelle loi ségrégationniste est votée au Transvall. Elle enjoint les asiatiques à se faire inscrire sur des listes destinées à contrôler de près leurs activités. Gandhi réussit à convaincre 3000 délégués de ne pas se soumettre à la nouvelle loi et de résister quel qu'en soit le coût, mais sans violence. Gandhi est arrêté et incarcéré pendant six mois. En 1909 il publie "Hind Swaraj", livre dans lequel il développe les théories du combat par la non-violence : "la satyagraha". Pendant huit ans, Gandhi ne cessera de s'opposer aux lois ségrégationnistes et au Général Smuts ce qui lui vaudra d'autres séjours en prison. Finalement, le 30 juin 1914, Smuts et Gandhi signent un accord sur l'abrogation d'une grande partie des lois raciales. Au prix de plusieurs séjours en prison, Gandhi a remporté de spectaculaires succès face aux gouvernants britanniques.

Retour au pays

Le 18 juillet 1914 Gandhi quitte l'Afrique du Sud pour toujours et rentre en Inde. Il décide, dès son retour, de partir à la découverte de son pays natal. Son périple dure un an à l'issue duquel il établit un ashram près d'Ahmedabad. Son nom est désormais associé à la lutte contre l'injustice. Gandhi bénéficie déjà d'une solide réputation d'ascète et de héros qui lui vaut d'être surnommé par le grand poète indien Tagore "Mahatma", d'après un mot hindi qui veut dire "Grande âme". Il est décidé à mettre un terme à l'exploitation coloniale de son pays, sans répandre une goutte de sang.

C'est pourquoi, début 1917, Gandhi se rend au Bihar à l'appel des cultivateurs de l'indigo exploités sans vergogne par les industriels anglais. Devant les risques d'émeutes, le gouvernement donne satisfaction aux planteurs. A peine rentré à Ahmedabad, Gandhi soutient un mouvement de grève des ouvriers textiles et utilise, pour la première fois, le jeûne pour faire pression sur les patrons et pour marquer son entière solidarité avec les grévistes.

Gandhi accède à la présidence du parti du Congrès et mène dès lors la lutte pour l'autonomie du pays puis pour son indépendance, tout en prônant l'émancipation des femmes et des Intouchables (les hors-castes de l'hindouisme). Avec bienveillance, il surnomme ces derniers les Harijans ou gens de Dieu (les Intouchables récusent aujourd'hui ce terme paternaliste et lui préfèrent celui de Dalits ou opprimés).

Plein de curiosité pour les systèmes philosophiques et les grandes religions, il n'en reste pas moins fidèle à son héritage hindou. Il se rapproche de l'Inde profonde des villages et préconise l'autosuffisance économique et le retour à une économie traditionnelle. Le Mahatma donne l'exemple de l'ascétisme en pratiquant la chasteté dans son ashram des environs d'Ahmedabad, au nord-ouest du pays, et en tissant le coton sur son rouet pour subvenir à ses besoins et fabriquer ses propres vêtements.

À la fin de la première guerre mondiale, pendant laquelle Gandhi avait appelé au soutien de l'effort de guerre, il présente aux britanniques ses premières revendications d'autonomie pour l'Inde. Le 6 avril 1919, pour impressionner les anglais, Gandhi appelle le peuple à manifester publiquement dans tout le pays et à cesser toute activité. La manifestation est un énorme succès. Le 13 avril, à Amritsar, la population manifeste de nouveau malgré l'interdiction. Le général Dyer ordonne alors à ses hommes de tirer sur la foule pacifique. Le bilan est effroyable : plus de 300 morts et plus de 1000 blessés. Horrifié, Gandhi suspend immédiatement la satyagraha, ce massacre rompt les liens invisibles qui rapprochaient Indiens et Britanniques.

En 1920 il repense ses moyens d'action. Soutenu par le parti du Congrès et par les musulmans, il appelle à la non coopération avec l'administration britannique et se prononce pour le boycott des produits textiles d'origine européenne. L'Inde tout entière bouge et la tension ne cesse de monter. De nombreux leaders sont emprisonnés et des affrontements ont lieu. Pendant l'un d'eux, 22 policiers sont lynchés par la foule. En février 1922, Gandhi décide de mettre fin à toute action, par souci d'éviter les violences. Lui-même entame une grève de la faim dans son ashram et met sa vie en danger pour convaincre ses compatriotes d'interrompre les violences. Il est emprisonné, ce qui lui vaut une aura internationale de martyr...

Gandhi poursuit son action avec encore plus de détermination, en s'appuyant sur le parti du Congrès. Il préconise la non-participation (refus des décorations, boycottage des produits anglais...) et prescrit même la grève de l'impôt dans un district du Gudjerat. Il est cependant arrêté puis condamné à 6 ans de prison. Il restera emprisonné 2 ans pendant lesquels le mouvement va sensiblement s'essouffler.A sa sortie de prison Gandhi appelle à la cohésion nationale et il réclame l'égalité sociale pour les intouchables qu'il appelle affectueusement les harijans ("enfants de Dieu"). Il mènera d'ailleurs deux grèves de la faim pour qu'ils puissent entrer dans les temples.

Gandhi (1869-1948)
«Quit India !»

En 1930, Gandhi a retrouvé toute sa fougue. Il bénéficie d'une influence considérable. À chacun de ses mots d'ordre l'Inde s'immobilise. Le 12 mars 1930 le Mahatma entreprend son action la plus célèbre : "la marche du sel". Son objectif est de dénoncer le monopole anglais de la vente du sel. Pendant 24 jours et sur 350 km le cortège ne cessera de gonfler. Arrivé à son but Gandhi ramasse une poignée de sel et annonce qu'il commence la désobéissance civile. Il est de nouveau arrêté, mais cette action convainc les libéraux britanniques d'engager l'Inde dans la voie de l'indépendance.

Dès l'année suivante, celui que Winston Churchill qualifie avec mépris de "fakir à moitié nu" est convié à Londres à une table ronde destinée à débattre d'une hypothétique indépendance de l'Inde. Mais les discussions achoppent très vite sur les modalités de l'indépendance (faut-il accorder aux États princiers le droit de sécession ? quelle garantie pour la minorité musulmane, qui représente alors un quart des 350 millions d'Indiens ? quel statut pour les Intouchables ?...). Le Mahatma est déçu que le Congrès ne le suive pas dans le retour aux valeurs traditionnelles et s'en tienne à la quête de l'indépendance. Il renonce à la présidence du parti.

En janvier 1931 le Vice-Roi Lord Irving le fait libérer. Il échange la libération des prisonniers politiques et la fin des lois sur le sel contre la fin de la désobéissance civile et la participation de Gandhi à une conférence organisée à Londres. Celui-ci accepte et en profite pour visiter l'Europe. Cette table ronde ne sera suivie d'aucun changement notable sur la politique indienne d'autant que Winston Churchill arrive au pouvoir avec l'intention d'écraser le Parti du Congrès. Des milliers de militants sont bientôt arrêtés.    

En août 1932 Gandhi est jeté en prison. Les dissensions entre les communautés s'aggravent et les droits des intouchables sont menacés. Le 20 septembre le Mahatma entreprend une nouvelle grève de la faim. Le gouvernement britannique plie devant la menace de la mort de Gandhi devenu très populaire en Europe.

En 1934 Gandhi se retire de la politique en tant que telle, préférant la laisser aux jeunes leaders du Congrès dont Nehru. Il continue en revanche de se battre pour la cohésion entre les communautés et pour l'éducation des masses, ce qui lui vaudra l'inimitié des extrémistes hindous. Cette année là, Gandhi échappe à la première des cinq tentatives d'assassinat dont il fera l'objet. Lors des élections de 1937, le Congrès obtient la majorité écrasante au parlement indien. Dès lors la marche vers l'autonomie et l'indépendance semble inéluctable.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, les Britanniques engagent l'Inde dans le conflit sans prendre la peine de consulter les représentants de la colonie. Tout au plus le premier ministre Winston Churchill promet-il aux Indiens, à l'issue de la guerre, un statut de dominion similaire à celui du Canada ou de l'Australie. Gandhi refuse de s'engager aux côtés des anglais. Il affirme que seule une Inde indépendante pourrait contribuer à la lutte contre les nazis. Parmi les compagnons de Gandhi, certains comme Jawaharlal Nehru plaident pour ne rien faire qui favorise l'ennemi japonais et son allié allemand. Mais pour Gandhi, l'heure des compromis est terminée. Tout en condamnant la violence et, pire encore, l'alliance avec l'ennemi japonais dans laquelle se compromet l'ultra-nationaliste Bose, le Mahatma lance le 8 août 1942, à Bombay, un mot d'ordre radical à l'adresse des Britanniques : "Quit India!" (Quittez l'Inde!). Il enjoint les britanniques à partir au plus vite et relance le mouvement de désobéissance civile sous la forme de manifestations, boycotts et grèves. Quelques heures plus tard, plusieurs chefs du parti du Congrès sont arrêtés, après que des émeutes aient éclaté. Gandhi et sa femme sont une nouvelle fois incarcérés, cette dernière trouvera la mort lors de sa détention. Gandhi ne sera libéré qu'en mai 1944 par Winston Churchill.

La marche du sel - 12 mars 1930

La joie ternie de l'indépendance

Au terme de la Seconde Guerre mondiale, les travaillistes d'Atlee arrivent au pouvoir en Angleterre. les Britanniques sont résignés à se retirer du sous-continent indien. Nommé le 24 mars 1947 vice-roi et Gouverneur général des Indes, Lord Mountbatten a la lourde tâche de préparer l'indépendance. L'Union indienne célèbre son indépendance le 15 août 1947. Le vice-roi Mountbatten remet les pouvoirs au Premier Ministre Nehru.

Mais cette victoire est trés vite ternie. Les communautés musulmane et hindoue se déchirent. Entre 1946 et 1947, plus de 5 000 personnes sont tuées dans des violences intercommunautaires. Des millions de gens sont déplacés de force afin d’homogénéiser l’implantation des populations selon leurs croyances. Gandhi est viscéralement opposé aux plans qui sépareraient l'Inde en deux pays différents. Beaucoup de musulmans en Inde vivaient aux côtés d'Hindous ou de Sikhs et étaient en faveur d'une Inde unie. Mais la Ligue Musulmane, est très populaire en Inde. Cette organisation est dirigée par Mohammed Ali Jinnah, un avocat musulman chiite, qui prône la création d'un État musulman indépendant et réclame la création d'un état indépendant à majorité musulmane.

Gandhi, lui, reste attaché plus que tout à l'unité de l'Inde et use de toute son influence pour éviter la partition. Il construit un dialogue avec les dirigeants des deux communautés, travaillant à atténuer les tensions dans le nord de l'Inde et le Bengale. C'est un échec, le 15 août 1947 Lord Mountbatten annonce l'indépendance de deux nouvelles nations : le Pakistan et l'Inde.

Malgré la guerre indo-pakistanaise de 1947, Gandhi est troublé quand le gouvernement décide de refuser aux pakistanais les 550 millions de roupies prévus dans les négociations de la partition. Des dirigeants comme Sardar Patel craignent que le Pakistan n'utilise l'argent pour financer la guerre contre l'Inde. Gandhi est aussi choqué quand des demandes sont faites de déporter tous les musulmans au Pakistan, et quand les dirigeants de chaque communauté expriment leur frustration et l’inaptitude à s'entendre entre eux.

Le 13 janvier 1948, Le Mahatma, a 78 ans. Il entre au soir de sa vie dans son dernier combat en entamant une nouvelle et périlleuse grève de la faim pour convaincre hindous et musulmans de déposer les armes. Il demande que toute violence communautaire cesse définitivement, que le Pakistan et l'Inde garantissent l'égalité dans la sécurité et les droits pour les pratiquants de toutes les religions, et que le paiement de 550 millions de roupies soit fait au Pakistan. Gandhi craint que l'instabilité et l'insécurité au Pakistan n’augmente leur colère envers l'Inde, que la violence ne passe la frontière et qu'une guerre civile éclate en Inde à cause de nouvelles tensions: "La mort serait une glorieuse délivrance pour moi plutôt que d'être le témoin impuissant de la destruction de l'Inde, de l'hindouisme, du sikhisme et de l'islam."

Gandhi refuse de céder, et le gouvernement doit faire volte face et payer la somme au Pakistan. Les dirigeants de chaque communauté, incluant le Rashtriya Swayamsevak Sangh et le Hindu Mahasabha lui assurent qu'ils renonceront à toute violence et demanderont la paix. Gandhi rompt alors son jeûne.

La mort de Gandhi

Pourtant la colère des extrémistes n'est pas retombée. Ceux du côté hindou notamment tiennent rigueur à Gandhi de sa trop grande mansuétude à l'égard des musulmans. Le 30 janvier 1948, en chemin vers une réunion de prière, Gandhi est abattu par balles près de Birla House, à New Delhi, par Nathuram Godse, un hindou nationaliste qui a des liens avec le groupe fascisant Hindu Mahasabha. Godse tenait Gandhi pour responsable de la partition de l'Inde et par là de son affaiblissement. Les dernières paroles de Gandhi seront: "Hé Ram" ("Oh Dieu!").

Sa mort provoque une émotion internationale. Deux millions d’Indiens assistèrent à ses funérailles. Selon sa volonté, la plupart de ses cendres furent dispersées dans plusieurs grands fleuves du monde tels que le Nil, la Volga et la Tamise. Godse et son complice Narayan Apte seront jugés et condamnés à mort, puis exécutés le 15 novembre 1949.


 Gandhi la Grande Ame
"La vie de l'apôtre de la non-violence – Sa lutte pour l'indépendance de l'Inde" 
"Chroniques filmées du XXème siècle".

La pensée de Gandhi

Gandhi figure au panthéon des plus grandes personnalités du XXe siècle. Il a démontré l'efficacité de la non-violence. Aujourd'hui encore l'empreinte de Gandhi est vivante en Inde où il est perçu comme le "Père de la nation indienne", même si la société juste, égalitaire et non violente dont il avait rêvé reste à construire.    

La foi
Gandhi était né hindouiste et pratiqua l'hindouisme toute sa vie, qui inspira la plupart de ses principes. Comme tout hindou traditionnel, il voyait dans toutes les religions autant de chemins possibles pour atteindre la Vérité et refusait de se convertir à une autre foi. C'était un théologien avide et il lut beaucoup sur toutes les grandes religions. Gandhi croyait que le cœur de toutes les religions était la vérité et l'amour (compassion, non-violence et éthique de réciprocité). Il critiquait l'hypocrisie, les mauvaises pratiques et les dogmes de toutes les religions et fut un réformateur social infatigable.

Plus tard dans sa vie, quand on lui demandait s'il était hindouiste, il répondait : "Oui je le suis. Je suis aussi un chrétien, un musulman, un bouddhiste et un juif."

Gandhi a dédié toute sa vie à la découverte de la vérité ou satya. Il essaya de l'atteindre en apprenant de ses propres erreurs et en pratiquant des expériences sur lui-même. Gandhi établissait que la plus importante bataille à remporter était vaincre ses propres démons, peurs et insécurités. Il résuma ses croyances quand il dit d'abord "Dieu est vérité". Il changea ensuite cette déclaration en "la vérité est Dieu".

Végétarisme
"Jamais je ne consentirais à sacrifier au corps humain la vie d’un agneau. J’estime que, moins une créature peut se défendre, plus elle a droit à la protection de l’homme contre la cruauté humaine"

L'idée du végétarisme est fortement ancrée dans les traditions hindoues et jaïnes, et dans sa terre natale du Gujarat la plupart des hindous et sa famille étaient végétariens. Avant de partir étudier pour Londres, Gandhi avait promis à sa mère qu'il ne mangerait pas de viande. Il tint sa promesse et son végétarisme devint une partie intégrante de sa philosophie de non-violence.

"On reconnaît la grandeur d'une nation à la manière dont elle traite ses animaux". En plus de la dimension éthique du végétarisme il considérait la dimension économique, étant donné que la viande était (et est toujours) plus chère que les céréales, les légumes et les fruits, et aidait ainsi les Indiens qui avaient de faibles revenus. Enfin, la production de viande demande une bien plus grande disponibilité de terres et d'eaux pour l'engraissement des animaux, instaure une monoculture qui favorise l'industrie alimentaire et les grands propriétaires terriens plutôt que les productions locales et variées des paysans indiens possédant de petites parcelles de terre cultivable.

Brahmacharya
Le brahmacharya (pureté spirituelle et pratique) est largement associé avec le célibat et l'ascétisme. Le brahmacharya, qui correspond à l'une des quatre périodes de la vie humaine telle que le théorise l'hindouisme, est à rapprocher d'une forme de discipline du corps dont la visée, spirituelle ou religieuse, est le détachement des sens (lesquels entraveraient la libération de l'âme). Gandhi concevait le brahmacharya comme un moyen de se rapprocher de Dieu et comme la pierre de fondation de sa réalisation personnelle. Pour Gandhi, brahmacharya signifiait "contrôle des sens en pensée, en mots et en actions". Ce contrôle passe par l'arrachement à la racine des passions que l'on veut détruire.

Gandhi n'eut de cesse toute sa vie d'étendre et d'approfondir les domaines d'application de sa recherche de maîtrise des sens. Outre la maîtrise du désir sexuel, il rechercha également à se détacher du plaisir gustatif : formant régulièrement des "vœux", Gandhi supprimait progressivement tel condiment, tel aliment, ou réduisait toujours plus le nombre d'aliments qu'il pouvait ingurgiter.

Non-violence
Le concept de non-violence (ahimsâ) et Résistance non-violente a une longue histoire dans la pensée religieuse indienne et a eu de nombreuses occurrences dans des contextes hindouistes, bouddhistes, jaïnistes et judéo-chrétiens. 

"Alors qu'une bonne action doit appeler l'approbation, et une mauvaise, la réprobation, le fauteur de l'acte, qu'il soit bon ou mauvais, mérite toujours respect ou pitié, selon le cas. « Hais le péché, non le pécheur » – c'est là un précepte que l'on applique rarement, s'il est aisé à comprendre ; et c'est pourquoi le venin de haine se répand si vite dans le monde. L'ahimsâ est le fondement de la quête de vérité. Il n'est pas de jour où je ne m'aperçoive, en réalité, que cette quête est vaine, si elle ne se fonde pas sur l'ahimsâ. S'opposer à un système, l'attaquer, c'est bien ; mais s'opposer à son auteur, et l'attaquer, cela revient à s'opposer à soi-même, à devenir son propre assaillant. Car la même brosse nous a peints ; nous avons pour père le même et unique Créateur, et de ce fait les facultés divines que nous recélons en nous sont infinies. Manquer à un seul être humain, c'est manquer à ces facultés divines, et par là même faire tort non seulement à cet être, mais, avec lui, au monde entier."

"Il y a beaucoup de causes pour lesquelles je suis prêt à mourir mais aucune cause pour laquelle je suis prêt à tuer."

Toutefois Gandhi était conscient que la non-violence requérait une foi et un courage incroyable que peu de monde possédait. Il conseillait donc qu’il n’était pas nécessaire que tous restent non-violents, surtout si la non-violence était utilisée pour cacher la lâcheté: "Je crois que s’il y a seulement le choix entre la violence et la lâcheté, je conseille la violence." Gandhi pensait que la violence était inefficace et ne pouvait qu’initier une chaîne continue de vengeance. Il disait de la loi du Talion : "Œil pour œil et le monde finira aveugle."

Gandhi rattachait également la non-violence au féminisme. Il l’explique lors d’un discours pendant la marche du sel : "Appeler les femmes le sexe faible est un mensonge. C’est une injustice des hommes faite aux femmes. Si la non-violence est la loi de nos êtres, le futur est avec les femmes."

Gandhi (1869-1948)

Satyagraha
Le satyagraha (« la force née de la vérité et de l'amour ou non-violence ») est l'aboutissement de cette vérité contre des lois ou des systèmes injustes au travers d'une lutte non violente. Gandhi considère même le satyagraha supérieur à la désobéissance civile ou à la résistance non-violente car le terme implique de servir une cause juste et devenait de ce fait l'arme des forts et non plus l'arme des faibles. 

Pour lui cette lutte ne doit engendrer aucune souffrance à l'adversaire, s'il y a souffrance c'est au défenseur de la vérité de la subir : "La recherche de la vérité ne doit admettre qu'aucune violence ne soit infligée à un adversaire, mais qu'il doit sortir de l'erreur par la patience et la sympathie. Parce que ce qui apparaît comme la vérité à l'un peut apparaître comme erreur à l'autre. Et patience signifie auto-souffrance. Donc la doctrine est revendication de la vérité, pas en infligeant des souffrances à son adversaire, mais à soi-même."

Critique du modèle économique occidental

Gandhi pouvait admirer les avancées technologiques et le confort économique que donnait la civilisation occidentale moderne, mais pointait également ses lacunes et les nouveaux risques et besoins qu'elle apportait à l'individu. Il fait la critique du développement et de la notion même de civilisation telle qu'idéalisée par la Grande-Bretagne et les Occidentaux, Gandhi montre que chaque progrès réalisé d'une part correspond à une aggravation des conditions de vie de l'autre, que la civilisation occidentale a laissé de côté la moralité et la religion, qu'elle crée de nouveaux besoins liés à l'argent et impossibles à satisfaire, qu'elle accroît les inégalités et voue à l'esclavage une grande partie de l'humanité. Pour lui ce type de civilisation est sans issue: "Cette civilisation est telle que l'on a juste à être patient et elle s'autodétruira."

La mécanisation et la mondialisation des échanges est pour lui un désastre pour l'Inde.Il prend comme exemple des avancées ressenties de manière globalement positive comme le train, les médecins ou les avocats, qui peuvent être selon lui tout aussi néfastes. Le train parce qu'il peut transporter les maladies aussi rapidement que les passagers et peut entraîner la spéculation et les famines. Les avocats parce qu'ils préfèrent trouver une solution juridique à une solution morale à un conflit, prétendent sans raison aucune à des salaires supérieurs aux travailleurs communs, et renforcent la puissance britannique en Inde. Les médecins parce qu'en accordant des soins ils encouragent la négligence et le manque de prévention individuelle, brisent des tabous religieux et font d'énormes profits avec des médicaments hors de prix.

Pour Gandhi la civilisation indienne n'a rien à envier à l'occidentale avec sa course au développement économique. L'accès à la richesse pour tous est pour lui impossible et l'individu doit lui-même contrôler ses besoins: "L'esprit est un oiseau sans repos ; le plus il obtient et le plus il désire et n'est jamais satisfait. Plus nous satisfaisons nos passions et plus elles deviennent débridées. Nos ancêtres avaient compris cela et placé une limite à nos indulgences. Ils avaient remarqué que le bonheur était surtout une condition mentale."

"La justification de la pauvreté volontaire était l'impossibilité que tous fussent riches. Tous pourraient avoir part à la non-possession ; moins on possède, moins on désire. Je ne prêche pas la pauvreté volontaire à un peuple qui souffre de pauvreté involontaire, mais le grave problème économique national pourrait être résolu facilement si tous ceux qui sont riches voulaient bien se soumettre à la pauvreté volontaire."

Gandhi comprenait les processus économiques comme une force que l'on doit régler par des lois basées avant tout sur la morale et surtout l'harmonie générale entre tous les êtres, et non la laisser « s'auto-régler » par elle-même comme cela se veut dans l'économie de marché, le capitalisme, économie liée à l'offre et à la demande, car, en soi, toute réussite économique est immorale : "L’art de devenir riche, dans le sens commun du terme, n’est pas seulement l’art d’accumuler beaucoup d’argent pour nous-mêmes, mais aussi celui de découvrir comment notre voisin peut en obtenir pour le moins possible. En termes exacts, c’est l’art d’établir le maximum d’inégalités en notre faveur."

Critiquant vivement la « logique » de l'économie de marché, économie réduite à elle-même et comme un pilier incontournable dans les relations internationales (commerciales ou non), Gandhi voyait le refus de bâtir une société équitable mondiale, refus venant de l'Occident et – du fait de la colonisation héritée – du reste du monde, comme une fuite en avant, qui amènerait toujours les plus faibles et démunis dans le gouffre, gouffre symbolisé par Gandhi par les famines, ces dernières étant liées, soit à la guerre, soit à ce mécanisme économique toujours défectueux, car toujours se refusant à se soumettre à des principes moraux de bien-être universel: "Si tous les hommes comprenaient l'éternelle loi morale du service à autrui, ils considéreraient comme un péché d'amasser des richesses ; alors il n'y aurait plus d'inégalité de fortune, et par conséquent plus de famine, plus de gens qui meurent de faim."

La simplicité

Gandhi croyait sincèrement qu'une personne impliquée dans le service social devait mener une vie simple. Sa pratique de l'ascétisme s'inspire de la pensée du philosophe et poète américain Henry David Thoreau. Cette simplicité commença par le renoncement au style de vie occidental qu'il menait en Afrique du Sud. Il appela cela "se réduire soi-même à zéro", "vivre simplement pour que tous puissent simplement vivre" tel était ses valeurs, son mode de vie, ce qui voulait dire abandonner toute dépense superflue, mener une vie simple et laver ses propres vêtements.

Gandhi passait un jour de chaque semaine en silence. Il croyait que s'abstenir de parler lui amenait la paix intérieure. Ces jours-là il communiquait avec les autres en écrivant sur un papier. Pendant 3 ans et demi, à l'âge de 37 ans, Gandhi refusa de lire les journaux, clamant que les nouvelles tumultueuses du monde lui causaient plus de confusion que son propre trouble intérieur. Revenant en Inde après son séjour en Afrique du Sud, il abandonna le port de vêtements occidentaux, qu'il associait à la richesse et au succès. Il s'habilla pour être accepté par les plus pauvres en Inde, et il promut l'utilisation de vêtements tissés à la maison.



Extrait du Le Livre des révélations – Tome II de François Brousse
Éd. La Licorne Ailée, Clamart, 1992, p. 21

Le Livre des Révélations rassemble quatre conférences données en 1979 à Prades et Perpignan. Ces conférences sont axées sur l'étude de deux grands messagers du vingtième siècle et des prophéties sur cette période que nous traversons et que les hindous désignent par le terme de Kali Yuga, cycle de Kali, période d'aboutissement d'un immense cycle.

Cette analyse des grandes prédictions est une recherche de sens dans le grand livre de l'humanité. Elle révèle les évolutions de la conscience humaine, des mouvements de civilisations, avec la confirmation permanente que le libre-arbitre humain est supérieur à tout déterminisme.

Extrait de la conférence de François Brousse du 02/10/1979 sur Gandhi


Citations de Gandhi

La vérité

"Par sa nature même, la vérité porte l'évidence en soi. Dès qu'on la débarrasse des toiles d'araignée de l'ignorance, elle brille avec éclat."
Extrait de La jeune Inde

"C'est une erreur de croire nécessairement faux ce qu'on ne comprend pas."
Extrait des Lettres à l'Ashram

"L'erreur ne devient pas vérité parce qu'elle se propage et se multiplie ; la vérité ne devient pas erreur parce que nul ne la voit."
Extrait de La jeune Inde   

"La vérité est dure comme le diamant et fragile comme la fleur de pêcher."

"Ce qui est vérité pour l'un peut-être erreur pour l'autre."

Extrait des Lettres à l'Ashram

"Les vérités différentes en apparence sont comme d'innombrables feuilles qui paraissent différentes et qui sont sur le même arbre."
Extrait des Lettres à l'Ashram

"Chacun a raison de son propre point de vue, mais il n'est pas impossible que tout le monde ait tort."
Extrait des Lettres à l'Ashram

"Mon exigence pour la vérité m'a elle-même enseigné la beauté du compromis."
Extrait de Autobiographie ou Mes expériences de vérité   
  
"La vraie moralité ne consiste pas à suivre les sentiers battus, mais à découvrir ce qui est pour nous-mêmes la vraie voie et à la suivre avec intrépidité. Tout véritable progrès est impossible sans une telle poursuite acharnée de la vérité."
Extrait des Lettres à l'Ashram   

La tolérance

"La véritable éducation consiste à tirer le meilleur de soi-même. Quel meilleur livre peut-il exister que le livre de l'humanité ?"
Extrait de Tous les hommes sont frères

"La règle d'or de la conduite est la tolérance mutuelle, car nous ne penserons jamais tous de la même façon, nous ne verrons qu'une partie de la vérité et sous des angles différents."
Extrait de Tous les hommes sont frères

"S'abstenir de punir n'est pardon que quand il existe le pouvoir de punir."

"Je n'aime pas le mot tolérance, mais je n'en trouve pas de meilleur."

"Tout compromis repose sur des concessions mutuelles, mais il ne saurait y avoir de concessions mutuelles lorsqu'il s'agit de principes fondamentaux."

Extrait de Harijan   

"Lorsque nous critiquons, il faut le faire avec une humilité et une courtoisie qui ne laisse subsister aucune amertume."
Extrait des Lettres à l'Ashram

Non violence et Amour

"Les moyens peuvent être comparés à une graine et la fin à un arbre ; et il existe le même rapport intangible entre les moyens et la fin qu'entre la graine et l'arbre."Extrait de Indian Home Rule

"C'est une erreur de croire qu'il n'y ait pas de rapport entre la fin et les moyens, et cette erreur a entraîné des hommes considérés comme croyants à commettre de terribles crimes. C'est comme si vous disiez qu'en plantant des mauvaises herbes on peut récolter des roses."

"La victoire obtenue par la violence équivaut à une défaite, car elle est momentanée."


"L'hymne de la haine ne profite pas à l'humanité."

Extrait de Discours et écrits   

"La fibre la plus coriace doit s'amollir dans le feu de l'amour. Si elle ne fond pas, c'est que le feu n'est pas assez fort."
Extrait de La Jeune Inde   

"Je m'oppose à la violence parce que lorsqu'elle semble produire le bien, le bien qui en résulte n'est que transitoire, tandis que le mal produit est permanent."
Extrait de La Jeune Inde   

"Ayez de la haine pour le péché et de l'amour pour le pécheur."

"L'épée de la résistance passive n'a pas besoin de fourreau et nul ne peut en être dépossédé par la force."

"Puisque j'ai rejeté l'épée, il n'est plus rien d'autre que la coupe de l'amour que je puisse offrir à ceux qui se dressent contre moi."

Extrait des Lettres à l'Ashram

"Appeler les femmes "le sexe faible" est une diffamation ; c'est l'injustice de l'homme envers la femme. Si la non-violence est la loi de l'humanité, l'avenir appartient aux femmes."
Extrait de Tous les hommes sont frères

"Si la non-violence est la loi de l'humanité, l'avenir appartient aux femmes. Qui peut faire appel au coeur des hommes avec plus d'efficacité que la femme ?"

"La non-violence est la loi de notre espèce tout comme la violence est la loi de l'animal."

Extrait de Ganesh   

"La non-violence ne consiste pas à renoncer à toute lutte réelle contre le mal. C'est au contraire, contre le mal, une lutte plus active et plus réelle que la loi du talion."
Extrait des Lettres à l'Ashram

"Là où il n'y a le choix qu'entre lâcheté et violence, je conseillerai la violence."

"Le fait de s'incliner n'humilie pas l'agresseur mais l'élève."

Extrait des Lettres à l'Ashram

"La non-violence, sous sa forme active, consiste en une bienveillance envers tout ce qui existe. C'est l'amour pur."
Extrait de La jeune Inde   

"L'amour est ce qu'il y a de plus fort au monde, cependant on ne peut rien imaginer de plus humble."

Religion et Morale

"La vie est un mystère qu'il faut vivre, et non un problème à résoudre."

"Le ciel et la terre sont en nous."

"En réalité il existe autant de religions que d'individus."

Extrait de Indian Home Rule

"Celui qui est parvenu au coeur même de sa religion est aussi parvenu au coeur des autres religions."Extrait de Autobiographie ou Mes expériences de vérité

"Les religions sont comme des routes différentes convergeant vers un même point. Qu'importe que nous empruntions des voies différentes, pourvu que nous arrivions au même but."
Extrait de Indian Home Rule

"Les principes de la religion sont une chose, les pratiques qui les prennent pour base en sont une autre. Les principes sont absolument indépendants du temps et de l'espace. Les pratiques changent selon l'époque et selon le lieu."
Extrait de La Jeune Inde   

"Les systèmes économiques qui négligent les facteurs moraux et sentimentaux sont comme des statues de cire : ils ont l'air d'être vivants et pourtant il leur manque la vie de l'être en chair et en os."

Extrait des Lettres à l'Ashram   

"L'homme est soumis à l'obligation de se laisser guider dans toutes ses actions par des considérations morales."
Extrait des Lettres à l'Ashram

"Dès que nous perdons la base morale, nous cessons d'être religieux. La religion ne saurait renverser et supplanter la moralité."
Extrait de La jeune Inde   

"La spiritualité... demande d'abord une culture du coeur, une immense force, une intrépide sans faille. Les couards ne peuvent satisfaire à une morale."

La simplicité

"La machine a gagné l'homme, l'homme s'est fait machine, fonctionne et ne vit plus."

"Il y a assez de tout dans le monde pour satisfaire aux besoins de l'homme, mais pas assez pour assouvir son avidité."

"Vivre tous simplement pour que tous puissent simplement vivre."

"Celui qui veut nager dans l'océan de vérité, doit se réduire à zéro."

Extrait de La Jeune Inde

"Si chacun ne conservait que ce dont il a besoin, nul ne manquerait de rien, et chacun se contenterait de ce qu'il a."
Extrait des Lettres à l'Ashram

"Moins on possède, moins on désire."
Extrait des Lettres à l'Ashram

"La civilisation ne consiste pas à multiplier les besoins mais à les réduire volontairement, délibérément. Cela seul amène le vrai bonheur."
Extrait des Lettres à l'Ashram

Divers

"Commencez par changer en vous ce que vous voulez changer autour de vous."

"Vous devez être le changement que vous voulez voir dans ce monde."

"Un pas à la fois me suffit."

"Je connais le chemin : il est étroit, comme le fil d'une épée. Je me réjouis si je parviens à le suivre. Je pleure si j'en dévie."

"Le progrès spirituel exige de nous que nous cessions de tuer les autres êtres vivants pour nos besoins corporels."

"Un homme cruel avec les animaux ne peut être un homme bon."

"On peut juger de la grandeur d'une nation par la façon dont les animaux y sont traités."

"C'est dans l'effort que l'on trouve la satisfaction et non dans la réussite. Un plein effort est une pleine victoire."
Extrait des Lettres à l'Ashram

"Il n'y aura jamais d'égalité tant qu'on se sent inférieur ou supérieur à autrui. Entre égaux il ne saurait y avoir de condescendance."
Extrait de La jeune Inde   

"Le patriotisme n'est pas exclusif : c'est la même chose que l'humanité. Je suis patriote parce que je suis homme et humain."
Extrait des Lettres à l'Ashram

"Le bonheur c'est lorsque vos actes sont en accord avec vos paroles."

"A l'instant où l'esclave décide qu'il ne sera plus esclave, ses chaînes tombent."
Extrait de Non-violence in Peace and War   

"Vis comme si tu devais mourir demain. Apprends comme si tu devais vivre toujours."

"Ma vie est mon seul enseignement."

"Quand je désespère, je me souviens qu'à travers toute l'histoire, les chemins de la vérité et de l'amour ont toujours triomphé. Il y a eu des tyrans et des meurtriers, et parfois ils ont semblé invincibles, mais à la fin, ils sont toujours tombés. Pensez toujours à cela."

   

vendredi 12 avril 2019

Théodore Monod (1902-2000)

Théodore Monod - 1994
Théodore Monod est né le 9 avril 1902 à Rouen et mort le 22 novembre 2000 à Versailles. Il est le troisième fils de Wilfried Monod, pasteur et théologien protestant. Au cours de son enfance, Monod se passionne pour tout ce que la nature offre, lisant insatiablement et alimentant ses rêves de découvertes. Après des études de sciences naturelles et une mission océanographique, il entre au Muséum d’Histoire Naturelle dés 1922 comme assistant puis y soutient sa thèse en 1926. Il découvre le continent africain grâce à deux missions de recherche, puis parcourt le Sahara occidental pendant plus d'un an : le zoologiste devient géologue, botaniste, archéologue, préhistorien...

En 1930, son service militaire le mène au Sahara algérien : ses recherches sont définitivement orientées vers une région du monde dont il est devenu un éminent spécialiste. En 1934, il part pour Chinguetti à la recherche d’une mystérieuse météorite (qui sera également une des quêtes de la fin de sa vie). Il part aussi pour explorer le Tanezrouft, une zone encore inconnue du Sahara.

En 1938, il s’installe avec sa famille à Dakar, où il est mobilisé en 1939 au Tchad. De retour à Dakar, il milite contre la collaboration de Vichy et le racisme nazi au travers de chroniques radiophoniques, d'octobre 1940 à octobre 1941. Ces chroniques à Radio-Dakar ont été rassemblées en 1942 dans un recueil intitulé  "L'Hippopotame et le Philosophe". Il y défend des positions fermement antiracistes, pacifistes et écologistes, qui seront censurées par le gouvernement de Vichy. Il anime un groupe lié à la France libre et accueille De Gaulle en 1944. Mais son père, resté en France, meurt à la même époque et toute la famille de sa femme est déportée : il n’y aura aucun survivant.

Sous son impulsion, l'Institut français d'Afrique noire devient un très grand centre scientifique. Se contentant de peu pour survivre, doté d’une endurance exceptionnelle, il parcourt de nombreuses fois le désert dans les années 1950-1960. Sa particularité est de faire de nombreuses expéditions non pas en dromadaire, mais à pied. En 1954, il parcourt en Mauritanie et au Mali, 900 km sans point d’eau. Il poursuit aussi ses recherches sur la faune marine : il est nommé directeur du laboratoire des pêches d'outre-mer au Muséum en 1942 puis élu à l'Académie des sciences en 1963. Considéré par ses pairs comme un des meilleurs spécialistes de poissons et de crustacés.

Il devient au fil du temps "le grand spécialiste français des déserts", "l'un des plus grands spécialistes du Sahara au XXe siècle" et  bon nombre de ses 1 200 publications sont considérées comme des œuvres de référence.

Sahara

Dans les années 1960, toujours fidèle à ses engagements, il manifeste contre la guerre d’Algérie. Ensuite, tout en se consacrant toujours à ses travaux et ses voyages, chaque année, devant la base militaire de Taverny, entre le 6 et le 9 août (les dates anniversaires des bombardements nucléaires d'Hiroshima et Nagasaki), il jeûne, en protestation contre l’arme nucléaire.

Travailleur de la science et de la nature pendant plus de 70 ans, il atteint une brusque et tardive notoriété au début des années 1990, à la suite d’un reportage télévisé qui lui était consacré en 1993.

Il participe à une expédition au Yémen, et voit le Sahara pour la dernière fois, avant de devenir aveugle en 1996, à 94 ans.

Il a consacré la fin de sa vie à mettre en accord sa foi chrétienne et son combat humaniste pour la dignité humaine. Comme l’écrit Roger Cans : "On le voyait marcher au premier rang des manifestants qui protestaient contre la bombe atomique, l'apartheid, l'exclusion. Il militait contre tout ce qui, selon lui, menace ou dégrade l'homme : la guerre, la corrida, la chasse, l'alcool, le tabac, la violence faite aux humbles. Son credo : le respect de la vie sous toutes ses formes." Théodore Monod fut aussi le président du comité scientifique ProAnima, qui milite pour une science avec conscience, contre l'expérimentation animale. Il restera à ce poste jusqu'à sa disparition.

Théodore Monod fut sans doute le premier "écolo". Il a toujours été très attaché à la protection de la biodiversité et de la vie. Il fut un des premiers à alerter sur l’extinction des espèces et il a œuvré pour la création de parcs nationaux et de réserves, dès les années 1930. il a été l’initiateur du parc national du banc d’Arguin, en Mauritanie, qui abrite une "faune extraordinaire": phoques, oiseaux,...

Mais Théodore Monod a été plus qu’un naturaliste surdoué et un écologiste convaincu: sa vie illustre tous les événements du XXe siècle et ses engagements humanistes témoignent d’une volonté de défendre la vie sous toutes ses formes. C’était l’axe de son travail et de sa philosophie.

Théodore Monod a pris toute sa vie des positions politiques inspirées par son grand respect pour la vie, humaine, animale ou végétale. Et resta marqué à vie par la destruction absolue, la mort totale et instantanée que représente l'arme atomique.


 Bande-annonce DVD - Le vieil homme et le désert


Citations de Théodore Monod

"Il y a dans nos sociétés un système de mise en condition des êtres humains qui nuit à la réflexion. Si on se laisse domestiquer par la presse, la publicité et la télévision, on perd tout recul face au monde."
Terre et ciel (1997)

"Il y a, pour moi, une pierre de touche des morales, des religions, des mœurs: l'attitude prise devant la souffrance des animaux."
Et si l'aventure humaine devait échouer

"Jamais je n'ai aussi bien pensé, n'ai autant vécu, n'ai aussi bien été moi-même que dans les longs voyages que j'ai fait seul à pied."
Sciences et Avenir, janvier 2001.

"Parler du désert, ne serait-ce pas, d’abord, se taire, comme lui, et lui rendre hommage non de nos vains bavardages mais de notre silence ?"

"Le désert est beau, ne ment pas, il est propre."

"La nature n'est ni morale ni immorale, elle est radieusement, glorieusement, amorale."
Extrait des Carnets

"Je ne suis pas un homme de parti, mais je défends des causes."

"Le peu qu’on peut faire, le très peu qu’on peut faire, il faut le faire, pour l’honneur, mais sans illusion."

"Il faut faire passer l'homme avant le profit, la croissance spirituelle avant le PNB."

"Le monde pourrait vivre sans tuer ni animal ni végétal."

"Nous désirons tous ouvrir le cercle de la pensée pour arrêter sa ronde stérile."

"Nous sommes possédés par nos possessions."

"L'arme nucléaire, c'est la fin acceptée de l'humanité."

"J’avais trop longtemps attendu de pouvoir pénétrer un jour dans un monde jusque-là interdit, pour ne pas accueillir avec une émotion profonde l’occasion de pouvoir en franchir enfin les limites."

"La vie n’est pas la joie. C’est la tension dans l’effort continu ; c’est le labeur physique et le surmenage intellectuel ; c’est l’austère accomplissement du quotidien devoir."
Extrait des Carnets

"Nous devons apprendre à respecter la vie sous toutes ses formes : il ne faut détruire sans raison aucune de ces herbes, aucune de ces fleurs, aucun de ces animaux qui sont tous, eux aussi, des créatures de Dieu."

"La théologie chrétienne n’a jamais encore accepté de prendre en compte le problème de la souffrance animale."

"Quel bonheur d’avoir un haut idéal moral et une forte passion scientifique vous évitant bien des tentations ou, plutôt, vous aidant à leur résister !"
Extrait des Carnets
   

lundi 8 avril 2019

Célestin Freinet (1896-1966)

Célestin Freinet - 1928
Célestin Freinet est un pédagogue français, né le 15 octobre 1896 à Gars dans les Alpes-Maritimes, mort le 8 octobre 1966 à Vence dans les Alpes-Maritimes.

Freinet est l'inventeur d'une pédagogie rigoureuse fondée sur des techniques novatrices : plan de travail, production de textes libres, imprimerie, individualisation du travail, enquêtes et conférences, ateliers d'expression-création, correspondance scolaire, éducation corporelle, réunion de coopérative.

Après la première guerre mondiale, Célestin Freinet revient marqué dans sa chair et sa conscience par cette barbarie sans nom. Comme beaucoup d’enseignants pacifistes, Célestin Freinet écrit de nombreux articles dans la revue "l’Ecole émancipée". Les enseignants syndicalistes révolutionnaires regroupés dans la Fédération de Membres de l’Enseignement luttent pour que ne se reproduise plus la tuerie de 1914 – 1918, pour mettre fin à l’exploitation capitaliste et construire une société plus juste et plus humaine. Ils réfléchissent aux moyens de promouvoir une pédagogie populaire par "l’Ecole active" et les "centres d’intérêt".

Leurs regards se tournent alors vers les penseurs (Rousseau, Pestalozzi…) et vers les expériences d’avant 1914 comme celles de Paul Robin à l’orphelinat public de Cempuis dans l’Oise (enseignement intégral), de Francisco Ferrer et son Escuela Moderna en Espagne et de Sébastien Faure à la Ruche près de Rambouillet (Enseignement libertaire), ainsi que vers les expériences de l’Ecole nouvelle de Faria Vasconcellos près de Bruxelles et de Kirchstensteiner en Allemagne. Ils s’intéressent aussi de près aux expériences des années 20 en Suisse avec A. Ferrière, en Belgique avec O. Decroly, en Italie avec M. Montessori.

Célestin Freinet, jeune instituteur, rescapé et blessé de guerre, revient dans sa modeste classe rurale de Bar sur Loup (Alpes Maritimes) et introduit un outil nouveau à l’école: l’imprimerie. Il entreprend une correspondance scolaire avec une classe dans le Finistère, puis lance une "Coopérative d’Entraide Pédagogique" avec une revue "L’imprimerie à l’Ecole", mettant en place un réseau des "Livres de Vie" composés et imprimés par les écoles.

En août 1927, à l’issue du Congrès de la Fédération de l’Enseignement (C.G.T.U.), se tient le premier Congrès International de l’Imprimerie à l’école. En octobre 1927 est fondée la "Cinémathèque Coopérative de l’Enseignement Laïc" qui assure prêts et ventes de films, projecteurs, caméras et même envisage la production de films pédagogiques. En 1928, lors du second congrès à Paris, les activités de l’imprimerie et de la radio fusionnent avec celles du cinéma au sein de la Société "Coopérative de l’Enseignement Laïc " (C.E.L.) dont la revue est  "l’imprimerie à l’école".

De l’unité de l’enseignement aux méthodes naturelles d’apprentissage, les adhérents de la CEL approfondissent techniques et méthodes nouvelles et par souci de matérialisme pédagogique vont éditer les "Enfantines", les "Fichiers Scolaires Coopératifs" et en février 1932, une brochure documentaire pour les enfants : "la Bibliothèque de Travail" (B.T.).

En pleine montée du fascisme et du nazisme en Europe, le Mouvement de l’Imprimerie à l’Ecole et son leader Freinet vont être la cible de 1932 à 1934 de violentes attaques de l’extrême droite (l’Action Française). L’école de St Paul de Vence où enseigne Freinet depuis 1928 est attaquée par des notables fascisants. L’administration tente de déplacer Freinet d’office afin de pacifier les tensions. L’instituteur se met en congés d’enseignement à 37 ans et ouvre avec Elise, sa femme, une école privée "prolétarienne" à Vence. Freinet lance un "Front de l’Enfance" présidé par Romain Rolland, et s’adresse aux parents pour promouvoir une méthode nouvelle d’éducation populaire. Il édite les Brochures d’Education Nouvelle Populaire (B.E.N.P.).

En 1937, son école accueille de nombreux enfants victimes de la guerre civile en Espagne. Une école  "Célestin Freinet" est ouverte à Barcelone Par la Généralité de Catalogne. Pendant la seconde guerre mondiale, les activités du Mouvement Freinet sont interrompues. Freinet est arrêté par la police de Vichy, interné dans plusieurs camps, puis assigné à résidence dans les Hautes Alpes. L’école de Vence est fermée et saccagée. Ce nombreux adhérents de la C.E.L. subiront la déportation et mourront.

A la libération, Freinet anime le Comité Départemental de Libération à Gap où il s’occupe d’enfants victimes de la guerre. La C.E.L. renâit de ses cendres et s’installe à Cannes. Le Mouvement Freinet se développe rapidement, s’organisant en 1947 en Institut Coopératif de l’Ecole Moderne (I.C.E.M.). En 1957, est créée la Fédération Internationale des Mouvements d’Ecole Moderne regroupant les mouvements de dix pays et consacrant le rayonnement international de la pédagogie Freinet.

L’itinéraire de Freinet se poursuit jusqu’à sa mort à l’âge de 70 ans en 1966, sous le signe des méthodes naturelles et du tâtonnement expérimental. Le mouvement Freinet, lui, continue de poursuivre son chemin. Aujourd’hui les classes coopératives (écoles publiques de l’Etat depuis 1991) fonctionnent toujours avec les techniques de l’expression libre et du journal scolaire et de la correspondance interscolaire.

Comme à ses origines, un même espoir en la liberté de l’enfant et en l’homme anime les enseignants de l’ICEM, convaincus que la Pédagogie Freinet, vivante et généreuse, est porteuse d’une éducation populaire synonyme d’espoir et de modernité pour le XXIème siècle.



Les 18 principes d'apprentissage
(C.Freinet Essais de psychologie sensible 1945)

1.      Tout apprentissage doit se fonder sur la valeur et la capacité inhérente à chaque individu.
2.      Tout apprentissage conduit à une plus grande liberté et à l’autonomie.
3.      Tout apprentissage authentique conduit à une cohérence accrue entre soi et l’univers.
4.      Tout apprentissage doit trouver sa source dans l’individu.
5.      Tout apprentissage doit se fonder sur le réel perçu.
6.      Tout apprentissage doit se fonder sur l’expérience personnelle.
7.      Tout apprentissage authentique implique l’utilisation de toutes les propriétés de l’organisme.
8.      Tout apprentissage doit conduire à une conceptualisation et à un remaniement des modèles intérieurs.
9.      Tout apprentissage implique un respect des différences individuelles.
10.    Tout apprentissage authentique doit être fondé sur une motivation interne.
11.    C’est l’individu qui est le mieux placé pour fournir des feed-back concernant son propre apprentissage.
12.    Tout apprentissage s’effectue dans le temps.
13.    Tout apprentissage  implique des changements authentiques et individuels.
14.    L’évaluation est une partie intégrante du processus d’apprentissage.
15.    L’utilisation des erreurs fait partie intégrante du processus d’apprentissage.
16.    Tout apprentissage implique un climat de liberté et de sécurité.
17.    Tout apprentissage vise la croissance de l’individu et son interaction avec l’environnement.
18.    Les formateurs transmettent toujours un message par la structure de travail qu’ils proposent et par les
         interventions qu’ils effectuent.


Les invariants
(C. Freinet 1964)

1.    L’enfant est de la même nature que nous
2.    Etre plus grand ne signifie pas forcément être au dessus des autres.
3.    Le comportement scolaire d’un enfant est fonction de son état physiologique, organique et
       constitutionnel.
4.    Nul, enfant pas plus que l’adulte, n’aime être commandé d’autorité.
5.    Nul n’aime s’aligner, parce que s’aligner, c’est obéir passivement à un ordre extérieur.
6.    Nul n’aime se voir contraint à faire un certain travail, même si ce travail ne lui déplaît pas particulièrement.
       C’est la contrainte qui paralysante.
7.    Chacun aime choisir son travail même si ce choix n’est pas avantageux.
8.    Nul n’aime tourner à vide, agir en robot, c'est-à-dire faire des actes, se plier à des pensées qui
       sont inscrites dans des mécaniques auxquelles il ne participe pas.
9.    Invariant qui tire la conclusion du précédent ; il nous fait motiver le travail.
10.  Plus de scolastique.
       Tout individu veut réussir. L'échec est inhibiteur, destructeur de l'allant et de l'enthousiasme.
       Ce n'est pas le jeu qui est naturel à l'enfant, mais le travail.
11.  La voie normale de l’acquisition n’est nullement l’observation, l’explication et la démonstration,
       processus essentiel de l’école, mais le tâtonnement expérimental, démarche naturelle et universelle.
12.  La mémoire, dont l’école fait tant de cas, n’est valable et précieuse que lorsqu’elle est intégrée au
       tâtonnement expérimental, lorsqu’elle est vraiment au service de la vie.
13.  Les acquisitions ne se font pas comme l’on croit parfois, par l’étude des règles et de lois, mais par
       l’expérience. Etudier d’abord ces lois en français, en art, en mathématiques, en sciences, c’est placer la
       charrue devant les bœufs.
14.  L’intelligence n’est pas comme l’enseigne la scolastique, une faculté spécifique fonctionnant en circuit
       fermé, indépendamment des autres éléments vitaux de l’individu.
15.  L’école ne cultive qu’une forme abstraite de l’intelligence qui agit lors de la réalité vivante, par le
       truchement de mots et d’idées fixés par la mémoire.
16.  L’enfant n’aime pas écouter une leçon ex cathedra.
17.  L’enfant ne se fatigue pas à faire un travail qui est dans sa ligne de vie qui lui est pour ainsi dire
       fonctionnel.
18.  Personne, ni enfant ni adulte, n’aime le contrôle et la sanction qui sont toujours considérés comme une
       atteinte à sa dignité surtout lorsqu’ils s’exercent en public.
19.  Les notes et les classements sont toujours une erreur.
20.  Parlez le moins possible.
21.  L’enfant n’aime pas le travail de troupeau auquel l’individu doit se plier comme un robot. Il aime le
       travail individuel et le travail d’équipe au sein d’une communauté coopérative.
22.  L’ordre et la discipline sont nécessaires en classe.
23.  Les punitions sont toujours une erreur. Elles sont humiliantes pour tous et n’aboutissent jamais au but
       recherché. Elles sont tout au plus un pis-aller.
24.  La vie nouvelle de l’école suppose la coopération scolaire, c'est-à-dire la gestion par les usagers,
       l’éducateur compris, de la vie et du travail scolaire.
25.  La surcharge des classes est toujours une erreur pédagogique.
26.  La conception actuelle des grands ensembles scolaires aboutit à l’anonymat des maîtres et des élèves,
       elle est de ce fait une entrave et une erreur.
27.  On prépare la démocratie de demain par la démocratie de l’école. Un régime autoritaire à l’école ne
       saurait être formateur de citoyens de demain.
28.  On ne peut éduquer que dans la dignité. Respecter les enfants, ceux-ci devant respecter leurs maîtres
       est une des premières rénovations de l’école.
29.  L’opposition de la réaction pédagogique, élément de la réaction sociale et politique est aussi un invariant
       avec lequel, hélas ! nous aurons à compter sans que nous puissions nous-mêmes l’éviter ou le corriger.
30.  Il y a un invariant aussi qui justifie tous nos tâtonnements et authentifie notre action c’est l’optimiste
       espoir en la vie.


Citations de Freinet

"L’enfant qui participe à une activité qui le passionne se discipline automatiquement."

"C’est l’enfant lui-même qui doit s’éduquer, s’élever avec le concours des adultes. Nous déplaçons l’acte éducatif : le centre de l’école n’est plus le maître mais l’enfant."
Extrait de naissance d’une pédagogie populaire
   

jeudi 21 mars 2019

Lanza del Vasto (1901-1981)

Giuseppe Giovanni Luigi Enrico Lanza di Trabia, dit Joseph Lanza del Vasto, connu sous le patronyme de Lanza del Vasto  est né le 29 septembre 1901 à San Vito dei Normanni, Pouilles, (Italie).
Tout en préparant un doctorat de philosophie à Florence, Lanza del Vasto s'adonne à la poésie, au dessin et à la ciselure. En découvrant la Trinité de Thomas d'Aquin, il revient au christianisme qu'il avait oublié. Lanza del Vasto parcourt, à pied surtout, les chemins d'Italie et de France, visitant les hauts lieux en quête de vérités simples, d'évidences et de beauté.

En 1937 Lanza del Vasto rejoint Gandhi en qui il voit celui qui apporte une solution aux problèmes des hommes, ouvre les chemins de la Paix par la non-violence, propose une réponse aux excès et désordres, aux fureurs de la civilisation technicienne et mercantile.

En 1943 Lanza del Vasto publie le "Pèlerinage aux Sources" où il parle de sa rencontre avec Gandhi, mais aussi avec les sages et les ascètes de l'Inde.

En 1948 Lanza del Vasto se marie avec Chanterelle (Simone Gebelin) qui partage avec lui l'amour de la musique grégorienne et populaire. Il fonde une première communauté de l'Arche en Charentes, qu'il fermera deux ans plus tard devant les problèmes rencontrés. Il en profitera pour rejoindre Vinoba en Inde. Celui-ci parcourt le pays demandant de partager la terre avec ceux qui n'en ont pas.

En 1955, Lanza del Vasto reprend la vie communautaire à Bollène, dans la vallée du Rhône, en tenant compte des leçons de l'échec précédent. Il consacre sa vie à la communauté de l'Arche, à écrire son oeuvre philosophique et engagée. Il lance des actions non-violentes. Il jeûne à Rome 40 jours pour demander au Pape une condamnation claire des armes de destruction massive et une reconnaissance de la non-violence. Il jeûnera plusieurs fois quinze jours contre les tortures en Algérie, contre les essais nucléaires et en soutien aux paysans du Larzac.

Lanza del Vasto trouvera le temps de parcourir le monde sur tous les continents pour parler de la non-violence, de la vie intérieure, de l'Arche, pour alerter les hommes du risque d'un déluge fait de main d'homme qui pourrait nous emporter tous.

Lanza del Vasto est mort le 5 janvier 1981  Elche de la Sierra, Albacete, (Espagne). Son corps repose à la Borie Noble, dans l'Hérault.


Sa pensée

Lanza del Vasto, philosophe, artiste, poète et mystique chrétien contemporain, est un militant de la paix. Il s'est efforcé, toute sa vie durant, de faire prévaloir l'idée d'une « civilisation de l'Amour » sur les désordres sociaux.

Pour lui, si l'humanité s'est enlisée dans la violence et la dysharmonie, c'est qu'elle s'est coupée de sa source divine. Les conflits actuels procèdent, par conséquent, du « péché originel ». Ainsi, à travers les éléments symboliques de la Genèse, Lanza del Vasto comprend que l'humanité, probablement symbolisée par Adam, a commis l'erreur de manger le « fruit de l'arbre » situé « au milieu du jardin ». Autrement dit, elle a utilisé à des fins personnelles le trésor logé au fond de son être : la divine conscience créatrice.  L'humanité a connu ainsi le manque, le besoin matériel, l'envie de posséder, la jalousie… et le conflit avec l'Autre.

Ainsi, l'homme doit comprendre que son véritable besoin consiste à se donner. Car c'est en donnant qu'il permet à sa source divine intérieure de couler en lui et de l'abreuver. C'est en donnant qu'il devient une source d'eau pure pour l'Autre et qu'il s'ouvre à la sienne.

Les actes quotidiens accomplis dans cet esprit sont donc, pour Lanza del Vasto, un des moyens de rétablir en soi et autour de soi l'harmonie originelle. Cela nécessite d'aimer la matière et le corps comme un moyen de glorifier l'esprit, tout en faisant de ce dernier le Maître absolu.

Mais là où culmine le génie de Lanza del Vasto, c'est dans sa conception extrême du don de soi qui, selon lui, consiste également à stopper la négativité d'autrui en lui faisant prendre conscience de ses erreurs ou en les réparant à sa place dans le cas où il s'y refuserait…

A la suite de sa rencontre avec Gandhi qui en fit son disciple et le surnomma « Le serviteur de la paix », Del Vasto fonda avec son épouse « L'Arche », première communauté fraternelle œcuménique préconisant la purification intérieure et l'ordre social fondés sur le principe gandhien de la non-violence, sur l'Amour des autres et de la nature ainsi que sur la revalorisation des tâches quotidiennes.

En fait, la mystique de Lanza Del Vasto est des plus concrètes : elle consiste à vouloir raccommoder le tissu fraternel par la seule force de l'Amour. « Le pèlerinage aux sources » 


Quelques unes de ses œuvres

Le Pèlerinage aux sources: Cet ouvrage nous fait revivre de façon concrète la quête mystique d'un homme à la recherche de la vérité évangélique en un pays où l'on pratique les béatitudes prêchées par les Occidentaux. Une langue poétique et chaude nous rend intimes les divers événements-avènements que vit le pèlerin.

Approches de la vie intérieure: Ce livre constitue le cœur du message de Lanza del Vasto : "La Lumière, ou vérité ou Dieu ; le Moi ou vie intérieure ; le Toi ou respect, justice, charité, non-violence et attente active du Royaume des Cieux".

La trinité spirituelle: La Trinité, le nombre "trois", le nombre de la relation, est la structure de l'univers et de l'esprit humain. La Trinité spirituelle esquisse la voie philosophique du dépassement des tensions et des conflits dont la marque est le "deux". La triade résout les contradictions et conduit par palier jusqu'à la "Relation absolue" de la Trinité Divine.

Eloge de la vie simple : Principes et préceptes du retour à l'évidence : Procès de l'Occident et œuvre poétique, cet ouvrage ouvre les voies de la non-violence, du retour à la vie simple, à l'évidence perdue. "Évidence, c'est-à-dire authenticité : éprouver la vérité, comme on goûte l'eau d'une source".

Les quatre piliers de la paix: La vérité est une et universelle, affirmation qui l'amène à une réflexion oecuménique et à chercher les traces de cette vérité dans les religions dites païennes.

Judas: L'auteur rassemble dans l'intelligence du traître Judas "toutes les sortes d'hérésies". Il décrit son livre comme "un piège dont on doit se déprendre" 
 
Citations de Lanza del Vasto

"Donne tant que tu as. Quant tu n'as plus rien, demande. Donne à d'autres l'occasion de te faire du bien. C'est une secrète et très fine charité."

"Tais-toi beaucoup pour avoir quelque chose à dire qui vaille d'être entendu. Mais encore tais-toi pour t'entendre toi-même."

"La joie a la nature du plaisir et la profondeur de la douleur."
           
"L'amour est l'évidence de la vie."

"Tu veux un Monde meilleur, plus fraternel ? Et bien commence à le faire avec ceux qui le veulent. Fais-le en toi et autour de toi, fais-le avec ceux qui le veulent. Fais-le en petit et il grandira!"



Lanza Del Vasto: De la non-violence et de Gandhi 1 et 2

lundi 17 avril 2017

Nelson Mandela (1918-2013)

Nelson Mandela
Nelson Rolihlahla Mandela, dit Nelson Mandela, est un homme politique et un chef d'Etat d'Afrique du Sud qui fut l'un des dirigeants historiques de la lutte contre le système politique d'apartheid avant de devenir président de la République d'Afrique du Sud de 1994 à 1999, à la suite des premières élections nationales non raciales de l'histoire du pays.

Nelson Rolihlahla Mandela ("Madiba", de son nom tribal) est né le 18 juillet 1918 à Mvezo, un petit village du Transkei (actuel Cap-Oriental, Afrique du Sud). A l'âge de sept ans il entre à l'école méthodiste de Healdtown, où son institutrice lui donne le prénom anglais de Nelson, pratique habituelle à l'époque lorsqu'un noir africain entamait des études.

À seize ans, Nelson Mandela est initié pour devenir un homme selon la coutume Xhosa. Il part ensuite poursuivre ses études dans un établissement anglais renommé, le Clarkebury Institute. Élève doué, il obtient son brevet scolaire en deux ans au lieu de trois.

En 1937, il intègre le lycée de Fort Beaufort puis l'année suivante la très élitiste université anglaise de Fort Hare, sorte de Cambridge local destiné à former les futurs cadres administratifs d'Afrique du Sud. C'est ici que Nelson Mandela prend véritablement conscience de la situation faite aux noirs dans leur propre pays. Désigné représentant du Conseil des étudiants, il y commence ses premiers combats contre l'administration blanche toute puissante, ce qui lui vaut d'être exclu de l'université.

Nelson Mandela poursuit ses études à l'université de Witwatersrand jusqu'à l'obtention d'une Licence de Droit en 1942. Pendant cette période, il fait la connaissance de deux militants du Congrès National Africain (ANC, membre de l'Internationale Socialiste) et du Parti Communiste Sud-Africain (SACP), Gaur Radebe et Nat Bregman, qui l'introduisent dans la mouvance anti-apartheid.

Nelson Mandela ne cessera dès lors de lutter pour la libération de son peuple. En 1943, il participe à sa première manifestation, puis adhère à l'ANC et co-fonde en 1944 la Ligue de la Jeunesse de l'ANC. En 1948, le Parti National Afrikaner remporte les élections. Le pays s'engage dans une intense politique d'apartheid. L'ANC risposte et se transforme en grande organisation politique. Après le vote d'une loi interdisant le communisme, l'ANC et le SACP feront alliance, modifiant ainsi le rapport des forces politiques du pays.

Nelson Mandela

En 1952, la campagne de désobéissance civile incitant les noirs à ne pas respecter les lois racistes connaît un grand succès. Nelson Mandela, devenu avocat des Noirs en butte à l'injustice des règles administratives, est arrêté par la police le 30 juillet 1952 et condamné à neuf mois de travaux forcés, mais la sentence reste suspendue. En 1955, il participe à la rédaction de la Charte de la liberté dont l'objectif est de lutter contre la ségrégation raciale et l'apartheid. Il voyage en Afrique et au Royaume-Uni.

En décembre 1956, il est arrêté avec 150 militants de l'ANC et accusé de trahison mais tous seront acquittés après un long procès en 1961. Après le massacre de Sharpeville en 1960 qui voit la police sud-africaine tirer sur la foule et tuer 69 manifestants, le Congrès National Africain est officiellement interdit en Afrique du Sud. Nelson Mandela crée alors un mouvement armé clandestin baptisé "Umkhonto we Sizwe" (Lance de la Nation), dont il devient le commandant en chef. Il est arrêté en 1962 et condamné à cinq ans de prison pour avoir quitté le territoire sans autorisation et incité à la grève. L'année suivante, il est inculpé de sabotage et haute trahison, condamné en 1964 avec sept autres militants à la prison à perpétuité et incarcéré sur l'îlot-bagne de Robben Island, au large du Cap.

Nelson Mandela: le prisonnier politique le plus célèbre du monde
 
Le détenu numéro 46664 croupit en prison pendant plus de 26 ans, jusqu'en février 1990, après avoir toutefois bénéficié d'un régime de résidence surveillée à partir de 1988. Il devient au fil des ans le prisonnier politique le plus célèbre du monde. À sa libération, il prend la tête de l'ANC (redevenu en 1990 parti politique autorisé) et entreprend des négociations avec le gouvernement blanc de Frederik de Klerk qui aboutissent à la fin de la politique d'apartheid et à des élections générales au suffrage universel. Ce travail commun contre le racisme et pour l'établissement de la démocratie dans le pays, malgré les oppositions et les violences, vaudra au deux hommes le Prix Nobel de la Paix 1993.

Nelson Mandela est élu le 27 avril 1994, après la victoire de l'ANC qui obtient 62,65% des voix. Sa prestation de serment le 10 mai 1994, devant 180 délégations étrangères et de nombreux chefs d'Etat du monde entier marque le retour de l'Afrique du Sud dans le concert des nations. La date du 27 avril devient le "Jour de la Liberté", désormais jour férié national.

Nelson Mandela - Statue de bronze commémorant la Marche pour la Liberté de 1990- Prison de Groot Drakenstein, Paarl

Nelson Mandela devient le premier président noir d'Afrique du Sud, fonction qu'il occupe jusqu'en 1999 avec deux vice-présidents à ses côtés, le noir Thabo Mbeki et le blanc Frederik de Klerk, et un gouvernement d'union nationale composé de l'ANC, du Parti National Afrikaner et du parti zoulou Inkhata. Son but est de bâtir une "nation arc-en-ciel en paix avec elle-même et le monde". Il crée la commission "Vérité et réconciliation", présidée par l'archevêque anglican et prix Nobel de la Paix Desmond Tutu, afin de juger des exactions et des crimes commis pendant l'apartheid.

En 1999, il ne se représente pas pour un second mandat et laisse Thabo Mbeki, déjà président de l'ANC depuis 1997, lui succèder à la présidence de l'Afrique du Sud. Il crée à Johannesburg la Fondation Nelson Mandela afin de continuer le combat pour les valeurs qui lui tiennent à coeur mais abandonne la vie politique, se contentant d'être médiateur dans diverses négociations internationales de paix, comme entre autres au Burundi en 2000. Personnalité écoutée, notamment par les chefs d'Etat africains, il se consacre également à la lutte contre le Sida.

Retiré de la vie publique depuis 2004, Nelson Mandela est aujourd'hui devenu comme le Mahatma Gandhi ou Martin Luther King une conscience universelle et une icône mondiale de la liberté et de la paix. Mais, déjà opéré d'un cancer de la prostate en 2001, sa santé décline progressivement et il apparaît moins en public.

L'autobiographie de Nelson Mandela, Un long chemin vers la liberté, (1995), raconte en détail tout son parcours, de son enfance à son accession au pouvoir en passant par son engagement politique et ses longues années de prison.



Nelson Mandela


La pensée de Nelson Mandela

Inspirations : de la résistance non violente à la lutte armée

Les méthodes non violentes de Gandhi avaient inspiré Nelson Mandela. Il continue à lui rendre hommage des années plus tard en se rendant, en 1990, à New Delhi, puis, en janvier 2007, pour le centième anniversaire de l'introduction de la satyagraha en Afrique du Sud. Nelson Mandela, dans un essai sur Gandhi, explique l'influence de la pensée gandhienne et son influence sur sa politique en Afrique du sud: "Il cherche un ordre économique, une alternative au capitalisme et au communisme, et trouve cela dans la sarvodaya basée sur la non-violence (ahimsa). Il rejette la survie du plus apte de Darwin, le laissez-faire d'Adam Smith et la thèse de Karl Marx sur l'antagonisme naturel entre le capital et le travail, et se concentre sur l'interdépendance entre les deux. Il croit en la capacité humaine de changer et utilise la satyagraha contre l'oppresseur, non pour le détruire, mais pour le transformer, afin qu'il cesse son oppression et rejoigne l'opprimé dans la recherche de la vérité. Nous, en Afrique du Sud, avons établi notre nouvelle démocratie de manière relativement pacifique sur la base de ces pensées, que nous ayons été influencés ou non directement par Gandhi."

L'absence de résultats de la lutte non violente et le massacre de Sharpeville font passer Mandela à la lutte armée, après qu'il eut essayé de suivre la stratégie gandhienne aussi longtemps qu'il le pouvait. Le succès de la révolution cubaine et les ouvrages de Che Guevara qu'il a lus l'inspirent, et il admire le personnage. En 1991, lors d'une visite à La Havane, Mandela dit que "les exploits de Che Guevara dans notre continent étaient d'une telle ampleur qu'aucune prison ou censure ne pouvait nous les cacher. La vie du Che est une inspiration pour tous les êtres humains qui aiment la liberté. Nous honorerons toujours sa mémoire."

Le pouvoir du dialogue et de la réconciliation

"Etre libres, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres."

Cependant, alors que la violence entre le régime de l'apartheid et l'ANC fait de nombreuses victimes, Nelson Mandela, alors en prison, arrive à une autre conclusion que l'extension de la lutte armée pour faire sortir le pays de l'ornière, est le dialogue et la négociation: "Pour faire la paix avec un ennemi, on doit travailler avec cet ennemi, et cet ennemi devient votre associé."

Pendant une réunion capitale entre l’ANC et les généraux retraités de la South African Defence Force et des services de renseignement, Nelson Mandela déclare: "si vous voulez la guerre, je dois admettre honnêtement que nous ne pourrons pas vous affronter sur les champs de bataille. Nous n’en avons pas les moyens. La lutte sera longue et âpre, beaucoup mourront, le pays pourrait finir en cendres. Mais n’oubliez pas deux choses. Vous ne pouvez pas gagner en raison de notre nombre: impossible de nous tuer tous. Et vous ne pouvez pas gagner en raison de la communauté internationale. Elle se ralliera à nous et nous soutiendra".

Nelson Mandela et la Liberté
Pour Mandela, la liberté nouvelle ne doit pas se faire aux dépens de l'ancien oppresseur, autrement cette liberté ne servirait à rien: "Je ne suis pas vraiment libre si je prive quelqu'un d'autre de sa liberté. L'opprimé et l'oppresseur sont tous deux dépossédés de leur humanité."

C'est la garantie donnée aux Blancs qu'ils ne deviendront pas à leur tour opprimés une fois que la majorité noire aura pris le pouvoir qui permet aux négociations d'aboutir. 

"La vérité, c’est que nous ne sommes pas encore libres; nous avons seulement atteint la liberté d’être libres, le droit de ne pas être opprimés […]. Car être libres, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes;  c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres."




Ubuntu, "nous sommes les autres"

Nelson Mandela adhère à l'éthique et la philosophie humaniste africaine d'Ubuntu, avec laquelle il a été élevé. Ce mot des langues bantoues non traduisibles directement, exprime la conscience du rapport entre l'individu et la communauté et est souvent résumé par Mandela avec le proverbe zoulou "qu'un individu est un individu à cause des autres individus" ou comme défini par Desmond Tutu, "mon humanité est inextricablement liée à ce qu'est la vôtre". Cette notion de fraternité implique compassion et ouverture d'esprit et s'oppose au narcissisme et à l'individualisme.

"C'est tout cela l'esprit d'Ubuntu. Ubuntu ne signifie pas que les gens ne doivent pas s'occuper d'eux-mêmes. La question est donc, est-ce que tu vas faire cela de façon à développer la communauté autour de toi et permettre de l'améliorer ? Ce sont les choses importantes dans la vie. Et si on peut faire cela, tu as fait quelque chose de très important qui sera apprécié."

Ubuntu a marqué la constitution de 1993 et la loi fondamentale de 1995 sur la promotion de l’unité nationale et de la réconciliation. Quand il a créé la ligue de jeunesse de l'ANC en 1944, le manifeste du mouvement souligne que, "à l'inverse de l'homme blanc, l'Africain voit l'univers comme un tout organique qui progresse vers l'harmonie, où les parties individuelles existent seulement comme des aspects de l'unité universelle."

Ubuntu est considéré par Nelson Mandela comme la philosophie d'aider les autres mais aussi de voir le meilleur en eux, principe qu'il appliquera tout au long de sa vie: "les gens sont des êtres humains, produits par la société dans laquelle ils vivent. Vous encouragez les gens en voyant ce qui est bon en eux".

Lutte contre la ségrégation raciale, l'oppression et la pauvreté

Toujours opposé à la domination d'une ethnie sur une autre, Nelson Mandela condamne en 2001 certaines personnalités noires qui font des remarques racistes sur la minorités des indiens, et s'inquiète de la "polarisation raciale" de la politique qui provoque la peur des minorités. Il condamne également les émeutes contre les immigrés qui ont lieu dans tout le pays en 2008: "Rappelez-vous l'horreur de laquelle nous venons ; n'oubliez jamais la grandeur d'une nation qui a réussi à vaincre ses divisions et à arriver où elle est ; et ne vous laissez jamais à nouveau entraîner dans cette division destructrice, quels qu'en soient les enjeux."

Pour Nelson Mandela, l'oppression découle du racisme: "Un homme qui prive un autre homme de sa liberté est prisonnier de la haine, des préjugés et de l'étroitesse d'esprit."

Il n'hésite pas à comparer l'injustice de la pauvreté et des inégalités à l'apartheid: "La pauvreté massive et les inégalités obscènes sont des fléaux de notre époque qui ont leur place à côté de l'esclavage et de l'apartheid." Lors d'un discours pour la réception du prix Ambassadeur de la conscience remis par Amnesty International, Nelson Mandela déclare que "vaincre la pauvreté n'est pas un geste de charité. C'est un acte de justice".


Citations de Nelson Mandela

"En faisant scintiller notre lumière, nous offrons aux autres la possibilité d'en faire autant."
Extrait du Discours d'investiture - 10 Mai 1994

"Etre libre, ce n'est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c'est vivre d'une façon qui respecte et renforce la liberté des autres."
Extrait de Un long chemin vers la liberté

"Pour faire la paix avec un ennemi, on doit travailler avec cet ennemi, et cet ennemi devient votre associé."
Extrait de Un Long Chemin vers la liberté

"Je ne suis pas vraiment libre si je prive quelqu'un d'autre de sa liberté. L'opprimé et l'oppresseur sont tous deux dépossédés de leur humanité."
Extrait de Un long chemin vers la liberté

"Un homme qui prive un autre homme de sa liberté est prisonnier de la haine, des préjugés et de l'étroitesse d'esprit."
Extrait de Un long Chemin vers la liberté

"Aucun de nous, en agissant seul, ne peut atteindre le succès."
Extrait du Discours d'investiture - 10 Mai 1994

"Nous ne sommes pas encore libres, nous avons seulement atteint la liberté d'être libres."