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jeudi 24 mars 2022

Vivre pleinement sa vie

Imaginez que chaque matin, une banque vous ouvre un compte de 86 400 euros. Simplement il y a deux règles à respecter:

- Première règle: tout ce que vous n'avez pas dépensé dans la journée vous est enlevé le soir. Vous ne pouvez pas tricher, ne pouvez pas virer cet argent sur un autre compte, ne pouvez que le dépenser. Mais chaque matin au réveil, la banque vous ouvre un nouveau compte, avec à nouveau 86 400 euros pour la journée.
- Deuxième règle: la banque peut interrompre ce "jeu" sans préavis. A n'importe quel moment, elle peut vous dire que c'est fini, qu'elle ferme le compte et qu'il n'y en aura pas d'autre.

Que feriez-vous ? Vous dépenseriez chaque euro à vous faire plaisir, et à offrir quantité de cadeaux aux gens que vous aimez. Vous feriez en sorte d'utiliser chaque euro pour apporter du bonheur dans votre vie et dans celle de ceux qui vous entourent, n'est-ce pas ?

Cette banque magique, nous l'avons tous, c'est le Temps !

Chaque matin, au réveil, nous sommes crédités de 86 400 secondes de vie pour la journée, et lorsque nous nous endormons le soir, il n'y a pas de report. Ce qui n'a pas été vécu dans la journée est perdu, hier vient de passer. Chaque matin, cette magie recommence. Nous jouons avec cette règle incontournable: la banque peut fermer notre compte à n'importe quel moment, sans aucun préavis. A tout moment la vie peut s'arrêter.

La vie est courte, même pour ceux qui passent leur temps à la trouver longue...
Alors, que faisons nous de nos 86 400 secondes quotidiennes ?

Extrait de "Et si c'était vrai" de Marc Levy


Pour réaliser la valeur d'une année, demandez à un étudiant qui a doublé son année.
Pour prendre conscience de la valeur d'un mois, demandez à une mère qui a accouché prématurément.
Pour connaître la valeur d'une semaine, demandez à l'éditeur d'un hebdomadaire.
Pour connaître la valeur d'une heure, demandez aux amoureux qui sont temporairement séparés.
Pour comprendre la valeur d'une minute, demandez à une personne qui a manqué son train.
Pour réaliser la valeur d'une seconde, demandez à qui vient juste d'éviter un accident.
Pour comprendre la valeur d'une milliseconde, demandez à celui ou celle qui a gagné une médaille d'argent aux Olympiques.

lundi 14 février 2022

Histoire de l'évolution

Ce diagramme représente toute l'histoire de l'évolution, depuis le big-bang jusqu'à aujourd'hui. 

Plus nous avançons dans le temps, plus l'évolution s'accélère, rendant nécessaire de zoomer dans l'échelle du temps. L'extrémité droite de la ligne est donc agrandie successivement, pour arriver à l'apparition de l'homme, dont la civilisation existe depuis 6000 ans, soit 0,00004% de l'histoire de l'univers.


dimanche 31 janvier 2016

Il y a un temps pour tout

Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous le ciel :

un temps pour naître,
et un temps pour mourir ;
un temps pour planter,
et un temps pour arracher le plant ;

un temps pour tuer,
et un temps pour guérir ;
un temps pour abattre,
et un temps pour bâtir ;

un temps pour pleurer,
et un temps pour rire;
un temps pour gémir,
et un temps pour danser;

un temps pour lancer des pierres,
et un temps pour en ramasser ;
un temps pour embrasser,
et un temps pour s'abstenir ;

un temps pour chercher,
et un temps pour perdre ;
un temps pour garder,
et un temps pour jeter ;

un temps pour déchirer,
et un temps pour coudre ;
un temps pour se taire,
et un temps pour parler ;

un temps pour aimer,
et un temps pour haïr ;
un temps pour la guerre,
et un temps pour la paix.
La Bible de Jérusalem, Ecclésiaste (Qohélet), chapitre 3

La Bible de Jérusalem est une traduction de la Bible élaborée sous la direction de l'École biblique et archéologique française de Jérusalem. Réalisée par les meilleurs spécialistes des études bibliques, elle est actuellement la plus répandue en France et fait figure de classique. Étant un ouvrage collectif, elle tombera dans le domaine public en France le 1er janvier 2027, 70 ans après la date de sa première parution. En effet, c'est en 1956 que la Bible de Jérusalem fut publiée pour la première fois en un seul et unique volume.

jeudi 2 avril 2015

Notre rapport au temps

« Mon passe-temps favori, c’est laisser passer le temps, avoir du temps, prendre son temps, perdre son temps, vivre à contretemps »
Françoise Sagan 

Plus nous allégeons nos habitations, moins nous consacrons de temps à chercher les choses, à ranger, à nettoyer. Comme nous l’avons vu, notre organisation s’en trouve améliorée et nous avons donc davantage de temps. Nous pouvons nous consacrer à des tâches plus intéressantes. C’est peut-être le moment de revoir notre façon de vivre et de nous poser certaines questions. Que voulons-nous faire ? Que pouvons-nous décider pour vivre plus en accord avec nous-mêmes ? Ne pouvons-nous pas profiter de ce gain de temps pour être et vivre, tout simplement ?


Qu’est-ce que le temps ?

Qu’entendons-nous par avoir le temps ? Cette notion est à la fois simple et difficile à appréhender. Nous n’avons jamais le temps. Nous courons après, nous en perdons ou nous le tuons. Nous nous référons sans arrêt à lui, sans y prêter vraiment attention. Pourtant, nous disposons tous du même temps. Il est là, impalpable, insaisissable. C’est une richesse que nous possédons tous, gracieusement. Le temps est à tout le monde.

Le moment présent

Nos modes de vie sont organisés selon des plages horaires. Le temps est ainsi découpé en heures, minutes et secondes. Les hommes ont inventé cette unité de mesure afin que nous puissions nous organiser. Mais percevons-nous le temps de cette manière ? Arrêtons-nous un instant. Qu’est-ce que le temps ? En fait, le temps n’existe pas vraiment C’est un concept. Seul l’instant présent existe. Tout ce que nous faisons se situe là, ici et maintenant. Eckhart Toile(1) conseille « de mettre fin à l’illusion du temps ». Si nous pensons au passé ou au futur, nous sommes orientés vers le temps, qui lui est fictif. Seul le présent existe. Essayons alors de vivre dans le « maintenant ». Soyons attentifs à l’instant. Mettons de la qualité dans notre vie pour apprécier l’instant présent.

Du temps pour soi

Ne rien faire permet de rompre avec un rythme de vie parfois trop mouvementé. Nous pouvons ressentir le besoin de marquer une pause, pour renouer avec un certain équilibre et nous retrouver. Essayons simplement de passer un peu de temps avec nous-mêmes. Il n’est pas nécessaire de programmer quelque chose de particulier. Juste être avec nous-mêmes, rêver, observer, écouter. Cela peut être effrayant car nous ne sommes pas habitués à agir ainsi. Nous avons peur du vide et de l’ennui. Or, « ne rien faire » ne signifie pas « s’ennuyer ». Bien au contraire. Cela procure un sentiment de calme. C’est très apaisant et ressourçant. Nous sommes en général toujours satisfaits lorsque nous nous sommes octroyés un moment rien qu’avec nous-mêmes. Mais il faut le décider et y prendre plaisir.

Du temps pour les autres

Lorsque notre esprit est dégagé, nous pouvons alors vraiment être pleinement avec les autres. Nous découvrons la chance que nous avons de connaître telle personne. Nous savourons sa compagnie. 
Nous vivons, de manière consciente et présente, des moments de véritable échange, en nous livrant au plaisir simple et vrai d’être en compagnie de ou des autres.

La disponibilité et l'ouverture

Nous désencombrer libère notre esprit et nous permet de nous ouvrir. Nos sens sont alors en éveil. Nous pouvons nous sentir plus disponibles, pour nous-mêmes et pour les autres. Nous sommes attentifs et réceptifs. Cultivons régulièrement cette attention. Soyons concentrés. Observons ce qui nous entoure. Écoutons les sons. Humons les parfums. Retrouvons notre curiosité naturelle. Préparons-nous à recevoir tous les possibles. Lorsque nous sommes suffisamment ouverts et confiants, les vraies envies et les véritables désirs peuvent alors survenir. Être disponible, c’est nous ouvrir la porte de la créativité, avoir de la place - du temps pour laisser entrer la nouveauté.

Bien utiliser notre temps

En simplifiant notre vie, nous révisons nos priorités. Nous prenons conscience que consommer n’apporte pas grand-chose. En revanche, l’espace libéré (physique, psychique et relationnel) engendre des décisions plus profondes, plus intimes. Toute notre manière de vivre peut ainsi être remise en question pour que seul demeure ce qui est primordial pour nous. Petit à petit, nous apprenons à utiliser notre temps différemment, en correspondance avec ce que nous sommes. Nous pouvons, par exemple, reprendre une activité artistique. Profitons pleinement du temps !

Apprenons à nous aimer

Prendre soin de nous permet d’apprivoiser le temps. N’est-ce pas ce qui est le plus important dans la vie, nous aimer et aimer les autres ? Sachons utiliser chaque journée qui se présente à nous pour la vivre pleinement. Repérons ce qui nous procure de la joie. Soyons à l’écoute de nous-mêmes. Soyons nous-mêmes.

Apprenons à aimer la vie

Sachons goûter aux plaisirs que nous offre la vie. Ce sont souvent des petites choses, des petits riens qui agrémentent notre quotidien et nous font plaisir. Prenons le temps de les voir et de les apprécier.

(1) Eckhart Tolle, Le Pouvoir du moment présent. Éd. Ariane, 2000. 



Synthèse

La notion du temps
Le temps a été créé pour découper nos années, nos mois, nos journées. Mais ce concept ne recouvre rien de réel. Le temps n’existe pas vraiment. C’est une représentation de l’esprit. Seul le présent existe. C’est là, ici et maintenant que nous vivons vraiment. Alors veillons à rester dans le moment présent.

Apprendre à ne rien faire
Pour goûter l’instant présent, l’idéal est de ne rien faire. Il s’agit de nous contenter d’être. Cela engendre le bien-être et permet de renouer avec l’estime de soi.

S’aimer
Pour ne plus avoir de problème avec la notion de temps, il existe un moyen simple : nous aimer ! Essayons de passer du temps avec nous, en nous faisant du bien. Cherchons à nous être agréables. Sachons savourer quotidiennement les joies simples que la vie peut nous offrir.

Vivre pleinement
Nous simplifier la vie permet de nous accorder plus de temps pour être en phase avec nous-mêmes. Nous pouvons, par exemple, nous livrer à une activité sportive ou encore consacrer du temps aux autres, qu’il s’agisse de bénévolat ou de recevoir des amis.

Extrait de "Simplifier sa vie"  - Les dossiers de psycho n°3 - Décembre 2010 

dimanche 2 novembre 2014

Le temps des sciences

Personne n'a jamais le temps, mais chaque science a son temps.

La géologie considère le temps comme un manœuvre chargé, à grands coups de millions d'années, de construire, de détruire, de reconstruire...

L’histoire élève le temps au rang de dieu créateur qui, époque après époque, fait émerger des conceptions inédites et des formes politiques inattendues.

La métaphysique envisage l'inconcevable infinité du temps, et ne cesse de s’en effrayer.

L'astrophysique envisage des durées tellement inconcevables que le temps cesse d'effrayer.

L'économie voit le temps comme un faiseur de miracles: il suffit qu'il passe pour qu'un capital initial s'accroisse d'intérêts substantiels.

Les mathématiques, domaine des vérités éternelles, ignorent le temps.

En biologie, le temps est un meurtrier infaillible.

La physique donnerait cher pour savoir quel moteur fait avancer le temps.

La chimie trouve dans le temps une source d'exercices pour tester ses méthodes de datation.

En mécanique, le temps s'appelle « t » et sert à calculer des dérivées.

Mention spéciale pour l'informatique. L'affichage du temps qui reste avant qu'un document soit téléchargé augmente parfois au lieu de diminuer. Ainsi, l'informatique est la seule science capable d'inverser la flèche du temps à l'échelle macroscopique…
Extrait de Pour la Science n°423 janvier 2013

jeudi 21 août 2014

L'espace-temps dans la vie de tous les jours

En cartographie, nous avons l’habitude de représenter les lieux entre eux suivant la distance kilométrique qui les sépare. Si l’on s’essaye à l’exercice de réaliser une carte isochrone, c'est-à-dire une carte qui sépare les lieux par le temps qu’il faut pour les atteindre, il devient frappant de constater que le planisphère se réduit comme une peau de chagrin. Rien n’est vraiment loin, si l’échelle est le temps. 


Réalisée par anamorphose (sorte de morphing), cette carte de France isochrone représente la distorsion du territoire au regard du temps mis pour aller d’une ville à l’autre. Vision intéressante de notre territoire au regard de la mobilité et de la desserte des villes par le train. 


Carte (CNRS) qui montre qu’à l’horizon 2015 le "rétrécissement" de l’Europe
grâce au réseau TGV sera pour le moins inégal

Site de cartographie isochrone: http://cartoo.dyndns.org/

Les cartes par anamorphose

Principe des cartes en anamorphose : l'intensité du phénomène détermine sur le dessin la taille de la surface à representer. Le site anglo-américain Worldmapper.org propose une vaste collection de cartes du monde traitées en anamorphose. Le “Telegraph” a publié en 2008 une série de cartes du monde par anamorphose pour divers type de données, permettant de se rendre compte de la place d’un pays et/ou d’une région géographique vis à vis des autres. On a par exemple ici des cartes présentant l’utilisation des transports (train, avions et 2 roues), le tourisme, la consommation d’alcool, les émissions de CO2…
Les inégalités de notre planète n'en apparaissent que plus criantes, voir ci-dessous quelques unes particulièrement représentatives. 

La vrai carte du monde

Les destinations touristiques

Le nombre d’armes nucléaires

Consommation d’alcool

La baisse des émissions de CO2 entre 1980 et 2000

vendredi 4 mai 2012

Où courent-ils ? - Raymond Devos (1922-2006)

Excusez-moi, je suis un peu essoufflé ! Je viens de traverser une ville où tout le monde courait... Je ne peux pas vous dire laquelle...je l'ai traversée en courant. Lorsque j'y suis entré, je marchais normalement, mais quand j'ai vu que tout le monde courait...je me suis mis à courir comme tout le monde sans raison !

A un moment je courais au coude à coude avec un monsieur...

Je lui dis : "Dites-moi...pourquoi tous ces gens-là courent-ils comme des fous ?", 
Il me dit : "Parce qu'ils le sont !", Il me dit : "Vous êtes dans une ville de fous ici...vous n'êtes pas au courant.", Je lui dis :"Si, Si, des bruits ont couru !", 
Il me dit : "Ils courent toujours !", 
Je lui dis :"Qu'est-ce qui fait courir tous ces fous ?", 
Il me dit : "Tout ! tout ! Il y en a qui courent au plus pressé. D'autres qui courent après les honneurs...Celui-ci court pour la gloire...Celui-là court à sa perte !", 
Je lui dis : "Mais pourquoi courent-ils si vite ?", 
Il me dit : " Pour gagner du temps ! Comme le temps, c'est de l'argent, plus ils courent vite, plus ils en gagnent !", 
Je lui dis : "Mais où courent-ils ?", 
Il me dit : "A la banque ! Le temps de déposer l'argent qu'ils ont gagné sur un compte courant...et ils repartent toujours courant, en gagner d'autre !"
Je lui dis : "Et le reste du temps ?", 
Il me dit : "Ils courent faire leurs courses...au marché !", 
Je lui dis : "Pourquoi font-ils leurs courses en courant.", 
Il me dit : "Je vous l'ai dit... parce qu'ils sont fous !", 
Je lui dis : "Ils pourraient tout aussi bien faire leur marché en marchant...tout en restant fous !", 
Il me dit : "On voit bien que vous ne les connaissez pas ! D'abord le fou n'aime pas la marche...", 
Je lui dis : "Pourquoi ?", 
Il me dis : "Parce qu'il la rate !", 
Je lui dis : "Pourtant, j'en vois un qui marche !?", 
Il me dis : "Oui, c'est un contestataire ! Il en avait assez de courir comme un fou. Alors il a organisé une marche de protestation !", 
Je lui dis : "Il n'a pas l'air d'être suivi ?", 
Il me dit : "Si, mais comme tous ceux qui le suivent courent, il est dépassé !",
Je lui dis : "Et vous, peut-on savoir ce que vous faîtes dans cette ville ?", 
Il me dit : "Oui ! Moi j'expédie les affaires courantes. Parce que même ici, les affaires ne marchent pas !", 
Je lui dis : " Et où courez-vous là ?", 
Il me dit : "Je cours à la banque !", 
Je lui dis : "Ah !...Pour y déposer votre argent ?", 
Il me dit : "Non ! Pour le retirer ! Moi je ne suis pas fou !", 
Je lui dis : Mais si vous n'êtes pas fou, pourquoi restez-vous dans une ville où tout le monde l'est ?"
Il me dit : "Parce que j'y gagne un argent fou !...C'est moi le banquier !..."


Raymond Devos


Sketch "Où courent-ils ?"


Raymond Devos (1922-2006)
Raymond Devos est un humoriste français, né le 9 novembre 1922 à Mouscron en Belgique, mort le 15 juin 2006 à Saint-Rémy-lès-Chevreuse dans les Yvelines (France). Il est célèbre pour ses jeux de mots, ses qualités de mime, son goût pour les paradoxes cocasses, le non-sens et la quête de sens.

l’humour de Raymond Devos frise souvent la métaphysique (Friedrich Nietzsche), voire la mathématique fondamentale, comme lorsqu’il explique que « trois fois rien, c’est déjà quelque chose ». Beaucoup le considèrent comme un génie des mots, un poète hurluberlu et étonnant. Ses références littéraires sont Gaston Bachelard et Marcel Aymé. Ses inspirateurs et modèles sont Tristan Bernard, Alphonse Allais, Alfred Jarry, Boris Vian avec lequel Devos a travaillé, Raymond Queneau. Sans oublier Charlie Chaplin, Jacques Tati, Pierre Etaix et les grands clowns comme les légendaires Footit et Chocolat, Grock, les Fratellini ou Pipo.

dimanche 27 novembre 2011

Une journée moyenne en France en 2010

"Chacun dispose de 24 heures par jour, dont la moitié est passée à dormir, manger et se préparer." Cette phrase introduit le résumé présentant une étude publiée jeudi 10 novembre par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), qui s'intitule "Depuis onze ans, moins de tâches ménagères, plus d'Internet".




Résultat: la moitié du temps libre des Français, 4 h 58 en 2010, soit une poignée de minute de plus qu'en 1999 – est passé devant un écran. Et c'est la télévision qui l'emporte, avec une moyenne de 2 heures passées devant le poste. Les femmes au foyer la regardent plus qu'en 1999 avec 19 minutes de plus, les étudiants la regardent une demi-heure de moins. Ils ont en partie remplacé la télévision par l'usage de l'ordinateur qui, quel que soit l'âge, est une activité plutôt masculine. Selon l'étude, les hommes de moins de 25 ans passent une demi-heure de plus que les femmes du même âge devant un ordinateur.

Les français regardent en moyenne la télévision 2 heures et 6 minutes par jour.

Les Français ont passé deux fois plus de temps (16 minutes de plus) à jouer ou surfer sur Internet l'année dernière qu'en 1999. Ce temps a doublé en dix ans et se traduit par 33 minutes en moyenne de surf quotidien sur la Toile.

Le temps consacré à la lecture (livres, journaux, y compris lecture de journaux sur Internet) soit 18 minutes par jour en moyenne a, en revanche, diminué d'un tiers depuis 1986, perdant 9 minutes par jour. Les retraités restent les plus gros lecteurs, avec plus d'une demi-heure de lecture par jour.

L'enquête de l'Insee ne fait pas de lien direct entre augmentation du temps de loisirs et diminution du temps de travail. Néanmoins, ce dernier a baissé en moyenne de 11 minutes par jour pour les hommes sur la période étudiée. Il est resté stable pour les femmes. Les hommes ayant un emploi travaillent en moyenne 37 h 15 par semaine, tandis que les femmes, plus souvent employées et plus souvent à temps partiel, travaillent 29 h 5, selon l'Insee.

Lien vers l'étude de l'INSEE: ici

lundi 1 août 2011

Le futur, enfin !

Longtemps, l'homme et Dieu se sont partagés le temps. A l'homme le passé qui s'installe en propriétaire dans sa prodigieuse mémoire pour asservir sa conscience par des processus complexes et incontrôlables. A Dieu le futur, objet de toutes les peurs et de toutes les superstitions comme si, pour chacun d'entre nous, l'horizon ne peut être rien d'autre que sa propre finitude.


Penser au futur, c'est penser à la mort, et chacun a mille secrets pour s'en dispenser. Si Dieu a toujours des parts dans l'avenir, "le marché" en est depuis moins de deux siècles l'actionnaire majoritaire. Si matérialiste soit-il, ce dernier a acquis une dimension presque spirituelle, comme si ses mécanismes nous échappaient et qu'il était une force au-dessus de la nôtre.

L'exemple le plus flagrant est celui du réchauffement climatique. Depuis plusieurs décennies, nous savons qu'il nous conduit à des affres dont le pire pourrait bien être la disparition des espèces vivantes, et de la nôtre en particulier, de cette planète. Qu'attendons-nous pour agir ? Que le marché, autrement dit un agrégat informel d'individualités à intérêts divergents, daigne prendre en considération cette donnée pour la transformer en débouché économique.

En littérature, rares sont les "écrivains du futur" qui ont réussi à capter la considération des critiques et du public, comme si le fait de torturer son propre passé ou celui de notre collectivité suffisait à conférer des lettres de noblesse. Il faut dire que, dans bien des cas, imaginer l'avenir revenait à créer des caricatures de nous-mêmes dans un futur où tout n'était qu'agression. Deux des plus grandes oeuvres d'anticipation qui ont frappé les esprits depuis celles de Jules Verne, "1984", de George Orwell, pour la littérature, et "2001: L'Odyssée de l'espace", de Stanley Kubrick, pour le cinéma, ne se sont pas révélées de justes prophéties mais de merveilleuses alarmes.

L'homme est conservateur par essence. L'idée que tout était mieux hier, que le bon temps est derrière nous et que l'avenir ne sera jamais aussi bien est ancrée dans bien des esprits. Nous avons une capacité unique à regretter ce qui souvent n'a pas eu lieu, à créer une nostalgie presque mythologique. Les sciences du passé, histoire, archéologie, psychanalyse et tant d'autres, sont consacrées et alimentent nos débats. Celles du futur inquiètent comme une vieille voyante.

Dans le monde de l'information, le futur est souvent réduit à la portion congrue. Pourtant, informer c'est autant parler de ce qui va se passer que de ce qui s'est passé. Certes, on aime les spéculations sur l'issue des scrutins à venir, et les instituts de sondage se régalent, sans toujours en avoir conscience, de nous dire pour qui il faut voter au prétexte de nous dire pour qui nous allons voter.

En dehors de ces congrégations de statisticiens qui prennent plus souvent notre température que ne le ferait une infirmière de garde dans un service de réanimation, la presse écrite comme parlée aime ressasser le passé, le commenter comme on presserait un fruit jusqu'à la peau, mais des grandes orientations futures de notre civilisation, l'égoïsme générationnel l'en prive: 1968 mobilise plus de colonnes et d'émissions de télévision que 2068 n'en fera jamais.

Nos médias bavards jusqu'au radotage se font moins diserts lorsqu'il s'agit d'imaginer ce que notre société va devenir pour le meilleur comme pour le pire, comme si la course engagée avec le pouvoir ne se réduisait qu'à interpréter le passé et à oblitérer le présent. Il est vrai que nous sortons d'un siècle, le XX°, où nous nous sommes sidérés nous-mêmes. Nous qui craignons l'apocalypse, nous avons déjà flirté avec elle deux fois, en l'embrassant à pleine bouche à vingt ans d'intervalle. Depuis, nous nous interrogeons pour savoir si nous sommes capables de faire encore pire.

Nous ne sommes en mesure d'aborder l'avenir que par projection du passé. Pourtant, qu'est ce qui nous dit que l'homme, sans renoncer à la guerre, ne pourra pas demain - et il en est proche - inventer des armes qui éliminent sans tuer, comme dans un jeu de poker où les perdants se retirent les uns après les autres. Au lieu d'être massacré, l'ennemi pourrait par exemple être cryogénisé, le temps que le conflit se termine et que le vainqueur dicte ses conditions au vaincu. Nous qui craignons tant la mort, qui nous dit qu'un jour nous ne pourrons pas prétendre à l'immortalité, avec son pendant, le vertige de l'infini ?

Mais sans aller si loin, qu'en sera-t-il de nos libertés si demain le monde est un champ de caméras, si les maîtres du Web sont capables de nous passer au scanner, y compris quand notre ordinateur est éteint ? Le mensonge, un des propres de l'homme, ne risque-t-il pas d'être menacé par une génération à venir de détecteurs individuels qui nous obligerait à ne dire que la vérité, au risque de ne jamais trouver le repos ? Le temps de la grande migration de notre espèce vers d'autres planètes, fuyant ses propres turpitudes ou celles de la nature, est une hypothèse crédible, même si elle est lointaine. Qui peut jurer que bientôt nous ne serons pas en mesure de faire la preuve de la non-existence de Dieu ou, a contrario, de son existence incontestable ?

Quelle avancée ce serait pour l'humanité d'arrêter de s'entretuer sur des hypothèses ! Mais, tout près de nous, il est aussi bon de s'interroger pour savoir si, plus prosaïquement, des technologies qui nous sont vendues comme étant celles du futur, l'éthanol par exemple, ne sont pas déjà du passé.

Ce que l'avenir partage avec l'Histoire, c'est cette lutte permanente entre l'intérêt général et des intérêts individuels, parfois concordants, souvent contradictoires. L'évolution technologique n'a de sens que si elle nous sert tous, sans nous asservir. Pour un média écrit réputé, s'emparer du futur, c'est élargir délibérément le spectre de l'information, tout en donnant un gage supplémentaire de cette vigilance de la presse qu'attendent les lecteurs face à la course au pouvoir qui se déroule dans l'ombre, dans l'indifférence du plus grand nombre inféodé à ses tâches quotidiennes.

Source:
Marc Dugain
Le Monde Hors Serie Octobre 2007, "Vivre en 2020"



lundi 25 avril 2011

Carpe Diem - Horace (-65 avJC - 8 avJC)

Hérité de la tradition antique, Carpe diem se traduit souvent par "Cueille le jour sans te soucier du lendemain". Littéralement, cette phrase signifie "Cueille le jour présent et sois le moins confiant possible en l'avenir". Elle est tirée de vers latins du poète Horace, intéressé par l'épicurisme et le stoïcisme (Odes, I, XI - "A Leuconoé"). Elle résume le poème qui le précède et dans lequel Horace cherche à persuader Leuconoé de profiter du moment présent et d'en tirer toutes les joies, sans s'inquiéter ni du jour ni de l'heure de sa mort.

Rendu célèbre auprès du grand public depuis l'Antiquité, l'extrait Carpe diem fait l'objet d'une mauvaise interprétation: traduit par "Profite du moment présent" est compris comme une incitation à l'hédonisme le plus fort, peut-être le plus aveugle, il perd tout rapport avec le texte original, qui au contraire, incite à bien savourer le présent (sans toutefois récuser toute discipline de vie) dans l'idée que le futur est incertain et que tout est appelé à disparaître. La maxime Carpe Diem figure fréquemment sur les cadrans solaires.

C'est donc un hédonisme d'ascèse, une recherche de plaisir ordonnée, raisonnée, qui doit éviter tout déplaisir et toute suprématie du plaisir. C'est un hédonisme a minima: c'est un épicurisme. Détaché du passé à l'égard duquel il ne sait éprouver que de la gratitude, confiant dans l'avenir qu'il a su priver de la vaine espérance, le sage est décidé à vivre au présent. Non pour y assouvir un appétit de plaisirs, mais pour atteindre la sérénité de la vertu. Pourtant ce qui pourrait donner lieu à une célébration de la vie immédiate devient dès le XVI° siècle prétexte à une leçon morale: l'évocation de l'élan vital manifesté par la nature entière, élan que la jeune femme aimée, insensible à la parole poétique, a le tort de ne pas vouloir partager, s'accompagne d'une méditation sur la mort et les ravages du temps.

Salvador Dali - Montre molle au moment de la première explosion (1954)


"On ne possède jamais rien qu’un peu de temps" Eugène Guillevic (1907-1997), "Exécutoire"

Le temps s’écoule, inexorablement. Synonyme de vie, il disparaît en même temps qu’il se donne. Il est ce qui permet tout changement, toute évolution. Mais peut-on vraiment posséder le temps ?  Pas de la manière dont on possède un objet. On ne peut l’enfermer ni le stocker. Il est fugace: il nous échappe dès qu’on croit l’attraper. S’il existe bien une chose sur laquelle l’homme n’a pas d’emprise, c’est le temps. La vie peut prendre fin à tout instant. Le peu de temps qui nous est octroyé doit nous inciter à en profiter, telle est la leçon du "Carpe Diem". Gardons les yeux ouverts sur le présent. Vivre chaque instant comme si c’était le dernier... Tel est l’enseignement que nous pouvons retenir de cette citation d'Eugène Guillevic.


Eugène Guillevic
Né à Carnac en 1907, le "poète breton d'expression française", comme il se définissait lui-même, a publié son premier recueil, Requiem, en 1938. Son deuxième recueil, Terraqué lui apporta la consécration dès 1942. Auteur de quelque vingt recueils, il a reçu le grand prix de poésie de l'Académie française en 1976 et le grand prix national de poésie en 1984. Il est décédé en mars 1997.

Après avoir passé un baccalauréat de mathématiques il est reçu au concours de 1926 dans l'administration de l'Enregistrement (Alsace, Ardennes). Nommé en 1935 à Paris rédacteur principal à la Direction Générale au  Ministère des Finances et des Affaires économiques, il est affecté en 1942 au Contrôle économique. Il appartient de 1945 à 1947 aux Cabinets des ministres communistes François Billoux (Economie nationale) puis Charles Tillon (Reconstruction). En 1947 après l'éviction des ministres communistes, il réintègre l'Inspection Générale de l'Économie où il s'occupe notamment d'études de conjoncture et d'aménagement du territoire, jusqu'à sa retraite en 1967.

Il devient dès avant guerre l'ami de Jean Follain qui l'introduit dans le groupe Sagesse. Puis il appartient au groupe de l'École de Rochefort. Catholique pratiquant jusque vers trente ans, il devient sympathisant communiste au moment de la Guerre d'Espagne, adhère en 1942 au Parti communiste alors qu'il se lie à Paul Éluard et participe aux publications de la presse clandestine (Pierre Seghers, Jean Lescure). Il demeure, malgré bien des réticences sur la fin des années 60, fidèle à son engagement jusqu'en 1980.

Après une période de résistance, de rébellion contre l'ordre social et l'ordre des choses, s'esquisse un retour à l'interrogation, une tentative d'apprivoiser le monde et son silence. Refusant la métaphysique, il choisit l'ici, qu'il explore sans fin, passionnément. Sa poésie est concise, franche comme le roc, rugueuse et généreuse, tout en demeurant suggestive. Sa poétique se caractérise aussi par son refus des métaphores, auxquelles il préfère les comparaisons, jugées moins mensongères.

Eugène Guillevic est l'un des poètes majeurs de notre temps, avec une œuvre dépouillée, cristalline et forte, traduite en plus de quarante langues dans 60 pays. Pour lui, la poésie permettait de maîtriser "l'inquiétante étrangeté des choses". Sa langue dans de courts textes, était précise, dépouillée et travaillée au point qu'un critique avait qualifié sa poésie, d'aiguë et brillante comme un rocher breton.