jeudi 31 mars 2011

Platon (-428/-348)

Platon - détail de "L'École d'Athènes" par Raphaël
Né vers la fin de l'âge d'or d'Athènes, Platon appartenait à une famille aristocratique. Il semble que son véritable nom ait été Aristoclès, Platon n'étant qu'un surnom signifiant «large d'épaules».

Aristote nous dit que Platon fut l'élève de Cratyle, qui lui-même avait étudié auprès d'Héraclite. Il devint l'élève de Socrate, qui demeura son ami et son maître jusqu'à son exécution (Platon avait alors une trentaine d'années). Nous ignorons s'il commença à écrire ses dialogues avant ou après la mort de Socrate. En fait, la chronologie des dialogues de Platon demeure un sujet de débats.

Après le procès et l'exécution de Socrate, Platon, révolté, quitta Athènes. La légende veut qu'il se rendit en Égypte., puis à Mégare (Sicile), où il rencontra les derniers pythagoriciens, et il noua des relations importantes à Syracuse. 

De Mégare, il retourna à Athènes et, peu de temps après, il fonda une école avec le mathématicien Théétète dans les faubourgs de la ville. Elle était située sur un terrain dont il avait hérité dans un quartier appelé l'Académie, c'est pourquoi on lui donna ce nom. On y enseignait une grande variété de sujets, des mathématiques à la biologie, de la philosophie à l'astronomie, aussi n'est-il pas exagéré de la considérer comme la première université européenne. Désireux d'éclairer l'action politique par la pensée philosophique, Platon se rendit deux fois en Sicile pour conseiller Denys, le nouveau tyran de Syracuse, mais l'expérience tourna au désastre. Il passa le reste de sa vie à écrire et à enseigner.

Les écrits de Platon ont tous la forme d'un dialogue, à l'exception de treize lettres, dont l'authenticité est encore incertaine, et de l'Apologie de Socrate, composée des trois discours de Socrate devant le tribunal. Socrate est le personnage principal de la plupart des dialogues. Il est présenté en train de discuter avec toutes sortes de gens, dont beaucoup ont réellement existé, par exemple Théétète, Parménide et Zénon, ou encore les frères de Platon, Glaucon et Adimante. Ces dialogues sont d'une longueur et d'une complexité très variables, mais ils sont toujours vivants et d'un grand intérêt philosophique.

Les spécialistes divisent les dialogues en trois groupes, ceux du début, ceux du milieu et ceux de la fin. Dans la plupart des cas, il est aisé de situer tel dialogue dans ce schéma, mais il y a des dialogues dont la datation est incertaine. Néanmoins, ce classement donne une idée du développement de la pensée de Platon depuis les dialogues du début qui présentent une image assez fidèle de Socrate jusqu'à ceux où Platon fait de son maître le porte-parole de ses propres conceptions.

Epistémologie

Quand on aborde la pensée de Platon, il vaut mieux commencer par sa conception de la connaissance et de l'opinion. La connaissance, dit-il, ne peut porter que sur des vérités éternelles et immuables; des réalités quotidiennes et temporaires, nous ne pouvons avoir que des opinions vraies - qui peuvent d'ailleurs être très utiles - mais non pas de connaissance. La connaissance véritable ne vient pas de l'apprentissage mais de la réminiscence. Nos âmes traversent un cycle de réincarnations, mais la naissance est tellement traumatisante qu'elle nous fait oublier tout ce que nous savons. Aussi la tâche du maître est-elle de nous aider à retrouver cette connaissance, à la manière de Socrate, par la maïeutique, ou accouchement des âmes.

Métaphysique

Ce n'est pas dans le monde tel que nous le percevons que se trouvent les objets de la connaissance, car ce monde est essentiellement changeant, relatif et impermanent. En réalité, pour comprendre ce dont nous avons l'expérience au moyen des sens, nous devons passer par une connaissance de l'éternel et de l'immuable. Par exemple, ce qui est beau varie d'une personne à l'autre, et pour chacune se modifie dans le temps. Comment pourrions-nous former et utiliser le concept de beau s'il n'y a rien que nous puissions désigner unanimement comme beau ? Pour résoudre cette difficulté, Platon fait appel à la notion de forme. Ce sont les idées parfaites et immuables dont les choses existantes ne sont que l'ombre approximative et imparfaite. Quand nous trouvons une chose belle, nous considérons qu'elle participe de la forme «beauté». On peut avoir l'expérience de ce monde des formes ou des idées, mais uniquement par la raison, uniquement en étant philosophe. La forme la plus éminente est celle de bien, de laquelle toutes les autres découlent et par laquelle nous pouvons les connaître.

Politique

Ce raisonnement conduit directement à la théorie politique de Platon. Si seul le philosophe peut accéder à l'authentique réalité, seul le philosophe est capable de diriger la cité. La description de la constitution idéale, qu'il expose dans La République, introduit l'idée d'un philosophe roi (homme ou femme, car Platon considérait que les deux sexes avaient les mêmes capacités), qui dès sa naissance est préparé à remplir sa fonction. De la même façon, les autres fonctions sont remplies par des gens qui ont été formés à leurs tâches respectives.

Les mythes

Platon utilise le mythe à plusieurs reprises dans son oeuvre pour approcher la description du monde. Il indique que cette description est difficile : si, pour connaître une chose, il faut connaître sa causalité, comment connaître l'acte créateur de la cause ? L'acte de connaissance doit en effet être le reflet d'un acte créateur qui est inconcevable : comment, dans ce cas, parler de l'origine du monde ? L'acte créateur n'est-il pas au-delà de tout discours rationnel ? Pourtant, l'acte créateur fonde la possibilité de la rationalité.

C'est ainsi que Platon se demande comment parler de l'origine du monde sensible, puisque la connaissance dialectique, qui articule les formes intelligibles, est ici inopérante. On ne peut parler du monde que par un discours qui lui ressemble : un mythe vraisemblable, apparenté au sensible. Le mythe vraisemblable décrit une situation en transposant dans l'espace et le temps les relations que la pensée conçoit, sans pouvoir les exposer dialectiquement. Le mythe doit donc être interprété, il ne doit pas être confondu avec la réalité. Il faut traduire en rapport d'idées ce que le mythe a assemblé en fait.

L'allégorie de la caverne

Dans la République, l'allégorie de la caverne illustre la conception platonicienne de la condition humaine. Nous sommes ces prisonniers enchainés, emprisonnés dans nos propres corps qui ne perçoivent sur le mur que des ombres déformées. Notre expérience n'est pas la réalité, mais ce qui est dans notre esprit. Le monde réel, celui des formes parfaites et immuables, existe à l'extérieur de la caverne. Ce n'est que par la raison que nous pouvons en avoir l'expérience.

Les écrits de Platon constituent toujours l'une des œuvres les plus riches et les plus fascinantes de toute l'histoire de la philosophie. Il est considéré comme le père de toute la philosophie occidentale.

Oeuvre de Platon

Alcibiade majeur (ou Premier Alcibiade, De l'Homme)
Hippias mineur (ou Second Hippias, Du faux)
Ion (De l'Iliade)
Lachès (Du courage)
Charmide (De la sagesse morale)
Protagoras (Des sophistes)
Euthyphron (De la piété)
Gorgias (De la rhétorique)
Ménon (De la vertu)
Apologie de Socrate
Criton (Du devoir du citoyen)
Euthydème (De l'éristique)
Lysis (De l'amitié)
Ménexène (De l'oraison funèbre)
Cratyle (Du langage)
Phédon (De l'âme)
Le Banquet (De l'amour)
La République (De la justice)
Phèdre (Du Beau)
Théétète (De la science)
Parménide (Des Idées)
Le Sophiste (De l'Être)
Le Politique (De la royauté)
Critias (De l'Atlantide)
« Lettre VII »
Philèbe (Du plaisir)
Timée
Les Lois (De la législation)

Quelques citations
           
"L'homme est la mesure de toute chose."
Extrait de "Théétète"

"Ce n'est pas parce qu'on craint de la commettre, mais c'est parce qu'on craint de la subir que l'on blâme l'injustice."

"Le plus grand mal, à part l'injustice, serait que l'auteur de l'injustice ne paie pas la peine de sa faute."

Extrait de "Gorgias"

"La victoire sur soi est la plus grande des victoires."

"Donne et tu recevras."

"L'amour est aveugle."

"En toutes choses les extrêmes sont rares, les choses moyennes très communes."

"La connaissance des mots conduit à la connaissance des choses."

"Le Temps est l'image mobile de l'éternité immobile."

"L'essentiel n'est pas de vivre, mais de bien vivre."

Extrait de "Criton"

"Le plus grand mal, à part l'injustice, serait que l'auteur de l'injustice ne paie pas la peine de sa faute."
Extrait de "Gorgias"

"La plupart des hommes au pouvoir deviennent des méchants."

"Entre amis, tout est commun."

Extrait de "Gorgias"

"Garde-toi de donner par force aux enfants l'aliment des études, mais que se soit en le mêlant à leur jeux, afin d'être encore plus capable d'apercevoir quelles sont les inclinations naturelles de chacun."

"On peut en savoir plus sur quelqu'un en une heure de jeu qu'en une année de conversation."

"La simplicité véritable allie la bonté à la beauté."

Extrait de "La République"

"Le propre de la sagesse et de la vertu est de gouverner bien ; le propre de l'injustice et de l'ignorance est de gouverner mal."
Extrait de "La République"
           
"La musique donne une âme à nos coeurs et des ailes à la pensée."
Extrait du poème "La Musique"

"Si on veut connaître un peuple, il faut écouter sa musique."

"L'excès de liberté ne peut tourner qu'en excès de servitude pour un particulier aussi bien que pour un état."

Extrait de "La République"

"Dieu, toujours, fait de la géométrie."

"Ce n'est pas de vivre selon la science qui procure le bonheur ; ni même de réunir toutes les sciences à la fois, mais de posséder la seule science du bien et du mal."

"L'opinion est quelque chose d'intermédiaire entre la connaissance et l'ignorance."

Extrait de "La République"
           
"Chacun, parce qu'il pense, est seul responsable de la sagesse ou de la folie de sa vie, c'est-à-dire de sa destinée."

"Il faut aller à la vérité avec toute son âme."

"Tout corps couché prend la ligne de l'horizon de l'âme. L'endormi devient le réveillé de l'ombre."

"La vie est un court exil."

"Le corps est le tombeau de l'âme."
Extrait de "Cratyle"

"La réalité est à la fois multiple et une, et dans sa division elle est toujours rassemblée."
"C'était un homme sage celui qui inventa Dieu."

"Le sage parle parce qu'il a quelque chose à dire, le fou parce qu'il a à dire quelque chose."

"Les vrais philosophes s'exercent à mourir, et ils sont, de tous les hommes, ceux qui ont le moins peur de la mort."

"L'âme trouve son repos en dormant peu, le coeur dans le peu d'inquiétudes et la langue dans le silence."

"Il ne dépend que de nous de suivre la route qui monte et d'éviter celle qui descend."

"La justice de l'intelligence est la sagesse. Le sage n'est pas celui qui sait beaucoup de choses, mais celui qui voit leur juste mesure."

"
L'un des préjudices d'avoir refusé de prendre part à la vie politique est que vous finissez par être gouverné par vos subordonnés."

"
Tant que les philosophes ne deviendront pas rois dans les cités, ou que ceux que nous appelons présentement rois et dirigeants ne deviendront pas des philosophes sérieux et véritables... les maux des États ne cesseront pas, ni même ceux du genre humain, et la société idéale que nous venons de décrire ne pourra jamais se réaliser ou voir la lumière du jour"
Extrait de "La République"
   

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