jeudi 12 octobre 2023

Penser par soi-même

J'ai reçu un coup de fil d'un collègue à propos d'un étudiant. Il estimait qu'il devait lui donner un zéro à une question de physique, alors que l'étudiant réclamait un 20.
Le professeur et l'étudiant se mirent d'accord pour choisir un arbitre impartial et je fus choisi. Je lus la question de l'examen: "Montrez comment il est possible de déterminer la hauteur d'un building à l'aide d'un baromètre" 

 
L'étudiant avait répondu:

"On prend le baromètre en haut du building, on lui attache une corde, on le fait glisser jusqu'au sol, ensuite on le remonte et on calcule la longueur de la corde. La longueur de la corde donne la hauteur du building."

L'étudiant avait raison vu qu'il avait répondu juste et complètement à la question. D'un autre côté, je ne pouvais pas lui mettre ses points: dans ce cas, il aurait reçu son grade de physique alors qu'il ne m'avait pas montré de connaissances en physique. J'ai proposé de donner une autre chance à l'étudiant en lui donnant six minutes pour répondre de nouveau à la question avec l'avertissement que pour la réponse il devait utiliser ses connaissances en physique. 
Après cinq minutes, il n'avait encore rien écrit. Je lui ai demandé s'il voulait abandonner mais il répondit qu'il avait beaucoup de réponses pour ce problème et qu'il cherchait la meilleure d'entre elles. Je me suis excusé de l'avoir interrompu et lui ai demandé de continuer. Dans la minute qui suivit, il se hâta pour me répondre:

"On place le baromètre à la hauteur du toit. On le laisse tomber en calculant son temps de chute avec un chronomètre. Ensuite en utilisant la formule : x=gt²/2, on trouve la hauteur du building."

A ce moment, j'ai demandé à mon collègue s'il voulait abandonner. Il me répondit par l'affirmative et donna presque 20 à l'étudiant. En quittant son bureau, j'ai rappelé l'étudiant car il avait dit qu'il avait plusieurs solutions à ce problème.

"Hé bien, dit-il, il y a plusieurs façon de calculer la hauteur d'un building avec un baromètre. Par exemple, on le place dehors lorsqu'il y a du soleil. On calcule la hauteur du baromètre, la longueur de son ombre et la longueur de l'ombre du building. Ensuite, avec un simple calcul de proportion, on trouve la hauteur du building."

Bien, lui répondis-je, et les autres.

"Il y a une méthode assez basique que vous allez apprécier. On monte les étages avec un baromètre et en même temps on marque la longueur du baromètre sur le mur. En comptant le nombre de trait, on a la hauteur du building en longueur de baromètre. C'est une méthode très directe. Bien sûr, si vous voulez une méthode plus sophistiquée, vous pouvez prendre le baromètre à une corde, le faire balancer comme un pendule et déterminer la valeur de g au niveau de la rue et au niveau de toit. A partir de la différence de g la hauteur de building peut être calculée. De la même façon, on l'attache à une grande corde et en étant sur le toit, on le laisse descendre jusqu'à peu près le niveau de la rue. On le fait balancer comme un pendule et on calcule la hauteur du building à partir de la période de précession."
Finalement, il conclut :

"Il y a encore d'autres façons de résoudre ce problème. Probablement la meilleure est d'aller au sous-sol, frapper à la porte du concierge et lui dire:  J'ai pour vous un superbe baromètre si vous me dites quelle est la hauteur du building ..."

J'ai ensuite demandé à l'étudiant s'il connaissait la réponse que j'attendais. Il a admis que oui mais qu'il en avait marre du collège et des professeurs qui essayaient de lui apprendre comment il devait penser.

Pour l'anecdote, l'étudiant était Niels Bohr (Prix Nobel Physique en 1922) et l'arbitre se nommait Ernest Rutherford (Prix Nobel Chimie vers 1908).

lundi 25 septembre 2023

Se transformer soi-même pour changer le monde

La modernité occidentale a mis l’individu au centre et au-dessus de tout. Tandis que les sociétés traditionnelles insèrent les individus dans un moule de normes et de représentations collectives, nos sociétés modernes les en libèrent et sont entièrement axées sur la satisfaction des besoins et désirs des individus. Depuis la fin du XVIIIème siècle et jusqu’au milieu du XXème, le principal objectif a été d’offrir aux individus des droits fondamentaux pour leur permettre de vivre dans la dignité. 

Cela a été l’avènement de la démocratie et des droits de l’homme, la fin de l’esclavage et des ségrégations raciales, l’accès gratuit aux soins et à l’éducation, le droit du travail et le syndicalisme, l’émancipation progressive de la femme... De nombreux progrès sont encore à accomplir dans ces domaines et l’on déplore parfois de spectaculaires retours en arrière.

À cet objectif qualitatif, d’émancipation de l’individu et de progrès social, s’est articulé un second objectif, plus quantitatif : l’amélioration du confort matériel et l’accroissement de la richesse. Alors que l’amélioration des conditions de vie et ce qu’on pourrait appeler les « bases du confort moderne » (avoir un toit, une voiture, divers appareils ménagers) étaient atteints dès les années 1960 en Occident, l’idéologie consumériste s’est développée et l’on est entré dans l’ère du « toujours plus », bien décrit par François de Closets. 

L’individu occidental est devenu un perpétuel insatisfait qui aspire à gagner toujours plus d’argent, à posséder toujours davantage d’objets et à en changer sans cesse. La société de consommation est ainsi entièrement fondée sur cette idéologie pernicieuse qui fait croire aux individus que leur épanouissement passe exclusivement par l’« avoir ». Bien des maux actuels, dénoncés dans la première partie de cet ouvrage, sont issus de cette quête sans fin du profit, de la course à la possession. Tant que nous resterons dans cette logique du « toujours plus », et que cette logique continuera à se répandre à travers la planète, rien ne pourra changer, et notre monde poursuivra sa marche aveugle vers de multiples catastrophes absolument prévisibles.

Le changement dans le monde passera par l’adoption d’autres valeurs que celles du profit et de la réussite matérielle, et par le dépassement de la vision mécaniste qui prévaut encore dans les esprits. Mais ce sont précisément ces esprits qu’il convient de changer. Or, si des discussions interculturelles à divers niveaux (instances internationales, ONG, associations religieuses et philosophiques, etc.) sont incontestablement utiles et fécondes, c’est au bout du compte à chacun de nous d’opérer cette conversion spirituelle, doublée d’un changement de mode de vie. C’est précisément parce que la modernité a mis l’individu au centre du dispositif que le monde ne pourra changer que lorsque les individus eux-mêmes changeront.

Accepter la différence, c’est d’abord accepter qui nous sommes...

Dans un État démocratique, rare est le gouvernement qui osera prendre une mesure qui n’est pas souhaitée par la majorité des citoyens. Les hommes politiques ont les yeux rivés sur les enquêtes d’opinion. Nous touchons là aux limites du système démocratique, « le pire des systèmes de gouvernement à l’exception de tous les autres », disait Churchill ; à quoi d’aucuns ajoutent : « le moins propre à faire le bien des citoyens contre leur gré ». N’attendons donc pas des gouvernements qu’ils soient le fer de lance du changement ; ils peuvent jouer un rôle utile d’éducateurs, mais les vraies mesures ne seront prises que parce que les citoyens seront prêts à les adopter dans leur vie quotidienne et, par extension, à les voir mises en œuvre dans la sphère publique.

C’est quand la pensée, le cœur, les attitudes de la majorité auront changé que le monde changera. Ce constat va bien au-delà des réponses techniques, du savoir intellectuel ou scientifique qui peuvent ponctuellement résoudre l’un ou l’autre des problèmes que nous affrontons. La solution doit venir de chacun de nous, appelé à un travail sur soi, à une conversion du regard, à un changement de mode de vie. C’est la somme des nouvelles individualités qui créera une collectivité nouvelle. Il s’agit donc, pour chacun, d’examiner ce qui, en lui et dans sa vie, concourt aux dysfonctionnements et aux malheurs du monde.

On peut discerner en particulier trois maux qui ne sont pas nés de la modernité : ils ont toujours existé dans le cœur de l’homme, ont toujours été à l’origine des problèmes auxquels ont dû faire face les sociétés humaines. Cependant, le contexte de l’hyper-modernité et de la globalisation les rend encore plus virulents, plus destructeurs. Ces trois maux sont la convoitise, le découragement qui débouche sur l’indifférence passive, et la peur.

Extrait choisi de "La guérison du monde" (Essai, Fayard, 2012) par Frédéric Lenoir

jeudi 13 juillet 2023

Comment se faire des amis - Dale Carnegie (1888-1955)

Ce livre parle de l'importance des relations sociales et de la manière de se faire des amis. Voici quelques principes de base pour y parvenir :

-Montrer de l'intérêt pour les autres : Pour se faire des amis, il est important d'être intéressé par les autres, de poser des questions sur leurs intérêts, leurs passions et d'écouter attentivement leurs réponses.

-Sourire et être amical : Un sourire chaleureux et une attitude amicale attirent les autres et les mettent à l'aise. Soyez ouvert et accueillant lorsque vous interagissez avec les gens.

-Faire preuve d'empathie : Essayez de vous mettre à la place des autres et de comprendre leurs émotions et leurs perspectives. Montrez de la compassion et de l'écoute lorsque quelqu'un partage ses difficultés ou ses joies.

-Apprendre à écouter : L'écoute active est essentielle pour établir des liens solides. Soyez attentif aux paroles de l'autre personne, posez des questions pertinentes et montrez que vous vous intéressez réellement à ce qu'elle dit.

-Trouver des points communs : Cherchez des intérêts communs avec les autres, que ce soit dans les loisirs, les passe-temps ou les valeurs. Cela crée une base solide pour développer des relations amicales.

Maintenant, voici une liste d'actions concrètes que vous pouvez entreprendre pour mettre en œuvre ces principes dans votre vie quotidienne :

-Souriez et saluez les autres : Un simple geste amical peut créer une atmosphère positive et encourager les interactions.
-Posez des questions sur les intérêts des autres : Lorsque vous rencontrez quelqu'un, montrez de l'intérêt pour ses hobbies, ses activités préférées ou ses projets en cours. Cela montre que vous vous souciez de sa vie et que vous êtes prêt à l'écouter.
-Pratiquez l'écoute active : Lorsque vous discutez avec quelqu'un, concentrez-vous sur ses paroles et évitez de vous laisser distraire. Posez des questions pertinentes pour approfondir la conversation et montrer que vous vous intéresses réellement à ce qu'il dit.
-Organisez des activités sociales : Invitez des amis potentiels à faire des activités ensemble, que ce soit un film, une sortie au parc ou une soirée jeux. Cela permet de renforcer les liens et de créer des souvenirs communs.
-Montrez de la gratitude : Exprimez votre reconnaissance envers les autres. Dites merci lorsque quelqu'un vous aide ou vous fait plaisir, et n'hésitez pas à faire des compliments sincères pour valoriser les autres.
-Soyez vous-même : N'essayez pas de changer votre personnalité pour plaire aux autres. Restez authentique et montrez votre véritable moi. Les vrais amis apprécieront votre sincérité.
-Sortez de votre zone de confort : Faites l'effort d'engager des conversations avec de nouvelles personnes et d'explorer de nouveaux environnements sociaux. Participer à des clubs, des groupes d'intérêts ou des événements communautaires peut vous offrir l'opportunité de rencontrer des personnes partageant les mêmes centres d'intérêt.
-Pratiquez l'empathie : Essayez de vous mettre à la place des autres et de comprendre leurs sentiments et leurs perspectives. Soyez ouvert à différentes opinions et montrez de la compréhension, même si vous n'êtes pas d'accord.
-Cultivez une attitude positive : Montrez-vous optimiste et encourageant envers les autres. Évitez les critiques constantes et cherchez plutôt à mettre en avant les qualités et les réalisations des personnes que vous côtoyez.
-Investissez du temps et de l'énergie dans vos relations : Les amitiés nécessitent du temps et de l'investissement. Organisez des rencontres régulières, en personne ou en ligne, pour entretenir vos relations et créer des liens plus profonds.
-Soyez respectueux et bienveillant : Traitez les autres avec respect et gentillesse. Évitez les jugements hâtifs et les comportements blessants. La bienveillance crée un environnement propice à des relations durables et positives.

Rappellez-vous que se faire des amis demande de la pratique et de la patience. Soyez ouvert aux opportunités de rencontrer de nouvelles personnes, mais n'oubliez pas de prendre le temps de développer des relations de qualité avec ceux qui comptent déjà dans votre vie.


dimanche 18 juin 2023

Les 5 blessures qui empêchent d'être soi-même - Lise Bourbeau

Ce livre parle de cinq blessures émotionnelles que beaucoup de gens peuvent ressentir. Ces blessures peuvent nous empêcher d'être nous-mêmes et d'atteindre notre plein potentiel. Les cinq blessures sont :

Le rejet : C'est quand on se sent exclu, pas aimé ou pas accepté par les autres. Pour guérir cette blessure, il est important de se rappeler que chacun est unique et précieux.

L'abandon : C'est quand on a l'impression d'être laissé seul ou de ne pas compter pour les autres. Pour guérir cette blessure, il est important de développer une confiance en soi et de se rappeler que l'on peut compter sur ses propres ressources.

L'humiliation : C'est quand on se sent rabaissé ou ridiculisé par les autres. Pour guérir cette blessure, il est important de développer une estime de soi positive et de se rappeler que personne n'a le droit de nous humilier.

La trahison : C'est quand on se sent trahi ou trompé par les autres. Pour guérir cette blessure, il est important de reconstruire la confiance en soi et de choisir des relations basées sur la loyauté et l'intégrité.

L'injustice : C'est quand on se sent traité injustement ou victime de circonstances difficiles. Pour guérir cette blessure, il est important de cultiver un esprit de justice et de prendre des mesures pour changer les situations injustes.

Maintenant, voici une liste d'actions concrètes que vous pouvez entreprendre pour mettre en œuvre ces principes dans votre vie quotidienne :

-Pratiquez l'auto-acceptation : Apprenez à vous aimer et à vous accepter tel que vous êtes, avec toutes vos imperfections.
-Développez votre confiance en vous : Identifiez vos forces et vos talents, et croyez en vos capacités à réussir.
-Communiquez vos besoins : Exprimez vos besoins de manière assertive et respectueuse, en demandant ce dont vous avez besoin pour vous sentir bien.
-Établissez des limites saines : Apprenez à dire non lorsque quelque chose ne correspond pas à vos valeurs ou ne vous convient pas.
-Entourez-vous de relations positives : Choisissez des personnes qui vous soutiennent, vous respectent et vous encouragent à être vous-même.
-Pardonnez et lâchez prise : Libérez-vous du fardeau du passé en pratiquant le pardon envers vous-même et les autres.
-Cultivez la gratitude : Prenez le temps de reconnaître et d'apprécier les aspects positifs de votre vie.
-Prenez soin de vous : Accordez-vous du temps pour vous ressourcer, pratiquer des activités qui vous plaisent et prendre soin de votre bien-être physique, émotionnel et mental.
-Recherchez un soutien professionnel : Si vous sentez que les blessures émotionnelles sont profondes et intensément présentes dans votre vie, il peut être bénéfique de rechercher un soutien professionnel, tel qu'un thérapeute ou un coach de vie. Ils pourront vous accompagner dans votre parcours de guérison et vous fournir des outils adaptés à votre situation.

N'oubliez pas que le processus de guérison des blessures émotionnelles peut prendre du temps, et chacun progresse à son rythme. Soyez patient avec vous-même et faites preuve de bienveillance. En intégrant ces principes dans votre vie quotidienne, vous pourrez progressivement libérer votre plein potentiel et vous épanouir en étant authentiquement vous-même.

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lundi 15 mai 2023

Les Incasables - Rachid Zerrouki (1992- )

Professeur des écoles, Rachid Zerrouki livre un témoignage poignant sur son expérience de professeur des écoles dans une Section d’Enseignement Général et Professionnel Adapté d’un collège marseillais. Les SEGPA sont les classes à effectif réduit dans lesquelles se retrouvent toutes sortes de profils d’enfants en grande difficulté scolaire, avec des troubles du comportement et des problèmes familiaux…  Tout ce petit monde doit vivre ensemble, progresser sous l’œil bienveillant du professeur. Comment leur faire comprendre qu’ils ne seront pas vétérinaires, astronautes ou Prix Nobel ? Comment leur faire comprendre qu’ils peuvent être de belles personnes capables de relever des défis de taille ? A travers une pièce de théâtre, des projets généreux élaborés par tout le groupe, Rachid Zerrouki nous montre qu’une classe est comme un orchestre qu’il faut guider dans l’harmonie pas à pas quotidiennement.

Enseigner à des enfants si particuliers qui n’entrent pas ou peu dans les codes et les apprentissages de l’école n’est pas simple mais donne tellement de sens au métier qu’il en est difficile de s’en extraire selon Rachid Zerrouki.

Extrait : A moi l’école a tout donné mais qu’en est-il des autres, ceux qui se présentent à elle sans héritage culturel ni prédisposition à apprendre ? Que leur propose-t-elle si ce n’est d’ajouter au poids de l’échec celui de la culpabilité ? L’ancienne société de classes accordait au moins à ceux qui étaient en bas de l’échelle la liberté d’être et de se sentir victimes d’une injustice, mais aujourd’hui la promesse républicaine d’égalité et de méritocratie portée par l’Ecole leur fait comprendre qu’ils sont les seuls responsables de leur situation. C’est un mensonge. Parmi les multitudes de chiffres qui le démontrent  on peut citer ceux-ci : 79% des enfants de cadres ou de professions intellectuelles supérieures sont diplômés du supérieur, contre 29% des enfants d’ouvriers. Partant de ce constat, certains défendent l’idée selon laquelle l’Ecole est inégalitaire par essence et non par erreur, mais la volonté d’une institution est aussi déterminée par celle des individus qui la composent, et j’ai rencontré trop d’altruisme et d’abnégation en salle des professeurs pour adhérer à un tel degré de cynisme. »