À cet objectif qualitatif, d’émancipation de l’individu et de progrès social, s’est articulé un second objectif, plus quantitatif : l’amélioration du confort matériel et l’accroissement de la richesse. Alors que l’amélioration des conditions de vie et ce qu’on pourrait appeler les « bases du confort moderne » (avoir un toit, une voiture, divers appareils ménagers) étaient atteints dès les années 1960 en Occident, l’idéologie consumériste s’est développée et l’on est entré dans l’ère du « toujours plus », bien décrit par François de Closets.
Le changement dans le monde passera par l’adoption d’autres valeurs que celles du profit et de la réussite matérielle, et par le dépassement de la vision mécaniste qui prévaut encore dans les esprits. Mais ce sont précisément ces esprits qu’il convient de changer. Or, si des discussions interculturelles à divers niveaux (instances internationales, ONG, associations religieuses et philosophiques, etc.) sont incontestablement utiles et fécondes, c’est au bout du compte à chacun de nous d’opérer cette conversion spirituelle, doublée d’un changement de mode de vie. C’est précisément parce que la modernité a mis l’individu au centre du dispositif que le monde ne pourra changer que lorsque les individus eux-mêmes changeront.
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| Accepter la différence, c’est d’abord accepter qui nous sommes... |
Dans un État démocratique, rare est le gouvernement qui osera prendre une mesure qui n’est pas souhaitée par la majorité des citoyens. Les hommes politiques ont les yeux rivés sur les enquêtes d’opinion. Nous touchons là aux limites du système démocratique, « le pire des systèmes de gouvernement à l’exception de tous les autres », disait Churchill ; à quoi d’aucuns ajoutent : « le moins propre à faire le bien des citoyens contre leur gré ». N’attendons donc pas des gouvernements qu’ils soient le fer de lance du changement ; ils peuvent jouer un rôle utile d’éducateurs, mais les vraies mesures ne seront prises que parce que les citoyens seront prêts à les adopter dans leur vie quotidienne et, par extension, à les voir mises en œuvre dans la sphère publique.
C’est quand la pensée, le cœur, les attitudes de la majorité auront changé que le monde changera. Ce constat va bien au-delà des réponses techniques, du savoir intellectuel ou scientifique qui peuvent ponctuellement résoudre l’un ou l’autre des problèmes que nous affrontons. La solution doit venir de chacun de nous, appelé à un travail sur soi, à une conversion du regard, à un changement de mode de vie. C’est la somme des nouvelles individualités qui créera une collectivité nouvelle. Il s’agit donc, pour chacun, d’examiner ce qui, en lui et dans sa vie, concourt aux dysfonctionnements et aux malheurs du monde.
On peut discerner en particulier trois maux qui ne sont pas nés de la modernité : ils ont toujours existé dans le cœur de l’homme, ont toujours été à l’origine des problèmes auxquels ont dû faire face les sociétés humaines. Cependant, le contexte de l’hyper-modernité et de la globalisation les rend encore plus virulents, plus destructeurs. Ces trois maux sont la convoitise, le découragement qui débouche sur l’indifférence passive, et la peur.







