samedi 13 février 2016

Faire la part des choses dans l'opinion des autres

Comment faire la part des choses dans l’opinion des autres ? Comment faire le tri entre ce qui est vrai et ce qui est faux ? Voici le test des trois questions, attribué à Socrate.

Delphes, le temple d'Athéna (2006) - Françoise Hennebert


Socrate avait, dans la Grèce antique, une haute opinion de la sagesse. Quelqu'un vient un jour trouver le grand philosophe et lui dit:

- Sais-tu ce que je viens d'apprendre sur ton ami?

- Un instant, répondit Socrate. Avant que tu me racontes, j'aimerais te poser trois questions.

- Trois questions ?

- Mais oui, reprit Socrate. Avant de me raconter toutes sortes de choses de choses sur les autres, il est bon de prendre le temps de filtrer ce que l'on aimerait dire. C'est ce que j'appelle le test des trois questions. La première question est celle de la vérité. As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai ?

- Non. J'en ai simplement entendu parler...

- Très bien. Tu ne sais donc pas si c'est la vérité.

- Essayons de filtrer autrement en utilisant une deuxième question, celle de la bonté. Ce que tu veux m'apprendre sur mon ami, est-ce quelque chose de bon ?

- Ah non ! Au contraire.

- Donc, continua Socrate, tu veux me raconter de mauvaises choses sur lui et tu n'es même pas certain si
elles sont vraies. Tu peux peut-être encore passer le test, car il reste une question, celle de l'utilité. Est-il utile que tu m'apprennes ce que mon ami aurait fait ?

- Non. Pas vraiment.

Alors, conclut Socrate, si ce que tu as à me raconter n'est ni vrai, ni bien, ni utile, pourquoi vouloir me le dire ?

dimanche 31 janvier 2016

Il y a un temps pour tout

Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous le ciel :

un temps pour naître,
et un temps pour mourir ;
un temps pour planter,
et un temps pour arracher le plant ;

un temps pour tuer,
et un temps pour guérir ;
un temps pour abattre,
et un temps pour bâtir ;

un temps pour pleurer,
et un temps pour rire;
un temps pour gémir,
et un temps pour danser;

un temps pour lancer des pierres,
et un temps pour en ramasser ;
un temps pour embrasser,
et un temps pour s'abstenir ;

un temps pour chercher,
et un temps pour perdre ;
un temps pour garder,
et un temps pour jeter ;

un temps pour déchirer,
et un temps pour coudre ;
un temps pour se taire,
et un temps pour parler ;

un temps pour aimer,
et un temps pour haïr ;
un temps pour la guerre,
et un temps pour la paix.
La Bible de Jérusalem, Ecclésiaste (Qohélet), chapitre 3

La Bible de Jérusalem est une traduction de la Bible élaborée sous la direction de l'École biblique et archéologique française de Jérusalem. Réalisée par les meilleurs spécialistes des études bibliques, elle est actuellement la plus répandue en France et fait figure de classique. Étant un ouvrage collectif, elle tombera dans le domaine public en France le 1er janvier 2027, 70 ans après la date de sa première parution. En effet, c'est en 1956 que la Bible de Jérusalem fut publiée pour la première fois en un seul et unique volume.

mardi 5 janvier 2016

Denis Diderot (1713–1784)

Portrait de Diderot - Van Loo (1767), Louvre
Denis Diderot, né le 5 octobre 1713 à Langres et mort le 31 juillet 1784 à Paris, est un écrivain, philosophe et encyclopédiste français.

Diderot est reconnu pour son érudition, son esprit critique et un certain génie. Il laisse son empreinte dans l'histoire de tous les genres littéraires auxquels il s'est essayé: il pose les bases du drame bourgeois au théâtre, révolutionne le roman avec "Jacques le Fataliste", invente la critique à travers ses "Salons" et supervise la rédaction d'un des ouvrages les plus marquants de son siècle, la célèbre "Encyclopédie".

En philosophie également, Diderot se démarque en proposant plus de matière à un raisonnement autonome du lecteur plutôt qu'un système complet, fermé et rigide.

Mal connu de ses contemporains, éloigné des polémiques de son temps et des conventions sociales, mal reçu par la Révolution, il devra attendre la fin du XIXe siècle pour recevoir enfin l'intérêt et la reconnaissance de la postérité dans laquelle il avait placé une partie de ses espoirs.

Fils d'un maître coutelier, Denis Diderot suit ses études chez les Jésuites, puis au lycée Louis-Le-Grand et devient maître ès Art en 1732. Il mène jusqu'à son mariage, en 1743, une vie de bohème qui lui fait perdre la foi. Pendant cette période, il fait la connaissance de Jean-Jacques Rousseau.

Dans ses "Pensées Philosophiques" (1746), Diderot s'en prend violemment au christianisme et plaide pour une religion naturelle. Sa foi initiale se transforme en déisme, puis il passe par une phase de scepticisme avant d'opter franchement pour le matérialisme dans "Lettre sur les aveugles et à l'usage de ceux qui voient" (1749) qui provoque son incarcération au château de Vincennes pendant trois mois. Pour Denis Diderot, le seul critère auquel répond la connaissance est l'expérience. Il défend l'idée qu'il n'y a qu'une seule substance, la matière, et que le processus de passage du minéral à la vie est continu. Cette théorie peut être considérée comme une intuition du transformisme de Lamarck.

Diderot est chargé en 1747 par le libraire Le Breton de diriger avec d'Alembert les travaux de l'Encyclopédie. Il se consacre pendant plus de vingt ans à un véritable travail d'éditeur qui assure la notoriété. Le premier volume est publié en 1751 et le dernier en 1772.

En parallèle à l'Encyclopédie, Diderot poursuit son œuvre littéraire tout en menant une vie éclectique et tumultueuse. Ses romans, ses critiques et ses essais philosophiques, dont une grande partie ne sera publiée qu'après sa mort, montrent le souci de définir la véritable nature de l'homme et sa place dans le monde. Diderot propose une morale universelle assise, non pas sur Dieu, mais sur les sentiments naturels de l'homme et sur la raison.

Sa santé étant fragile, Diderot ralentit ses publications à partir de 1776 et meurt en 1784.

Chez Diderot, les idées s'effacent un peu devant la méthode. Il est moins question d'imposer ses vues personnelles que d'inciter à la réflexion personnelle sur base de différents arguments, donnés, par exemple, par les intervenants des dialogues. Les idées personnelles de Diderot ont de plus évolué avec l'âge.

Plutôt que philosophe, Diderot est avant tout un penseur. Il ne poursuit en effet ni la création d'un système philosophique complet, ni une quelconque cohérence: il remet en question, éclaire un débat, soulève les paradoxes, laisse évoluer ses idées, constate sa propre évolution mais tranche peu. Pour autant, des thèmes apparaissent récurrents dans la pensée de Diderot et des orientations générales peuvent être dégagées de ses écrits.

La position de Diderot à l'égard de la religion évolue dans le temps, en particulier dans sa jeunesse. Ses parents le vouaient à une carrière ecclésiastique et il reçut la tonsure de l'évêque de Langres. Arrivé à Paris, son parcours académique se fait dans des institutions d'obédience catholique, comme la Sorbonne. C'est au gré de ses lectures que sa foi va s'étioler et Diderot semble évoluer de la foi vers le théisme, le déisme et enfin souscrire aux idées matérialistes. C'est cette évolution que l'on constate des Pensées philosophiques à la Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient. Plus tard, ces positions sont confirmées dans le Supplément au voyage de Bougainville qui évoque la religion naturelle et un dialogue très représentatif, l'"Entretien d'un philosophe avec la maréchale de ***". A l'instar des Lumières, Diderot rejette plus les excès de la religion que la religion elle-même.

Encyclopédie de Diderot et d'Alembert (1751-1772)

Citations de Denis Diderot

"Tous les peuples ont de ces faits, à qui, pour être merveilleux il ne manque que d'être vrais ; avec lesquels on démontre tout, mais qu'on ne prouve point ; qu'on n'ose nier sans être impie, et qu'on ne peut croire sans être imbécile."

"Le déiste seul peut faire tête à l'athée. Le superstitieux n'est pas de sa force; son Dieu n'est qu'un être d'imagination. "

"Le Dieu des chrétiens est un père qui fait grand cas de ses pommes et fort peu de ses enfants."

"La superstition est plus injurieuse à Dieu que l'athéisme."

"Il ne faut pas imaginer Dieu ni trop bon, ni méchant. La justice est entre l'excès de la clémence et la cruauté, ainsi que les peines finies sont entre l'impunité et les peines éternelles."

"Sire, si vous voulez des prêtres, vous ne voulez point de philosophes, et si vous voulez des philosophes, vous ne voulez point des prêtres." 

"Je prétends que c’est la sensibilité qui fait les comédiens médiocres ; l’extrême sensibilité les comédiens bornés ; le sens froid et la tête, les comédiens sublimes." 

"Le rôle d’un auteur est un rôle assez vain ; c’est celui d’un homme qui se croit en état de donner des leçons au public. Et le rôle du critique? Il est bien plus vain encore ; c’est celui d’un homme qui se croit en état de donner des leçons à celui qui se croit en état d’en donner au public."               

"La bonne religieuse est celle qui apporte dans le cloître quelque grande faute à expier."             

 "Les hommes ont banni la Divinité d’entre eux ; ils l’ont reléguée dans un sanctuaire ; les murs d’un temple bornent sa vue ; elle n’existe point au-delà."            

 "Personne n’a autant d’humeur, pas même une jolie femme qui se lève avec un bouton sur le nez, qu’un auteur menacé de survivre à sa réputation."            

"C’est le sort de presque tous les hommes de génie ; ils ne sont pas à la portée de leur siècle ; ils écrivent pour la génération suivante."   
 
"La sotte occupation que celle de nous empêcher sans cesse de prendre du plaisir, ou de nous faire rougir de celui que nous avons pris !... C’est celle du critique."                  

"Quel est donc ce Dieu ? Un Dieu plein de bonté... Un Dieu plein de bonté trouverait-il du plaisir à se baigner dans les larmes?"

"Parce qu'un homme a tort de ne pas croire en Dieu, avons-nous raison de l'injurier ? On n'a recours aux invectives que quand on manque de preuves."

"L'incrédulité est quelquefois le vice d'un sot, et la crédulité le défaut d'un homme d'esprit."

"Il y a des gens dont il ne faut pas dire qu'ils craignent Dieu, mais bien qu'ils en ont peur."

"S'il y a cent mille damnés pour un sauvé, le diable a toujours l'avantage sans avoir abandonné son fils à la mort."

"Si la raison est un don du Ciel et que l'on en puisse dire autant de la foi, le Ciel nous a fait deux présents incompatibles et contradictoires."

"C'est l'éducation de l'enfance qui empêche un enfant de se faire baptiser; c'est l'éducation de l'enfance qui empêche un chrétien de se faire circoncire; c'est la raison de l'homme fait qui méprise également le baptême et la circoncision."

"Les doutes, en matière de religion, loin d'être des actes d'impiété, doivent être regardés comme de bonnes œuvres, lorsqu'ils sont d'un homme qui reconnaît humblement son ignorance, et qu'ils naissent de la crainte de déplaire à Dieu par l'abus de la raison."

"Si je renonce à ma raison, je n'ai plus de guide : il faut que j'adopte en aveugle un principe secondaire, et que je suppose ce qui est en question. Egaré dans une forêt immense pendant la nuit, je n'ai qu'une petite lumière pour me conduire. Survient un inconnu qui me dit: "Mon ami, souffle la chandelle pour mieux trouver ton chemin." Cet inconnu est un théologien."

"Je crois en Dieu, quoique je vive très bien avec les athées. Je me suis aperçu que les charmes de l'ordre les captivaient malgré qu'ils en eussent ; qu'ils étaient enthousiastes du beau et du bon, et qu'ils ne pouvaient, quand ils avaient du goût, ni supporter un mauvais livre, ni entendre patiemment un mauvais concert, ni souffrir dans leur cabinet un mauvais tableau, ni faire une mauvaise action."

"Ce qui caractérise le philosophe et le distingue du vulgaire, c'est qu'il n'admet rien sans preuve, qu'il n'acquiesce point à des notions trompeuses et qu'il pose exactement les limites du certain, du probable et du douteux."

"La croyance en Dieu fait et doit faire presque autant de fanatiques que de croyants. Partout où l'on admet un Dieu, il y a un culte; partout où il y a un culte, l'ordre naturel des devoirs moraux est renversé, et la morale corrompue. Tôt ou tard, il vient un moment où la notion qui a empêché de voler un écu fait égorger cent mille hommes."

"La perfection évangélique n'est que l'art funeste d'étouffer la nature..."

"L'homme est le terme unique d'où il faut partir et auquel il faut tout ramener."

"L'idée qu'il n'y a pas de Dieu ne fait trembler personne ; on tremble plutôt qu'il y en ait un."

"Les naturalistes sont ceux qui n'admettent point de Dieu, mais qui croient qu'il n'y a qu'une substance matérielle. [...] Naturaliste en ce sens est synonyme d'athée, spinoziste, matérialiste, etc. "

"Elle disait plaisamment de la religion et des lois, que c'était une paire de béquilles qu'il ne fallait pas ôter à ceux qui avaient les jambes faibles."

"Aie toujours présent à l'esprit que la nature n'est pas Dieu, qu'un homme n'est pas une machine, qu'une hypothèse n'est pas un fait ; et sois assuré que tu ne m'auras point compris, partout où tu croiras apercevoir quelque chose de contraire à ces principes."

"Le véritable athéisme, l'athéisme pratique, n'est guère que sur le trône ; il n'y a rien de sacré, il n'y a ni lois divines, ni lois humaines pour la plupart des souverains ; presque tous pensent que celui qui craindrait Dieu ne serait pas longtemps craint de ses sujets."

"Il n'appartient qu'à l'honnête homme d'être athée. Le méchant qui nie l'existence de Dieu est juge et partie ; c'est un homme qui craint et qui sait qu'il doit craindre un vengeur (…) L'homme de bien au contraire, qui aimerait tant à se flatter d'une rémunération future de ses vertus, lutte contre son propre intérêt. L'un plaide pour lui-même, l'autre plaide contre lui ; le premier ne peut jamais être certain du véritable motif qui détermine sa façon de philosopher ; le second ne peut douter qu'il ne soit entraîné par l'évidence dans une opinion si opposée aux espérances les plus douces et les plus flatteuses dont il pourrait se bercer."

"Dieu n'a fait ni maître ni serviteur, je ne veux donner ni recevoir de lois."

"Dieu : un père comme celui-là, il vaut mieux ne pas en avoir."

"Le dialogue est la vraie manière instructive ; car que font le maître et le disciple ? Ils dialoguent sans cesse."

"L’homme le plus heureux est celui qui fait le bonheur d’un plus grand nombre d’autres."

"Je vois tant d’illustres fainéants se déshonorer sur les lauriers de leurs ancêtres, que je fais un peu plus de cas du bourgeois ou du roturier ignoré qui ne se gonfle point du mérite d’autrui."   

"Avoir des esclaves n’est rien ; ce qui est intolérable, c’est d’avoir des esclaves en les appelant citoyens."
 
"Quand un peuple n’est pas libre, c’est encore une chose précieuse que l’opinion qu’il a de sa liberté ; il avait cette opinion, il fallait la lui laisser ; à présent il est esclave, et il le sent et il le voit ; aussi n’en attendez plus rien de grand ni à la guerre, ni dans les sciences, ni dans les lettres, ni dans les arts."

"Et qu’importe quel nom on imprimera à la tête de ton livre ou l’on gravera sur ta tombe. Est-ce que tu liras ton épitaphe ?"                 
  
"Se faire tuer ne prouve rien, sinon qu’on n'est pas le plus fort."

"La société est partagée en deux classes d’hommes: les unes savent mal et parlent de tout ; c’est le grand nombre […] les autres ignorent et cherchent à s’instruire ; c’est le petit nombre."              

 "C’est le sort de presque tous les hommes de génie ; ils ne sont pas à la portée de leur siècle ; ils écrivent pour la génération suivante."
   

samedi 12 décembre 2015

La cathédrale de Chartres, Eure-et-Loir (28)

Cathédrale de Chartres
Au cœur des champs paisibles de la Beauce se dresse la majestueuse cathédrale de Chartres. Ce monument est inscrit au patrimoine mondial par l’Unesco et mérite le détour tant son ouvrage complexe interpelle avec la force de ses symboles.

Bien avant l’installation des chrétiens sur le site, celui-ci était déjà vénéré par les Gaulois. Le nom même de Chartres a, semble t-il, une origine culturelle car il pourrait provenir soit de « carns », nom donné aux autels de pierre utilisés par les druides, soit de « carnuts » qui signifie « lieu sacré des Carnutes », du nom des Gaulois habitant la région lors de la conquête romaine. Avant la première église, le site était occupé par un temple païen dans lequel s’ouvrait un puits sacré d’environ 33 m de profondeur. La légende affirme que c’est dans ce puits, dit « des Saints-Forts », qu’ont été précipités les premiers martyrs chrétiens du lieu.

On peut noter que l’orientation de la cathédrale est insolite. Elle est dirigée vers le Nord-est alors que la plupart des églises sont tournées vers l’Est c’est-à-dire vers la Palestine, berceau du christianisme. La nécessité de prendre appui sur les bases enterrées de l’ancien temple païen pourrait expliquer cette anomalie.

La cathédrale de Chartres présente des particularités qui ne répondent pas forcément aux archétypes chrétiens. Par exemple, on ne trouve nulle part de représentation de la Crucifixion. Par ailleurs, des thèmes astrologiques sont traités dans le décor de la cathédrale : les signes du zodiaque encadrent la grande scène de l’Ascension au tympan de la porte nord.

Enfin, l’élément le plus énigmatique est certainement le labyrinthe. C’est un dessin incrusté dans le sol de la nef, constitué de onze anneaux de dalles noires qui s’enroulent pour former un parcours de plus de 260 m.

Cathédrale de Chartres - Labyrinthe
 
Sa construction

Cathédrale de Chartes - Nef
Notre-Dame de Chartres fut reconstruite sur les ruines calcinées de la précédente cathédrale romane de la ville. En juin 1194,  un incendie ruine la majeure partie de la ville haute et la cathédrale romane du XIème siècle. La pierre est si calcinée qu'elle est jugée irrécupérable. Cependant, les constructions en sous sol sont intactes, ainsi que la façade occidentale et ses deux tours.

Dès les mois qui suivent l'incendie, on trace les limites du nouvel édifice projeté en tendant des cordeaux et l'on vérifie l'équerrage, ce qui amènera à redresser le diamètre transversal de l'abside. On implante les contreforts aux flancs de la nef et les deux gros contreforts qui limitent le chœur à l'Est. 

Comme l'ancien chœur est encore partiellement debout, il est impossible d'effectuer des visées ou de tendre des cordeaux dans ce secteur, d'où quelques irrégularités. Avant la fin de l'année, les fondations de tous les murs extérieurs sont établies, y compris les murs englobant les deux bras du transept et les chapelles absidales du côté sud.

Dès lors, les formes essentielles de la cathédrale sont fixées pour toujours. Par la suite, on pourra modifier le projet initial, mais en construisant sur ce qui existe déjà on n'enlèvera jamais une pierre mise en place.

1200  est l'année où l'on apporte de profondes modifications au projet initial: on opte pour deux déambulatoires au lieu d'un seul. De ce fait, les chapelles absidales seront moins profondes que ce qui était d'abord envisagé et on renonce aux deux longues chapelles latérales. Toute la surface de l'église est utilisable en 1204, sous un toit temporaire, sauf la dernière travée du transept nord et de son collatéral ouest. En 1226,  trente-deux ans après l'incendie, la cathédrale est presque finie.

 Il aura fallu seulement une vingtaine d'années pour construire le gros-œuvre d'un édifice qui s'impose par son étonnante unité et son incontestable harmonie. Cette cathédrale prend racine et s'élève sur la crypte carolingienne et l'église basse, appelée "crypte", de la cathédrale de Fulbert. Celle-ci, après avoir supporté les énormes charges de l'église romane, est devenue la matrice de la nouvelle. Se déployant sur 220 m de longueur, elle en commande et ordonne le plan.

Nous ne connaissons pas le nom du maître d'œuvre qui dès les premières années du XIIIème siècle osa jeter pour la première fois à une telle hauteur des voûtes sur croisées d'ogives, cela malgré l'existence de la crypte qui, en imposant les points d'appuis, donnait à la nef une largeur exceptionnelle de 16m40. Le maître d’œuvre de Chartres innove prudemment. Dans l'élévation, le triforium remplace les tribunes. Les fenêtres hautes chassent le mur, cédant la place aux vitraux. La cathédrale de Chartres devient le premier édifice de très grande dimension dont il fut décidé que tout le système de structure assurant sa stabilité reposerait sur l'emploi d'arcs boutants. De massives culées taillées en ressaut, canalisent les poussées de la voûte. De tout son poids, celle-ci peut alors s'élever à 37m 50 au-dessus de la plus large des nefs de cathédrale gothique.

Cet édifice de pierre, dont tous les éléments d'architecture servent à conduire les forces vers le sol, nous attire irrésistiblement vers le haut, là où s'épanouissent dans la légèreté de la voûte, les piliers et les colonnes. Rien dans cet ensemble n'est gratuit. Toutes les lignes sont nécessités de construction. La décoration, elle-même, très sobre, révèle et souligne l'architecture. Nécessité qui est beauté. C’est en parcourant la nef que l’on peut apprécier la santé robuste, l'immensité du vaisseau, l'élan puissant des piliers de la nef solidement amarrés au dallage le rythme cadencé des piles tantôt cylindriques, tantôt octogonales, le mouvement ascensionnel des quatre gerbes de colonnes à la croisée du transept, l'admirable harmonie des proportions.

Il faut sortir aussi pour admirer l'alliance formidable de la puissance et de la légèreté dans la double volée d'arcs-boutants du chevet. Savoir toujours passer du dedans au dehors, du dehors au-dedans et, ici, demeurer pour découvrir dans la pénombre, la lumière écrivant les formes et dessinant sans cesse les volumes.
Les neufs portails sculptés de la cathédrale de Chartres sont répartis sur les trois façades par groupes de trois chacun. C’est, par ailleurs la seule en Europe dont les portails des transepts soient précédés de porches également ornés de sculptures.

Si les cathédrales sont connues comme des « livres de pierre », allusion aux milliers de détails sculptés qui « racontent » la Bible, ici, les portails sont exceptionnellement détaillés en récits bibliques de toutes sortes, autrefois polychromes. L’homme du Moyen-âge y puisait sa connaissance des Saintes Ecritures en essayant de comprendre, d’appréhender les messages offerts à ses yeux, et ainsi de parvenir à l’Invisible par le visible, de l’image au symbole universel. On peut estimer que 10.000 personnages y sont peints ou sculptés. Autrefois tout était peint, dehors comme dedans.

Cathédrale de Chartres -Vitraux
Au 12ème et 13ème siècle, il était de règle que les verrières soient exécutées en même temps que les constructions des murs. 

La cathédrale de Chartres possède le plus important ensemble vitré du 13ème siècle présent dans un même édifice : 184 verrières dont 43 roses et 141 lancettes, soient 2600 m² de verre.

Ces vitraux illuminent, les après-midi de soleil la pierre de la nef par des jeux de lumières bleues, or, rouge, à la manière d’un gigantesque livre d'images représentant les étapes de la bible, mais aussi la vie corporative du Moyen Âge.

La cathédrale de Chartres, ce magnifique vaisseau de pierre est un univers de symboles que chacun peut lire à sa façon, avec le regard du profane, ou celui de l’initié.


  
L’horloge Astrolabique

Au Moyen-âge, la société est essentiellement catholique et agricole. La vie des hommes est structurée par les prières et les tâches agricoles. Avant l'invention de l'horloge mécanique c'est le cadran solaire qui donne l'heure, pour les activités publiques aussi bien que religieuses. La subdivision précise du jour et de la nuit et la réglementation des offices est une nécessité pour le clergé. C’est donc  dans les édifices religieux que sont construites les premières horloges.

La cathédrale de Chartres est, avec celle de Bourges, la seule à posséder une horloge dite « astrolabique ». Il n’existe que deux exemplaires de ce type conservés et connus dans le monde.. Il est fait mention de cette  horloge, située dans le pavillon de l'Horloge, dès 1407. Ce bâtiment, situé au pied du clocher nord, était destiné à abriter la machinerie de l'horloge à l'extérieur de la cathédrale. Son mécanisme était relié aux cloches par un système complexe de tringles qui a depuis disparu.

L'horloge astronomique de la cathédrale de Chartres présente un cadran d’environ un mètre de diamètre. Il indique les 24 heures de la journée, les phases de la lune, le temps d'un cycle lunaire et les signes du zodiaque correspondants au mois de l'année. Son mécanisme, endommagé à la Révolution, a fait l'objet d'une restauration en 2008.

Horloge Astrolabique de la Cathédrale de Chartres

Le labyrinthe 

Le labyrinthe de la Cathédrale de Chartres comprend onze anneaux concentriques séparés par une bordure de marbre bleu Il n'existe qu'un chemin pour rejoindre le centre sans impasses ni fausses pistes. Mais le chemin est laborieux : le chrétien qui le parcourait à genoux, en simulant le pèlerinage pour gagner son salut, devait à six reprises s'éloigner du centre alors qu'il y touchait presque. Il parcourait ainsi dix fois la hauteur de la nef et l'on dit qu'il y mettait le même temps que pour parcourir en marchant une lieue.

Le pèlerin découvrait au centre une rosace, reflet de celle du vitrail ornant la façade, et, étrangement en ce lieu, l'image de Thésée et du Minotaure. L'Église remplaça progressivement, dans les cathédrales et abbayes, l'image du Minotaure par celle du Christ avant d'entreprendre la destruction des labyrinthes apparaissant comme une impardonnable concession aux rites païens.



Les labyrinthes gravés sur le sol des cathédrales étaient à la fois la signature de confréries initiatiques, de constructeurs et les substituts du pèlerinage en Terre Sainte. La plupart ont été détruits et nous ne connaissons certains uniquement par des dessins qui furent exécutés par des artistes ou des curieux, à différentes époques.

Ces labyrinthes ont des géométries variées, octogonale à Reims et à Amiens, circulaire à Chartres ou carrée à Orléansville en Algérie, mais ils possèdent tous une caractéristique commune : un parcours unique, contenant une seule voie qui mène au centre que l'on atteint après avoir effectué un certain nombre de tours, détours et retours sur soi-même.

L'essence même de ce type de labyrinthes est de construire dans un espace défini, un chemin à l’enchevêtrement le plus complexe possible qui a pour effet de retarder l'arrivée de celui qui parcourt ce chemin jusqu’au centre qu'il veut atteindre, sans toutefois lui faire courir le risque de se perdre. Le labyrinthe se présente alors comme un chemin initiatique et spirituel qui contient une voie et une seule, celle qui mène à Dieu. L'Eglise a probablement favorisé cette configuration, ne souhaitant pas que le fidèle puisse croire qu'il était possible de s'égarer en cherchant à gagner le royaume du ciel.

A la manière d'un pèlerinage, ces labyrinthes étaient désignés généralement sous le nom de « Chemin de Jérusalem » et se parcouraient à genoux en chantant des psaumes et des pénitences, jusqu'en leur centre. Le croyant qui ne pouvait accomplir le pèlerinage réel parcourait en imagination le labyrinthe jusqu'à ce qu'il arrive au centre, au lieu saint.    

A l'image du combat de Thésée contre le Minotaure, le parcours vers le centre du labyrinthe figurait l'âme régénérée par la grâce divine triomphant du mal, arrivant au centre du labyrinthe : la Jérusalem céleste. C'est pour mettre en relief la valeur et l'importance de ce qui se trouve au centre que la plupart d’entre eux était constitué de plaques circulaires de cuivre ou de marbres, gravées ou sculptées. Ces plaques ont aujourd'hui disparu, victimes de l'usure du temps.


Combles de la Cathédrale de Chartres
Les photographies ci-dessous sont l'oeuvre d'Eric GRIMAUD et proviennent du site 

N'hésitez pas à vous y rendre pour en découvrir d'autres, tout aussi fabuleuses.






mardi 1 décembre 2015

Genèse - Wojtek Siudmak (1942-)

Wojciech Kazimierz (Wojtek) Siudmak, né le 10 octobre 1942 à Wieluń est un peintre d'origine polonaise, installé en France.

Genèse - Wojtek Siudmak

Il étudie au Collège d'Arts Plastiques de Varsovie de 1956 à 1961 et aux Beaux-Arts de Varsovie de 1961 à 1966. En 1966, il vient étudier à l'École nationale supérieure des beaux-arts à Paris et s'établit définitivement en France. Il vit actuellement en région parisienne.

Il qualifie son œuvre de "fantastique hyper-réaliste". Elle dépeint des univers fantasy, science-fiction, sur toile à la peinture à l'huile. Son œuvre a quelques points commun avec M.C. Escher, Max Klinger, Léonor Fini mais aussi Dali, Magritte et Paul Delvaux. Siudmak voisine avec Dali par sa virtuosité à rendre l'illusion tridimentionnelle de l'espace, par son sens des ombres et des lumières, les perspectives linéaires et aériennes. 

Wojtek SIUDMAK, Imaginales 2005
Siudmak ajoute à ces moyens d'expression artistique traditionnels des moyens purement hyper réalistes et très personnels, où la recherche de la perfection technique est mise au service d'une imagination débordante et originale.

De nombreuses personnalités ont exprimé leur admiration pour sa peinture, dont : George Lucas, Robert Silverberg, Paul Guth, J.J. Annaud, Jacques Goimard, Stan Robinson, Françis Lai...

Son travail est principalement célèbre par ses illustrations de couvertures de romans de science-fiction. Il a illustré tous les numéros de la collection Presses Pocket Science-fiction dirigée par Jacques Goimard, dont la série "Dune" de Frank Herbert.



Parcours de l’œuvre de W. Siudmak
Panorama réalisé par Michel Montagut, musique de Yann Linhart.

Cette vidéo se trouve sur le site internet de Wojtek Siudmak