vendredi 28 septembre 2018

L'âme de l'argent - Lynne Twist (1945-)

L'âme de l'argent - 2003

Cet ouvrage nous montre qu'à travers un simple examen de notre rapport à l'argent (la façon dont on le gagne, le dépense, le partage, le garde) nous montre quelles sont nos valeurs primordiales.

Dans une société de consommation qui glorifie la publicité, la vente et l'avidité insatiable comme mesure de la valeur personnelle, Lynne Twist nous amène dans son livre à nous distancier et à réexaminer notre rapport à l'argent afin d'évaluer notre connexion aux principes humains fondamentaux. En vivant consciemment et pleinement ce rapport à l'argent, nous pouvons considérablement transformer tous les aspects de notre vie.

Lynne Twist, mandataire d'une fondation humanitaire, fondatrice de la Pachamama Alliance (qui travaille avec les indigènes à la sauvegarde de la forêt équatoriale), collectrice de fonds pour l'association Hunger Project, elle a voyagé en Amérique du Sud et œuvré avec des civilisations qui ne connaissent le concept d'argent que depuis peu de temps. Elle travaille à la fois avec les plus démunis sur terre (privés des ressources essentielles comme les habitants du Sahel) et les plus fortunés habitant les nations opulentes telles que la France, la Finlande, les États Unis...

L'argent signifie pour chaque civilisation des choses différentes. Comme elle l'évoque dans son introduction, l'argent exerce une emprise puissante sur nos vies, il nous inflige des blessures et des épreuves, et la plus petite somme peut être garante d'un extraordinaire pouvoir de guérison lorsque nous l'employons pour exprimer notre âme humaine, nos idéaux les plus nobles et les valeurs et allégeances qui nous tiennent à cœur.

Pour Lynne Twist examiner notre lien à l'argent peut amener la paix de l'esprit.


Lynne Twist
Extrait :

L'avion a atterri à New York en plein orage, et je suis finalement arrivée à destination: une vieille église de Harlem, dans le sous-sol de laquelle environ soixante quinze personnes s'étaient rassemblées pour la soirée.Quel contraste avec les luxueux bureaux que j'avais quittés quelques heures auparavant! A cause de la pluie, l'eau s'infiltrait un peu partout dans la salle. Çà et là le long des murs, des seaux avaient été disposés où les fuites s'accumulaient. En arrière-plan, la pluie tambourinait et l'on entendait le bruit régulier de l'eau dégoulinant le long des murs et du plafond. J'étais à la fois intimidée et soulagée, plus à l'aise au sein de cette assemblée communautaire que dans les bureaux de cette compagnie. J'étais toutefois consciente d'être la seule blanche présente, et la robe de soie qui avait eu pour but d'impressionner le chef de la direction de la grosse compagnie alimentaire de Chicago me paraissait déplacée et ridicule dans ces circonstances. Un seul regard sur l'assistance m'apprit que les gens présents n'avaient pas beaucoup de sous à offrir. je leur ai parlé de l'engagement en Afrique de Hunger Project, car je croyais que c'était le sujet le plus directement lié à leur vie et à leur héritage. Le moment venu de solliciter des dons, j'avais les mains moite; je n'étais plus certaine que c'était ce qu'il fallait faire. J'ai tout de même formulé ma requête. Un silence de plomb s'est abattu sur la salle.

Après ce qui m'a paru un interminable interlude silencieux, une femme se leva. Son siège était près de l'allée, vers l'arrière de la pièce. Elle avait environ soixante-dix ans, et ses cheveux gris étaient séparés par une raie au milieu et convenablement noués en chignon. Debout, bien droite, elle était grande, mince et altière. "Ma fille, commença-t-elle, je m'appelle Gertrude, j'aime bien ce que tu racontes et je t'aime bien. Par contre, je n'ai pas de compte en banque ni de carte de crédit. En ce qui me concerne, l'argent c'est comme l'eau. Pour certains, il jaillit dans leur vie comme une rivière tumultueuse. Dans la mienne, il ruisselle sous forme de rigole. Je voudrais cependant le partager de manière à faire le plus de bien possible au plus grand nombre de gens possible. J'estime que c'est mon droit et ma responsabilité. C'est aussi une joie. J'ai cinquante dollars dans mon sac à main, que j'ai gagnés en faisant la lessive d'une femme blanche, et je tiens à te l'offrir." (...)

L'argent de Gertrude était imprégné de son désir de faire le bien; il portait le sceau de son âme. En acceptant son don, je me suis sentie inspirée et régénérée par cette expression d'intégrité et de détermination. (...) Le montant exact et ce qu'il permettait d'acheter étaient d'une importance moindre que le pouvoir de cet argent qui circulait avec une raison d'être, une intention bienveillante et l'énergie du cœur. Gertrude m'a enseigné que ce pouvoir émane vraiment de l'intention avec laquelle l'argent est donné et de l'intégrité avec laquelle nous le distribuons dans le monde.(...) 

Gertrude m'a donc enseigné que l'argent est comme l'eau. Il circule dans notre vie à tous, parfois telle une rivière tumultueuse, parfois tel un ruisselet. Quand il passe, il purifie, nettoie, suscite la croissance et nourrit. En revanche s'il s'immobilise ou reste captif trop longtemps, il devient stagnant et toxique pour ceux qui le détiennent ou l'entassent.

Comme l'eau, l'argent est un transporteur. Il peut porter l'énergie bénie d'une intention et d'une potentialité, ou véhiculer le contrôle, la domination et la culpabilité. Tantôt il sera un courant d'amour, un conduit pour l'engagement, tantôt il apportera le mal et la douleur.

samedi 22 septembre 2018

Les quatre accords Toltèques - Miguel Ruiz (1952-)

Les quatre accords Toltèques - Editions Poche Jouvence
Né en 1952 dans une famille de guérisseurs au Mexique, Miguel Ruiz devient neurochirurgien, avant qu’une NDE (near death experience, « expérience de mort imminente ») dans les années 1970 ne transforme sa vie. Il décide alors de retrouver le savoir de ses ancêtres toltèques, devient chaman et se donne pour mission de transmettre cette sagesse au plus grand nombre. Après des années d’enseignement et d’écriture, il est victime d’une attaque cardiaque en 2002, à laquelle il a survécu. Il passe alors le relais à son fils, José Luis Ruiz.

Dans ce livre, l'auteur nous révèle la source des croyances limitatrices qui nous privent de joie et créent des souffrances inutiles. Il montre comment on peut se libérer du conditionnement collectif - le "rêve de la planète", basé sur la peur - afin de retrouver la dimension d'amour inconditionnel qui est à notre origine et constitue le fondement des enseignements toltèques que Castenada fut le premier à faire découvrir au grand public.

Miguel Ruiz propose de passer avec soi quatre accords visant à briser nos croyances limitatives. Celles que nous développons depuis l’enfance, qui distordent la réalité et nous maintiennent dans la souffrance. A force de conditionnements culturels et éducatifs (sur ce qui est juste ou faux, bon ou mauvais, beau ou laid) et de projections personnelles (« Je dois être gentil », « Je dois réussir »…), nous avons intégré une image fausse de nous-même et du monde.

Ces idées ne sont pas nouvelles. Elles reprennent les principes de la thérapie cognitive, qui démontrent à quel point le manque de distance ou la généralisation abusive sont des pièges. Le talent de l’auteur est d’expliquer ces quatre accords avec des mots simples, qui frôlent parfois la naïveté et des cas concrets. Miguel Ruiz n’ordonne rien. Il laisse entendre que s’il a pu s’approprier ces accords, tout le monde peut le faire.

Les quatre accords en question se résument ainsi :


Que votre parole soit impeccable

Parlez avec intégrité, ne dites que ce que vous pensez. N’utilisez pas la parole contre vous ni pour médire d’autrui.

Miguel Ruiz rappelle le pouvoir du verbe sur le psychisme. Qui n’a pas gardé en mémoire une phrase blessante d’un parent ? Et ne la fait pas encore résonner une fois adulte ? La parole est un outil qui peut détruire. Ou construire. Contrairement à ce que nous croyons souvent, les mots ont du poids : ils agissent sur la réalité. Par exemple, dites à un enfant qu’il est enrobé et il se sentira gros toute sa vie.

Comment s’y prendre ? En cultivant la modération dans ses propos : ne pas en dire trop, ni trop vite. Et cela commence dans le discours que l’on se tient à soi-même : "La clé, c’est l’attention à notre discours intérieur". Les critiques et les jugements que nous cultivons sur autrui, mais aussi les sempiternels "Je suis nul" , "Je suis incapable" ou "Je ne suis pas beau" que nous entretenons à notre sujet sont des paroles négatives qui polluent notre mental. Or, elles ne sont que projections, images faussées en réponse à ce que nous croyons que l’autre ou le monde attend de nous. Conclusion : parlons peu, mais parlons vrai, en valorisant aussi nos atouts et ceux d’autrui.

N’en faites jamais une affaire personnelle

Ce que les autres disent et font n’est qu’une projection de leur propre réalité. Lorsque vous êtes immunisé contre cela, vous n’êtes plus victime de souffrances inutiles.

Les paroles et les actes de l’autre ne nous concernent pas en propre. Ils lui appartiennent parce qu’ils sont l’expression de ses propres croyances. Vous êtes critiqué ? Ou encensé ? C’est l’image que l’autre se fait de vous. Ce n’est pas vous.
De même, les événements qui surviennent ne sont pas toujours des réponses à notre comportement. Selon Miguel Ruiz, nous devons sortir de cet égocentrisme qui nous fait croire que tout ce qui arrive autour de nous est une conséquence de notre attitude. Le « moi je » nous maintient dans l’illusion. Donc dans la souffrance.

Comment s’y prendre ? "Il s’agit moins de rester stoïque que de prendre du recul ". Ramener à soi ce qui appartient à l’autre déclenche inévitablement de la peur, de la colère ou de la tristesse, et une réaction de défense. L’objectif : laisser à l’autre la responsabilité de sa parole ou de ses actes et ne pas s’en mêler. Cela suffit souvent à calmer le jeu.

Ne faites aucune supposition

Ayez le courage de poser des questions et d’exprimer vos vrais désirs. Communiquez clairement avec les autres pour éviter tristesse, malentendus et drames.

C’est un travers banal: nous supposons, nous élaborons des hypothèses et nous finissons par y croire. Un ami ne nous a pas dit bonjour ce matin, et nous imaginons qu’il nous en veut ! Selon Miguel Ruiz, c’est un "poison émotionnel". Pour s’en libérer, il propose d’apprendre à mettre les choses à plat, par exemple en exprimant ses doutes. Ce qui implique d’apprendre à écouter et d’être capable d’entendre.

Comment s’y prendre ? Il s’agit de prendre conscience que nos suppositions sont des créations de notre pensée. Dès lors qu’une hypothèse devient une croyance (Cet ami est fâché contre moi ), nous élaborons un comportement de pression (Je ne l’aime plus non plus ou je dois le convaincre de m’aimer à nouveau ), source d’angoisse et de stress.

Faites toujours de votre mieux

Votre “mieux” change d’instant en instant. Quelles que soient les circonstances, faites simplement de votre mieux et vous éviterez de vous juger.

Cet accord découle des trois premiers. Lorsque vous en faites trop, vous vous videz de votre énergie et vous finissez par agir contre vous. Mais si vous en faites moins, vous vous exposez à la frustration, à la culpabilité et au regret. Le but est de trouver le juste équilibre.

Comment s’y prendre ? Ce qui est juste pour soi ne dépend en aucun cas d’une norme. Pour Miguel Ruiz, certains jours, faire ce qu’il y a de mieux pour soi, c’est rester au lit. Dans tous les cas, le pire piège est la course à la perfection. L’un des moyens d’éviter ce travers est de remplacer nos "Je dois faire ceci " par des "Je peux faire ceci". Cela permet de s’approprier pleinement l’objectif à atteindre, sans se soucier du jugement et des attentes des autres. Cela permet aussi d'éviter de se "juger".

dimanche 5 août 2018

Pavane op. 50 - Gabriel Fauré (1845-1924)

Pavane op. 50 en fa dièse mineur est une œuvre symphonique avec chœurs, écrite par Gabriel Fauré en 1887. La partition initiale est écrite pour un petit orchestre comprenant des cordes, deux hautbois, deux flûtes, deux clarinettes, deux bassons et deux cors. La pavane devait être donnée dans une série de concerts donnés par Jules Danbé. Elle est dédicacée à la comtesse Elisabeth Greffuhle. Le musicien ajoute, à la demande de cette dernière, une partie chorale sur un texte de Robert de Montesquiou-Fezensac, cousin de celle-ci. La première a lieu le 25 novembre 1888 par les Concerts Lamoureux sous la direction de Charles Lamoureux.



Gabriel Fauré
Gabriel Fauré est un compositeur français, né à Pamiers le 12 mai 1845 et mort à Paris le 4 novembre 1924.Elève de Saint-Saëns et Gustave Lefèvre à l'École Niedermeyer de Paris, il est d'abord organiste à l'église de la Madeleine à Paris. Il est ensuite professeur de composition au Conservatoire de Paris, puis directeur de l'établissement de 1905 à 1920.

Dès l’âge de neuf ans, il quitte la maison familiale de Pamiers et part à Paris pour étudier à l’École Niedermeyer. Il y étudie onze années avec plusieurs musiciens de premier plan, dont Saint-Saëns. En 1870, Fauré s’engage dans l’armée. Pendant la Commune de Paris, il demeure à Rambouillet et en Suisse, où il enseigne à l'Ecole Niedermeyer qui avait été déplacée. Il retourne à Paris en octobre 1871 et devient organiste titulaire à l’église Saint-Sulpice tout en participant régulièrement au salon de Saint-Saëns et de Pauline Garcia-Viardot. Il y rencontre les principaux musiciens parisiens de l’époque et forme avec eux la Société Nationale de Musique.

En 1874, Fauré remplace à l’Eglise de la Madeleine Saint-Saëns souvent absent. Quand ce dernier prend sa retraite en 1877, Fauré devient chef de chœur. A la même époque, il se fiance avec Marianne Viardot, la fille de Pauline, mais ces fiançailles sont assez vite rompues par Marianne. Déçu, il voyage à Weimar, où il rencontre Liszt.

En 1883, Fauré épouse Marie Fremiet, avec qui il a deux fils. Pour subvenir aux besoins de sa famille, il assure les services quotidiens à l’Eglise de la Madeleine. Durant cette période, il écrit plusieurs œuvres importantes, de nombreuses pièces pour piano et des chansons, mais les détruit pour la plupart après quelques présentations et n’en retient que quelques mouvements pour en réutiliser les motifs.

Dans les années 1890, Il voyage à Venise, où il rencontre des amis et écrit plusieurs œuvres. En 1892, il devient inspecteur des conservatoires de musique en province. En 1896, il est nommé organiste en chef à l’Eglise de la Madeleine et succède à Jules Massenet comme professeur de composition au Conservatoire de Paris. Il enseigne alors à de grands compositeurs comme Maurice Ravel et Nadia Boulanger.

De 1903 à 1921, Fauré est critique au Figaro. En 1905, il succède à Théodore Dubois comme directeur du Conservatoire de Paris. Il est élu à l’Institut de France en 1909. En 1920, à 75 ans, il prend sa retraite du Conservatoire. Gabriel Fauré meurt à Paris en 1924. Des funérailles nationales eurent lieu à l’Eglise de la Madeleine. Il est inhumé au Cimetière de Passy à Paris.

Avec Debussy, Ravel, Satie et Saint-Saëns, Gabriel Fauré est l'un des grands musiciens français de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

vendredi 3 août 2018

Hannah Arendt (1906-1975)

Hannah Arendt (1906-1975)
Hannah Arendt, née Johanna Arend est une philosophe allemande naturalisée américaine, connue pour ses travaux sur l’activité politique, le totalitarisme et la modernité. Née en Allemagne à Hanovre en 1906, Hannah n'était qu'une enfant lorsque son père meurt. ingénieur de formation, il avait étudié avec passion les auteurs classiques Grecs et Latins. Sa mère pratiquait le français et la musique, tous deux étaient persuadés de la nécessité d'éduquer les jeunes filles

De 1924 à 1929 elle suit des études secondaires, durant lesquelles elle montre une précocité extrême en philosophie,puis elle effectue ses études supérieures. Elle est successivement élève de Husserl, de Heidegger et de Jaspers. Sous sa direction elle soutient son doctorat sur "le concept d'amour chez Saint Augustin".

De 1929 à 1931 naît à travers d'évènements douloureux chez cette jeune femme, la conscience de son identité juive. Elle est arrêtée par la Gestapo. 

Elle en réchappera miraculeusement. Suivent d'amères déceptions relatives à l'attitude de nombreux amis, en particulier, celui qui demeurera jusqu'à la fin de sa vie son maître et son amant, Martin Heidegger.

De 1931 à 1939 Elle réside à Paris. Au contact d'intellectuels de l'époque, Sartre, Raymond Aron, Stéphan Zweig, Bertolt Brecht, elle milite dans des organisations sionistes et facilite le départ vers la Palestine de nombreuses personnes. Après des séjours dans les kibboutz, elle revient émerveillée mais préoccupée par l'aveuglement des sionistes vis à vis de la question arabe. Elle rencontre à Paris Heinrich Blücher qui deviendra quelques années plus tard son second mari, il sera le révélateur de sa passion pour la philosophie politique.

De 1940 à 1945. Elle fuit le régime de Vichy après avoir été internée quelques semaines suite à la rafle du "Vel' d'Hiv", elle émigre au Etats Unis avec sa mère et son mari. A la faveur des connaissances qu'elle avait acquises sur le comportement de la Droite française, elle publie une étude sur L'Affaire Dreyfus. C'est dans cette période qu'elle s'interroge, rédige de nombreux articles et propose d'autres solutions que la création d'un état juif excluant les arabes.

Dès 1943 elle a connaissance avec Blücher de "la solution finale" à laquelle elle ne veut pas croire.

De 1945 à 1948 elle travaille à ses premiers ouvrages fondamentaux dont "L'origine du totalitarisme", dirige la
commission pour la renaissance de la culture juive en Europe et travaille au côté des existentialistes.

1948 marque un tournant dans sa vie car elle retourne en Europe sans cacher sa joie d'entendre de nouveau parler la langue allemande. Elle retrouve Heidegger qu'elle n'abandonnera jamais malgré l'engagement momentané de celui-ciau côté des nazis.

A partir de 1951 elle est déclarée citoyenne américaine et publie les origines du totalitarisme, ouvrage passionné où elle tente de savoir "ce qui s'était passé, pourquoi cela s'était passé et comment cela avait-il pu se passer". Elle y démontre le caractère inédit du phénomène totalitaire, révélation d'un mal absolu dont la cause tient dans l'existence de crimes non punissables autant qu'impardonnables.

1952 marque l'année de sa rupture avec la politique de l'état hébreux, suite aux massacres de Kybia.

De 1953 à 1958 elle donne de nombreuses conférences dans les plus prestigieuses universités qui seront reprises dans des ouvrages comme "la crise de la culture", "la condition de l'homme moderne" et "l'essai sur la révolution". Elle critique au cours de ces années à la fois le Marxisme et la société américaine qui favorisent les écarts entre la pauvreté des uns et la richesse des autres.

De 1958 à 1961 outre de nombreuses interventions à l'Université de Berkeley dont elle ne conserve que l'idée douloureuse de l'obligation de parler 5 fois par semaine devant un public. Elle publie de nombreux ouvrages regroupés maintenant dans l'introduction de la "condition de l'homme moderne" ainsi que des essais sur la pensée de Tocqueville, "toute époque moderne demande une nouvelle politique". C'est au cours de ces années qu'elle achève, "La condition de l'homme moderne" qui interroge l'oeuvre le travail et l'action puis l'ouvrage intitulé: "La vie d'une juive allemande" commencé dès 1928.

En 1961 elle demande à couvrir, pour un journal new yorkais, le procès d'Adolf Eichmann. Le récit de ce procès donne naissance à un livre très controversé :"un procès à Jérusalem, rapport sur la banalité du mal". Elle expose dans cet ouvrage des idées personnelles sur la responsabilité des bourreaux et des victimes, sur la responsabilité des comités juifs. Elle déclare par exemple : "Eichmann n'est pas un Richard III, il ne lui serait jamais venu à l'idée de faire le mal par principe". Elle affirme que son seul crime est de ne pas avoir pensé qu'il faisait le mal et que, dans un monde privé de repères, bien des hommes sont dans l'incapacité de distinguer le bien du mal. Ces écrits déclenchent des réactions d'une rare violence de la part de la communauté juive internationale. Accusée par certains d'avoir des faiblesses pour des nazis (rejaillit alors à la surface sa liaison avec Heidegger), elle est victime d'une véritable cabale internationale. Pour celle qui déclare quelques années plus tard que "toute catastrophe liée à l'état d'Israël m'affecterait plus que tout au monde", l'incompréhension aveugle dont elle fait l'objet la marque jusqu'à la fin de sa vie. La complexité de sa pensée rend simple toute interprétation politiquement facile. Beaucoup de ses détracteurs trouvent dans cette simplification une méthode efficace pour réduire celle qui fut l'analyste majeure de la pensée politique de notre siècle au rang d'exégète d'une pensée politique romantique.

En 1968 elle publie "la crise de la culture", huit exercices de pensée politique dédiés à son maître Blücher dans lesquels elle se demande:"comment penser dans la brèche laissée par la disparition de la tradition entre le passé et le futur".

De 1968 à 1975 outre de nombreuses conférences, elle publie des articles sur l'analyse de la pensée politique, sur Emmanuel Kant dans sa "critique de la façon de juger". Elle ne terminera jamais son dernier livre majeur,"La vie de l'esprit" dont le titre traduit bien les orientations nouvelles de sa pensée vers une analyse plus approfondie de la métaphysique domaine privilégié des philosophes.

Elle meurt le 4 Décembre 1975 à New York, une année avant son maître Heidegger. Lors des obsèques, son ami Hans Jonas après avoir prononcé le kaddish lui dira : "Avec ta mort tu as laissé le monde un peu plus glacé qu'il n'était."

Hannah Arendt - Interview à New York (1973) dans le cadre de l'émission Un Certain Regard

Principaux ouvrages

- Les origines du totalitarisme
- La crise de la Culture
- La condition de l'Homme Moderne
- Eichmann à Jérusalem
- L'essai sur la révolution
- La vie de l'esprit

La pensée de Hannah Arendt


La pensée d'Hannah Arendt est avant tout une nouvelle conception de l'action politique, développée dans Condition de l'homme moderne et La Crise de la culture. Loin des traditionnels liens établis entre théorie et pratique, selon lesquels il s'agirait de comprendre le monde pour ensuite le transformer, elle pense l'espace public comme un lieu fait de fragilité car continuellement soumis à la natalité, c'est-à-dire à l'émergence de nouveaux événements.

Elle a tout à la fois étudié les conditions historiques de disparition d'un tel espace public (en particulier dans Condition de l'homme moderne avec la question de la sécularisation et de l'oubli de la quête d'immortalité), et les événements qui indiquent de nouvelles possibilités (en particulier dans son Essai sur la révolution). Son analyse de l'espace public repose sur la distinction conceptuelle entre le domaine privé et le domaine public, chacune des principales activités de l'homme devant être bien localisée:

*Le travail doit rester dans le domaine privé, sous peine que la vie de l'homme devienne une quête d'abondance sans fin. Cette critique de la société de consommation et cette invitation à l'auto-limitation du travail préfigure l'écologie politique et les notions de simplicité volontaire et de décroissance.

*L'œuvre doit être créée en privé avant d'être exposée publiquement : c'est ainsi qu'elle crée un monde dans lequel l'action peut prendre place. Ce point, développé dans Condition de l'homme moderne, explique qu'Hannah Arendt dénonce la massification de la culture et la transformation de l'art en objets de consommation dans son célèbre essai sur La crise de la culture.

*Les actes et les paroles méritent d'apparaître en public pourvu que l'auteur les laisse dévoiler qui il est. Il ne faut pas concevoir la liberté comme une souveraineté: il ne faut pas chercher à maîtriser toutes les conséquences de ses actes. Hannah Arendt invite au contraire à assumer la fragilité de l'espace public, à rester sensible à la natalité, aux événements qui surgissent. D'où l'intérêt d'Hannah Arendt pour les révolutions spontanées (Essai sur la révolution) comme La Commune ou la révolution hongroise: "Dans les conditions de vie modernes, nous ne connaissons donc que deux possibilités d’une démocratie dominante : le système des partis, victorieux depuis un siècle, et le système des conseils, sans cesse vaincu depuis un siècle".

Arendt souhaitait penser son époque, et elle s'est ainsi intéressée au totalitarisme. Son analyse continue à faire autorité, à côté de celle, différente et plus descriptive, de Raymond Aron. Dans le livre Les Origines du totalitarisme elle met sur le même plan stalinisme et nazisme, contribuant ainsi à systématiser le nouveau concept de « totalitarisme ». Certaines de ses analyses comme par exemple celles sur la « république plébiscitaire », sur le rôle de la « populace », sur la « société de masse » comme vivier du totalitarisme, sur le fascisme, sont aujourd'hui contestées par l'historiographie actuelle.

Dans son chapitre de L’Impérialisme sur les « perplexités des droits humains », elle démontre le processus qui identifia les droits de l’homme à l’identité nationale, les États excluant de ces droits les non-nationaux.

Bien qu'elle ait travaillé de nombreuses années au sein d'une organisation sioniste (lors de son séjour à Paris), Hannah Arendt évolua progressivement au sujet d'Israël, et exprima son opposition constante à tout enfermement nationaliste. Elle était favorable à un État fédéral mixte judéo-arabe.

Ses réflexions sur l'action ne l'ont pas empêchée de s'interroger sur le rôle de la pensée, en particulier dans La Vie de l'esprit : il ne s'agit plus d'une vita contemplativa, censée permettre d'accéder à la vérité avant de décider comment agir. La pensée a un rôle purgatoire : elle est l'occasion de se retirer du monde, de s'en rendre spectateur. C'est en restant ainsi dans le domaine privé qu'il est possible d'utiliser la volonté pour décider ce qui est bien et ce qui est mal (ce qui peut donner lieu à la méchanceté, au mal radical). Mais c'est surtout par cette purgation par la pensée, qu'il est possible face à un événement dans le domaine public de faire preuve de discernement, de juger ce qui est beau et ce qui est mal (et c'est faute d'un tel jugement que peut apparaître la banalité du mal comme dans le cas d'Eichmann). Pour Hannah Arendt, la pensée la plus haute n'est pas celle qui se réfugie dans la contemplation privée, mais celle qui, après la pensée purgatrice et la volonté légiférante, s'expose dans la domaine public en jugeant les événements, en faisant preuve de goût dans ses paroles et ses actions.

Citations de Hannah Arendt

"La société de masse ne veut pas la culture mais les loisirs."

"Le tiers monde n'est pas une réalité mais une idéologie."
Extrait de Du mensonge à la violence

"C'est justement pour préserver ce qui est neuf et révolutionnaire dans chaque enfant que l'éducation doit être conservatrice, c'est-à-dire assurer "la continuité du monde".
Extrait de La Responsabilité

"Si tu réussis à paraître devant les autres ce que tu souhaiterais être, c'est tout ce que peuvent exiger de toi les juges de ce monde."
Extrait d' Essai sur la révolution

"C'est dans le vide de la pensée que s'inscrit le mal."

"Le progrès et la catastrophe sont l'avers et le revers d'une même médaille."

"Aimer la vie est facile quand vous êtes à l'étranger. Là où personne ne vous connaît, vous tenez votre vie entre vos mains, vous êtes maître de vous-mêmes plus qu'à n'importe quel moment."
Extrait de Rahel Varnhagen

"La principale caractéristique de l'homme de masse n'est pas la brutalité ou le retard mental, mais l'isolement et le manque de rapports sociaux normaux."
Extrait de Les Origines du totalitarisme : le système totalitaire

"Les mouvements totalitaires avaient moins besoin de l'absence de structure d'une société de masse, que des conditions spécifiques d'une masse atomisée."
Extrait de Les Origines du totalitarisme : le système totalitaire

"Les mouvements totalitaires sont des organisations massives d'individus atomisés et isolés."
Extrait de Les Origines du totalitarisme : le système totalitaire

"L'absence ou le mépris du programme n'est pas nécessairement un signe de totalitarisme."
Extrait de Les Origines du totalitarisme : le système totalitaire

"Sans les masses, le chef n'existe pas."
Extrait de Les Origines du totalitarisme : le système totalitaire

"Ce que voulait la populace, c'était d'accéder à l'histoire, même au prix de l'auto-destruction."
Extrait de Les origines du totalitarisme : le système totalitaire

"Ce qui séduisait l'élite, c'était l'extrémisme en tant que tel."
Extrait de Les Origines du totalitarisme : le système totalitaire

"Aucune philosophie, aucune analyse, aucun aphorisme, aussi profonds qu'ils soient ne peuvent se comparer en intensité, en plénitude de sens, avec une histoire bien racontée."
   
"Il faudrait bien comprendre que le rôle de l'école est d'apprendre aux enfants ce qu'est le monde, et non pas leur inculquer l'art de vivre."

"Les mots justes trouvés au bon moment sont de l'action."

"La pensée naît d'événements de l'expérience vécue et elle doit leur demeurer liée comme aux seuls guides propres à l'orienter. Pour être confirmé dans mon identité, je dépends entièrement des autres."
   

samedi 28 juillet 2018

Même l'être le plus fragile, le plus démuni, a une fonction

Féminisation de la société, révolution démographique, rôle des associations, initiatives solidaires, émergence du concept du "care", une nouvelle façon de repenser l’État providence autour de la notion d'accompagnement...

Toutes ces questions sont abordées dans l'ouvrage de Serge Guérin: De l’État providence à l'Etat accompagnant (Editions Michalon).


Des "inactifs" plutôt actifs

Alors que la France débat sur la question des retraites, vous abordez le sujet en rappelant que ceux que l'on appelle les "inactifs" ne le sont pas nécessairement.

"Personne n'est réductible à son âge, son genre, son métier, ses origines. Regardez les retraités qui sont hyper présents dans les associations, dans l'aide à des proches, comme élus locaux... Et puis nous avons tous des identités multiples. Dans une même journée, un senior peut être un grand-parent qui va chercher ses petits-enfants à l'école, un jeune bénévole, quelqu'un qui vient de tomber amoureux, ou qui apprend à faire pousser des tomates dans un jardin partagé. 

Je trouve le mot inactif trop péjoratif : inactif voudrait signifier inutile. D'abord, on a le droit d'être inutile. Ensuite, même l'être le plus fragile, le plus démuni, a une fonction. Si je le regarde, si je l'aide, il me renvoie à ma propre humanité.donc il me sert à quelque chose".

Les "aidants": solidarité de proximité

Vous soulignez également le rôle des "aidants", qui entretiennent le lien social. Qui sont-ils ?

Tous ceux qui consacrent plusieurs heures par jour ou par semaine à soutenir d'autres personnes, par exemple un parent malade ou un enfant handicapé. On estime leur nombre entre 3 et 4 millions en France.

Ce que révèle une étude de BVA réalisée pour la Fondation Novartis, c'est que 18% de ces personnes viennent en aide sans qu'entrent en jeu des liens familiaux ou institutionnels. C'est-à-dire qu'on n'aide pas seulement sa famille, mais aussi ses voisins, ses collègues...

Ces solidarités de proximité contribuent à amortir les effets de la crise. Elles participent à ce qu'on appelle aujourd'hui le "care".


Quelle est votre définition du "care" ?

Le care est une pratique du soin et de l'accompagnement des personnes fragilisées sur le plan physique, moral ou économique. Une société du "care" serait une société qui serait à la fois plus protectrice tout en laissant à chacun son chemin d'autonomie. Pour moi, il s'agit de passer d'une logique d'assistance à une société de l'accompagnement. Il faut penser une politique globale du "care", au plan local, régional et national.

Ce qui passe notamment par une revalorisation des emplois de service à la personne. Ces emplois, majoritairement féminins, sont considérés comme "sales". Il faut davantage de formation et puis permettre à ces salariés de changer un jour d'emploi. Ce n'est pas de l'argent perdu.

Quand je rencontre un maire qui rechigne à ouvrir une maison de retraite sur sa commune par peur de la voir vieillir, je lui rappelle que cela fait venir aussi des employés, qui ont des enfants, et que cela lui permettra peut-être un jour de sauver une classe de son école. Et ces personnes âgées vont construire de la mémoire, du lien, apportent quelque chose en retour à la communauté.

Alors que le chômage des plus de 50 ans augmente sensiblement, vous estimez que les seniors pourraient occuper ces emplois.

On peut aussi accompagner les plus de 50 ans et les aider à retrouver un travail en se formant à ces métiers d'aidants et de soutien où l'on ne valorise pas la productivité mais le relationnel, l'attention. C'est un gisement d'emplois non délocalisables, non polluants, et qui participent à la redynamisation des territoires. Ce gisement peut aussi concerner les 170 000 jeunes qui sortent chaque année du système scolaire sans diplôme.


Cette société du "care" peut être favorisée par d'autres que l'Etat...

Ce devrait être le rôle des régions, du milieu associatif, des entreprises aussi. Dans le secteur HLM, des femmes s'organisent pour faire garder les enfants de mères seules, des jeunes accompagnent des enfants pour leur faire découvrir de nouveaux métiers... Ailleurs, on voit s'organiser un réseau de co-voiturage. Rhodia France permet à ses salariés grands-parents d'aménager différemment leur temps de travail. Le regard change. Quand quelqu'un a passé cinq ans de sa vie à en aider un autre, ce n'est pas cinq ans de perdus ! Il faudrait pouvoir le mettre sur son CV, en être fier, et être valorisé par l'entreprise parce que c'est un plus.


Source: Ca m'intéresse août 2010, Entretien avec Serge Guérin, sociologue et spécialiste des seniors. Propos recueillis par Frédéric Karpyta.





Serge Guérin (1962-)

Serge Guérin sociologue (1962 -)
Serge Guérin est un sociologue français né en 1962, spécialiste des questions liées au vieillissement de la société et aux enjeux de l'inter-génération. Il est aussi l'un principaux représentants des théories du care en France.
Il est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages dont plusieurs sur la sociologie des seniors ou des personnes âgées et sur les rapports de la société française avec le vieillissement.

On lui doit d'avoir contribué à une vision plus positive du papy-boom  et d'avoir montré la transformation profonde des styles de vie des personnes de plus de 50 ans issus du baby-boom.
 
Il s'est fait connaître des médias pour sa volonté de fustiger les représentations négatives des personnes âgées et de la question senior.

Rédacteur en chef de "Réciproques ", la revue de recherche sur la proximologie (la compréhension et la connaissance des aidants bénévoles auprès de personnes âgées ou de malades chroniques), il s'intéresse aux rôles sociaux des retraités et aux problématiques du don.

Chroniqueur pour différents médias (senioractu.com, Géroscopie Magazine...), il a contribué à de nombreuses revues et ouvrages collectifs, il est vice-président de l'Uniorpa (Union Nationale des Offices de retraités et personnes âgées).

Bibliographie

Le droit à la vulnérabilité. Manager les fragilités en entreprise, Michalon, 2011, en collaboration avec Th Calvat.
La nouvelle société des seniors, Michalon, 2011, nouvelle édition, revue, corrigée et enrichie de La société des seniors, Michalon, 2009
De l'état providence à l'état accompagnant, Michalon, 2010.
Le management des seniors, Eyrolles, 2009, 2eme édition, en collaboration avec Gérard Fournier (Prix du livre RH Sciences Po-Syntec).
La société des seniors, Michalon, 2009.
Le management de transition, Les Echos Etudes, 2008, en collaboration avec Gérard Fournier.
Habitat social et vieillissement. Représentation, formes et liens (direction), La documentation Française, 2008.
Vive les vieux !, Michalon 2008.
L'invention des seniors, Hachette Pluriel, 2007.
Le Grand retour des seniors, Eyrolles, 2002.
Le Boom des seniors, Economica, 2000.
La presse quotidienne, Flammarion, 1999, en collaboration avec Philippe Robinet.
Internet en Questions, Economica, 1998.
La Cyberpresse, Hermes, 1996.
La presse économique et financière, Editions du Cfpj, 1992