vendredi 16 mars 2012

Henry David Thoreau (1817-1862)


Henry David Thoreau (1817-1862)
Henry David Thoreau, né David Henry Thoreau le 12 juillet 1817 à Concord (Massachusetts) où il est mort le 6 mai 1862, est un essayiste, enseignant, philosophe, naturaliste amateur et poète américain.

Son œuvre majeure, Walden ou la vie dans les bois, publiée en 1854, délivre ses réflexions sur une vie simple menée loin de la société, dans les bois et suite à sa "révolte solitaire".

Le livre "La Désobéissance civile" (1849), dans lequel il avance l'idée d'une résistance individuelle à un gouvernement jugé injuste, est considéré comme à l'origine du concept contemporain de "non-violence".

Opposé à l'esclavagisme toute sa vie, faisant des conférences et militant contre les lois sur les esclaves évadés et capturés, louant le travail des abolitionnistes et surtout de John Brown, Thoreau propose une philosophie de résistance non violente qui influence des figures politiques, spirituelles ou littéraires telles que Léon Tolstoï, Gandhi et Martin Luther King.

Les livres, articles, essais, journaux et poésies de Thoreau remplissent vingt volumes. Thoreau se veut un observateur attentif de la nature et ce surtout dans ses dernières années durant lesquelles il étudie des phénomènes aussi variés que les saisons, la dispersion des essences d'arbres ou encore la botanique. Les différents mouvements écologistes ou les tenants de la décroissance actuels le considèrent comme l'un des pionniers de l'écologie car il ne cesse de replacer l'homme dans son milieu naturel et appelle à un respect de l'environnement.
   

jeudi 8 mars 2012

Antoine de Saint Exupéry (1900-1944)

Antoine de Saint Exupéry (1900-1944)
Antoine Marie Jean-Baptiste Roger de Saint-Exupéry, né le 29 juin 1900 à Lyon et disparu en vol le 31 juillet 1944, Mort pour la France, est un écrivain, poète et aviateur français.

1900: Antoine de Saint-Exupéry naît le 29 juin à Lyon, 8 rue du Peyrat (rue Alphonse Fochier). Il est le troisième d'une famille de cinq enfants. Ses parents sont le Comte Jean-Marie de Saint-Exupéry et Marie Boyer de Fonscolombe. Il a deux sœurs aînées: Marie-Madeleine (1898) et Simone (1899).
1903: Naissance de son frère François (1903) et  de sa sœur Gabrielle (1904). A la mort de son père, Antoine de Saint-Exupéry reste très proche de sa mère. Il est influencé par sa sensibilité et sa culture et il entretiendra avec elle, toute sa vie, une volumineuse correspondance.
Dés 1905, jusqu'à l'âge de dix ans, Antoine de Saint-Exupéry passe son enfance entre le château de la Môle (Var), propriété de sa grand-mère maternelle et le château de Saint Maurice de Remens (Ain), propriété de l'une de ses tantes. 

En 1909, sa famille s'installe au Mans, région d'origine de son père. Il suit alors ses études au Collège Notre Dame de Sainte-Croix. C'est un élève mi-rêveur, mi-dissipé. La discipline y est stricte et Antoine de Saint-Exupéry est souvent puni pour sa nonchalance ou son désordre.
1912: Antoine de Saint-Exupéry passe les grandes vacances à Saint-Maurice-de-Remens. Il est fasciné par l'aérodrome d'Ambérieu, situé à quelques kilomètres à l'est de Saint-Maurice-de-Rémens. Antoine s'y rend à vélo et y reste des heures à interroger les mécaniciens sur le fonctionnement des avions. Un jour, il s'adresse au pilote Gabriel Salvez en prétendant que sa mère l'a autorisé à prendre le baptême de l'air. Il fait donc son baptême de l'air sur un Bertaud-Wroblewski, avion fabriqué à Villeurbanne par l'industriel lyonnais Berthaud sur des plans de Pierre et Gabriel Wroblewski. C'est le jeune Gabriel Wroblewski, lui-même, qui aurait piloté l'avion. Cette expérience émeut Antoine de Saint-Exupéry. Sa passion pour les avions ne le quittera plus. A l'automne, il rentre en classe de 4ème.
1914: En juin, il obtient, lors de la distribution des prix, le prix de narration pour l'une de ses rédactions. Pendant la première guerre mondiale, sa mère, est nommée infirmière-chef de l'hôpital installé dans la gare d'Ambérieu. Elle fait venir ses enfants prés d'elle et les inscrit, en octobre, au Collège Notre Dame de Montgré.
1915: En février, Antoine et son frère François reviennent à Sainte-Croix, au Mans, mais, sa santé fragile le force à rentrer chez lui avant la fin de l'année scolaire. Après les vacances d'été, les deux frères font leur rentrée à Fribourg, en Suisse dans un collège tenu par les marianistes.
1917: Antoine de Saint-Exupéry obtient son baccalauréat. La fin de ses études à la villa Saint-Jean est attristée par la maladie de son frère François (rhumatismes articulaires aggravés de complications cardiaques). François meurt fin juillet. Antoine de Saint-Exupéry entre au Lycée Saint-Louis, pour préparer le concours d'entrée de l'Ecole Navale.
1918: Au printemps les élèves du Lycée Saint-Louis sont évacués vers le Lycée Lakanal. Il fait la connaissance de Louise de Vilmorin. En janvier 1919, il suit toujours ses cours à Saint-Louis, mais il est en pension à l'Ecole Bossuet, chez les jésuites. Ses résultats dans les branches scientifiques sont très bons, mais ceux des branches littéraires insuffisants: il n'est pas accepté. Il commence alors l'Ecole des Beaux-Arts dans la section architecture. Pendants quinze mois, il va suivre les cours de l'Ecole des Beaux Arts comme auditeur libre.

1920: Antoine, qui doit faire face aux faibles ressources financières de sa mère, bénéficie de l'hospitalité de sa cousine Yvonne de Lestrange. Il accepte également plusieurs petits boulots pour gagner quelque argent de poche: avec son ami Henry de Ségogne, il sera notamment figurant durant plusieurs semaines dans "Quo Vadis", un opéra de Jean Noguès.
1921: Au printemps, Antoine effectue son service militaire à Strasbourg dans l'armée de l'air. Il est d'abord affecté à l'atelier de réparation; il rêve toujours de devenir pilote. Ayant réalisé des économies pour prendre des leçons, il effectue ses premiers vols en double commande. Puis après vingt heures d'entraînement il monte seul à bord d'un avion. Lors de l'un de ces vols en solitaire, il réussit à se poser de justesse, alors que l'appareil est en flammes. Ce grave incident permet de révéler son sang froid et sa maîtrise. Après trois mois, il rejoint le 37ème Régiment d'Aviation de Chasse, à Casablanca au Maroc. C'est là qu'il obtient son brevet civil.
1922: En janvier, il est à Istres comme élève officier de réserve. il est reçu pilote militaire et promu caporal. En octobre, il est promu sous-lieutenant de réserve, et il choisit son affectation au 34ème Régiment d'Aviation, au Bourget.

1923: Il se fiance à Louise de Vilmorin. Au printemps, il a son premier accident d'avion au Bourget : fracture du crâne. Après ce grave accident , il est démobilisé. Saint-Exupéry envisage toujours pourtant d'entrer dans l'armée de l'air, comme l'y encourage le général Barés. Mais la famille de sa fiancée s'y oppose. Commence pour lui une longue période d'ennui : Il se retrouve dans un bureau comme contrôleur de fabrication au Comptoir de Tuilerie, une filiale de la Société Générale d'Entreprise. En septembre, rupture des fiançailles avec Louise de Vilmorin.
1924: Saint-Exupéry travaille dans l'Allier et la Creuse comme représentant de l'Usine Saurer qui fabrique des camions (il n'en vendra qu'un seul en une année et demie). C'est une époque assez triste pour Saint-Exupéry, qui se console en volant aussi souvent que possible.
1925: Saint-Exupéry rencontre Jean Prévost chez sa cousine Yvonne de Lestrange (c'est chez elle qu'il aura l'occasion de rencontrer plusieurs écrivains). Jean Prévost est secrétaire de rédaction dans la revue Le "Navire d'Argent".
1926: En avril, il publie une de ses nouvelles, L'Aviateur, dans la revue Le Navire d'Argent. Il quitte la maison Saurer pour un poste de moniteur à la Compagnie Aérienne Française. En juin, Saint-Exupéry perd sa sœur aînée, Marie-Madeleine, frappée de tuberculose. En octobre, l'abbé Sudour, son ancien directeur de l'Ecole Bossuet avec lequel il entretenait des relations d'amitié, le présente à Beppo de Massimi, Directeur Général de la Compagnie d'Aviation Latécoère. Cette compagnie assure le transport du courrier entre Toulouse et Dakar. Beppo de Massimi l'engage comme pilote. Comme tous les pilotes de la compagnie, Saint-Exupéry va d'abord passer quelques mois dans les ateliers avant de se voir confier un avion. Puis il assurera la ligne Toulouse Casablanca, et ensuite la ligne Casablanca Dakar.
1927: En octobre, Saint-Exupéry est nommé chef d'escale de Cap Juby, dans le sud marocain. C'est dans ces régions d'Afrique du Nord qu'il fait la connaissance d'autres aviateurs pionniers, comme Guillaumet ou Mermoz qui deviendront ses amis.
1928: En tant que chef d'escale de Cap Juby Saint-Exupéry est chargé d'aller sauver les pilotes tombés en panne dans le désert ou encore aux mains des Maures. Il passe ses nuits à écrire Courrier Sud.
1929: Saint-Exupéry rentre en France et présente le manuscrit de Courrier Sud à l'éditeur Gaston Gallimard. Celui-ci accepte son manuscrit et lui propose un contrat d'édition pour d'autres romans. Quelques mois plus tard, en compagnie de Mermoz et Guillaumet, Saint-Exupéry part pour l'Amérique du Sud afin d'y étudier la possibilité de créer de nouvelles lignes aériennes. En octobre, Saint Exupéry arrive à Buenos-Aires et est nommé Directeur de Aéropostal Argentina. Il crée la ligne qui relie l'Argentine à la Patagonie (Buenos-Aires à Punta Arenas). Saint-Exupéry commence à écrire Vol de Nuit. Publication de Courrier Sud.
1930: Le 7 avril, Saint-Exupéry est nommé chevalier de la Légion d'honneur au titre de l'aéronautique civile, pour les exploits qu'il a réalisés à Cap Juby. En juin, Guillaumet est pris dans une tempête de neige lors de sa vingt-deuxième traversée des Andes. Saint-Exupéry effectue des recherches pendant cinq jours en vain. Guillaumet sera finalement retrouvé vivant une semaine après son accident. Benjamin Crémieux, qui donne une série de conférences en Amérique du Sud, le présente à Consuelo Suncin, veuve d'un journaliste. Elle s'embarquera pour la France peu après, et il la rejoindra lors d'un congé de deux mois au début de l'année 1931.
1931: En janvier, il rentre à Paris. En mars, il épouse Consuelo Suncin. Le 31 mars, l'Aéropostale est en liquidation judiciaire. Le directeur démissionne, Didier Daurat abandonne son poste de directeur d'exploitation, et Saint-Exupéry, par solidarité envers Daurat, renonce à retourner en Amérique du Sud. De mai à décembre, Saint-Exupéry est pilote sur des vols de nuit entre Casablanca et Port Etienne. En décembre, "Vol de Nuit", préfacé par André Gide, obtient le prix Fémina. Ce roman aura un immense succès. Saint-Exupéry a des problèmes financiers. La parution de son roman les allège momentanément mais ne les résout pas totalement.

En 1932, Saint-Exupéry passe le brevet d'hydravion et assure la liaison Marseille-Alger. En 1933, toutes les compagnies d'aviation se regroupent au sein d'une même compagnie: Air France. Des ingénieurs hostiles à Daurat et à ses amis empêchent Saint-Exupéry d'y entrer. Il devient pilote d'essai dans la Société de Constructions Latécoère. Il est victime d'un nouvel accident (hydravion) à Saint-Raphaël .

1934: En avril, il parvient à entrer chez Air-France: il est chargé de réaliser des voyages d'études et des conférences. Son salaire élevé lui permet d'en finir avec ses problèmes financiers. En juillet, aller et retour Marseille-Saïgon.
1935: Saint-Exupéry donne des conférences en Méditerranée avec Conty, organisateur du voyage, et Prévot, mécanicien : Escales à Casablanca, Alger, Tunis, Tripoli, Benghazi, Le Caire, Alexandrie, Damas, Beyrouth, Istambul et Athènes. En décembre Saint-Exupéry essaye de battre le record de Paris-Saïgon. Il décolle le 29 décembre à 23 heures. Quatre heures plus tard, son avion s'écrase dans le désert de Lybie. On ne le retrouvera que le premier janvier, à 18 heures.
1936: De retour à Paris, il publie le récit de son aventure dans "L'Intransigeant", puis il enregistre, pour la radio, "Atterrissage forcé dans le désert". Durant l'été Saint-Exupéry est envoyé par le journal L'Intransigeant en Espagne pour faire un reportage sur la guerre civile qui s'y déroule. En décembre, Mermoz, qui avait acquis une grande renommée avec ses exploits aéronautiques, disparaît en mer alors qu'il effectue la traversée Dakar-Natal (Amérique du Sud). Saint-Exupéry va lui consacrer une série d'articles, dans la presse, et de reportages, à la radio.

1937: Saint-Exupéry étudie la possibilité, pour Air France, d'établir la ligne Casablanca - Tombouctou - Bamako - Dakar - Casablanca. Il retourne En Espagne , envoyé cette fois par "Paris-Soir". Il se rend aussi en Allemagne, où il constate les effets de la montée du nazisme.

1938: En janvier, départ pour New-York. Il tente un raid de New-York à la Terre-de-Feu, mais son avion s'écrase au Guatemala. Il reste 5 jours dans le coma, et souffre, entre autres, de sept fractures du crâne. La convalescence qui s'ensuit lui permet d'avancer dans la rédaction du manuscrit de "Terre des Hommes", qui paraît en 1939. Il rentre le 28 mars à New-York où il passe de longs mois de convalescence dans la demeure du Général Donovan. Revenu en France, il séjourne à Agay, puis en Suisse.

1939: Saint-Exupéry est promu Officier de la Légion d'Honneur. Parution, en février, de "Terre des Hommes". Il obtient en décembre le Grand Prix du Roman de l'Académie française. Sous le nom anglais de Wind, Sand ans Stars, ce roman obtient le National Book Award. Il effectue un second voyage en Allemagne; à Berlin, on lui fait visiter des Ecoles militaires. Ecœuré de tout ce dont il est témoin, Saint-Exupéry refuse une invitation de Goering et rentre précipitamment à Paris. En août, il séjourne à New-York et, le 26, il rentre au Havre.
Le 2 septembre, c'est la déclaration de guerre. Le 4 septembre, il est convoqué à Toulouse et devient moniteur de pilotes. Il est déclaré inapte aux missions de guerre, à cause de son mauvais état général dû à ses nombreux accidents.Le 3 novembre, on l'affecte au groupe de grande reconnaissance 2/33, établi d'abord en France, puis déplacé à Alger. Durant ce premier hiver de la seconde guerre mondiale, il commence à écrire Le "Petit Prince".

1940: Saint-Exupéry réalise plusieurs missions : vols de reconnaissance au-dessus de l'Allemagne et sur Arras qui lui vaudront une citation et la Croix de Guerre. Le 9 juin, dernière mission de guerre. Démobilisé en août 1940, Saint-Exupéry décide de retourner aux Etats-Unis en passant par Lisbonne, mais les Espagnols lui interdisent de traverser leur territoire à cause des articles qu'il avait écrit pendant la guerre civile. Le 16 novembre, il parvient à se rendre à Lisbonne ou il embarque pour New York. Il fait la traversée en compagnie du cinéaste Jean Renoir.  

1941: Saint-Exupéry réside à New-York puis en Californie. il y commence "Pilote de Guerre".
1942: Le 20 février parait "Pilote de Guerre" (Edition américaine Flight To Arras). Ce roman sera best-seller aux Etats-Unis pendant six mois. En mai, il voyage au Canada où il donne plusieurs conférences. En novembre, il publie dans le New York Times Magazine et dans Le Canada de Montréal: "An open Letter To Frenchmen Everywhere".

1943: En février, il publie: "Lettre à un Otage" (qui était à la base une lettre adressée à Léon Werth). Le 6 avril parait "Le Petit Prince". "Pilote de Guerre" est interdit en France par les Allemands. Le 15 mars, il reçoit sa feuille d'embarquement pour l'Afrique du Nord. Il remplit une première mission, puis les autorités américaines profitent d'un petit incident lors de sa deuxième mission pour lui rappeler que la limite d'âge est de trente-cinq ans et le mettre en réserve.

1944: A force d'insistance pour reprendre du service, il obtient d'être réintégré dans le groupe 2/33 qui se trouve maintenant en Corse, à condition de ne pas accomplir plus de cinq missions. Il écrit sa "Lettre à un Américain". Le 14 juin, il effectue une première mission, puis malgré les limites qu'on lui a fixées, enchaîne les missions les unes à la suite des autres. Ses chefs veulent essayer de le "protéger" en lui confiant le secret du débarquement, mais il part pour une neuvième mission un jour avant d'être mis au courant. Le 31 juillet, il s'envole pour une mission de reconnaissance sur Grenoble et Annecy: Il décolle à 8h45 et dispose de 6 heures d'autonomie d'essence. A 14h45, il n'est toujours pas rentré ... On présume que son avion a été abattu, mais on ne l'a jamais retrouvé. 


Le Petit Prince

Le Petit Prince est un conte illustré pour enfants qui est aussi une sorte de fable universelle pour les adultes. Ce petit ouvrage délicat est devenu un grand classique de la littérature de jeunesse et l'un des livres les plus vendus au monde avec la Bible et le Capital. Héros d’un livre au message universel, Le Petit Prince est aujourd’hui un personnage mythique, symbole d’une humanité responsable et généreuse, porteur d’un message d’espoir et de fraternité, emblème d’une spiritualité qui cherche l’essence des choses, ce qui dure, ce qui donne du sens. Avec l’air de parler aux enfants, l’auteur du Petit Prince s’adresse à nous tous et son texte offre des niveaux de lecture divers et surprenants, du conte de fée au récit philosophique.



Comprendre Le Petit Prince

"L’essentiel est invisible pour les yeux", dit le renard. Le petit prince répète la phrase pour s’en souvenir, un moyen, pour l’auteur, de nous indiquer son importance pour la compréhension de l’histoire. Il l’avait déjà fait en commençant son texte avec les dessins de serpent boa "ouvert" et "fermé", susceptibles de nous indiquer que chaque chose, chaque être cache un trésor, un mystère que nous devons percer. Au-delà des apparences, il y a l’esprit qu’il faut découvrir avec le cœur.

L’esprit

L’esprit rend les choses uniques. Il est l’aboutissement de nos choix, de nos efforts, de l’amitié, de l’amour. Mille roses dans un jardin ressemblent à celle que le petit prince a laissée sur sa planète, mais celle-ci est unique parce qu’il l’a arrosée, parce qu’il l’a protégée, parce qu’il l’a "apprivoisée", pour reprendre les mots du renard qui ajoute: "Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé". 

L’esprit crée des liens. Grâce à lui, le monde se peuple de signes: tel champ de blé rappelle les cheveux dorés du Petit Prince, les étoiles sont des grelots qui rappellent son rire, le ciel est habité de planètes où grincent de vieux puits parce que sur l’une d’entre elle vit un ami aviateur qui en avait trouvé un dans le désert. La vie véritable est dans l’esprit qui, au besoin, se passe bien de la matière, de "l’écorce": pour retrouver sa rose, Le Petit Prince sacrifie son corps de chair, il se fait mordre par le serpent venimeux: "J’aurai l’air d’être mort et ce ne sera pas vrai…", nous dit-il comme dernier message.

Les "grandes personnes"

Hélas, avec l’âge, les enfants perdent le don qui leur permet de vivre naturellement en rapport avec l’esprit. Ils deviennent des "grandes personnes" dont la seule préoccupation est l’utile. Piégées par le côté matériel, vulgaire de l’existence, victimes de leur vanité, de leur cupidité ou de leur paresse intellectuelle, les "grandes personnes" jugent le propos de quelqu’un d’après son costume (c’est le cas de l’astronome turc), évaluent la beauté d’une maison d’après son prix et croient connaître un jeune ami d’après les revenus de son père. Pourtant l’enfant d’autrefois n’est pas mort: il est seulement enseveli et une expérience telle que la rencontre de l’aviateur (qui a "un peu vieilli") avec Le Petit Prince lui permet de ressusciter.

La sollicitation

Puisque l’esprit, que l’on ne voit pas avec les yeux, est l’effort d’apprivoiser, de créer des liens, puisqu’il est, somme toute, la part d’imagination et d’amour que nous mettons dans les choses, la lecture du texte devrait suffire pour lui donner naissance. Au fil des pages, Le Petit Prince devient notre ami parce que nous lui accordons notre temps, parce que nous l’apprivoisons. Le conte de Saint-Exupéry n’est pas une leçon mais une sollicitation.


Portrait d'Antoine de Saint Exupéry réalisé par Pierrick Levé


Citations d’Antoine de Saint Exupéry

"Adieu, dit le renard. Voici mon secret. Il est très simple: on ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux."

"Aimer, ce n'est pas se regarder l'un l'autre, c'est regarder ensemble dans la même direction."

"Avec l'avion, nous avons appris la ligne droite."

"C'est l'esprit qui mène le monde et non l'intelligence."

"Ce pour quoi tu acceptes de mourir, c'est cela seul dont tu peux vivre."

"Ce qui est important, ça ne se voit pas."

"Ce qui fait la beauté des choses est invisible."

"Chacun est seul responsable de tous."

"Dans la vie, il n'y a pas de solutions. Il y a des forces en marche: il faut les créer, et les solutions suivent."

"Droit devant soi, on ne peut pas aller bien loin."

"Fais de ta vie un rêve, et d'un rêve, une réalité."

"Fruits et racines ont même commune mesure qui est l'arbre."

"Il est bien plus difficile de se juger soi-même que de juger autrui. Si tu réussis à bien te juger, c'est que tu es un véritable sage."

"Il est quelquefois sans inconvénient de remettre à plus tard son travail."

"Il faut exiger de chacun ce que chacun peut donner. L'autorité repose d'abord sur la raison."

 "La contrainte te délivre et t'apporte la seule liberté qui compte."

"La grandeur de la prière réside d'abord en ce qu'il n'y est point répondu et que n'entre point dans cet échange la laideur d'un commerce."

"La perfection est atteinte, non pas lorsqu'il n'y a plus rien à ajouter, mais lorsqu'il n'y a plus rien à retirer."

"La pierre n'a point d'espoir d'être autre chose que pierre. Mais de collaborer, elle s'assemble et devient temple."

"La vérité de demain se nourrit de l'erreur d'hier."

"La vérité, c'est ce qui simplifie le monde et non ce qui crée le chaos."

"Le disparu, si l'on vénère sa mémoire, est plus précieux et plus puissant que le vivant."

"Les enfants doivent être très indulgents envers les grandes personnes."

"Les enfants seuls savent ce qu'ils cherchent."

"Je n'aime pas les sédentaires du cœur. Ceux-là qui n'échangent rien ne deviennent rien."

"Je ne dirai pas les raisons que tu as de m'aimer. Car tu n'en as point. La raison d'aimer, c'est l'amour."

"Je remontais dans ma mémoire jusqu'à l'enfance, pour retrouver le sentiment d'une protection souveraine. Il n'est point de protection pour les hommes. Une fois homme on vous laisse aller."

"L'eau n'est pas nécessaire à la vie, elle est la vie."

"L'homme se découvre quand il se mesure avec l'objet."

 "L'illumination n'est que la vision soudaine, par l'Esprit, d'une route lentement préparée."

"L'occasion manquée est celle-là même qui compte."

"Chacun est responsable de tous. Chacun est seul responsable. Chacun est seul responsable de tous."

"On n’est jamais content là où on est."

"Tu es responsable de ce que tu as apprivoisé."

"Etre homme, c'est précisément être responsable. C'est sentir, en posant sa pierre, que l'on contribue à bâtir le monde."

"Une fois pris dans l'événement, les hommes ne s'en effraient plus. Seul l'inconnu épouvante les hommes."

"La grandeur de la prière réside d’abord en ce qu’il n’y est point répondu."

"Il faut autour de soi, pour exister, des réalités qui durent."

"Ce n'est point dans l'objet que réside le sens des choses, mais dans la démarche."

"L’intelligence ne vaut qu’au service de l’amour."

"N’espère rien de l’homme s’il travaille pour sa propre vie et non pour son éternité."

"J’ai toujours aimé le désert. On s’assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n’entend rien. Et cependant quelque chose rayonne en silence…"

"Le règlement est semblable aux rites d’une religion, qui semblent absurdes, mais qui façonnent les hommes."

"Ce qui importe, ce n'est pas d'arriver, mais d'aller vers."

"La vérité, ce n'est point ce qui se démontre, c'est ce qui simplifie."

"Que m'importe que Dieu n'existe pas ! Dieu donne à l'homme de la divinité."

"Ce qui donne un sens à la vie donne un sens à la mort."

"La terre nous en apprend plus long sur nous que tous les livres. Parce qu'elle nous résiste. L'homme se découvre quand il se mesure avec l'obstacle."

"Voyez-vous dans la vie, il n'y a pas de solutions. Il y a des forces en marche : il faut les créer, et les solutions les suivent."

"La vie crée l'ordre, mais l'ordre ne crée pas la vie."

"Toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants, mais peu d’entre elles s’en souviennent."

"La guerre n'est pas une aventure. La guerre est une maladie. Comme le typhus."

"Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis."

"On ne connaît que les choses qu’on apprivoise."

     

jeudi 1 mars 2012

Jean Jaurès (1859-1914)

Jean Jaurès (1859-1914)

Jean Jaurès est un homme politique français, né à Castres (Tarn) le 3 septembre 1859 et mort assassiné à Paris le 31 juillet 1914 par Raoul Villain. Orateur et parlementaire socialiste, il s'est notamment illustré par son pacifisme et son opposition au déclenchement de la Première Guerre mondiale.

Jean Jaurès, formé intellectuellement durant la difficile naissance de la IIIe République, entre en politique à 25 ans comme candidat républicain aux élections législatives de 1885. Il est élu et siège à l'assemblée nationale parmi les républicains "opportunistes" où il soutient le plus souvent Jules Ferry. En 1889, Jean Jaurès n'est pas réélu.

Privé de son mandat de député en 1889, Jean Jaurès reprend son enseignement à la faculté de Toulouse. Il est reçu docteur en philosophie en 1892 avec sa thèse principale De la réalité du monde sensible et sa thèse secondaire en latin,

Des origines du socialisme allemand chez Luther, Kant, Fichte, et Hegel. Jean Jaurès continue également son activité politique.

A partir de 1887, il collabore au journal la Dépêche du Midi de tendance radicale. Il devient conseiller municipal sur les listes radicales-socialistes, puis maire adjoint à l'instruction publique de Toulouse (1890-1893).

Les mineurs de Carmaux

Jean Jaurès, qui a désormais pris clairement conscience de la lutte des classes par ses travaux philosophiques, rejette les valeurs de sa classe d'origine pour embrasser la cause ouvrière. En 1892, il soutient activement la grande grève des mineurs de Carmaux qui protestent contre le licenciement d'un ouvrier syndicaliste qui était aussi maire de la ville. Dans ses articles remarqués de La Dépêche du Midi, il dénonce la collusion du pouvoir avec les milieux capitalistes. Sous la pression, le gouvernement doit finalement arbitrer le conflit et donner raison aux mineurs.


L'affaire Dreyfus

Au début de l'affaire Dreyfus, Jaurès est convaincu de la culpabilité du capitaine Dreyfus. Jaurès utilise même la sentence de déportation, qu'il juge clémente, pour dénoncer l'incohérence de la justice militaire dans un discours à l'assemblée11. Face à la campagne de révision, Jaurès reste donc au départ en retrait. Mais, en 1898, Jean Jaurès est convaincu de l'innocence de Dreyfus par le J'accuse de Zola et par ses conversations avec la jeune promotion normalienne (en particulier Lucien Herr) et avec des militants allemanistes (socialistes révolutionnaires) qu'il estime.

Jean Jaurès s'engage alors avec passion dans la défense de Dreyfus. Pour lui, l'affaire est non seulement un problème de justice individuelle, mais surtout de respect de l'humanité elle-même. En effet, elle pose le problème du mensonge et de l'arbitraire des grandes institutions, notamment de l'armée qui entend avoir une "justice" séparée. En outre, elle est utilisée par les droites catholique et nationaliste pour renverser la République. Il s'oppose alors à certains autres socialistes, dont Jules Guesde pour qui Dreyfus est un officier bourgeois dont la défense ne serait pas prioritaire (le souvenir de la répression sanglante de la Commune de Paris, et d'autres révoltes ouvrières, est pour beaucoup dans la défiance de militants ouvriers envers la cause d'un officier).

Mais pour Jaurès, l'accablement de malheurs et d'injustices dont Dreyfus est victime font de lui un homme qui souffre des persécutions de la caste militaire, qui est le "gardien armé du Capital", et donc l'ennemi du prolétariat. Avec l'affaire Dreyfus, Jaurès devient un homme politique à l'influence nationale.

Battu aux élections de 1898 (l'installation de la Verrerie ouvrière à Albi et son ardente défense de Dreyfus ont provoqué sa défaite), Jaurès se consacre au journalisme et devient co-directeur de La petite république un journal socialiste républicain. C'est dans les colonnes de ce journal qu'il publie Les preuves relatives à l'affaire Dreyfus. Par ses articles, il soutient le gouvernement Waldeck Rousseau de Défense républicaine, qui associe à son action, pour la première fois dans l'histoire de la République, un socialiste, Alexandre Millerand, nommé au commerce et à l'industrie. Parallèlement, il dirige une Histoire socialiste de la France contemporaine (Éditions Rouff) pour laquelle il rédige les volumes consacrés à la Révolution française (1901-1903).

En 1902, Jean Jaurès participe à la fondation du Parti socialiste français. La même année, il parvient à reconquérir le siège de député de Carmaux qu'il conserve d'ailleurs jusqu'à sa mort (réélu en 1906, 1910 et 1914). Son talent d'orateur lui permet de devenir le porte-parole du petit groupe socialiste de l'Assemblée nationale.

Laïcité

Jaurès et son Parti socialiste français s'engagent nettement en faveur du Bloc des gauches et du gouvernement Combes (1902-1905). Jaurès participe à la rédaction de la loi de séparation des Églises et de l'État (décembre 1905). Cependant, Jaurès et les autres socialistes sont déçus par la lenteur des réformes sociales. Le dynamisme du Bloc des gauches s'épuise. Jaurès, vice-président de la chambre en 1902, n'est pas réélu à cette fonction en 1904. Le rapprochement politique avec un gouvernement « bourgeois » allant jusqu'à la participation gouvernementale est, de plus, condamné par l'Internationale Socialiste.

Paix

Jaurès lutte contre la venue de la guerre les dix dernières années de sa vie. Il est très préoccupé et inquiet face à la montée des nationalismes et par les rivalités entre les grandes puissances (surtout pendant les guerres balkaniques en 1912-1913). En 1910, il rédige une proposition de loi consacrée à l'armée nouvelle dans laquelle il préconise une organisation de la Défense nationale fondée sur la préparation militaire de l'ensemble de la Nation. Il mène une vigoureuse campagne contre la Loi des trois ans de service militaire, défendue ardemment par le député Émile Driant. La loi est votée en 1913 malgré le rassemblement du Pré-Saint-Gervais le 25 mai 1913 où Jaurès fait un discours devant 150 000 personnes.

L'année 1914 semble relancer les espoirs de paix : la guerre dans les Balkans est finie, les élections en France sont un succès pour les socialistes. Mais l'attentat de Sarajevo le 28 juin 1914 et l'ultimatum autrichien à la Serbie du 23 juillet 1914 relancent les tensions entre les grandes puissances.

Jaurès tente d'infléchir dans un sens favorable à la paix la politique gouvernementale. Il rappelle le mot d'ordre de grève générale décidé par l'Internationale ouvrière en cas de déclenchement de la guerre.

Assassinat

Le pacifisme de Jaurès le fait haïr des nationalistes. Le 31 juillet 1914, sortant de son travail à L'Humanité, Jaurès se rend au Café du Croissant où il est assassiné par Raoul Villain, un étudiant nationaliste.Cet assassinat facilite le ralliement de la gauche, y compris de beaucoup de socialistes qui hésitaient, à l'Union sacrée. La grève générale n'est pas déclarée. Le 29 mars 1919, le meurtrier de Jaurès sera acquitté dans un contexte de fort nationalisme.
Transfert des cendres de Jean Jaurès au Panthéon en 1924
La plupart des villes de France ont baptisé des rues, des places ou des établissements scolaires à son nom et lorsque François Mitterrand fut élu président en mai 1981, son premier geste fut d'aller s'incliner sur sa tombe au Panthéon, où le corps du grand tribun a été transféré en 1924. Les partis de gauche, PS et PCF en tête, revendiquent plus que jamais l'héritage de cet humaniste qui aura défendu toute sa vie une certaine idée des Droits de l'Homme, de la République et du Socialisme.

mardi 28 février 2012

Socrate (-470/-399)

Buste de Socrate (-470/-399)
Socrate est un philosophe de la Grèce antique, considéré comme l’un des inventeurs de la philosophie morale et politique. Il n’a cependant laissé aucune œuvre écrite ; sa philosophie s’est transmise par l’intermédiaire de témoignages indirects (en particulier par les écrits de ses disciples Platon et Xénophon).

Fils d'un sculpteur et d'une sage-femme, Socrate naquit en 470 avJC, à l'âge d'or de la république athénienne - au temps de Périclès, d'Eschyle, de Sophocle, d'Euripide et d'Aristophane. On sait peu de choses de sa jeunesse et de son éducation. Il débuta comme tailleur de pierre et sculpteur, et on dit qu'il travailla sur l'Acropole. Il épousa Xanthippe, dont le caractère acerbe et querelleur devint proverbial. Ils eurent plusieurs enfants, puis il en eut deux autres avec une seconde épouse, Myrto. Socrate joua pleinement son rôle de citoyen d'Athènes. Il servit avec honneur comme hoplite durant la guerre du Péloponnèse et il prit part aux fonctions officielles de la cité, obtenant même en une occasion la présidence du prytanée.

Toutefois, son occupation principale était d'interroger ses concitoyens d'une manière irritante pour les amener à réfléchir. En dépit de la franche opposition qu'il manifesta aux trente tyrans (soutenus par Sparte après la  défaite d'Athènes), il parvint à rester en vie.

Vers 435 avJC, il commença à enseigner, dans la rue, dans les gymnases, les stades, les échoppes, au gré des rencontres. Vivant pauvrement, n’exerçant aucun métier, il parcourait les rues d’Athènes vêtu plus que simplement et sans chaussures, dialoguant avec tous, en cherchant à les rendre plus sages par la reconnaissance de leur ignorance: "Ce que je ne sais pas, je ne crois pas non plus le savoir". Il prétend avoir reçu pour mission d’éduquer ses contemporains: c’est Apollon "qui lui avait assigné pour tâche de vivre en philosophant, en se scrutant lui-même et les autres".

Quatre ans après la révolte de -403, qui rétablit la démocratie dans la ville, il fut accusé de corrompre la jeunesse, de négliger les dieux et d'en introduire de nouveaux dans la cité (cette dernière accusation fait peut-être référence au "démon", ou voix intérieure divine, qu'il évoquait quelquefois).

Plusieurs membres de la classe dirigeante athénienne affirmèrent voir en lui un esprit pervertissant les valeurs morales traditionnelles et donc un danger pour l’ordre social. En avril 399 avJC, Socrate se vit accuser par le poète Mélétos, ainsi que deux de ses amis (l'orateur Lycon et Anytos, des deux crimes suivants, découpés en trois chefs d'accusation:

- Ne pas reconnaître les dieux que reconnaît la cité: Selon ses accusateurs, Socrate nie les dieux. Cette accusation doit être mise en relation avec la remise en question générale induite par la sophistique.
- Introduire "des divinités nouvelles": Socrate croyait en un démon personnel, une voix ou un signe qui le prévenait. Mais il est loin d’être clair qu'il lui attribuait une nature divine.
- Corrompre les jeunes gens: il enseigne les deux faits cités ci-dessus (d’autant que certains de ses disciples ont été de mauvais citoyens, comme Alcibiade, Critias, Charmide).

Socrate fut déclaré coupable et condamné à boire du poison, forme traditionnelle de la peine de mort à Athènes. Bien qu'il eût pu aisément s'enfuir, il choisit de subir sa peine, but la cigüe et mourut d'une mort lente et douloureuse.

Jacques-Louis David -  La mort de Socrate (1787), Metropolitan Museum of Art de New York


Socrate n'écrivit rien. Ce que nous savons de lui, de ses méthodes et de ses idées vient des œuvres de ses contemporains - principalement Platon, mais aussi Xénophon, soldat et historien, ainsi que l'auteur comique Aristophane. Dans sa pièce de théâtre "Les Nuées", il ridiculise Socrate. Xénophon, lui, le représente dans ses écrits avec respect comme un vieux sage qui donne des conseils et prône une morale simpliste. Dans les dialogues de Platon, nous trouvons un esprit interrogateur, précis, rigoureux, rationnel, qui s'adonne au sarcasme, fait preuve d'une extrême modestie et ne cesse de questionner les gens sur leurs opinions et leurs croyances fondamentales. C'est ce Socrate-là qui a changé la philosophie et que l'on peut considérer comme le penseur le plus innovant et le plus influent de tous les temps.


La méthode socratique

Sa contribution la plus importante à la pensée occidentale est peut-être la méthode dialectique (consistant à  répondre à une question par une question) d’investigation, connue comme la méthode de l’élenchos, ou contre-examen, qu’il applique largement à l’examen de concepts moraux centraux tels que le Bien et la Justice, concepts qu’il utilise constamment sans les définir réellement.
La méthode consiste à poser des questions de façon à faire apparaître les confusions ou les contradictions de l'interlocuteur. Selon cette méthode, une série de questions est posée pour aider une personne ou un groupe à déterminer leurs croyances présupposées et l’étendue de leur savoir. La méthode socratique est une méthode négative par élimination d’hypothèses: les meilleurs hypothèses sont ainsi fondées en identifiant clairement et en éliminant celles qui mènent à des contradictions. C’est ainsi que Socrate a dit un jour: "Je sais que vous n’allez pas me croire, mais la plus haute forme de l’excellence humaine est de se questionner soi-même et de questionner les autres".

Le Socrate de Platon se présente moins comme quelqu'un qui enseigne que comme celui qui, à l'instar d'une sage-femme, amène les autres à accoucher de la vérité par leurs propres efforts. C’est pourquoi Socrate est sans cesse considéré comme le père de la philosophie politique, de l’éthique ou philosophie morale, et comme source de tous les thèmes principaux de la philosophie occidentale en général.


Socrate et les sophistes

Socrate ne rejette pas toute la sophistique, qu'il considère comme un art royal. Mais il procède à une distinction entre la fin et les moyens. La fin de la sophistique est de faire des hommes capables de bien parler et de bien agir, capables de gérer les affaires publiques et les affaires domestiques. Socrate approuve ce but. Il est entièrement d’accord avec les sophistes pour dire que l’homme ne doit s’occuper que des affaires qui le concernent (ce qui concerne l’homme en tant qu’homme et sa culture). L’idée que se font les sophistes de l’instruction est ainsi de cultiver en l’homme des facultés universelles. Cependant, au contraire des sophistes, Socrate ne valorise pas l’homme pour la raison que les dieux n’existent pas: ce sont au contraire les limites de l’homme relativement au divin qui imposent que l’on s’occupe de cultiver nos facultés dans les bornes de ce qui nous est donné.

Quant aux moyens de la sophistique, qui consistaient en l’exercice et la routine, non pas en l’art, il les rejette. Pour Socrate, aucun bien n'est un bien si l'on n'en sait pas l'usage. Pour éprouver la valeur de ses moyens, Socrate part du principe que le signe d’une capacité acquise est le savoir. Or, le signe du savoir est la capacité à transmettre ce que l’on sait. Socrate entreprend donc d’interroger les sophistes sur la nature du juste, du pieux, de la vertu, etc., et il trouve que ces sophistes ne répondent pas d’une manière satisfaisante et se trouvent souvent en contradiction avec eux-mêmes. Socrate impute ces défauts aux lacunes théoriques de la sophistique et il soulève plusieurs difficultés inhérentes à cette pratique:

- une communication purement technique ne suscite pas l’art, mais l’imitation ignorante du disciple.
- un art ne peut être une fin pour lui-même car, en lui-même, il ne rend personne meilleur.
- en conséquence, pratiquée en tant que pure technique, la sophistique est une routine qui produit indifféremment des choses bonnes ou des choses mauvaises.
- le résultat de la sophistique est donc la routine dénuée de savoir théorique, l’ignorance, le hasard.
- cette pratique de l’art est non seulement nuisible, mais elle est impossible : on ne peut rien apprendre par la seule pratique, et ses conséquences sur l’éducation et la politique ne peuvent qu’être catastrophiques.

En conclusion, l’art suppose la science. Alors que les physiologues, selon Socrate, ont eu l’idée de la science sans la matière, les sophistes ont eu l’idée de la matière, mais sans la science. Il apparaît ainsi une conception de la sagesse qui, en réunissant l’art et la science, serait capable de se suffire à elle-même et de former les hommes, et dans laquelle se trouverait le bonheur véritable. Telle est la signification du "Connais-toi toi-même".


Connais-toi toi-même

Empruntée à l'inscription gravée au fronton du temple d'Apollon à Delphes, que l’on devrait à l'un des sept sages présocratiques: le philosophe Chilon de Sparte, on peut douter que la devise invite à s'observer, se connaître soi-même en tant que particulier ; il s'agit bien plutôt de s'observer en tant qu'être pensant, en s’élevant au-dessus de ses sentiments particuliers et de ses opinions qui ne sont toujours qu’une illusion de données ; cette connaissance-conscience ou conscientiel est d’ailleurs la seule qui soit à notre portée. La science de l’Être des physiologues est en effet une chimère ; il reste à connaître ou observer l’homme, mais cette science de l’homme moral est d’une infinie complexité, sa recherche ne semble pas pouvoir prendre fin :

L’ignorance ou l'aveuglement de soi-même fait l’homme dépendant et esclave de ses opinions ou données. En revanche, la connaissance ou l'observation de notre nature, de ce que nous sommes, nous rend libres et capables de nous suffire à nous-mêmes. C’est là proprement que se constitue l’idée d’une science morale dont l'observation nous rend heureux. Mais cette science socratique soulève plusieurs difficultés relatives à la méthode.


La définition

On attribue à Socrate l’invention de l'interprétation ou de la définition ; la détermination du concept serait alors ce en quoi consiste la science, et il suffirait d’appliquer cette idée abstraite de la science au domaine de l’expérience. Toute sa pensée peut se résumer, selon l’historien de la philosophie Édouard Zeller, à la refondation de la philosophie sur le général - ou concept - comme objet de la science. Son œuvre principale fut donc une invention théorique, Socrate recherche l'essence des choses, mais sans la placer en dehors du monde comme le fera Platon.

Mais cette interprétation de Zeller fait de la méthode socratique quelque chose d’antérieur à l’éthique ; cela est sans doute vrai pour Platon et pour Aristote lui-même. Mais dans le cas de Socrate, l’interprétation demande que l’on parte de ce qui pour lui faisait question, et non de l’utilisation qui a été faite ultérieurement de sa pensée. Or, pour Socrate, la question est de savoir de quelle manière une science peut être une science qui aurait pour objet la vertu et le bonheur. Les aspects scientifique et moral ne sont donc pas séparables, ni ontologiquement, ni chronologiquement.


Le critère

Le critère du savoir ou de l'observation par le savoir de l'observation est pour Socrate l’accord avec soi-même et avec les autres. c’est dans ce rapport de l’esprit à lui-même que réside la certitude de la connaissance-conscience. La science a pour objet le général. En conséquence, l’analyse morale porte sur ce qu’il y a de commun à des actions, et non sur l’action elle-même. Par exemple: par quoi une action juste est-elle dite juste ? Nous avons une notion du juste, puisque nous l’utilisons pour qualifier certaines actions particulières. Et ce sont des notions de ce type qui permettent l’accord des esprits par le dialogue au-delà des querelles sur les mots. La connaissance est certitude, ce ne sont pas des données. Savoir c'est être certain. Il n'y a pas de savoir sans connaissance, sans certitude. Pour obtenir une certitude, on doit être capable d'observer, de connaître. Moins l'individu a de certitude sur un sujet quelconque, moins on peut dire qu'il considère ce sujet sainement.


Tailler la pierre


On n'a pas assez considéré que Socrate a été le fils d'un tailleur de pierres et que lui-même s'est adonné à la sculpture. Pourtant cet univers éclaire singulièrement son mode de pensée. La recherche de la forme (notamment humaine) par les deux méthodes apparemment antinomiques mais qui se rejoignent à la "peau" de l'œuvre terminée : à savoir le modelage et la taille correspondent mot à mot (particulièrement pour la deuxième, pénible et lente) à la méthode socratique de recherche de la vérité. 

La méthode de la taille présuppose la recherche lente par élimination des scories, de la vérité sous-jacente et cachée du corps limité enfermé au sein d'un amas de possibles limités, cerné par une infinité d'erreurs possibles. Et il faut insister sur le fait que dans la taille, toute erreur (en trop) par l'enlèvement non réfléchi d'un éclat irréparable, détruit par un seul geste irréfléchi ou hasardeux la vérité de toute l'œuvre. 

Enfin le regard limité à l'enveloppe extérieure singulière présuppose la connaissance ordonnée du contenu caché mais nécessaire que l'on  sent être commun à tous les modèles.


Citations de Socrate

"Connais-toi toi-même."

"Dans tous les cas, mariez-vous. Si vous tombez sur une bonne épouse, vous serez heureux ; et si vous tombez sur une mauvaise, vous deviendrez philosophe, ce qui est excellent pour l'homme."

"Je ne suis ni Athénien, ni Grec, mais un citoyen du monde."

"Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien."

"Un trésor de belles maximes est préférable à un amas de richesses."

"Mieux vaut encore subir l'injure que la commettre."

"Que voulez-vous que je lui apprenne ? Il ne m'aime pas."

"Il n'y a point de travail honteux."

"Le bonheur c'est le plaisir sans remords."

"Si un âne te donne un coup de pied, ne lui rends pas."

"Le temps malgré tout a trouvé la solution malgré toi."

"On compte plus facilement ses moutons que ses amis."

"Un homme qui a faim n'examine pas la sauce."

"Ce qui fait l'homme, c'est sa grande faculté d'adaptation."

"Vous pouvez cacher aux autres une action répréhensible, mais jamais à vous-même."

"Nul n'est méchant volontairement."

"Le mal vient de ce que l'homme se trompe au sujet du bien."

"Une vie sans examen ne vaut pas la peine d'être vécue."

"Ceux qui désirent le moins de choses sont les plus près des dieux."

"Existe-t-il pour l'homme un bien plus précieux que la Santé ?"

"La première clé de la grandeur est d'être en réalité ce que nous semblons être."

"Nous ne nous approchons de la vérité que dans la mesure où nous nous éloignons de la vie."

"Les gens qu'on interroge, pourvu qu'on les interroge bien, trouvent d'eux-mêmes les bonnes réponses."

"La sagesse commence dans l'émerveillement."

  

samedi 4 février 2012

La Liberté guidant le peuple - Eugène Delacroix (1798-1863)

La Liberté guidant le peuple est un tableau d'Eugène Delacroix représentant les trois glorieuses, présenté au public au Salon de Paris de 1831. Il a été reproduit sur des timbres postaux français et, de 1978 à 1997, sur le billet de banque de cent franc français.

Il est également devenu un symbole de la France, de la démocratie et de la République.

La Liberté guidant le peuple - Eugène Delacroix - Musée du Louvre

Delacroix ne fit jamais de politique, contrairement à la plupart des grands écrivains ou peintres du début dix-neuvième siècle, et le terme de révolutionnaire lui déplaisait fort, même et peut-être surtout dans le domaine de l’art. Mais il est, comme tous les esprits généreux, épris de liberté.

C’est pourquoi en 1830, après les Trois Glorieuses, il campa cet admirable symbole de la Liberté s’élevant sur la barricade, dans la fumée de la bataille qui se déroule devant Notre-Dame ; blanche et droite, elle brandit le drapeau tricolore, entraînant derrière elle tout le peuple de Paris, du bourgeois au gamin des rues. Le tableau, exposé au Salon de 1831, fut acheté par le roi Louis-Philippe.