mardi 19 juillet 2011

La tolérance, la découverte de l'altérité

La tolérance est elle le respect ?

Si le respect est un sentiment noble, la tolérance n'est pas exempte d’arrières pensées. Respecter c'est avoir de la compréhension, de l’estime, voir de l’admiration pour un être ou pour une idée que nous identifions immédiatement comme une valeur.  Or, on ne tolère pas la valeur, on lui rend hommage.

En toute rigueur, la question de la tolérance surgit donc là où le respect ne va pas de soi, là où à l'inverse, la tendance naturelle est de s'indigner, de condamner et d'interdire. Car si toutes les convictions, toutes les conduites avaient une valeur reconnaissable universellement, il n'y aurait rien à tolérer, le respect s'imposerait de lui-même.

Seulement voila… Cet universel est le grand absent. L'humanité est une humanité éclatée en cultures différentes et, à l'intérieur d'un même ensemble culturel, en sous-groupes et en individualités. C’est dans cet esprit qu’Hannah Arendt écrit dans « La vie de l’esprit » : « Ce n’est pas l’homme, mais les hommes qui peuplent notre planète. La pluralité est la loi de la terre. »



La tolérance prend sens dans le registre du relatif, là où s'affrontent les croyances, dans leur multiplicité et leur diversité. Or les croyances ne sont pas des savoirs. Un savoir est un discours fondé sur la raison, et peut donc emporter l’adhésion des esprits rationnels. Les croyances, en revanche, ne se fondent pas sur la raison. Voilà pourquoi elles sont le lieu du différend entre les hommes. On tue ou on meurt pour des croyances et cela est proprement intolérable.

A défaut de pouvoir toujours se respecter, les croyances sont invitées à se tolérer. La tolérance c'est d'abord cela : une solution aux drames humains générés par le conflit des opinions, un rempart contre les tragédies de la guerre des uns contre les autres.


La découverte de l’autre

L’autre est différent. Confucius l’explique ainsi : « La nature fait les hommes semblables, la vie les rend différents. » La différence est ce qui distingue et ce qui oppose. L’étymologie du mot, du latin « differre », évoque ce qui est séparé, disséminé, dispersé, déchiré….

Bien que la différence n'implique pas nécessairement un jugement de valeur, force est de constater qu’un jugement s’opère. C’est bien sa terrible propension à juger l’autre en fonction de ses propres critères qui fait la malédiction de l’Homme. Quand Jean-Paul Sartre écrit dans Huis-clos « l'enfer, c'est les autres », il traduit l’idée qu’il  existe une quantité de gens dans le monde qui sont en enfer parce qu'ils dépendent spirituellement ou matériellement du jugement d'autrui.

Ce jugement, réalisé en fonction des échelles de valeurs de chacun n’a rien d’objectif. Il conduit souvent à des incompréhensions, à des discriminations ou à la remise en cause des principes fondamentaux des droits de l'homme.  Comment surmonter cela ?     Par l’altérité.


Le respect de l’altérité plutôt que la tolérance

Dans sa forme scolastique, l'altérité est la qualité de ce qui est autre. Mais notre époque moderne a enrichi le sens de ce mot, pour lui donner une dimension humaniste. L’altérité est la reconnaissance et l’acceptation de l’autre dans sa différence. C’est une valeur essentielle de la laïcité qui privilégie la mixité des cultures comme source d’enrichissement spirituel et de paix. Albert Jacquard l’exprime ainsi : « Il faut prendre conscience de l'apport d'autrui, d'autant plus riche que la différence avec soi-même est plus grande. »

L’altérité est la valeur qui reconnait à l’homme et la femme leurs droits à être eux-mêmes, dans leurs différences, qu'elles soient ethniques, sexuelles, sociales, culturelles ou religieuses.

Le terme de tolérance, pris en son sens propre, est inadéquat à la grande idée qu’on prétend lui faire exprimer. Le respect d’autrui et de sa liberté demande plus et autre chose. Le respect de l'altérité me semble pouvoir remplacer avantageusement la tolérance, car il implique la compréhension des particularités de chacun, la capacité d'ouverture aux différentes cultures et à leur métissage.

La sagesse populaire s’accorde à dire que « les voyages forment la jeunesse ». Il est raisonnable de considérer qu’en effet les voyages permettent de mieux appréhender le monde, la nature et les diversités culturelles humaines. Ils constituent un moyen de se forger un esprit critique en accédant à des connaissances plus universelles. C’est par la rencontre et la confrontation avec l’autre, et avec l’ailleurs, que le voyageur vit des chocs culturels, émotionnels et cognitifs.  Ses préjugés et stéréotypes se confrontent à la réalité telle qu’elle se présente. Il apprend à « voir autrement », à percevoir autrui dans une perspective différente, à prendre de la distance par rapport à son univers culturel et symbolique d’origine.

L’expérience du voyage est créatrice d’un désordre, porteur d’un renouveau. Elle est source de transformations intérieures et d’évolution de la conscience. Elle donne du sens à l’existence, permet d’apprendre à mieux se connaître et participe à la construction d’une identité nouvelle. Celui qui éprouve l’expérience du voyage, découvre l’altérité et en revient altéré...



Les sens sont indispensables à la découverte de l’autre, mais ils peuvent parfois s’avérer de bien piètres serviteurs. Guy de Maupassant écrivait : « Nos yeux, nos oreilles, notre odorat, notre goût diffèrent, et créent autant de vérités qu'il y a d'hommes sur la terre. ».

Il en va de même pour la culture, les arts et les sciences, activités exclusivement humaines, qui par leur richesse et leur diversité apportent un éclairage décisif sur le caractère universel de l’Humanité. Armand Abécassis, écrivain et philosophe français a écrit « L'universel ne s'inscrit dans le monde qu'à travers la multitude des cultures. »

La rencontre d’autrui par la parole nécessite d’apprendre à jeter sur soi un regard extérieur et distancé, de nourrir une aptitude à la décentration et à l’intégration de l’autre. Selon Emmanuel Lévinas, philosophe français qui a travaillé sur la question de l’éthique et la métaphysique d'Autrui, « l’apprentissage de l’altérité exige une éthique qui repose sur l’expérience d’autrui, et la responsabilité

Cette interaction avec l’autre, implique indubitablement d’être responsable de ses actes. Car il ne faut jamais perdre de vue que lorsque l’on découvre autrui, la réciproque est souvent vraie également… Et l’autre aussi se construit en nous découvrant. La confrontation à l’autre, qui est par définition différent, nous place naturellement, instinctivement, dans une situation d’intolérance car reconnaître qu’autrui a raison peut-être vécu comme une sorte d’humiliation de l’égo, puisque notre «Je» a tort.
L’être humain est ainsi fait qu’il a la fâcheuse tendance de juger le monde et ses congénères à partir de sa propre échelle de valeurs. Il n’y aurait aucune gravité à cela si les humains disposaient de valeurs universelles et étaient des êtres de pur raison. Hélas, alors que le savoir repose sur des éléments de raison, les croyances, en revanche sont irrationnelles. Elles surgissent à l’exacte frontière ou le savoir s’arrête.

L'humanité est  éclatée en une multitude de croyances et de cultures différentes, et bien peu d’hommes savent dégager l’universalité dans ces inextricables particularismes.

On peut donc émettre l’idée que la tolérance se manifeste comme l'ultime recours au moment où l'humanité cesse de se percevoir elle-même comme valeur universelle.

lundi 18 juillet 2011

Le Message de Léonard de Vinci

"L'homme de Vitruve" ou VITRUVIUS
de Léonard de Vinci (1452-1519)



L'Homme de Vitruve (ou homme vitruvien ou vitruvius ) est le nom communément donné au croquis "Étude de proportions du corps humain "selon Vitruve réalisé par Léonard de Vinci aux alentours de 1492.

Ce dessin à la plume, tiré de l'ouvrage De Architectura de Vitruve, a appartenu à la collection d’œuvres d’art graphique de Giuseppe Bossia avant d'être racheté en 1822 par les Gallerie dell’Accademia de Venise.

Avec son célèbre homme de Vitruve, Léonard de Vinci corrige l’enseignement antique des proportions de Vitruve - Marcus Vitruvius (vers -70 à – 25) . Il compare alors le résultat de ses études anthropométriques avec les proportions de Vitruve, seules proportions idéales conservées de l’Antiquité.

Architecte et ingénieur de l’époque romaine, Vitruve avait décrit les rapports de mesures d’un corps humain parfait dans le troisième livre de son traité d’architecture. il avait conclu qu’un homme aux bras et jambes écartés, pouvait être inscrit au même titre dans les figures géométriques parfaites du cercle et du carré.

D’après les descriptions de Vitruve, dans le cas des figures entourées par un cercle ou un carré (« homo ad circulum » et « homo ad quadratum »), le centre du corps humain se trouverait en outre dans le nombril.

Les indications de Vitruve ont souvent été illustrées à la Renaissance. Le dessin le plus connu est celui de Léonard de Vinci. Il corrige les erreurs de Vitruve en se servant des mesures qu’il a prises : le relevé des mesures empiriques de l’être humain, voilà ce qui importe à ses yeux. Les pieds et les mains ont ainsi la taille appropriée.

 
L'homme de Vitruve ou VITRUVIUS de Léonard de Vinci

  
  
Cinq, symbole de l'homme
   
Léonard de Vinci a dessiné l'image d'un homme tenant les bras et les jambes écartés de façon que les quatre extrémités des membres et la tête coïncident avec les sommets d'un pentagone étoilé, inscrit dans un cercle.

Selon cette représentation de l'art de la Renaissance cinq est le nombre de l'homme, en tant qu'être placé au centre du cosmos.

Pour tracer ce pentagramme dans lequel s’inscrit l’homme, il faut employer la proportion dorée, si chère aux sages de l’antiquité. Il s’agit du nombre d’or dont l’approximation est 1,618. C’est cette proportion que les sculpteurs grecs ont considérée comme la plus harmonieuse et qu’ils ont employée dans leurs représentations du corps humain.

Par l’application du nombre d’or, l'Homme est donc devenu pour eux un symbole d'harmonie. Dans son livre « De Architectura » Vitruve a indiqué que les proportions d'un bâtiment devraient correspondre à ceux d'une personne, et il a employé la proportion dorée pour fixer ce qu'il a considéré comme les mesures relatives d'un humain idéal.

L’une des illustrations les plus frappantes de ce corps harmonieux se trouve dans le célèbre « Homme de Vitruve », où Léonard de Vinci inscrit l’Homme, telle une étoile à cinq branches, dans un cercle.

Pour les pythagoriciens, le cercle représente le royaume de l’Esprit. Si ce corps, assimilé à l’étoile, est le summum de l’harmonie physique ou terrestre, alors l’étoile à cinq branches, pentagramme tracé selon les préceptes du nombre d’or, est celui de l’harmonie céleste ou spirituelle.
 
  
L’homme, au cœur du macrocosme et du microcosme
   
La notion de macrocosme (qui étymologiquement signifie "grand monde")  remonte aux pythagoriciens, bien que le terme en lui-même n’ai été employé que bien plus tard. Pythagore établit une analogie entre les quatre saisons du monde et les quatre âges de la vie d'un homme (de l’enfance à la vieillesse).

C’est Paracelse qui le premier en 1571 utilise les termes de macrocosme et de microcosme. Il énonce que le microcosme est un monde en petit et que le macrocosme est le monde en grand.

«Dieu, après avoir créé le grand monde, a formé le petit monde. L'homme est ce petit monde qui contient toutes les qualités du grand monde. C'est pourquoi on l'appelle un microcosme. L'homme est la quintessence du firmament et des éléments, du ciel et de la terre... ».     Paracelse

 

dimanche 17 juillet 2011

Le Message de Voyager 1 et 2

VOYAGER 1 et 2
 
Le programme Voyager est un programme d'exploration robotique de l'agence spatiale américaine de la NASA dont l'objectif est d'étudier les planètes extérieures du système solaire.
 
Il comprend deux sondes spatiales identiques Voyager 1 et Voyager 2 lancées en 1977 qui ont survolé les planètes Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune ainsi que 48 de leurs lunes. Les données collectées par les 9 instruments portés par chaque sonde en font sans doute la mission d'exploration du système solaire la plus fructueuse sur le plan scientifique de toute l'histoire spatiale.
 
Le 16 décembre 2004, Voyager 1 était la première création humaine à naviguer au-delà de l'une des principales frontières du système solaire, l'héliosphère. Cette frontière, le choc terminal, se trouve à environ 14,1 milliards de kilomètres du Soleil.
 
Le 15 août 2006, Voyager 1 a dépassé la barrière symbolique des 100 UA de distance par rapport au Soleil, soit 15 milliards de km.
 
De son côté, Voyager 2 a franchi le choc terminal le 30 août 2007. La sonde était alors située à environ 12,6 milliards de km du Soleil.
 
Ces deux sondes poursuivent leur route à la frontière du système solaire vers la zone que l'on appelle l'héliopause, limite de l'influence du vent solaire. Voyager 1 dépassa officiellement Pioneer 10  le 17 février 1998 pour devenir l'objet le plus distant de la Terre jamais envoyé dans l'espace. Les sondes s'éloignent dans l'espace à des vitesses vertigineuses : 17 km/s (61 200 km/h) pour Voyager 1 et 15 km/s (54 000 km/h) pour Voyager 2. Cette vitesse leur permet de parcourir plus de 500 millions de km par an. Elles envoient encore des données qui sont collectées par le réseau de communication avec l'espace lointain (DSN) de la NASA, dans le cadre d'un nouveau programme : la Mission Interstellaire Voyager.
 
Voyager 1 est l'ambassadeur humain le plus éloigné de la Terre.
 
Contrairement aux sondes du programme Pioneer, aucune accélération ou décélération anormale des sondes Voyager n'a été mise en évidence.

 
LE MESSAGE DE VOYAGER 1 et 2
 
VOYAGER 1 et 2 contiennent un vidéodisque en cuivre doré, sur son étui sont gravés les instructions pour l'écouter et les coordonnées du Système Solaire (toujours en se référant aux 14 pulsars).
 
Ce disque contient des informations sur la Terre et nos connaissances :
 
    * Des voix humaines y sont enregistrées en 55 langues différentes
    * 96 photos noir et blanc et 20 en couleurs montrent la vie sur notre planète
    * 90 minutes de musiques typiques des différentes régions du globe peuvent être écoutées 
 

Vidéodisque en cuivre de Voyager 1 et 2


Les deux sondes Voyager, comme les sondes Pioneer 10 (1972) et 11 (1973) qui les ont précédées, transportent, de manière symbolique, un message tentant de résumer quelques éléments clés sur l'humanité. Ces informations sont gravées sur un disque de cuivre qui est accompagné d'une cellule et d'une aiguille permettant de le lire.
 
Les données, sélectionnées par un comité présidé par l'astrophysicien Carl Sagan, comprennent une série de 116 photos de différents lieux symboliques sur Terre, des schémas donnant la position de la Terre dans le système solaire, une espèce de pierre de Rosette définissant le système numérique en usage ainsi que les grandeurs employées en physique ainsi que des extraits sonores comprenant 27 morceaux de musique ainsi que des enregistrements variés reflétant l'activité humaine.

A l'heure actuelle, quatre sondes voyagent avec un message à bord :
 
    * Pioneer 10 et 11
    * Voyager 1 et 2

vendredi 15 juillet 2011

Le Message de Pioneer 10 et 11


PIONEER 10 et 11
Le voyage de Pioneer 10 constitue l’une des aventures scientifiques les plus marquantes de l’histoire de l’exploration spatiale, l’un des symboles les plus forts de l’entrée d’une bruyante humanité dans le silence des espaces interplanétaire et interstellaire.

En effet, Pioneer 10 représente bien davantage qu’une machine. C’est un symbole culturel de la fin du XXe siècle qui s’en va sonder des espaces inconnus. C’est aussi la plus lointaine manifestation de l’intelligence humaine dans l’espace. 
 
Lancée en 1973, Pioneer 10 (258 kg) est le premier engin a avoir quitté le Système Solaire. Prévue pour fonctionner jusqu'en 1975, le vaisseau spatial Pioneer 10 a toutefois envoyé son dernier signal à la Terre le 22 janvier 2003. Sa faible intensité a été reçue par les grandes antennes du réseau de poursuite DSN (Deep Space Network) de la NASA.
  
Au dernier contact, Pioneer 10 se trouvait à une distance d'environ 12.2 milliards de kilomètres de la Terre (soit à peu près 80 fois la distance Terre-Soleil).  A cette distance, le signal radio, voyageant à la vitesse de la lumière, a mis plus de 11 heures 20 minutes pour atteindre la Terre.
 
Pioneer 10 fonce dans la direction opposée à la course du Soleil, en direction de l'étoile rouge Aldebaran, l'oeil du Taureau (Taurus) à la vitesse de 12,5 km/s. La sonde mettra environ 2 millions d'années pour l'atteindre.
  
LE MESSAGE DE PIONEER 10 et 11

Pioneer 10 et 11 sont des “bouteilles à l’espace” qui auront fait couler beaucoup d’encre. Un message, imaginé par Carl Sagan et Frank Drake, fut gravé sur une plaque d’aluminium de 15 x 22,5 cm, recouverte d’une couche d’or et fixée aux montants de l’antenne de Pioneer 10 et plus tard de Pioneer 11. 
 




Il s'agit d'un message de paix comportant:

    * Un atome d'hydrogène neutre
    * Le profil de la sonde
    * Le schéma du Système Solaire avec la Terre comme point de départ de la sonde
    * La position du Soleil par rapport au centre de la Voie Lactée, elle-même identifiée par 14 pulsars.
    * Les silhouettes d'un homme et d'une femme

Les êtres humains sont la partie la plus mystérieuse du message”, écrivait l’astronome Carl Sagan. La main droite de l’homme, “levée dans un geste universel de bonne volonté” et la nudité de la femme représentée “selon la règle de la statuaire grecque classique”, c’est-à-dire sans la moindre indication extérieure d’organes génitaux.
 
Carl Sagan  rappelle : « L’exercice était difficile. Nous avions essayé de représenter un homme et une femme “panraciaux”. La femme avait dans son apparence certains traits asiatiques. Et l’homme un nez large, des lèvres épaisses et une coupe de cheveux afro. Chez les deux, il y avait aussi des traits caucasiens. Mais comme seulement les contours de la chevelure de la femme sont tracés, beaucoup d’observateurs l’ont vue blonde, détruisant ainsi la possibilité d’un héritage génétique asiatique. Lors de la transcription du dessin original sur la plaque, la coupe afro fut transformée en coupe méditerranéenne, cheveux ondulés… malgré tout, ils sont de façon significative représentatifs des sexes et des races de l’espèce humaine.” 
 
A vrai dire, personne à la NASA n'avait pensé à munir Pioneer 10 de ce message. L'idée en revint à un journaliste du Christian Science Monitor, Eric Burgess, qui s'étonna de cette omission et en fit le reproche à Carl Sagan. Le directeur du Laboratoire d'étude des planètes de Cornell proposa alors à la NASA - trois mois avant le lancement - d'improviser un message avec l'aide de son collègue Frank Drake, le pionnier de la première écoute galactique à Green Bank, qui dirige à Cornell l'Institut d'astronomie et de la ionosphère.
Les deux astronomes décidèrent d'incorporer dans ce message un dessin représentant un homme et une femme nus. On en confia l'exécution à Mme Sagan, qui est peintre de son métier.
 
Derrière le couple, on a placé une esquisse de la sonde qui donne une idée de la taille des Terriens. Au bas du croquis, dix cercles représentent le Soleil et ses planètes. La route empruntée par Pioneer au départ est signalée par une flèche incurvée qui passe entre Jupiter et Saturne avant de s'enfoncer dans la Galaxie.
Sagan et Drake voulaient que ceux qui liraient le message aient le moyen de repérer parmi des milliards d'étoiles la position de notre monde solaire. Ils ont choisi comme points de repère les quatorze pulsars de la Galaxie.
 
Ces radio-sources émettent des signaux très caractéristiques, rythmés par de très fines impulsions, qu'on ne peut confondre avec aucune des autres émissions naturelles. La dessinatrice les a représentés par quatorze lignes rayonnant d'un point central, qui portent toutes une information en code binaire sous forme de petits traits verticaux et horizontaux. Ces notations indiquent la fréquence sur laquelle chacun de ces pulsars émettait au moment du lancement de la sonde. Le point de convergence de ces lignes indique la position de notre système solaire.
 
L'étalon de longueur nous est fourni par l'atome d'hydrogène, l'élément le plus répandu dans l'Univers, qui figure symboliquement au sommet du dessin dans deux états d'énergie. En passant de l'un à l'autre l'atome émet un photon; celte émission captée sur la longueur d'onde de 21 cm donne l'unité de base d'un système universel de mesure.
 
L'étalon hydrogène permet de déterminer, par exemple, la taille exacte de la femme à l'aide du symbole binaire porté à droite du croquis (I---) qui indique le chiffre 8. Notre ambassadrice mesure 1,68 m (8 fois 21 cm).


En 1974, Pioneer 11 est lancée avec un deuxième exemplaire de cette plaque.
 
 
 
 
Carl Sagan extrait de "Who speaks for earth" sous titré français

jeudi 14 juillet 2011

Le Message d'Arecibo

Le radiotélescope d'Arecibo à Porto Rico est une immense antenne de 300 mètres de diamètre. La réception se fait dans une nacelle mobile suspendue à 130 mètres de hauteur.

En 1974, pour célébrer l'installation d'une nouvelle surface réfléchissante plus précise sur le radiotélescope d'Arecibo, le docteur Frank Drake, assisté de Carl Sagan, conçoit, avec l'équipe d'Arecibo, un message de démonstration à destination d'intelligences extraterrestres, envoyé en direction de l'amas globulaire M13 qui se trouve à 25 000 années-lumière. 


Le radiotélescope d'Arecibo à Porto Rico


                               
Ce message envoyé sur la longueur d'onde de 12,6 centimètres, avec une puissance de 20 trillion de watt, est l'émission la plus puissante jamais faites par l'homme. Elle est détectable n'importe où dans la galaxie.
 
C'est un message binaire de 1679 bits, 73 lignes de 23 caractères qui crée un petit message imagé. Le nombre 1679 a été choisi parce qu'il est le produit de deux nombres premiers et ne peut donc être divisé qu'en 23 lignes et 73 colonnes, ou 73 lignes et 23 colonnes. Cela suppose que ceux qui pourraient le lire choisiront de l'arranger comme un quadrilatère.

L'information contient des informations à propos de la Terre et de l'humanité.
 
Si on lit de gauche à droite, elle montre les nombres de un à dix, les numéros atomiques de l'hydrogène, carbone, azote, oxygène et phosphore, les formules chimiques des sucres et bases dans les nucléotides de l'ADN, les nombres de nucléotides dans l'ADN, la structure en double hélice de l'ADN, un croquis de l'être humain et sa taille, la population de la Terre, le système solaire, et une image du radiotélescope d'Arecibo avec son diamètre.
 
Des couleurs ont été ajoutées à  la visualisation graphique de ce message (voir ci -contre) pour mieux voir les différentes parties mais le message réel ne comportait pas de notion de couleurs.

Parce que le message mettra 25 000 années pour atteindre la destination voulue (et autant à une éventuelle réponse pour nous revenir), le message d'Arecibo était plus une démonstration de l'avancée technologique de l'homme qu'un réel essai d'entrer en contact avec une civilisation extraterrestre.